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Noirs d'Amérique Latine

Textes traduits de l'Espagnol témoignant du passé et du quotidien des Noirs d'Amérique Latine et des Caraibes

28 août 2008

La communauté méconnue des Afro chiliens

Cristian Baez, de Lumbanga

La vallée d’Azapa à Arica abrite encore les descendants d’esclaves africains qui arrivèrent en Amérique durant la Colonie. A cela s’ajoute la venue à Santiago d’afrodescendants latino américains qui ont décidé de s’établir dans le pays, de se marier à des chiliens et de donner naissance à une nouvelle race : les « afromapus ».

Bemba. Mondongo. Lampa. Rumba, zamba, mambo. L’arrivée des esclaves noirs en Amérique s’accompagna aussi de celle de leur langue. Le quimbundo, langue la plus parlée d’Afrique centrale influença plusieurs mots de l’espagnol de la vice-royauté. Ces mots résonnèrent à un moment à Arica où les noirs libres s’établirent dans les vallées fertiles une fois l’esclavage aboli.

A la fin de la guerre du Pacifique, et après le début la campagne de “chilénisation d’Arica”, on considéra que tous ces mots étaient étroitement liés au Pérou. On commença alors à les éliminer ou à les supprimer de la langue. Ainsi la « lampa » devint « pala » et le « mondongo », la guatita.

Arica fut à une époque, l’un des ports dans lesquels accostaient des navires remplis d’esclaves provenant du Congo, d’Angola et du Mozambique. De là-bas, ils étaient conduits sur les plantations de coton, aujourd’hui inexistantes qui nécessitaient leur main d’œuvre et dans les mines de la région. Certains arrivaient même jusqu’à Potosí en Bolivie.



Cristian Baez Lazcano, leader de l’association des Afrodescendants “Lumbanga”, raconte que le travail que fournissait ce groupe humain était une telle réussite, qu’au 16ème siècle même, on installa des  pépinières d’esclaves à Azapa. On s’assurait qu’un étalon grand et sain veillait à perpétuer l’espèce avec des femmes fertiles.


Au fil des années et malgré la longue période d’esclavage, beaucoup de noirs commencèrent à se lier sentimentalement à des autochtones et eurent des descendants. C’était l’apogée de la vice-royauté, et le mélange d’indigène et de noir fut connu sous l’appellation négative de “mulato”/ mulâtre, mot qui dérive de mulet, cet animal de transport qui est un mélange de cheval et de l’âne.

La robustesse de la race originaire d’Afrique leur permirent de résister aux maladies qui touchèrent autant les conquistadors que les autochtones. Paludisme et malaria avaient raison des blancs et les noirs étaient employés à les soigner ou à les enterrer puisqu’ils n’étaient pas contaminables.

L’intérêt pour cette facette peu connue de l’Histoire du Chili date de longtemps chez les chercheurs. De fait en 1957 l’historien Gonzalo Vial présenta une étude intitulée « L’africain dans le royaume du Chili » (El africano en el reino de Chile) comme thème de mémoire pour l’obtention de son diplôme.

Combien en reste t-il ?


Selon des chiffres officiels, avant la guerre qui opposa le Chili au Pérou, la population noire dans la ville d’Arica dépassait 57%, alors que dans la Vallée d’Azapa, ils atteignaient même 95%. 

. Après que ce territoire devint chilien, les habitants commencèrent à se blanchir car être noir à 100% ne leur facilitait pas la vie. Aujourd’hui on ne connait pas leur nombre.


D’après Cristián Báez, chilien afrodescendant, ses ancêtres, même libérés de l’esclavage étaient aussi discriminés. « Tout ce qui était noir était relié au Pérou. Même moi dont les traits ne sont pas si négroïdes, parfois les gens me demandent si je suis péruvien ou bolivien », dit-il.

“Lumbanga”, l’association que dirige Cristián, signifie « quartier de noirs », et était le nom que l’on donnait au secteur d’Arica où vivaient des gens de couleur. Cette appellation a également disparu du langage chilien.

Le nom du maître


Lorsque les grandes exploitations agricoles d’Arica commencèrent à accorder la liberté à leurs esclaves noirs, par reconnaissance, les affranchis prirent le nom de leur « maître ».

C’est ainsi que de la parcelle de terre d’Antonio de Los Rios, est née la famille Rios.  Apparaissent aussi les familles Baluarte, Albarracin, Bravo et Zavala.

Cependant, d’autres étaient nommés en fonction de ce qu’était leur situation (d’esclaves). C’est ainsi qu’apparurent par exemple les Corbacho qui signifie « fouet d’esclaves ».


L’ancienne hacienda des Rios, partagée en petites parcelles entre ses nouveaux propriétaires, se situe à présent au 6ème km de la route qui mène à Azapa. Durant la guerre entre le Chili et le Pérou, le maître de la plantation, Juan Rios, alors habitant du Pérou, la céda à un ami chinois pour que ce dernier l’administre, tandis que lui abandonnait le territoire. Quelques temps après, il revint à Arica, prit la nationalité chilienne et récupéra sa terre.

Francisca Rios de Sanchez, l’une des onze enfants de Juan, est aujourd’hui la propriétaire de ce terrain fertile, rempli d’olives qui permettent de faire vivre la famille.


Sur sa chevelure grisâtre et crépue, elle porte un foulard, et a la peau sombre et les yeux couleur d’olive. A première vue, on pourrait penser qu’elle vient de la Caraïbe ou des Antilles. Mais sa façon de parler n’est pas très différente de celle de n’importe quel habitant de Santiago.

Âgée de 76 ans, Francisca fait partie dudit Conseil des Anciens, constitué des Afrodescendants les plus âgés, lesquels se chargent de rassembler toutes les traditions de leurs ancêtres. Leurs souvenirs ont permis de reconstruire des lieux et de sauvegarder des célébrations issues des siècles passés.

C’est de là qu’est née ladite « route des esclaves », allée touristique qui part précisément de la plantation des Rios pour se terminer à San Miguel d’Azapa, et montre les petites cases de terre cuite et les instruments utilisés pour la récolte du coton.


Dans l’allée, on trouve aussi la maison des Lopez Baluarte, où l’on conserve la Très Sainte Croix de Mai (Cruz de Mayo), ancienne idole des afro-chiliens, que ses dévots conduisent en procession. Comme le faisaient leurs grands parents, ils lui offrent les récoltes de l’année, pour que ces dernières soient fructueuses.



Tout récemment, les associations d’afro descendants chiliens –tels Lumbanga, Chile negro et Arica Negro- ont entamé des négociations pour obtenir une meilleure reconnaissance de la part du pays. Un recensement est prévu en 2010, afin de pouvoir comptabiliser tous les afro descendants chiliens, de sorte que le gouvernement sache qu’ils ne sont pas peu nombreux.


Bien que jeunes, certains sont déjà de grandes figures de la télé.


Maria Eugénie est chilienne. A 18 ans, elle a connu un danseur nigérian dans une discothèque, ils tombèrent amoureux et cela fait 9 ans maintenant qu’ils sont ensembles. Ils ont aujourd’hui trois enfants. Tous aux traits africains, tous chiliens, tous égéries publicitaires à la télévision.

Henry, l’aîné, âgé de 8 ans, a participé il y a deux ans à un spot publicitaire pour une chaîne de magasins dans laquelle cinq enfants montraient “le meilleur des 5 continents”. Ses deux autres frères ont suivi son chemin, même si c’est pour des publicités de produits du marché étranger.

Maria Eugenia, la mère, raconte que les gens s’arrêtent toujours pour les regarder dans la rue, et que bien qu’ils soient aussi chiliens que n’importe qui, on remarque une différence. « Cela devient bien vite incommodant parce que les gens sont peu soucieux. Il arrive que des inconnus passent et les touchent en pleine rue et, évidemment que parfois ça gêne ».


Malgré tout, elle reconnaît n'avoir jamais ressenti de discrimination envers ses enfants, et elle essaie de comprendre quelque peu l’étonnement des gens. « En fin de compte, l’on doit comprendre que ce n’est rien d’autre que de la curiosité », souligne t-elle.

Traduit de l’Espagnol par Diana Bernadotte

06 août 2008

Les afrodescendants au Mexique : Processus de construction identitaire…

Processus de construction identitaire, conditions de vie et discrimination Une étude comparative des communautés.

Par Rebecca Dominguez/ Monica Maccise/ Florence Leze, Alberto Romero, Jorge Tello

Objectifs : Analyser les processus de construction identitaire, les conditions de vie, et la discrimination. Réaliser une étude comparative des communautés d’afrodescendants au Mexique.

Méthodologie :

Tous les pays d’Amérique Latine incluent dans leurs recensements des références aux peuples indigènes (questions associées à l’auto-identification ou à la langue). Par contre, lorsqu’il s’agit d’identifier et de comptabiliser les populations afrodescendantes, deux types de difficultés apparaissent : d’une part, c’est seulement au Brésil et à Cuba que dans les recensements  des questions sont posées sur les traits physiques (race et couleur). Dans d’autres pays comme le Costa Rica, l’Équateur, le Guatemala et le Honduras, on applique le critère de ‘‘ groupe ethnique’’ qui permet d’identifier les afrodescendants. D’autre part, lorsque les recensements enquêtent sur la variable race/couleur, les réponses varient en fonction de la conscience que l’interviewé a de sa négritude. Prenant en compte ces difficultés, on estime que la population d’afrodescendants en Amérique Latine est comprise entre 120 et 150 millions de personnes, ce qui correspond à 30% de la population totale. Au Mexique, on estimait la population afromexicaine à environ 450 000 personnes pendant les années 90.

Hypothèse :

L’hypothèse centrale qui guide cette recherche est que l’expérience de vie de l’habitant afrodescendant est qualitativement et quantitativement différente de celle des autres groupes sociaux, parce qu’il possède une culture distincte, et par conséquent, les phénomènes complexes comme la pauvreté, la discrimination et l’interaction sociale entre autres doivent être étudiés non pas en des termes absolus, mais relatifs répondant à cette spécificité qui les détermine avec des modalités dans des contextes différents. Il faut également tenir compte du fait que ce sont les expériences historiques de l’ethnicité, de même que les régions dans laquelle ils se trouvent qui détermineront leurs diverses modalités dans les contextes distincts du Mexique.

Enquêtes de Référence :

Enquête sur les populations afrodescendantes au Mexique : Oaxaca, Guerrero, Veracruz.

Enquête réalisée par le Service de Recherche Appliquée et d’Opinion de l’Institut de Recherches Juridiques de l’UNAM (Área de Investigación Aplicada y Opinión del instituto de Investigaciones Jurídicas de la UNAM) pour le Conseil National pour la Prévention de la Discrimination. 497 questionnaires individuels effectifs ont été réalisés dans les domiciles auprès de personnes âgées de 15 ans et plus dans diverses communautés des états de Oaxaca, Guerrero et Veracruz. Un échantillon de type probabiliste, stratifié, à plusieurs phases et avec une probabilité proportionnelle à la taille de la localité a été conçu.

Résultats Obtenus :

À partir de cette enquête, il s’est avéré que pour surmonter les inégalités, les gouvernements  doivent ‘‘formuler des politiques dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’emploi et de la propriété de la terre qui permettent un accès effectif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Pour orienter ces politiques, un point de départ important est l’amélioration des instruments de collecte de données – recensements et enquête de foyers – par l’inclusion d’une série de questions standardisées sur l’ethnie.

Surmonter la discrimination ethnique-raciale rentre dans le travail de construction d’une opinion de citoyenneté pour accéder aux conditions de respect de leurs droits collectifs et améliorer leurs conditions de vie.

Comment surmonter la discrimination ethnique-raciale et penser l’intégration en Amérique Latine et dans les Caraïbes?

La discrimination et l’exclusion sont un processus historique et dynamique qui peut être réorienté par l’État et les politiques publiques dans un sens qui permet d’atteindre les conditions de base d’équité pour les afrodescendants, inspiré par la dynamique propre des ces groupes, par leurs possibilités et leur potentiel d’auto-développement et par leur logique et leurs connaissances.

Conclusions

Au Mexique, on ne dispose pas de critères pour capter les afrodescendants. Le manque de données relatives à leur nombre exact, à leur situation économique et sociale et à leur expérience de la discrimination dans des pays comme le Mexique a des conséquences importantes: il empêche la formulation de politiques publiques ou de programmes visant à améliorer leur condition économique et sociale.

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.waporcolonia.com/abstracts/63-dominguez-otros.pdf

05 août 2008

La CONAMUNE, une organisation de femmes AfroÉquatoriennes

Les femmes afrodescendantes d’Amérique Latine et de la Caraïbe forment une population d’environ 80 millions de personnes. Compte tenu de ce chiffre, on pourrait penser qu’il est difficile de les dissimuler, pourtant elles ont été rendues systématiquement invisibles dans l’histoire pendant des siècles. 

Et même de nos jours, les pays  qui envisagent des politiques publiques dans lesquelles sont considérées les conditions, les besoins et les caractéristiques spécifiques des femmes noires sont rares.

De fait, jusqu’à présent, de nombreux pays ne disposent pas de recensement avec des données statistiques classées par catégories ethnico raciales. 

Étant donné que la majorité des pays d’Amérique Latine et de la Caraïbe ont des constitutions ou des lois interdisant la discrimination raciale ou de genre, le racisme se manifeste à travers les préjugés, la négation des racines culturelles de leur passé africain et les formes sociales de discrimination.

Les femmes noires ont joué un rôle dans la gestation du mouvement féministe latino-américain, peut-être pas dans le nombre, mais à coup sûr dans le militantisme. C’est là qu’est né l’espace de réflexion et d’analyse de la question ethnique et raciale qui a eu un résultat concret avec la création de la Maison de l’Identité de Femme Afro (Casa por la Identidad de la Mujer Afro), en 1989 en République Dominicaine.

Actuellement, dans toute l’Amérique Latine et la Caraïbe, de nombreuses organisations de femmes noires ont vu le jour devant la nécessité d’ouvrir des espaces dans les sociétés. Tel est le cas de la Coordination Nationale des Femmes noires en Équateur (Coordinadora Nacional de Mujeres negras en el Ecuador  - CONAMUNE), organisation de la société civile née en 1999 et dont l’objectif est de générer, de soutenir et d’impulser la consolidation de l’unité des femmes noires, en renforçant la formation politique et le développement productif individuels.

  La CONAMUNE, contribue à l’éducation, la formation, la participation politique et au développement productif de la Femme Noire, et cherche à renforcer son potentiel, et ainsi démontrer ses capacité dans divers secteurs pour contribuer au développement du peuple noir dans sa façon d’être particulière.   

La CONAMUNE est présente dans les 10 provinces suivantes: Esmeraldas, Guayas, Los Ríos, El oro, Carchi, Imbabura, Pichincha, Pastaza, Sucumbíos et Orellana. Les membres de cette organisation sont convaincues que par la formation et le développement économique et par leur participation active, les femmes noires réussiront à faire que chacune d’elle prenne conscience et définisse le rôle qu’elle souhaite  jouer et doit remplir dans la société.

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

16 décembre 2007

Les afroboliviens, un monde différent

Les afroboliviens, un monde différent

Ancestralité 

Ils sont arrivés en tant qu'esclaves dans les ports de la Caraïbe dès 1505 et leur déportation massive a débuté au Haut Pérou en 1545. La majorité d’entre eux venait d’Afrique, principalement du Congo, du Sénégal , d’Angola, du Benguela et du Biafra.

Jusqu’à il y a 20 ans, ils se montraient peu au pays. Et même aujourd’hui, malgré l’abolition de l’esclavage en Bolivie survenu durant le gouvernement de Manuel Isidoro Belzu —il y a plus de 150 ans—, la population noire en Bolivie se sent prisonnière de la discrimination idéologique et raciale. L’exclusion subie lors du dernier recensement “par oubli” en 2001, lorsqu’ils n’avaient pas été pris en compte dans la classification des ethnies élaborée par l’Institut National des Statistiques en est une preuve.

Pendant la conquête, ce n’est pas la rencontre de deux mondes qui s’est produite, mais celle de trois mondes. Le troisième monde est le monde africain”, explique l’historien Fernando Cajías.

Entre 13 et 20 millions d’africains furent emmenés dans le nouveau continent à partir de 1545 pour travailler principalement dans les mines dans des conditions infrahumaines. Avec le déclin de l’exploitation minière, ils migrèrent aux Yungas de La Paz et apprirent à cultiver la feuille de coca alors qu’ils étaient encore esclaves ; puis en tant que pongos, ils travaillèrent dans les exploitations agricoles (haciendas) en offrant cinq jours de travail contre deux pour leur famille, jusqu’à ce que le 2 août 1953 il y ait abolition du pongueaje” et du “mitanaje”, ce qui favorisa l’accès aux terres sur lesquelles ils vivent aujourd’hui, même si la majorité d’entre ne possède pas de titre (foncier).

La population des afrodescendants est actuellement estimée dans le pays à quelques 30.000 personnes, selon les dirigeants de cette communauté qui soutiennent qu’ils ont toujours été marginalisés dans les politiques de développement, et qu’ils ont une représentativité presque nulle; ce qu’ils essayent de changer avec leur demande d’inclusion dans la nouvelle constitution.

Caracteristiques

Population 22 000 habitants

Département  : La Paz

Provinces Nord Yungas et Sud Yungas

Famille linguistique : Espagnol avec des variantes dialectiques influencées par l’aymara

Activités : Artisanat, culture du coca, du café, de fruits

Culture

Les afroboliviens conservent vives  des caractéristiques de leur culture d’origine, combinée à une assimilation naturelle du peuple aymara et d’influence chrétienne. Leur organisation sociale est basée sur l’unité familiale, ethniquement fermée qui démontre des liens très forts entre ses membres due à la ségrégation raciale existante.

La Saya est l’une de leurs expressions culturelles qui conserve une partie de leurs anciennes traditions d’origine africaine dans laquelle ils expriment leurs inquiétudes sociales, leurs joies, leurs peines et leurs critiques, à travers des couplets rimés et des jeux de tambours intenses au rythme africain. “Les chanteurs de couplets improvisent des strophes espiègles qui recuillent l’expression de groupe”, commente le musicien afrobolivien Alido Inofuentes.

Parmi leurs principales activités se trouvent l’agriculture, la vente et la main d’œuvre.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.lostiempos.com/revistas_especiales/6agosto/bolivia_indigena/06_08_07_contenido2.php

“pongueaje” et “mitanaje : le premier terme est expliqué (pongo) et comme le deuxième est une forme d’esclavage.

24 novembre 2007

Les Afrodescendants en Amérique Latine : entre négation et exclusion sociale

ÉTUDES SOCIOCULTURELLES 

Même si elle forme un ensemble important dans plusieurs pays de la région, la population noire et ses descendants ont été historiquement marginalisés dans l’accès à l’éducation et à la santé,  les recensements, les responsabilités politiques et les postes de travail. Un passé d’invisibilité et un présent inéquitable que l’on essaye de dépasser à travers des actions conjointes.

Les afrodescendants en Amérique Latine et aux Caraïbes représentent environ 150 millions d’habitants, ce qui équivaut à un tiers de la population totale. L’importance numérique de la diaspora africaine dans cette partie du continent est telle que l’Union Africaine l’a désigné comme “la sixième région ”du Continent africain.

Cependant, la présence de ces habitants et l’apport culturel qu’ils représentent n’ont été reconnus par aucun pays, au contraire, les descendants de ce groupe furent marginalisés et systématiquement exclus des politiques gouvernementales.

Diego Buffa est historien et dirige –avec sa collègue María José Becerra– le Programme d’Études Africaines du Centre d’Études Avancées (CEA) de l’Université Nationale de Córdoba. Malgré les rares sources disponibles, il a essayé de mettre en évidence le processus de mise à l’écart et de marginalisation que les afro communautés ont subi et continuent de subir. “Presque partout, cette population est victime de discrimination raciale et d’exclusion, raison pour laquelle elle subit de grandes privations économiques et sociales, et qu’elle occupe de même un nombre  très faible de postes de direction dans la société où elle vit”, affirme-t-il.

Au sein de ce groupe, il inclue non seulement les descendants des esclaves africains emmenés de force en Amérique Latine et dans les Caraïbes durant la période coloniale, mais également un nouvel ensemble d’africains –même minoritaire par rapport au premier – qui sont arrivés et continuent d’arriver dans cette région, volontairement ou presque, à la recherche d’une meilleure situation économique ou pour des raisons politiques, depuis la fin du 19ème siècle et dont les descendants font partie de la population américaine.

Selon l’historien, les origines de la situation que traversent les groupes d’afrodescendants remontent au processus de consolidation nationale et à la création d’un concept unique de culture, c’est-à-dire, une nation unique ayant une identité homogène.

La terminologie dichotomique utilisée à cette époque, qui qualifiait le groupe dominant de “civilisé” et les autres de “barbares”, a laissé peu d’espace pour la tolérance ou pour la construction d’un esprit de multiculturalisme. “Ceux qui étaient différents du groupe dominant –indique Buffa  furent souvent victimes d’un traitement raciste, car le simple fait qu’ils étaient différents était considéré comme une menace par rapport au concept d’un État monolithique”.

Cela a conduit à une politique d’acculturation qui s’est centré sur l’idéologie européenne d’État-Nation, en plus de l’imposition d’une langue “européo-homogénéisante” pour l’ensemble de la population. Le résultat fut la large négation de la valeur de la culture et l’identité des groupes non européens, sans que ces derniers puissent, pour cause de pauvreté et de discrimination raciale avoir un réel accès à la nouvelle culture promue par le groupe dominant. Dans ce processus, les groupes afrodescendants, auxquels s’ajoutent les communautés d’origine, ont été laissés loin derrière dans ce processus.

De même, si les constitutions nationales de la majorité des pays latino-américains –sous une façade universaliste– favorisent l’égalité de ses citoyens face à la loi, dans la réalité il se trouve que ce discours déclamatoire ne parvient pas à renverser les iniquités qui persistent dans ces communautés.

La dissociation dans la pratique

Cette dissociation entre le discours et la pratique devient évidente du fait que jusqu’à récemment, les afrodescendants n’étaient pas pris en compte dans la comptabilisation des habitants de la région.

Récemment à partir de 2000, certains pays ont commencé à considérer la question de la race comme une variable à analyser lors des recensements. Malgré cela, Buffa explique que le décompte de cette population reste inexact à cause de nombreux facteurs. Parmi eux, le fait que les pays qui réalisent ce type de sondage utilisent des classifications différentes sur la base de la race ou des groupes ethniques, et que de plus celles-ci varient d’un pays à un autre; ou à l’identification ethnique dans laquelle la personne interrogée est celle qui désigne son groupe. “Cela rend difficile une identification adéquate. Par exemple, au Brésil, on reconnait la personne interviewée par la couleur ou la race, tandis qu’au Costa Rica, c’est par sa culture; au Honduras, par le groupe de population auquel la personne appartient et en Équateur, on lui demande comment elle se considère”, illustre-t-il. En ce qui concerne l’Argentine –et de nombreux autres pays de la région, comme le Chili, le Salvador, le Mexique et le Paraguay – la possibilité de s’identifier comme afrodescendant n’est même pas inclue (on demande seulement à la personne interrogée sa filiation ethnique, mais par rapport aux peuples originaires).

L’absence de données dignes de foi sur le nombre d’afrodescendants et sur leur situation socioéconomique entraine comme conséquence l’inexistence de politiques adéquates destinées à l’amélioration de la qualité de vie de ces groupes.

Ainsi, même si les pays ayant fait le plus d’avancées dans ce sens –déterminer les besoins pour leur donner des solutions par la suite– sont la Colombie, le Brésil et le Costa Rica, les statistiques continuent de mettre en évidence une dure réalité. Par exemple, les besoins de base de 80 pour cent des afrocolombiens sont insatisfaits, le  revenu par habitant n’est que de 500 dollars (équivalent à un tiers de la moyenne nationale), et sur mille enfants afro colombiens qui naissent, 151 meurent avant d’atteindre l’âge d’un an, contre une moyenne nationale de 39 pour mille.

L’Argentine noire

Dans notre pays, l’existence des africains fut niée historiquement, ou il a été prétendu qu’ils furent si peu numériquement qu’ils ont très vite disparu au 19ème siècle.

C’est que déclare Buffa, qui affirme que cette communauté a constitué une partie importante durant l’époque de la Colonie et que les centres les plus importants de l’Argentine furent Córdoba, Santiago del Estero, Tucumán et Buenos Aires.

Dans le cas de Córdoba, un ‘processus de blanchissement’, a été lancé à partir de la stigmatisation que cela signifiait d’être ou d’avoir été descendant d’esclave. Un fait qu’on a essayé d’occulter socialement, même dans la famille même”, indique-t-il. Dans le même temps, il rappelle qu’à l’Université Nationale de Córdoba, durant la colonie et même beaucoup de temps après la déclaration d’indépendance nationale, on exigeait la pureté du sang pour intégrer un lieu d’études ( casa de estudios ), situation qui a récemment changé avec la Réforme Universitaire de 1918.

Cependant, la forte présence africaine a laissé ses traces, surtout au sein de la population cordobaise en la que –selon l’historien – on observe de forts traits phénotypiques des afrodescendants. “Il se trouve que personne ne se reconnait comme afrodescendant, mais on peut le percevoir de façon claire: le cordobais typique a dans son sang une ascendance afro”, remarque-t-il.

Cela est dû en partie au fait que les communautés aborigènes étaient rares à Córdoba, et que la quantité d’esclaves dans la province durant l’époque de la colonie fut très importante, car ce territoire fonctionnait comme un centre du trafic des esclaves jusqu’à la zone de Potosí et du Chili. Mais de nombreux (esclaves) restaient ici, dans les congrégations religieuses qui en possédaient en grand nombre.

De même, les données sur la migration africaine récemment recueillies lors du dernier recensement national indiquent que Córdoba est la première province de l’intérieur ayant eu le plus grand nombre d’immigrants de cette origine, après la Capitale Fédérale et le conurbano bonaerense, alors que les autres provinces se trouvent loin derrière.

D’autre part, même si la race noire fut numériquement significative en Argentine, il est très difficile de savoir aujourd’hui ce qu’il en reste. “On pourrait réaliser une étude de type génétique, basé sur un échantillon de la population, pour savoir ceux qui ont des cadenas génétiques qui proviennent de la communauté afro; on pourrait de plus analyser d’autres facteurs, comme certaines maladies transmises par les communautés noires ”, indique-t-il.

Une avancée importante dans l’indentification des ces communautés dans les pays fut l’enquête pilote réalisée en 2005 dans deux quartiers (Montserrat, à Buenos Aires, et celui de Santa Rosa de Lima, à Santa Fe). Cette enquête a pu compter sur le soutien technique de l’INDEC et fut réalisé par l’Université Tres de Febrero, avec le soutien de plusieurs organisations non gouvernementales afrodescendantes. Au-delà des résultats de l’enquête, l’historien relève que l’important fut la possibilité

D’améliorer l’outil de recensement (elle a servi à analyser une série de questions par l’INDEC, en vue de les intégrer par la suite dans un sondage à venir). Par exemple, il a été recommandé de changer l’usage du terme afrodescendant, puisqu’il n’est pas compréhensible au sein de la population en général.

Actions de “visibilisation

Les innombrables problèmes auxquels font face les afrodescendants et le manque évident d’opportunités ont abouti à ce que , dans les dernières années , ce groupe a occupé le terrain social et politique, en élevant sa voix dans des conférences et des réunions internationales pour dénoncer leur situation de mise à l’écart et d’abandon.

Au niveau de la création d’espaces institutionnels supranationaux, la recherche conjointe de mesures menant à l’inclusion de ces groupes dans leurs sociétés respectives a connu un moment clé en 2003, avec la “1ère Rencontre de Parlementaires Afrodescendants des Amérique et de la Caraïbe” organisé à Brasilia. Mais le point culminant fut atteint en 2005, avec la création du Parlement Noir des Amériques (Parlamento Negro de las Américas) un forum des députés et des sénateurs qui cherchent à agir comme élément de pression dans les différents États de la région pour que soient appliquées de s politiques d’ensemble visant renverser la situation d’iniquité de ces communautés.

Un autre aspect que l’on considère important pour renverser la situation de ces communautés est la réalisation de recensements faisant référence au fait identitaire ou à la race, un instrument sur lequel des pays comme le Brésil, la Colombie, le Costa Rica et l’Équateur ont significativement avancé.

Même si, assurément, la concordance des critères pour pouvoir réaliser un échantillon fidèle de toute la région dans son ensemble fait défaut.

Les inégalités dans les différentes régions

Les études réalisées par Diego Buffa sur les communautés afrodescendantes mettent en évidence des niveaux importants d’inégalité sociale en termes de santé, d’éducation et d’économie dans toute l’Amérique Latine.

Infrastructure et politiques de santé. Les maladies les plus fréquentes qui les affectent sont liées aux conditions insalubres des endroits dans lesquels ils vivent; de plus, ils présentent des niveaux élevés de détérioration environnementale, l’usage des eaux polluées et le mauvais emplacement des déchets solides, ce qui finit par empirer significativement leur qualité de vie.

Chômage et sous-emploi.

Ils se manifestent de manière chronique sur une grande partie de la population économiquement active. Le secteur de l’emploi reste restreint, étroitement lié à des facteurs d’exclusion, produit de la discrimination et du faible niveau d’instruction à laquelle peut avoir accès la main d’œuvre afrodescendante. Ainsi, l’accès aux emplois qualifiés et aux meilleurs salaires leur est pratiquement interdit.

Éducation. Le taux d’analphabétisme au sein de la population afrocolombienne est supérieure à la moyenne nationale autant dans la région rurale (43% contre 23% au niveau national) qu’urbaine (20% contre 7.3% au niveau national). Sur cent jeunes afro colombiennes, deux reçoivent une éducation supérieure, en plus d’une infrastructure éducative insuffisante dans les régions ou la population noire a une plus grande présence dans le pays. Ce cadre situationnel, se répète avec quelques nuances dans le reste de l’Amérique Latine.

Sur le travail

Le travail sur “La situation économique et sociale de la population noire et des ces descendants en Amérique Latine: un état de la question” (Programme de Recherche des Études Africaines – Centre d’Études Avancées de l’Université nationale de Córdoba), fut exposé lors des journées sur les études de la population qui ont eu lieu la semaine dernière dans la ville cordobaise de Huerta Grande, sous l’égide de l’AEPA (Association d’Études de la Population Argentine) . À cette occasion, cette Association a inclus, pour la première fois une table ronde liée à la thématique des afrodescendants.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard

http://www.hoylauniversidad.unc.edu.ar/portada/notas/071106afrodescendientes.html

19 octobre 2007

Dr Andoni Castillo : "Les Garifuna sont des Africains purs"

Publié le 14 mai 2007

Des Africains asservis en provenance de la Sierra Leone furent amenés dans ces îles et y vivent encore, pour la plupart, dans le dénuement et ignorants de leur histoire.

Le Docteur Castillo a réussi à obtenir des informations sur les colonies Britanniques en Amérique Latine en consultant les Archives Nationales du Royaume-Uni. Il attribue la majorité des problèmes d'institutionnalisation du Racisme envers les afro descendants, aux idéologies Européennes de suprématie de la race blanche, comme le note le Groupe International pour les Droits des Minorités (MRG) dans son rapport.

Avant les années 1960, les Afro descendants n'avaient pas la possibilité d'aller à l'école.

Le Docteur reconnaît  le mérite de Marcus Garvey, Martin Luther King et Malcolm X d'avoir attiré l'attention du monde sur la situation critique des noirs d'Amérique latine.

"Après les années 1960 la porte  légèrement ouverte pour les Africains qui en Amérique latine " commente t-il.

Mais, elle devrait quand même s'ouvrir plus largement afin de répondre à la nécessité pour l'histoire Africaine de faire entièrement partie du système éducatif.

Il pense que cela peut se faire au travers de l'action conjointe des organisations situées aux Etats-Unis et en Europe  qui visent les réparations. Le docteur Castillo croit cependant que, malgré les appels lancés par Malcolm X à la fin de sa vie pour l'unité Panafricaine, les leaders afro Américains contemporains se focalisent sur leur propres expériences et ont tendance à oublier la souffrance de leur voisins afrodescendants. 

La première conférence des leaders afro descendants se tiendra les 15 et 16 juin prochains. A partir de la conférence, un comité chargé des réparations sera constitué et fera avancer le processus. Le NCOBRA (National Coalition Of Blacks for Réparations in America, Coalition Nationale des Noirs pour les Réparations en Amérique) des États-Unis et Coalition Panafricaine Chargée des Réparations localisée en Europe ont pour l'instant apporté leur soutien.

Le docteur Castillo qui est membre de la communauté des Garifuna insiste sur le fait que les Garifuna sont des descendants des Mandingues du Mali, en Afrique de l'ouest, qui migrèrent en Amérique du Sud en 1302, 200 ans avant Christophe Colomb.

Les Garifuna luttèrent pour s'affranchir de l'asservissement Britannique et Espagnol et préserver leurs liberté, leur langage et leur culture.

La présence des Africains aux Amériques est documentée dans le livre : They Came Before Columbus (Ils y étaient avant Colomb), du Dr Ivan Van Sertima.

Deux oeuvres du Docteur Castillo paraîtront bientôt avec pour thèmes centraux l'esclavage en Amérique latine et la communauté des Garifuna de Colombie sur lesquels il a passé ces dix dernières années à faire des recherches.

Il a indiqué à Black Britain  qu'une bonne partie de l'histoire que les Européens ont écrite sur les Garifuna est fausse et biaisée.

"Si vous lisez les histoires relatées par des auteurs Européens au sujet des [ origines des] Garifuna, elles nous décrivent comme des descendants d'un mélange des races d'Arawaks, Amérindiens et d'esclaves Africains. Ils nous considèrent comme des Caribe noirs qui vivaient dans les îles St Vincent aux caraïbes il y a 200 ans. Ceci n'est pas vrai du tout. Nous sommes des Africains purs".

Traduit de l'Anglais par Xavier Owono Mbarga

http://www.blackbritain.co.uk/feature/details.aspx?i=105&c=race&h=Afro+descendants+in+Latin+America+gearing+up+for+reparations+battle+after+centuries+of+oppression+under+white+supremacy

Deborah
Par Deborah Gabriel

08 octobre 2007

Tourisme sexuel à trois heures de Lima (I)

Vanessa Verástegui Ollé *

Une traduction de Guy Everard Mbarga

PARTIE II

"Le noir s’est fait couleur d’hiver. Faites connaissance avec les nouvelles vierges d’ El Carmen".[1]

Tel était le titre d’un hebdomadaire de Lima qui présentait une jeune afropéruvienne à sa une il y a environ trois ans. Il était annoncé qu’à l’intérieur de cette revue publiée le samedi, on trouverait les photos et un reportage sur sept jeunes filles ayant entre 14 et 17 ans, avec le sous-titre suivant :

"La région paysanne de Chincha expose ses jeunes princesses avec fierté".

À la une du journal évoqué et sur celles d’autres journaux, de même que dans certains médias télévisés, ont été répandues les fêtes traditionnelles célébrées dans ce district chinchano. Le style superficiel (light) des reportages met en évidence l’objectif qui est  de vendre l’image des femmes afropéruviennes comme étant des filles qui réunissent beauté et charme tout en vivant dans des   banlieues et des localités rurales pauvres de Chincha, et qui occasionnellement ont été découvertes dans des concours du genre des carnavals nègres. On essaye de vendre ainsi la beauté noire en en faisant le portrait de l’exotisme, la sensualité et la pauvreté.

La localité de El Carmen dans le district de Chincha est le principal foyer où se concentre le tourisme dans ces célébrations locales connues tel que le Festival Carnaval Negro (été), La Navidad Negra(Noëlle Nègre),  Virgen del Carmen (La Vierge de El Carmen) (16 juillet), Fiestas Patrias (28 et 29 juillet), Día de la canción criolla (Jour de la chanson créole )(31 octobre); Año Nuevo (Nouvel An) (31 décembre).

Les gens qui viennent à ces fêtes ou dans le centre même de Chincha proviennent en grande majorité des classes moyennes et haute de la capitale Lima et ils le font avec l’envie de sortir du cadre monotone et quotidien de la capitale. D’autres y viennent également pour connaître le folklore et la culture noire exprimés dans les danses, dans le plat traditionnel de "soupe sèche " (sopa seca) ou dans l’art du zapateo (claquettes) des plus petits enfants sur la place de El Carmen en échange de quelques pièces de monnaie.

Enfin, il y a ceux qui viennent visiter l’Hacienda de San José, transformé aujourd’hui en un hôtel comprenant des réminiscences du passé esclavagiste, avec des salles de châtiments et de caves d’où les marrons s’échappaient.

Les témoignages des jeunes Astrit, Juan Enrique , María del Carmen, Daniel Mauricio et de Héctor Luis évoquent les images de la région de Chincha comme un espace d’exotisme, de sensualité et de distraction :

À el Carmen, il y a toujours plus de fêtes, mais ce n’est pas toujours ainsi, ils viennent aussi pendant les week-ends, rencontrent quelqu’un, s’amusent, et ne viennent que pour quelque chose lié à cela. Ils s’imaginent que les femmes noires sont fougueuses. (Juan Enrique, 21 ans)

C’est vrai, quand il y a les fêtes. Ils viennent à Chincha et demandent dans quelle ville il y a des jolies femmes et on leur dit: à El Carmen, elles sont toutes chaudes. (Astrit Herrera Acevedo, 16 ans)

Je pense qu’ils viennent pour se divertir pendant les fêtes avec les filles…  pour ne pas passer une mauvaise journée. Tous ne viennent pas pour avoir des relations. Ils te sortent les bières et disparaissent : "je m’éclipse, j’ai déjà eu ma dose d’alcool, je m’en vais". J’ai déjà vu ça. Il y a aussi eu des cas ou il y a eu des relations. Comme le jour suivant, ils font comme si de rien n’était, je pense qu’ils le font pour s’amuser. " (María del Carmen Mercedes Ormeño, 21 ans)

La plupart vient avec des drogues, pour chercher à se divertir. Normalement, ils viennent pour se divertir, pour le sexe, sans plus. (Daniel Mauricio Sánchez Canales, 14 ans)

Je pense qu’ils viennent pour s’amuser, et des fois dans les fêtes, après les danses, chacun part avec un noir, car des fois, je m’en rend compte car des fois je vais dans les clubs. (Héctor Luis Jereda Zapata, 17 ans)

Parmi les touristes qui arrivent à cet endroit, certains entament le dialogue avec les jeunes filles et les jeunes hommes d’origine afrodescendante et après les danses et les bières, cela finit parfois par des relations sexuelles. À la fin des fêtes, les habitants de Lima retournent à la ville et les résidents des lieux restent dans leurs communautés -El Carmen, El Guayabo, San José ou d’autres …environs de Chincha- et reprennent leurs activités de la vie quotidienne comme si rien ne s’était passé. On désigne ce genre de comportement par l’expression tourisme sexuel et c’est le même qui se pratique à Cuba ou en Jamaïque, puisque des touristes européens blancs –hommes et femmes – viennent dans ces pays qui  dans leur imaginaire partagent le mythe de la sensualité des afrodescendants. On pourrait qualifier de tourisme sexuel de chosification d’un "Autre" sexualisé et racialisé[2] . Selon l’académicienne  Jacqueline Sánchez Taylor, les touristes qui voyagent dans ces lieux sont motivés par l’exotisation de l’ "Autre" naturel/primitif/natif".“ Le stéréotype raciste de la femme noire, exotique et érotique est également une image utilisée pour vendre le tourisme sexuel dans des pays comme la République Dominicaine et Cuba ”. [3]

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Les témoignages des jeunes Astrit,  Mercedes Ormeño et Juan Enrique répondent à cette chosification de l’ "Autre" sexualisé et racialisé  face à la question de savoir s’il avaient reçu un commentaire raciste à connotation sexuelle:

Cette noire a un beau derrière, on voit des choses comme ça à Lima  Je ne me sens ni bien ni mal, mais ça me fait un peu rire, dans la rue, les gens passent et te disent: Salut, comment ça va négresse …et ce sont des choses qui te touchent. Ça affecte d’autant plus que qu’on te le dit parce que tu as un beau corps. Ils disent : regarde cette fille noire. Si je n’avais pas ce corps, ou plutôt, si je n’étais pas noire ils ne me diraient pas ces choses, mais je suis fière d’être noire, mais ça me touche. (Astrit)

Oui, sur le corps, des trucs sur les fesses. Autrement dit, ils ne disent pas simplement que tu as un joli derrière, mais également ce qu’ils feraient avec ton derrière- (María Mercedes Ormeño)

Et quand tu danses, ta façon de bouger quand tu danses, c’est toujours ainsi, car tu bouges bien, et si tu es noire et que tu bouges bien, ou que tu es drôle, au lit ça doit être la même chose.  (Juan Enrique)

c’est le cas de certaines femmes, toutes ne viennent pas avec ce stéréotype. Un jour, au Bambú, dans un local, une fille a dit: ce gars noir a un si beau derrière et paf! Il a reçu une tape dessus. (Astrit )

Après sa réponse, on lui a demandé de décrire cette fille pour connaitre son apparence physique, et elle a indiqué:

Yeux verts, blanche, blonde.

Au Pérou, et particulièrement dans la zone de El Carmen, à Chincha, le tourisme sexuel est une réalité sociale que les jeunes de l’endroit assument difficilement. Certains des interviewés ont affirmé qu’ils ne connaissent pas l’expression tourisme sexuel; cependant, quand il s’est agi des relations entre les touristes et les jeunes femmes et jeunes hommes afropéruviens de la localité, ils ont fait montre d’une connaissance de cette problématique.

Lorsqu’on leur a demandé d’exposer les causes ou les raisons des pratiques du tourisme sexuel, les différentes positions faisaient débat entre les facteurs économiques et le racisme endogène existant dans l’imaginaire face au paradigme de l’amélioration de la race:

Savez-vous ce qui arrive?, ici il y a du racisme entre nous mêmes. Celui qui ne connaît pas racines, ses ancêtres, il veut purifier sa race,  je te le dis ainsi pour que tu me comprennes bien, Comment ils purifient leurs traits ?,  en étant avec un blanc, en restant avec un blanc. L’autre type de racisme est que deux noirs ne se mettent pas ensemble… C’est vrai, car on se méprise entre nous-mêmes.  Pour te dire, il y en a qui te disent, je ne suis pas noir je suis moreno,  je suis zamba (métisse noir – indien), blanche. ÀEl Carmen c’est très présent. (Mercedes del Carmen Ormeño Acevedo, 21 años)

J’imagine que améliorer la race est une chose, mais le facteur économique est une autre chose en plus de vouloir sortir d’ici, ce sont trois points qui influencent toujours, mais le plus important c’est d’améliorer la race…. À El Carmen, il n y a pas d’éducation, et face à cela, les noirs cherchent un blanc, entre guillemets, pour améliorer la race… Car les blancs leur ont également mis cette idée dans la tête, à coups de bâtons. On te dit que si tu es blanc, tu es une meilleure personne. Il y a un proverbe qui dit : Deux cochons ne vont pas ensemble, autrement dit , deux noirs ensemble, cela ne se peut pas. (Juan Enrique Robles Huertas, 21 ans)

Marfil Francke  et Verena Stolcke rapportent que l’idéologie de la pureté de la race et du sang a été adoptée par les  espagnols pour exercer la domination sur les femmes des groupes dominés: indigènes et esclaves, ainsi que le groupe ethnique, en général, des esclaves. La construction de stéréotypes sexuels est un exemple de la forme discursive de domination sur les groupes subalternes qui représentent aujourd’hui la population afro péruvienne. [4]

Comme l’ont indiqué Mirko Lauer et Marfil Francke, au Pérou, la population afrodescendante se trouve au bas de l’échelle sociale, avec de rares possibilités de dépassement personnel, professionnel et économique. Elle représente un groupe quantitatif moindre par rapport à la population métisse ou indigène et il n y a qu’une élite qui a pu sortir du bas de la pyramide de la structure sociale dans le pays (Lauer, 1977) [5].  Lauer indique que la base  de la pyramide est toujours de couleur et le sommet blanc, européen, occidental. À ce sujet, Marfil Francke soutient que  "le pouvoir change de mains, mais pas de couleur, il ne se dilue pas non plus dans une véritable démocratie. La domination se reproduit sous de nouvelles formes, mais ses axes structurels restent les mêmes."[6]

Cette affirmation apparait dans “Género, clase, etnia: la trenza de dominación” pour appuyer l’’argument de Denyz Cuche sur le patron hiérarchique aux 18ième et 19ième siècles selon lequel la classe patronale était blanche; la classe moyenne était métisse et la classe des travailleurs était noire.

Cela nous rappelle la réalité socioéconomique du groupe afropéruvien à Chincha, surtout à El Carmen et dans d’autres districts comme San José, El Guayabo et les communautés rurales et annexes les plus éloignées du centre de Chincha. Les jeunes afropéruviens de ces zones sont écartés du marché de l’emploi et sans perspectives de vie future ni de mobilité sociale.

Le pouvoir et la domination dans l’élaboration des discours et la connaissance de l’ "autre" sont abordés en partant de la théorie des études subalternes. Pour Homi K. Babba, par exemple, le stéréotype est une stratégie du discours colonial pour la construction de l’altérité (qualité de ce qui est autre), et une de ses caractéristiques est la fixité comme signe de la différence culturelle/historique/raciale. De plus, il indique que le stéréotype se caractérise par l’ambivalence, c’est-à-dire, d’une part, il stigmatise, catalogue l’ "autre" dans un cadre rigide, rendant évident le fait qu’il le connait, sans nécessité de prouver la véracité de la connaissance de l’ "autre" ou l’inconnu.[7] Et d’autre part, il assure sa répétition:

Le stéréotype… balance entre ce qui est toujours à sa place, qui est déjà connu et quelque chose qui doit être répété  impatiemment comme si la duplicité fondamentale de l’asiatique et  le permis sexuel bestial de l’africain qui n’ont pas besoin de preuves , ne pourraient jamais être démontrés dans le discours
[8]

Tourisme sexuel à trois heures de Lima, Pérou (II)

Vanessa Verástegui Ollé *

Une traduction de Guy Everard Mbarga



"Le noir s’est fait couleur d’hiver. Faites connaissance avec les nouvelles vierges d’ El Carmen".[1]

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Pour Homi Babba, la valeur du stéréotype réside dans  le schéma contradictoire entre le plaisir et le déplaisir,  entre la reconnaissance des différences et en même temps leur reniement. Le stéréotype appelle à la fixité et à la fantaisie, à la recherche de l’originalité, de l’essentialisme, de l’exotisme, de la pureté; il se retrouve cependant menacé par l’hétérogénéité, par les différences culturelles et raciales. Ainsi, le stéréotype détermine la fixité qui vise à établir les différences pour discriminer et marginaliser: “le stéréotype colonial produit le colonisé comme une réalité sociale qui est à la fois  “autre” et cependant entièrement connaissable et stéréotype visible[8]