Châtiments et punitions : de Zumbi à Gbagbo en passant Louverture et Aristide
Les justiciers du monde, par la voix de la Cour Pénale Internationale dirigée par un Argentin du nom de Moreno Ocampo (Certainement un descendant d’esclavagiste), ont encore frappé dans l’esprit des humains africains, afrodescendants ou non qui leur accordent une quelconque importance dans le cheminement de leurs destins.
Pourtant, il n y a rien de nouveau dans la déportation, forcée comme dans un passé pas si lointain, d’un digne fils de l’Afrique en la personne du dernier Président élu de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo (21ème siècle). Les dirigeants et élites occidentaux ne changent pas les méthodes gagnantes pour eux.
Dans les Amériques, la série Racines nous a par exemple montré comment le maître punisseur lacérait au fouet l’esclave rebelle, toujours devant les autres pour bien les tenir à carreaux. Sans compter ceux qui se faisaient lyncher, toujours pour que leur exemple de rébellion ne se répète pas. En Amérique Laine, les Makandal, Lemba, Zumbi (17ème siècle), Benkos Bioho après avoir résisté ont souvent fini en subissant le même sort. Le quilombo dos Palmares (Brésil) refuge de ses nègres marron dirigés par Zumbi, fut attaqué par de multiples expéditions portugaises et hollandaises pendant près d’un siècle.
À la fin du 18ème siècle (années 1790), le marron zambo (métisse Noir et amérindien) José Luis Chirino(Venezuela). lui fut jugé, et exécuté et son corps démembré exhibé à plusieurs endroits du pays Pareil pour le nègre-marron Sebastian Lemba à Saint Domingue, qui résista longtemps aux diverses attaques des espagnols esclavagistes voulant mettre fin à sa révolte. Ils finirent par lui couper la tête après l’avoir exécuté.
Haïti continue de même de subir la punition du monde occidental pour avoir été le premier pays en Amérique, longtemps avant les États-Unis, le Brésil et les autres à abolir l’esclavage après avoir réussi à chasser les esclavagistes en se soulevant. Peut-être que les châtiments quotidiens qui lui sont infligés sont à la mesure de son statut de mauvais exemple double : qui a montré la voie vers l’Indépendance aux pays colonisés d’Amérique Latine, et a permis aux toujours esclaves de l’ensemble du continent de savoir qu’il était possible de se libérer. Il est vrai, Internet n’existait pas, et l’information ne pouvait circuler autant qu’aujourd’hui, pour le bon plaisir des esclavagistes qui ne voulaient pas que cette nouvelle s’ébruite dans les mauvaises oreilles. Haïti depuis ce temps est isolé, mis de côté, comme le fut et le demeure dans une certaine mesure le Palenque de San Basilio, refuge de marrons noirs de Colombie.
Pareil en Afrique, comme au Cameroun avec les exécutions par l’administration coloniale allemande pour “trahison” des Martin Paul Samba (fusillé), Ernest Ouandie ou encore Douala Manga Bell (pendu) qui se sont faites en public pour que chaque ‘indigène’ comprenne le message. Les sorts finaux qu’ont connus par la suite Patrice Lumumba ou Thomas Sankara n’ont rien de différents.
Aujourd’hui, paradoxalement, alors que l’on pouvait justement se réjouir que l’information qui circule trop vite permette de retenir les puissances occidentales dans la perpétration de leurs forfaits, on assiste pourtant en mondovision à des actes que l’on ne pouvait que très souvent deviner dans le passé. Comme si la stratégie autrefois gagnante des exécutions et humiliations publiques des rebelles, qui servait localement à intimider les autres soumis et la très faible circulation de l’information qui empêchait en quelque sorte que les ‘mauvaises’ personnes soient au courant, s’était muée aujourd’hui en une nouvelle (stratégie) contraire mais toujours aussi gagnante.
Désormais, tous les apprentis rebelles et révoltés africains et afrodescendants peuvent voir ce qui les attend en direct, en instantané. Pas besoin d’attendre 20 ou 50 ans pour savoir, dans les cas de Laurent Gbagbo ou Kadhafi comme ce fut pour Lumumba ou pour d’autres. Les leaders africains, les noirs savent ce qui les attend tout de suite s’ils osent broncher.
Rien de nouveau sous le soleil donc. Les civilisés qui veulent cimenter les autres cultures dans leur passé qu’ils disaient barbare aiment bien les coutumes et cultures venues d’un autre temps.
Comme avec la déportation de Laurent Gbagbo, ou celle plus lointaine d’Aristide (20ème siècle), et encore plus lointaine de Toussaint Louverture (19ème siècle) en Haïti, du Nègre Marron Bayano (Panama). Sans parler des millions d’esclaves arrachés à leurs terres. Comme si la modernité matérielle, scientifique n’amène pas à changer, à moderniser aussi la mentalité.
Le fait donc que Laurent Gbagbo (21ème siècle) se retrouve au Tribunal de la Haye pour être jugé par ceux qui s’arrogent le droit de punir tout en restant impunis, peut certes nous émouvoir. Mais il faut rester lucide et laisser ceux qui croient nous tromper se convaincre, par tous les moyens et tous seuls de leurs propres mensonges. Comme les acteurs d’une pièce théâtrale hideuse et surtout de très mauvaise qualité, dont nous africains et afrodescendants principalement, sommes depuis bien longtemps les spectateurs forcés, obligés de payer au prix de nos vies, du racisme, de la discrimination, des humiliations, des préjugés, des déportations, des jugements par les coupables et j’en passe.
La conscience des réalités et la rébellion non plus ne se sont jamais arrêtés, d’autant plus que pour chacun des héros cités plus haut, en Afrique ou en Amérique, l’essentiel, le message adressé aux africains, se trouve évidemment dans la grande partie de leurs vies/destins, qui ont précédé les éloignements, les déportations, les faux jugements ou leurs éliminations physiques, en direct ou en différé.
Écrit par Guy Everard Mbarga
Côte d’Ivoire et Afrique : leçons à tirer et devoirs à faire
Le long coup d’État que la France vient d’achever de perpétrer contre le Président de Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo n’est qu’un nouvel épisode dans la situation politique exécrable que connaît ce pays depuis le décès de son premier chef d’État Houphouët Boigny. Au-delà des manifestations de partisanneries obligées auxquelles de nombreux africains se sont pliés après les élections de novembre dernier, on peut espérer que cela sera utile pour tout un chacun, du point de vue de la réflexion, mais surtout de nos propres actions.
On a pu constater que les africains ne sont pas unanimes, mais peuvent débattre, même avec la passion démesurée qui veut convaincre ces autres parfois calés sur leurs positions et bouchés à tout argument adverse. Pour en venir à l’essentiel, je suis de ceux, rares peut-être, qui malgré leur infaillible soutien et une immense tristesse pour le Président Laurent Gbagbo se réjouissent en quelque sorte d’une telle issue pour lui, même si elle n'est pas définitive, parce qu'elle lui enlève une charge trop lourde pour un seul homme, fut-il un héros. Et malgré la justesse de son combat.
J'aime souvent rappeler l'inconséquence, toute humaine, de chaque africain qui l'amène à sembler bien connaitre les problèmes du continent et ses solutions, à se lamenter, mais à ne pas tirer les conséquences et surtout à ne jamais faire ses propres devoirs.
Ainsi, tout le monde sait qu'en Afrique francophone notamment, nos chefs d'États et leurs gouvernements sont des pantins qui ne se soucient fondamentalement que des intérêts de puissances et de firmes occidentales. Quand on voit les moyens colossaux utilisés par ces derniers avec l'aide des sous-traitants chargés de nous endormir comme l'ONU (Onuci en Côte d'Ivoire) et l’armée Française chargée de nous tuer, il est évident que les choses ne changeront pas de sitôt.
À moins que l'on cesse de totalement de laisser reposer nos destins sur les sommets de nos États. Et c'est en ce sens que tous ceux qui considèrent Laurent Gbagbo comme un héros qui s’est battu pour une plus grande indépendance de l’Afrique, un Panafricaniste, devraient se dire que ne pèsera plus enfin sur ses seules épaules le poids de cette tache ardue. Et que si l’on veut, chacun de nous, anonymes individus, prendra enfin le relais et donc ses responsabilités propres dans ce combat qui se poursuit.
S’il en est ainsi, les africains doivent arrêter de focaliser sur les dirigeants, notamment les chefs d'États, en pensant que ce sont eux qui vont sortir l'Afrique de sa situation d'esclavagisme-dépendance. Surtout que l’Histoire nous démontre clairement le contraire.
J’ai la ferme conviction que la solution se trouve en chacun des africains, individuellement, mais aussi en groupe, ensemble, qui doivent se dépasser. Parce que, que l'on soit un Senghor, un Boigny, un Biya, un Diouf, un Ouattara, un Éyadéma, un Bongo ou un Compaoré officiellement adoubé par la France et les multinationales occidentales, ou un Sankara, Mugabe, Lumumba, Biko, ou Gbagbo honnis par ces puissances, le résultat est le même pour les populations africaines.
Nous contenter d’accuser nos chefs d'État et autres autorités, c'est souvent nous décharger de toute responsabilité personnelle. On leur ''donne'' tant de pouvoir, en préparant ainsi nos propres déceptions. Donner le pouvoir signifie ici que l'on se convainc qu'ils sont les seuls à pouvoir décider du destin de nos pays, et en tant qu'individus, la plupart d'entre nous se complaisent alors dans l'attentisme et se contentent du peu qu'ils peuvent recevoir du gouvernement, de l'État, des dirigeants. Mais quand on voit la pression que ces derniers subissent des puissances occidentales, si on continue d'abandonner nos destins de nations entre leur ''pouvoir'', je le répète, rien ne changera, véritablement au rythme que l'on souhaite.
Il serait judicieux de penser, même si cela semble illusoire, à prendre chacun un peu de pouvoir symbolique que l'on délaisse habituellement et depuis toujours aux chefs d'États et dirigeants, et à croire en nos propres capacités à bouleverser, et même à révolutionner le destin qu'on nous promet éternellement maudit.
Le rôle de "messie" ou de "Dieu tout puissant" accordé à nos dirigeants est certainement lié à l'organisation familiale en Afrique, notamment du point de vue du rôle central du père. Ce dernier est le guide, oriente la vie de la famille. On sait pourtant que le père est souvent loin des enfants par exemple, et ne sait pas nécessairement ce qui est bien pour eux. Les enfants ont rarement droit à la parole, le père est un être à part, ou alors auquel on porte un respect parfois démesuré. Tout le monde compte aussi sur lui pour trouver toutes les solutions. Et pour le père, c’est à la fois une fierté, mais aussi une difficulté, car la tâche peut-être ardue. Le père a un pouvoir, une responsabilité qu’il n’a peut-être pas demandé, qui lui est due et il ne sait pas toujours quoi en faire. Et ce schéma familial se répète au niveau des États. Bien sûr, il y a beaucoup plus de pères en Afrique qui font leurs devoirs que de chefs d’États et dirigeants.
Il faut donc mettre fin à l’attentisme déresponsabilisant des populations, en les amenant à se rendre compte de leur pouvoir, de leurs capacités - gâchées dans l’attitude du spectateur de leurs vies - et du fait que chaque individu ou chaque groupe d’individus anonymes peuvent devenir des bâtisseurs du développement de leur pays, et peut-être servir d’exemple aux politiques, leur montrer la voie en inversant en quelque sorte les rôles.
Chaque africain doit comprendre qu'il a le pouvoir de devenir un leader plutôt que d’attendre des Obama, Nkrumah, Sankara, Lumumba , Gbagbo, qui ne leur donneront que de l’espérance, cette unique denrée abondamment répandue dans les esprits sur notre continent depuis des siècles, pourtant peu pourvoyeuse de progrès.
Par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
Univers musicaux des afrodescendants du 17-19 ème siècles et Démocratie Culturelle (FIN)
Par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
INFLUENCES –LIENS - IMPACTS
Si les contextes ont dicté et influencé dans le fond et la forme les univers musicaux des afrodescendants en Amérique Latine et dans les Caraïbes, le processus inverse fut également vrai.
1 - INFLUENCES ET IMPACTS DANS LE TEMPS
Continuité de la culture africaine
Nous avons pu constater tout au long de cet exposé que la culture africaine, à travers les univers musicaux créés par les esclaves et leur descendance en Amérique Latine et dans les Caraïbes, était partout présente, même diluée par d’autres manifestations non africaines.
On peut suggérer que les résistances des cultures africaines, menées par les esclaves africains et leurs descendants dans les Amériques, ont permis qu’elles impactent en les irradiant fortement dans le temps, et de manière répétitive, les différentes époques, y compris celle que nous vivons. Cela renvoie à la notion de « continuité de la culture africaine » chère notamment à l’anthropologue et historienne afroaméricaine Sheila Walker. Nous proposons trois temps principaux pour marquer les étapes de réalisation de cette continuité culturelle :
1- Rupture géographique du 17ème au 18ème siècle, période principale de la mise en esclavage avec les enlèvements des africains,
2- Reconstruction, affirmation et maintien du lien identitaire et culturel pendant l’esclavage en Amérique jusqu’aux abolitions en fin du 19ème siècle,
3- Confirmation et consolidation depuis lors de cette continuité culturelle jusqu’à nos jours.
Même s’ils ne formalisent pas ces trois temps de la réalisation de la continuité culturelle de l’Afrique, Samuel A. Floyd Jr. et Néstor Emiro Gómez Ramos y font allusion dans l’article La música negra del círculo caribeño :
« Aux débuts de la diaspora africaine, les mythes et rituels que les africains esclavisés amenèrent avec eux dans les Amériques servirent de connexion avec leurs anciennes religions. Dans les Amériques, les africains transformèrent ces pratiques en de nouvelles formes chargées d’une nouvelle richesse culturelle et une puissante esthétique fonctionnelle. Par conséquent, une forte continuité existait entre les originaires de l’Afrique et-les genres musicaux influencés par cette région étendue –une continuité perpétuée par la cosmologie africaine qui dans certains cas, avec le temps, perdait sa valeur fonctionnelle, mais conservait son résidu esthétique». [1].
Un exemple de cette continuité culturelle est visible dans la présence d’éléments africains des carnavals actuels, sources de revenus touristiques immenses pour de nombreux pays d’Amérique Latine et surtout des Caraïbes. Les esclaves africains et leurs descendants les ont ainsi imprégnés d’un grand nombre d’éléments d’origine africaine, comme les rythmes des tambours africains, les grands pantins, les bâtons de combat, les danseurs sur échasse ou les anciennes traditions africaines consistant à faire le tour des villages en costume et en masques évoqués dans divers documents. Selon les croyances, cette pratique apportait la chance, aidait à résoudre les problèmes, et à calmer les parents qui étaient décédés en colère.
Les traditions de Carnaval ont également emprunté à la tradition africaine consistant à assembler des objets naturels (os, herbes, perles, coquillage, étoffe) pour créer une sculpture, un masque ou un costume, dans lequel chaque objet ou chaque combinaison d’objets représente une certaine idée ou une force spirituelle.
Les plumes étaient fréquemment utilisées par les Africains dans leur patrie sur des masques et des coiffures comme symbole de leur capacité en tant qu’Humains à s’élever au dessus des problèmes, des douleurs, des déchirements, de la maladie, de voyager dans un autre monde pour renaitre et grandir spirituellement. Aujourd'hui, on peut voir les plumes utilisées de nombreuses manières et à de nombreuses occasions dans la création de costumes de carnaval.
Enfin, notons que la continuité de la culture africaine n’est pas cloisonnée dans une discipline. Rappelons simplement ici que les éléments composant la définition du courant littéraire dénommé « afroréalisme » apparu au 20ème siècle, tels que énumérés par Quince Duncan, nous ont servi dans notre description qualificative et qualitative des univers musicaux et de danses crées par les esclaves et leurs descendants entre le 17ème et le 19ème siècle.
2- QUELQUES INFLUENCES ET IMPACTS DANS L’ESPACE
Pour commencer, nous proposons une formalisation générale des processus d’évolutions des univers musicaux créées par les esclaves et leurs descendants, en fonction de leur présence et de leur cheminement dans les sociétés nationales. Il s’agit de faire ressortir leur caractère local, régional, national ou international acquis avec le temps.
Notons que ce processus d’évolution se confond avec le processus de syncrétisation des univers musicaux proposés précédemment. En s’appropriant des éléments des univers musicaux européens et amérindiens dans le processus de syncrétisation, les univers musicaux des esclaves africains et de leurs descendants ont facilité en même temps leur pénétration dans l’ensemble de la société. Ainsi on aura trois possibilités de base.
-a – Exclusivité des univers musicaux et de danse qui sont demeurés restreints au niveau géographique dans une région, ou exclusivement dans la communauté afrodescendante locale, régionale ou nationale et que l’on écoute, produit, apprécie, manifeste exclusivement dans des milieux afros, l’influence principale de la création reste afro.
b - Partage - Appropriation – adaptation – les univers musicaux qui se sont régionalisés ou nationalisés, sortant de leur communauté de création afro, ou du monde afro, pour envahir d’autres communautés, d’autres sphères ethniques, sociales et géographiques. Dans le même cadre on classe les univers musicaux empruntés à d’autres groupes ethniques (amérindiens ou européens). Il y a une appropriation, une adaptation des musiques et des danses des autochtones et des colons européens.
c-Universalisation : À ce niveau, il s’agit des univers musicaux qui sortent totalement de l’influence des communautés afrodescendantes qui l’ont créé. Ils ont subi un mouvement partant de leurs créateurs chez lesquels ils sont populaires, avant de se répandre dans les couches de société populaire, et même de la haute société, au point de devenir une danse, ou une musique que l’on associe peu ou prou aux afrodescendants. Ce phénomène se produit même dans les régions ou les afrodescendants sont très minoritaires. Bien sûr, les éléments caractéristiques africains sont souvent moins présents.
Impacts socioculturels et économiques
Certaines destinations locales, régionales ou nationales en Amérique Latine et dans les Caraïbes se vendent principalement ou en grande partie grâce aux manifestations culturelles des afrodescendants, notamment les univers musicaux et de danse, intégrés dans des circuits touristiques. Pensons à la ville de Bahia au Brésil et aux carnavals dont nous avons parlé.
Des nations entières se confondent avec des univers de musique et de danse créés par les afrodescendants principalement durant la période de l’esclavage ou par la suite, même lorsque ceux-ci sont des minorités.
Aux niveaux nationaux d’abord, ces univers afros ont toujours imprégné la culture de chacune des nations dans lesquelles ils se sont développés. Mais très souvent aussi, ils deviennent universels. Pour illustrer cela, prenons les exemples de la cumbia, du candombe et du tango.
Universalisation de la cumbia
Dans un article de Juillet 2009 intitulé La revanche de la cumbia, François-Xavier Gomez témoigne de la popularité de ce rythme afrocolombien. Dans son introduction, il indique :
"La cumbia, rythme afrocolombien, mélangée à l’électro, est en train d’envahir les pistes de danse un peu partout sur la planète". [2] Il explique ensuite de quelle manière cette musique a migré de la communauté afrocolombienne vers la Colombie entière, puis vers certains pays d’Amérique Latine, avant d’arriver en Europe du nord notamment.
Impact du tango dans la société argentine.
Si l’on prend exemple du Tango, créé par des noirs argentins vers la fin du 19ième siècle, on s’aperçoit du chemin parcouru au point de devenir le symbole de ce pays où les politiciens autrefois ont tout fait pour effacer la présence noire dans leur pays. Un texte récemment (2009) écrit par Ariel Palacios relate la dimension qu’ont prise cette musique et cette danse d’origine afroargentine :
"Le mot tango est peut-être le mot le plus associé à l'Argentine sur la planète. La crise économique de décembre 2001 fut appelée "l’effet Tango" par la presse mondiale. Le caractère fataliste et pessimiste que beaucoup d'Argentins au quotidien, attribuent à la politique, l'économie et à leurs vies personnelles est également "un tango".[3]
Le Candombe Afrouruguayen inscrit au Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité
Une autre preuve de l'impact des univers musicaux créés par les afrodescendants, descendants d’esclaves africains est perçue dans les multiples reconnaissances faites notamment par l'Unesco. En Octobre 2009, une dépêche de l’AFP annonçait ainsi l’entrée du Candombé au Patrimoine Mondial de l’Unesco :
« Le Candombé, musique au rythme vivant d’origine africaine qui est arrivée sur le port de Montevideo, au XVIIIe siècle, a été déclaré mercredi Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité par un comité de l'UNESCO réuni à Abou Dhabi, a appris l'AFP de sources de cette organisation […]».
Compte tenu de l’évolution de ces musiques et danses, qui sont soient restées strictement dans le giron des communautés afrodescendantes ou qui, à l’extrême, ont été apprivoisées par d’autres cultures, notamment européennes, la question de leur originalité peut se poser.
3- QUELQUES CONSÉQUENCES
Même si on a toujours reconnu dans leur pays la contribution culturelle immense des esclaves et de leurs descendants¸ cette reconnaissance a entrainé des conséquences néfastes multiples parmi lesquelles la folklorisation, l’exploitation extérieure de leurs patrimoines et une marginalisation et une discrimination de ces populations.
3-1 -Folklorisation des univers musicaux et de danses d’origines africaines
Comme on a pu le voir, les colons-esclavagistes ont sans cesse essayé d’interdire, de contrôler les manifestations culturelles d’origine africaine pour diverses raisons et prétextes. Ils ont par la suite réussi à atténuer leur force avec le temps, en les folklorisant, en les banalisant, en les désafricanisant, de manière à leur enlever la force politique dont elles regorgeaient.
Il faut noter que le processus de folklorisation comportait à la fois des points négatifs surtout pour les afrodescendants, mais aussi des éléments positifs pour les nations, comme par exemple l’exploitation touristique de ces héritages culturels, qui profite aux états et à quelques grandes compagnies.
Indiquons de plus que les communautés d’esclaves et leurs descendants ont contribué, avec le temps, à cette folklorisation, puisqu’ils ont accepté, par contrainte des contextes, mais aussi par choix, d’intégrer des éléments non africains. La négativité ne provient évidemment pas en soi, de cette ouverture, mais des conséquences qui en ont découlé.
3-2 -Appropriation et exploitation extérieure
Lorsqu’un élément culturel comme la langue ou la musique est adopté par une culture étrangère externe, les conséquences ne sont pas que positives. Pour le pourvoyeur, il y a certes la fierté de faire partager sa création, mais il y a aussi le risque que le receveur la travestisse.
Nous avons évoqué plus haut le cas du candombe qui a donné naissance à la milonga en Argentine. On a alors constaté au bout de ce processus une dénaturation et la perte d’un élément caractéristique des musiques africaines (ici la polyrythmie) qui se reproduisent pour toutes les musiques d’origines africaines ou afrodescendantes qui ont suivi pareille évolution.
Du point de vue économique, on constate que très souvent, ce sont des membres de communautés non afrodescendantes qui les ont créés qui en profitent. Malgré la reconnaissance universelle de leurs patrimoines, qui ont souvent été créés et développés par des communautés entières, ils ne sont rentables aujourd’hui que pour un petit nombre, souvent étranger à la communauté.
Notons ici que le succès économique des univers musicaux créés par les esclaves et leurs descendants se produit très souvent lorsqu’il sort du contexte afrodescendant. Syncrétiques à cause du contexte mais aussi des choix d’ajout et d’appropriation d’éléments non africains par les esclaves, ils intègrent avec le temps des éléments européens et autres qui les rendent universels.
Comme on l’a vu, leurs univers musicaux étaient rejetés car ils représentaient pour la société esclavagiste des pratiques barbares. On constate cependant qu’ils ont été progressivement adoptés dans les milieux des colons, notamment lorsque des éléments des cultures européennes y étaient intégrés de manière plus importante. Un peu comme si avec le temps, ils sont devenus plus civilisés à leurs yeux.
Le parallèle peut être fait avec les musiques d’Afrique, qui pour obtenir un succès international doivent intégrer les éléments qui les rendent mondiales et leur permettent d’entrer dans la catégorie « world music ».
3-3 – Source de discriminations et de marginalisation
Au fil du temps, l’immense force créative culturelle des communautés afrodescendantes a une conséquence paradoxalement négative dans leurs situations sociales, puisqu’on les cantonne dans ce domaine. De nos jours et depuis des siècles, dans toute l’Amérique Latine et très souvent dans les Caraïbes, l’image des noirs est associée à la musique, à la danse et aux sports.
Dans son article intitulé Afroamérica, l’écrivain uruguayen Jorge Majfud indique que
«En Uruguay, par exemple, le candombe et le carnaval ont toujours été identifiés avec les hommes et les femmes noirs. Les deux sont des expressions légitimes et précieuses de notre pays, mais ce genre de spécialisation ethnique contribue également à promouvoir un stéréotype […]. » [4]
Il poursuit en décrivant la discrimination découlant de cette spécialisation à effet stéréotypant :
«Dans mon pays, l’idée monothématique d’un homme noir jouant au tambour et d’une femme noire qui danse à demi nue, comme objet sexuel de consommation interne et pour l’exportation, contribue à restreindre […] la potentialité de la population noire qui ne se présente pas elle-même ainsi, et qui n’est pas vue par les autres comme un acteur dans d’autres sphères de la société.»[5]
Ils ont donc toujours été écartés des véritables pouvoirs, politique et économique. Et même si la force créatrice multidisciplinaire des afrodescendants a toujours joué un rôle politique de libération, elle a rarement pu se déployer dans le domaine politique au point de permettre aux afrodescendants, notamment en Amérique Latine, minoritaires ou non sur leurs territoires, d’occuper des positions de pouvoirs importants en proportion de leurs poids démographiques.
S’ils ont su imprégner le reste des populations des territoires sur lesquels ils se sont retrouvés suite à l’esclavage, tout cela a rarement eu des conséquences positives dans l’acquisition de pouvoirs politique et économique qui leur auraient permis de définir leur avenir, d’avoir un agenda qu’ils auraient pu suivre dans le rythme qu’ils souhaitent, et qui n’auraint pas dépendu de la volonté des autres, même si souvent contrainte par la force de résistance des descendants des esclaves africains manifestée dans leurs cultures.
Signalons enfin la discrimination religieuse actuelle, très fréquente par exemple au Brésil encore de nos jours, et dont souffrent les religions de matrice africaine dans toutes les Amériques et les Caraïbes. Ce phénomène est récurrent depuis la rencontre avec les européens et leurs descendants. Il suffit de voir avec quel succès le vaudou a été décri de manière négative par les réalisateurs d’Hollywood au point où même certains haïtiens s’en détournent de plus en plus.
CONCLUSION
L’objet de ce travail a été de présenter les univers musicaux créés par les esclaves africains et leurs descendants dans les Amériques et les Caraïbes durant l’essentiel de la période de l’esclavage. Nous avons présenté les contextes et environnements dans lesquels se sont déployés ces univers, car ces derniers influencent la création, y compris le contexte de la création lui-même. Par la suite, nous avons ressorti les principales caractéristiques fortes des ces univers musicaux et de danse.
On a pu alors constater que dans leur ensemble, elles ont pour fondement essentiel la notion de démocratie culturelle. Nous suggérons que compte tenu du fait que l’on retrouve cette notion dans les univers musicaux et de danses créés par les esclaves et leurs descendants, et compte tenu ensuite du fait que ces univers crées étaient présents et constituaient même l’essentiel de l’ensemble des manifestations de leurs vies et de leurs vies jusqu’à la mort, elle (la démocratie culturelle) constitue non seulement une réalité propre à ces esclaves et à leurs descendants de nos jours, mais elle est également une réalité fondamentale de l’Afrique actuelle et ancestrale, compte tenu notamment de la continuité culturelle qui unit ces apparentes solitudes géographiques et parfois historiques, dans le cadre d’un universel nègre africain.
Nous avons enfin pu constater de quelle manière, les esclaves africains et leurs descendants ont à leur tour influencé, impacté, imprégné leur nouveau territoire, dans le temps, dans l’espace, avec force. Nous avons constaté aussi les revers de cette immense irradiation culturelle
Et au-vu de ces constats précédents, on ne saurait manquer de relever la possibilité, la nécessité, pour les mondes noirs, africains et de la diaspora africaine d’aller étudier les structures caractéristiques de ces musiques redéployées, créées, réinventées par les afrodescendants des Amériques et des Caraïbes pour redéfinir et réorienter leur destin, dans un monde que l’on dit devenu planétaire.
Propres aux univers musicaux et de danse des esclaves africains et de leurs descendants entre le 17ème et le 19ème siècle au-delà de la musique, du chant et de la danse, la malléabilité, la participation communautaire, la place laissée à l’improvisation, la structure dialogique omniprésente, l’humilité conférée par la satire, l’ancrage à toutes les manifestations de la vie et l’ouverture choisie aux univers européens et amérindiens démontrent le caractère séculaire de la démocratie, de la liberté à l’africaine, différente de la vision qu’on impose notamment de nos jours aux États-Africains des points de vue politique notamment.
Bibliographie
1 - Alberto Degan -“La danza de amor” - http://www.combonianos.org.co/pastoral_afro.html
2 - Carlos Sempat Assadourian - Modos de producción en América Latina – Siglo xxi Editores Argentina
3, 4 - La mujer afrocolombiana participo en la construction de una identitdad naciona l
5 – Centro de Pastoral Afrocolombiana – Nueva Historia –Organizacion et resistencia
6- History of Music in Barbados - http://www.bajanfuhlife.com/cropover/music_of_barbados.html
7 – Georges Andrew Reid - Afro-Latin America 1800-2000 - OxfordUniversity Press
8 - Mabel Alicia Crego - “Negras y Mulatas en Buenos Aires Colonial"-
9, 16 - Luciano Agra -A música afro-brasileira como representação ...–http://www.webartigos.com/articles/56252/1/A-MUSICA-AFRO-BRASILEIRA-COMO-REPRESENTACAO-DA-CULTURA-ESCRAVOCRATA-NO-PERIODO-COLONIAL-SECULO-XVI--XIX-UMA-ABORDAGEM-VIAVEL-NO-ENSINO-DE-HISTORIA/pagina1.html
10, 24 - Samuel A. Floyd Jr.-Nestor Emiro Gomez Ramos - La música negra del círculo caribeño
11- Jaime Arocha - Los negros expertos en el Bricolaje- Universidad Nacional de Colombia
12-Juan De Marcos González – Entrevue dans La Opinion de Murcia
13, 15, 17 - Fabio Sambartolomeo - Sonidos, ecos y resonancias del Océano- Revista Quilombo 30
http://www.revistaquilombo.com.ar/revistas/30/q30.htm
14 - Paula Inés Picarel : El gesto de la danza afro, Revista Quilombo -
18 - IX Encuentro de Pastoral Afroamericana - La mujer negra en Colombia –Historia de la mujer negra desde su llegada a America - http://axe-cali.tripod.com/memorias12epa/mujer-negra-colombia.htm
19 – Jake Gold - Paranda - http://www.afropop.org/explore/style_info/ID/141/Paranda/
20 - Garry Leech - Africa in Colombia: The First Free Black Community in the Americas Continues Its Struggle – London Progressive Journal
21 - Quince Duncan - El Afrorealismo, una dimensión nueva de la literatura latinoamericana
http://collaborations.denison.edu/istmo/n10/articulos/afrorealismo.html
22- Rubén Carámbula - El Candombe, Ediciones Del Sol
25- François-Xavier Gomez - La revanche de la cumbia – Journal Libération
http://www.liberation.fr/monde/0101577419-la-revanche-de-la-cumbia
26 - Ariel Palacios - Tango, una forma de caminhar pela vida
http://blogs.estadao.com.br/ariel-palacios/uma-forma-de-caminhar-pela-vida/
27,28 - Jorge Majfud – Afroamérica - http://www.majfud.50megs.com/afroamerica.htm
[1] http://www.herencialatina.com/Musica_Negra_Caribe/Texto.htm - Paragr. 4, lignes 7-11
[3] http://blogs.estadao.com.br/ariel-palacios/uma-forma-de-caminhar-pela-vida/- Tango, uma forma de caminhar pela vida - Paragr. 7
[4] http://www.majfud.50megs.com/afroamerica.htm - Afroamérica - Paragr.1
[5] http://www.majfud.50megs.com/afroamerica.htm - Afroamérica - Paragr. 3
Introduction : Univers musicaux des afrodescendants du 17-19 ème siècles et Démocratie Culturelle
Par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
INTRODUCTION : Danser la nouvelle naissance
«Danser la nouvelle naissance
Un musicologue Michel Marie Dufeil disait : « Si l’Afrique est morte, c’était pour donner naissance à quelque chose de nouveau, pour danser la nouvelle naissance. Parce que, la musique africaine, assassinée par le colonialisme, renaquit de ses cendres en Amérique et en Europe”. Mourir pour danser la nouvelle naissance : c’est ainsi que le peuple afroaméricain a reconstruit son identité. Telle fut la seule manière pour la voix de l’Afrique de survivre et de se développer en Amérique: en redéfinissant sa propre identité. » [1]
L’esclavage des africains noirs dans les Amériques avait pour but de les asservir, de les réduire à l’état d’outils, d’animaux, sans droits, et de les faire travailler dans des conditions infrahumaines, pour tirer un profit permettant d’accumuler d’énormes ressources financières.
Sa cruauté et les conditions de vie qui ont suivi son abolition progressive ne laissaient pas envisager la possibilité d’une quelconque manifestation de créativité sociale et culturelle de la part de ces « sous-hommes ». Pourtant, plusieurs siècles après le début de ce crime suprême contre l’humanité, on peut encore vérifier, comme témoins, l’empreinte indélébile qu’ils ont laissée dans les Amériques et les Caraïbes.
NOUVEAUX CONTEXTES ET ENVIRONNEMENTS
Les changements de contextes et d’environnements subis par les esclaves africains vont entrainer et influencer leur reconstruction culturelle, spirituelle et sociopolitique.
1 -UN NOUVEAU TERRITOIRE : DE LA LIBERTÉ À L’ESCLAVAGE
L’un des premiers événements véritablement bouleversant que vivait un esclave était le départ forcé de l’Afrique pour les Amériques, après la traversée du Passage du Milieu. Ce changement de territoire signifiait aussi le passage de la liberté à l’esclavage.
Personne n’ayant vécu l’esclavage directement ne peut imaginer l’état psychologique de personnes subitement et brutalement éloignées de leurs proches, de leur communauté, arrachées à leurs vies quotidiennes. D’où l’importance de souligner le contexte psychosomatique difficile, qui allait dans les cas extrêmes se manifester par le banzo, une forme de mélancolie extrême qui pouvait aller jusqu’au suicide, l’esclave se laissant mourir, pour obtenir la liberté finale.
2- CONTEXTES SOCIOÉCONOMIQUE, POLITIQUE ET JURIDIQUE
L’africain qui devenait esclave se retrouvait au bas de la pyramide sociale en Amérique. Du point de vue économique, les esclaves pourtant méprisés étaient paradoxalement la pierre angulaire de la prospérité des colons en Amérique, mais aussi en partie de toute l’Europe qui profitait largement de la traite négrière. Un contexte économique et juridique, qui se résume parfaitement dans l'extrait suivant tiré de Modos de producción en América Latina de Carlos Sempat Assadourian :
"L’esclave comme marchandise et comme capital
«[…]l’esclave-travailleur, dont la nature "porte en elle même le fait que son acheteur le fait non seulement travailler chaque jour de nouveau, mais lui fournit de plus les moyens de subsistance lui permettant de travailler continuellement" […] Acheté par le planteur comme une bête de charge ou un outil, l’esclave est considéré par celui-ci comme une partie intégrante des instruments de production, du même type qu’un bœuf ou qu’une houe "comme un simple accessoire de la terre ». [2]
Dans ce contexte, la condition de la femme esclave était pire. Sa maternité lui était quasiment interdite, et comme pour les hommes, elle n’avait pas le droit de véritablement fonder une famille.
À ce sujet, l’article intitulé La mujer afrocolombiana participo en la construccion de una identidad nacional relève ceci :
«La femme afrodescendante souffrait la triple marginalisation du fait d’être noire, pauvre-esclave, et femme. Elle ne pouvait vivre la maternité que lorsqu’elle allaitait sa fille ou son fils, car à peine l’enfant pouvait ne serait-ce que s’alimenter que le propriétaire pouvait négocier son prix, l’échanger, le vendre, le traiter selon ses caprices, puisqu’il n’appartenait pas à la mère, et elle n’avait pas le droit de former une famille. » [3]
Loin de se résigner, les hommes comme les femmes descendants des esclaves résistèrent farouchement, au péril de leurs vies, pour répondre par une action politique, imposée par la situation. Notamment dans le cadre des communautés de fugitifs, les marrons, qui permettait une meilleure prise de conscience et une reconstruction de l’identité africaine. Le même article cité précédemment poursuit au sujet des femmes:
«Elles résistèrent de différentes manière radicales par le suicide, l’assassinat de leurs propres enfants et l’avortement provoqué, pensant que la mort était préférable à l’esclavage. La forme la plus importante de cette résistance fut la participation aux palenques. […] Une autre forme de résistance fut le travail des nourrices, et des préceptrices qui, soumises au style de la grande maison, profitaient des soins qu’elles donnaient aux enfants pour leur faire connaitre leurs valeurs culturelles, par le biais d’histoires et de chants du berceau.» [4]
On perçoit bien ici l’esprit de courage de ces femmes esclaves qui savaient être pragmatiques et sauvegarder leur culture tout en la transmettant subtilement à la descendance des oppresseurs.
Appartenir à une communauté de nègres marrons déterminait la force des survivances africaines dans les univers vécus et créés. On peut citer l’exemple de la Colombie ou de l’Équateur où les univers musicaux développés dans les Palenques, isolés des maitres, sont complètement différents de ceux déployés dans un environnement où les populations sont en esclavage. Le document Nueva Historia –Organizacion y resistencia publié par La Pastorale Afrocolombienne indique ceci :
«Les palenques devinrent la réalisation du projet historique de liberté. Les marrons s’y organisèrent en créant une nouvelle forme de vie, une véritable république indépendante d’où ils se renforçaient avec une autorité, une organisation propre, et ils travaillaient pour la conservation de la langue, de la religion, de la musique, des danses, des coutumes qui peu à peu se mélangèrent avec celles des indigènes et des blancs en fonction de la région où ils étaient présents». [5]
Les refuges de noirs fugitifs constituaient donc également un endroit où, loin de l’autorité des maîtres blancs, les africains et leurs descendants pouvaient exprimer en toute quiétude leurs univers musicaux qui avaient plus de possibilité de conserver une certaine originalité.
D’un point de vue sociopolitique, rappelons l’opposition, l’interdiction, la diabolisation que devaient subir les afrodescendants pendant l’esclavage et après les abolitions au courant du 19ième siècle relativement à l'expression de leur culture. Les colons européens utilisèrent par exemple la législation pour empêcher l’expression libre de cette dernière comme ici à la Barbade:
«Avec une population esclave trois fois plus importante que la population blanche, les propriétaires d'esclaves craignaient les révoltes. Cela a conduit à la Slave Consolidation Act en 1826, qui a réaffirmé l'interdiction des tambours et des cornes. Les missionnaires chrétiens décourageaient également les performances de musique africaine, ce qui a rendu cette musique souterraine, qui fut transmise par le biais de sociétés secrètes et de rituels. » [6]
L’objectif des colons était souvent d’éliminer tout simplement tout ce qui était lié à l’Afrique, et encore plus dans la période du 18ème et le 19ième siècle où ces nations souhaitaient davantage ressembler à des nations européennes, blanches. James Reid dans Afro-Latin America 1800 -2000, illustre bien ce contexte d’interdit à Cuba :
«A Cuba, cette suppression visa d’abord les cabildos afrocubains, “ dont l’objectif spécial et caractéristique”, se lamentait le gouvernement en 1881, “consiste à se souvenir des danses, des déguisements et des coutumes des tribus sauvages africaines”. On donna l’ordre aux organisations de se défaire de leurs noms, attirails et des rituels africains, et de se reconstituer en associations de secours mutuel ou en clubs sociaux. Même sur le papier, cet effort de transformer, et d’«hispaniser» les cabildos n’allait réussir que partiellement. Beaucoup allaient conserver leurs noms, leurs membres et leur structure africains, en ajoutant simplement les termes obligatoires comme «Société Récréative» ou «Société d’Aide Mutuelle» à leur nom. Par conséquent, les autorités espagnoles mirent plus de pression dans leur campagne, en interdisant tout d’abord que les sociétés noires puissent danser ; jouer au tambour ou défiler publiquement lors des festivités religieuses (1884), et en essayant par la suite de briser les liens que les cabildos avaient maintenu pendant longtemps avec les religions d’origine africaine (abakuá, santería et palo monte).»[7]
Il arrivait tout de même que les propriétaires les autorités profitent des talents de leurs esclaves pour les consacrer au métier de musicien, des esclaves artistes, comme on peut le constater dans cet extrait tiré de Negras y Mulatas en Buenos Aires Colonial :
«En plus des taches domestiques pour lesquelles ils étaient achetés, on apprenait aux noirs un métier pour que les maitres puissent obtenir des revenus supplémentaires. Il y eut ainsi un très grand nombre de noirs menuisiers, cuisiniers, domestiques, forgerons, cochers, cordonniers, coiffeurs, musiciens. » [8]
3 - UNE SPIRITUALITÉ DIABOLISÉE
Les manifestations spirituelles et religieuses venues d’Afrique et que les esclaves et leurs descendants tenaient à vivre allaient subir, partout en Amérique, de différentes manières, le même ostracisme que leurs manifestations musicales et leurs danses. Ce d’autant plus que musique, danse et rituels religieux sont fortement liés.
La religion ou la spiritualité ont toujours joué un rôle essentiel en Afrique ou alors pour les esclaves africains ou leurs descendants. Cela faisait partie de leur vie, et leur expression se manifestait à la fois par les incantations, les offrandes, mais aussi par le chant, les danses, la musique. Un changement crucial allait se produire après l’avènement de l’esclavage des africains. Ces derniers furent confrontés à la religion chrétienne, notamment catholique, que les européens considéraient comme la seule valable et tentèrent de leur imposer, en croyant que les afrodescendants allaient alors embrasser les nouvelles religions, et complètement délaisser celles provenant de leurs origines, comme en témoigne Luciano Agra. :
« […] la musique afrobrésilienne, qui a surgi des mouvements hérités de la société esclavagiste, résultant de l'imposition créée par le système colonial esclavagiste. Cette musique fut marquée par les préjugés et la violence de l'élite dominante, qui se prévalut d’une supériorité ethnique et religieuse supposée.» [9]
Les autorités se démenèrent pour désafricaniser tous les rites spirituels des esclaves, et les diaboliser. Là encore, les esclaves et leurs descendants durent ruser, pour les maintenir en vie.
4 - LE CONTEXTE DE LA CRÉATION EN LUI MÊME (VOIR ICI)
CARACTÉRISTIQUES DES UNIVERS MUSICAUX
2-1- Omniprésence du métissage, du syncrétisme culturel
Les univers musicaux des esclaves africains et surtout ceux de leurs descendants sont fondamentalement syncrétiques. Ce constat n’est pas surprenant si l’on se souvient que la vie des esclaves africains et de leurs descendants était condamnée à être une vie de synthèse dans laquelle ancien et nouveau allaient se côtoyer, s’unir et même se combattre.
Ces univers ne devraient donc jamais être qualifiés complètement d’africains, parce que l’environnement de création est différent, les éléments provenant des cultures européennes et autochtones y sont intégrés, en plus du fait que les instruments de musique utilisés ne sont qu’en partie originaires de l’Afrique, et ce même si certains ethnomusicologues trouvent que les africains ou les afrodescendants jouent des instruments originaires d’autres civilisations «à l’africaine. »
Dans un pays comme le Mexique par exemple, le syncrétisme fut si important que certains spécialistes choisissent de comparer le mode d’exécution des tambours de la région afrodescendante de Barlovento, au Venezuela, avec la manière de jouer des instruments d’origine européenne (la harpe et la guitare), chez les musiciens du son au Mexique, pour pouvoir extraire de ce dernier univers musical les caractéristiques de tradition africaine.
En tenant compte du premier type de syncrétisme indiqué plus haut, on peut suggérer que, si l’on veut être encore plus spécifique, plutôt que de parler des univers musicaux afroaméricains, on devrait parler par exemple de la musique Bantou-américaine, ou Congolo-américaine, Fon-brésilienne, Yoruba-cubaine par exemple, lorsque la musique ou la danse en question a grandement été influencée par des éléments provenant majoritairement de ces groupes ethniques.
Notons enfin que le deuxième type de syncrétisme quant à lui implique une ouverture choisie par rapport à des éléments venant des univers musicaux européens et amérindiens par appropriation, et cela nous renvoie à la démocratie culturelle.
2-2- Le mode responsorial, improvisation, polyrythmie
Le mode responsorial est un schéma musical qui porte d’autres noms parmi lesquels call-and response en anglais, appel-réponse, mode antiphonal, musique ou chant dialogique ou encore chant alterné. Il s’agit en général d’une manière de chanter, de combiner le jeu instrumental ou la danse, très présente et enracinée depuis des siècles et peut-être des millénaires dans les univers musicaux des africains et des afrodescendants du monde, consistant principalement à alterner le chant entre un ou des solos et un chœur, dans une sorte de dialogue qui peut prendre plusieurs formes. L’appel-réponse peut même aller jusqu’à cet échange entre le joueur de tambour qui défie les danseurs. Cet élément caractéristique symbolise l’échange et le dialogue, qui nous renvoie à la notion de démocratie culturelle.
L’improvisation, omniprésente dans ces univers est une autre sous caractéristique rentrant dans le cadre de la démocratie culturelle. Elle permet la créativité, car le participant n'est pas totalement figé dans un canevas préconçu. Cela est vrai pour le chant, pour la danse ou pour l’exécution d’un instrument de musique. Certains auteurs utilisent les termes de plasticité et de malléabilité de la culture africaine pour exprimer à quel point elle est modulable, ce qui facilite, démocratise l’accès de chaque individu au groupe. Cela est d’autant plus aisé que selon Fabio Sambartolomeo, «Dans les cultures originaires de l’Afrique subsaharienne, la musique fonctionne comme un langage humain. C’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire d’être musicien, ni de montrer de grandes habiletés dans l’exécution d’un instrument sophistiqué. […]Le but de la musique est plus éthique qu’esthétique». [10]
Concernant la polyrythmie et sans rentrer dans des détails très techniques, selon l’Encyclopédie Universalis, il s’agit de la «superposition de deux ou plusieurs rythmes différents ; les structures rythmiques qui la constituent se déroulent simultanément et indépendamment l'une et l'autre». L’indépendance entre les différents rythmes favorise justement l’improvisation, la malléabilité. La polyrythmie favorise donc par conséquent la créativité débridée, indépendante.
La polyrythmie est par exemple omniprésente dans les univers musicaux afroaméricains et afrocaribéens où le tambour règne en maitre (autant dire presque tous), comme dans le candombe afrouruguayen, ou encore la Bomba Portoricaine, qui utilisent plusieurs tambours dont un au moins sert à improviser, alors qu’un autre suit un rythme plus régulier.
Cet élément fondamental des musiques et des rythmes des afrodescendants depuis le 16ième siècle et en Afrique leur confère une qualité qui justifie bien le caractère riche que l’on attribue à ces créations. La complexité sous-tendue laisse penser qu’elle n’est pas accessible, du moins dans son exécution au premier venu. On perçoit alors la difficulté de cette musique lorsqu’elle sort des communautés africaines ou afrodescendantes qui l’ont créée.
En comparant par exemple deux musiques populaires en Argentine, le candombe et la milonga (qui provient du candombe), certains ethnomusicologues constatent que le passage de l’une à l’autre a produit une synthétisation et que le résultat final (la milonga) est éloigné de l'original, précisément de la complexité rythmique du candombe.
2-3- Manifestation de la vie, participation communautaire, communication, sociabilisation
Les univers musicaux des esclaves africains et de leurs descendants n’étaient pas séparés de la vie, et en occupaient même une place prépondérante. Partout dans les Amériques et les Caraïbes, ces univers culturels touchaient toutes les activités de la vie. Il y a eu dans toutes ces régions des chants de travail, l’activité principale qui occupait le plus clair du temps de l’esclave. Mais les univers musicaux divers étaient présents à toutes les autres occasions de la vie, de la naissance à la mort.
La danse, le chant et la musique s’exprimaient non seulement dans un contexte triste ou heureux, mais ils étaient, comme c’est toujours le cas, liés à la spiritualité, à la religion. Que ce soit dans l’expérience des religions venues d’Afrique ou de celles qu’ils ont rencontré en Amérique, les esclaves et leurs descendants vivaient leur spiritualité en chantant, en dansant, en musique. Comme l’indique Paula Inés Picarel dans El gesto de la danza afro :
«La danse, pour les yorubas, n'est pas séparée du reste de la vie. Les yorubas apprennent à danser comme ils apprennent à manger. L'art, la religion, la création, le travail, etc., sont des catégories modernes et occidentales, produit du besoin, de la nécessité de classer ou de nommer les choses. Cependant, ces noms qui nous servent à nous approcher de la compréhension du monde nous gênent en même temps lorsqu’il faut aller en profondeur dans ce qui constitue la cosmogonie des cultures originaires. » [11]
Le professeur de musique argentin Fabio Sambartolomeo précise le lien de la musique avec toutes les manifestations de la vie par ce qu’il appelle la non-fragmentation de la culture africaine traditionnelle. Dans l’article Sonidos, ecos y resonancias del Océano, il explique :
«Cette non-fragmentation se fait évidente dans le fait que lors de l'événement culturel afro, l'art, la science, la religion et d'autres aspects de la vie se présentent comme une seule expression, un mouvement dans lequel la musique par exemple se trouve intimement liée à d'autres aspects de la vie.»[12]
Ferreira, cité par Luciano Agra renforce l’idée de la non-fragmentation :
« Dans la culture africaine, la musique est liée au quotidien du travail, de la religion et du divertissement. Pour l’africain, la musique n'est pas un luxe, mais c’est un mode de vie, présent de la naissance à la mort, de la plantation à la récolte. Une activité routinière comme la chasse, la pêche, la préparation des aliments, invariablement réalisées au son de musiques. » [13]
Lorsqu’on parle de la participation communautaire, il s’agit de relever que chaque membre de la communauté, quelque soit son sexe, son âge ou son rang trouvait sa place et avait ainsi le pouvoir de participer aux manifestations culturelles. Très souvent, chacun avait un rôle spécifique. Prenons un autre extrait du même article de Fabio San Bartolomeo cité plus haut pour illustrer la place centrale de la participation communautaire :
«L’important semblerait être la participation communautaire, le langage musical fonctionne comme un véritable lien social. Il y a une musique spécifique pour le travail de la terre, une autre pour le mariage, une pour chanter la tombée de la nuit, et encore une autre pour recevoir le jour. Pour chaque événement de la vie, il y a une chanson. Une chanson est attribuée à chacun à sa naissance.» [14]
Les jeunes et les moins jeunes, même s’ils pouvaient participer, étaient plus observateurs des coutumes autour du chant, de la musique, et des danses, que les ainés, femmes et hommes se chargeaient de leur apprendre et de leur transmettre. La citation ci-dessous illustre parfaitement un aspect du rôle des femmes dans la communauté, précisément en ce qui concerne les manifestations culturelles. Dans La mujer negra en Colombia –Historia de la mujer negra desde su llegada a America publié à l’issue de la neuvième rencontre de la pastorale afro à Callao au Pérou en 1993, il est indiqué ceci :
«Enfin, les groupes de femmes noires s’organisent pour participer à la société. Du point de vue spirituel, elles transmettent l’expérience de vie de la foi et le sentiment de fête par le biais du chant, des vers, des proverbes, des prières, des légendes et des mythes, des rituels et des symboles.» [15]
D’ailleurs dans le cadre de la participation communautaire et du rôle de chaque membre, on observe que le tambour était presque systématiquement réservé aux hommes.
Les caractères satirique et sardonique présents dans de nombreux univers musicaux des esclaves africains et de leurs descendants des Amériques correspondent bien au cadre de la sociabilisation, qui constitue un objectif proche et qui se confond même à ceux de la participation communautaire et de la communication par exemple. Jake Gold dans un article sur la paranda publié sur le site afropop.org va dans ce sens :
«Les chansons de paranda sont souvent perçues comme un moyen pour le parandero d’exprimer ses sentiments et faire face à ses problèmes. Dans une communauté Garifuna, lorsqu’un parandero a un problème avec une personne, ils évacuent leur agressivité à travers des chansons en se moquant de leur adversaire». [16]
On voit que l’univers musical pouvait constituer un moyen de régler des conflits de manière pacifique à l’intérieur des communautés. On note ici une grande humilité et beaucoup d’humour des personnes concernées qui prennent le risque de faire rire d’eux. La capacité de se mettre au dessus des problèmes que l’on vit, en s’en moquant, en commentant les événements sociaux, politiques et autres, de manière légère dans une chanson ou un récit accompagné de musique est à relever ici.
Dans le cadre de la communication, le tambour, instrument de base dans les univers musicaux des esclaves et de leurs descendants jouait un rôle central, au-delà du simple instrument musical. Il appelait au rassemblement, signalait des intrus, transmettait un message codé secret etc.
L’extrait ci-dessous tiré d’un article de Africa in Colombia: The First Free Black Community in the Americas Continues Its Struggle, Garry Leech souligne un des rôles du tambour, notamment au Palenque de San Basilio en Colombie durant l’esclavage.
Le Palenque de San Basilio « est situé à un endroit stratégique, car il est entouré d'une petite chaîne de montagne. Par conséquent, il était facile de voir les gens qui venaient dans sa direction. Les gens communiquaient avec des tambours lorsque les Espagnols descendaient la montagne et lorsqu’ils arrivaient à Palenque, ils trouvaient des maisons, mais pas les noirs. »[17]
Enfin notons, comme c’est le cas en Afrique, la présence d’instruments fabriqués avec toute sorte d’objets ou utilisés naturellement, que les esclaves africains recueillaient dans le cadre des activités de la vie. On pense particulièrement aux os d’animaux.
2-5- revendication et restructuration de la mémoire historique et symbolique de l’identité africaine
Pour définir cet élément caractéristique, nous avons emprunté à l’écrivain Costa Ricain Quince Duncan, qui décrivait dans son article El Afrorealismo, Una dimensión nueva de la literatura latinoamericana, les caractéristiques d’un courant littéraire du 20ème siècle, l’afroréalisme.
«Ce qui précède nous a motivé à proposer à partir de 1996 (Un Señor de Chocolate) le terme afroréalisme, pour dénommer ce nouveau courant, qui peut être distingué par les six caractéristiques de base suivantes : L’effort de restituer la voix afroaméricaine par le biais de l’usage d’une terminologie afrocentrique. La revendication de la mémoire symbolique africaine. La restructuration éclairée (informée) de la mémoire historique de la diaspora africaine. La réaffirmation du concept de communauté ancestrale. L’adoption d’une perspective intra centrique. La recherche et la proclamation de l’identité afro. » [18]
Lorsqu’on transpose ces caractéristiques par rapport aux univers des musiques et des danses des afrodescendants du 17ème au 19ème siècle, le parallèle est fort saisissant. Dans l’ensemble, elles correspondent parfaitement à celles des univers musicaux des esclaves africains et de leurs descendants en Amérique Latine et dans les Caraïbes entre le 17ème et le 19ème siècle.
Les illustrations sont innombrables pour démontrer la revendication de la mémoire symbolique africaine, comme le chant funéraire du lumbalu (Palenque de San Basilio en Colombie), le Notre Père des vissungos (Minas Gerais au Brésil) , la cérémonie d’unification familiale et culte des ancêtres du Dugu chez les Garifunas ou encore dans les multiples rituels qui font référence au royaume Congo, comme ici avec le Candombe, que Ruben Carambula résume ainsi :
«Le candombe serait, dans son aspect rituel, une espèce de pantomime du couronnement des Rois de l’Ancien Congo, même s’il intègre des éléments propres de la royauté européenne».[19]
L’historien brésilien Luciano Agra note que malgré les contextes hostiles dans lesquels se trouvaient les esclaves, ils démontraient leur conscience raciale et identitaire.
«Les noirs, même soumis à un traitement inhumain hérité de l'Antiquité, et affrontant dans leur quotidien des formes de violence comme: la peine de mort, les longues journées de travail, les viols, la mauvaise alimentation, entre autres, des pratiques inhumaines propres aux conditions imposées, qui, d'une certaine façon, réveilleront de manière consciente la conception de la race et l'identité d'un groupe ethnique inséré dans un environnement hostile à leurs coutumes et à leurs valeurs… » [20]
2-6- Expression de liberté, de démocratie culturelle
Nous avons évoqué cette idée pour expliquer la richesse des univers musicaux des afrodescendants. Elle constitue également une caractéristique de ces créations, dans lesquelles la porte reste ouverte pour tout ajout, pour la participation de l’ensemble de la communauté.
L’idée de démocratie contient la notion d’ouverture d’esprit, de dialogue, d’échange et l’acceptation des idées qui viennent des autres. Le fait que les africains esclaves et leurs descendants se soient approprié des éléments musicaux, de danses, instruments des univers musicaux européens et amérindiens confirment cette ouverture. Même si le contexte imposait cela, il est évident que leurs propres choix ont fait partie de cette réalité.
Cette notion apparait également dans les points techniques comme le call-and-response, l’improvisation renforcée par la polyrythmie, dans la participation communautaire et la sociabilisation qui donnent la parole, l’opportunité de s’exprimer dans ce cadre à toute personne, homme, femme, jeune et ainé.
[1] http://www.combonianos.org.co/pastoral_afro.html -Biblioteca - “La danza de amor” – Page 12
[2] Modos de producción en América Latina – El esclavo como mercancia y como capital – Page 94 –Lignes 5 à 8
[3] http://www.afrocolombianidad.info/historia/la-mujer-afrocolombiana-participo-en-la-construccion-de-una-identidad-nacional.html - Paragr. 9
[4]http://www.afrocolombianidad.info/historia/la-mujer-afrocolombiana-participo-en-la-construccion-de-una-identidad-nacional.html - Resistencia des las mujeres Afrocolombianas – Paragr. 2 et 6
[5]http://axe-cali.tripod.com/cepac/hispafrocol/4.htm - Nueva Historia –Organizacion yresistencia – Paragr. 4
[6] http://www.bajanfuhlife.com/cropover/music_of_barbados.html - History of Music in Barbados – 19th Century – Paragr.9
[7] http://www.ojosdepapel.com/Index.aspx?article=2748 - Afro-LatinAmerica 1800-2000 - Paragr. 17
[8] http://www.barriada.com.ar/MabelCrego/MabelCrego-48.htm - “Negras y Mulatas en Buenos Aires Colonial"- Lignes 87 à 90 -
[10] http://www.revistaquilombo.com.ar/revistas/32/q32.htm - Sonidos, ecos y resonancias del océano - Paragr.8
[11] http://www.revistaquilombo.com.ar/revistas/32/q32.htm - Paragr.5
[12] http://www.revistaquilombo.com.ar/revistas/32/q32.htm - Paragr. 8 - Lignes 2 à 9
[14] http://www.revistaquilombo.com.ar/revistas/32/q32.htm- Paragr. 8
[16] - http://www.afropop.org/explore/style_info/ID/141/Paranda/ - Paranda – Lignes 6 et 7
[17] http://londonprogressivejournal.com/article/517/africa-in-colombia:-the-first-free-black-community-in-the-americas-continues-its-struggle – Paragr. 5, lignes 3 à 5
[18]http://collaborations.denison.edu/istmo/n10/articulos/afrorealismo.html - Lignes 30-36
L’Afrique endormie et esclave de l’Occident
Comment expliquer la pauvreté matérielle des populations africaines qui vivent sur un territoire gorgé de richesses? Il importe de préciser ici qu’il ne s’agit pas de décharger l’Afrique, les africains de leurs responsabilités qui sont certes énormes dans la situation que notre continent vit. Le but est d’analyser, avec lucidité, le rôle que jouent les occidentaux sur notre continent, de dire les choses telles qu’elles sont.
La rencontre entre les occidentaux et l’Afrique nous a apporté l’esclavage, la colonisation, le néo-colonialisme, les pseudos-indépendances etc. Toutes ces notions qui reflètent exactement la même situation d’asservissement ont produit le même résultat : un Occident qui s’enrichit matériellement, et une Afrique qui régresse. Et pourtant le même disque tourne depuis des siècles, celui de la coopération internationale, de l’amitié etc. qui endort les africains, et contribue à renforcer la prospérité des occidentaux.
On peut toujours faire semblant d’expliquer cette absence de résultat : soit par l’incompétence de ceux là qui disent venir nous aider, ou alors par un choix délibéré de piller l’Afrique. La vérité est toute simple : ils sont très compétents car leurs objectifs sont bien éloignés de ce qu’ils prétendent.
Les richesses dont regorgent nos terres, et qui semblent être une bénédiction ont signé en fait notre arrêt de mort, nourri le projet de notre asservissement permanent. Les puissances occidentales, au gré de leurs alliances les exploitent avec l’aide de leurs multinationales, leurs médias, leurs armées, leurs organisations dites humanitaires et les organisations internationales sous-traitantes comme l’Onu, le Fmi, la Cour Pénale Internationale.
Le problème n’est pas tant qu’ils exploitent nos ressources largement à notre détriment, mais surtout qu’ils s’organisent pour que l’on reste faibles, incapables de négocier d’égal à égal avec eux, et de les concurrencer.
Le constat est très simple : la présence des occidentaux en Afrique depuis des siècles ne nous a jamais fait progresser, dans la mesure où ils se mêlent de tout, ils ont la maladie du contrôle dans le sens "d’exercer une domination morale, matérielle et politique", dans le but de s’accaparer de toutes nos richesses.
Ils contrôlent nos ressources, nos valeurs, nos cultures, nos dirigeants, notre santé, nos mœurs, nos traditions, nos sociétés, nos institutions, nos territoires, nos politiciens, nos sportifs, nos journalistes, notre jeunesse, notre humanité, nos guerres, notre éducation, nos intellectuels, nos scientifiques, nos marchés, nos finances, notre justice, nos droits, nos démographies, nos vies, nos environnements, nos frontières...
Nous africains, nous sommes leurs esclaves, même s’ils font semblant de ne pas l’afficher, l’admettre, et nous même l’ignorons trop souvent. Ils saupoudrent le tout par des actions d’endormissement, ils se déguisent dans des concepts comme la diplomatie, démocratie, la justice internationale, l’aide humanitaire, les échanges internationaux, la charité, la compassion, les droits de l’homme, la liberté, le prix Nobel, la coopération Internationale, les compétitions sportives internationales, Médecins du Monde, la Croix Rouge Internationale, Reporters Sans Frontières et la toute dernière invention, le commerce équitable.
L’exemple le plus flagrant du rôle négatif des ces organisations internationales est évidemment incarné par l’Organisation des Nations Unies. Les pays qui font partie par exemple de son Conseil de Sécurité Permanent sont ceux qui ont le plus de pouvoir, le véritable pouvoir décisionnel qui mène à des actions néfastes de cette organisation. Fait curieux, mais révélateur : jamais l’Onu n’agit dans ces pays qui s’octroient donc le droit d’intervenir dans des pays étrangers. Ici, on a l’exemple de ces organisations qui regroupent presque tout le monde, mais qui agissent sur les moins forts dans l’intérêt des plus puissants.
Un de leurs objectifs est de progressivement tout nous imposer, dans le sens de nous "obliger à subir ou à faire". Ils nous imposent leurs modes de pensée, leurs démocraties, leurs religions, leurs mœurs, leur justice, leurs cultures, leurs multinationales, leurs armes, leurs guerres, leurs marionnettes politiques, nos Histoires qu’ils écrivent, leurs embargos, leurs sanctions ciblées ou non, leur communauté internationale, leurs priorités, leur aide internationale, leur corruption, leur pollution, leur immigration, leurs asiles, leurs accords, leur moralité, leurs immoralités etc.
Nous sommes des esclaves en Afrique, nous n’avons pas de choix, nous sommes muselés, nous sommes des morts-vivants, aux vies embrigadées, nous sommes des sacrifiés.
L’autre objectif principal des dirigeants occidentaux et de leurs alliés économiques, médiatiques, judiciaires, financiers, humanitaires et autres en Afrique est de nous rabaisser, nous humilier dans le sens de "faire apparaître comme inférieur, méprisable en abaissant la dignité". Ils nous humilient avec leur charité, leur paternalisme intéressé, le droit de regard sur nous qu’ils s’arrogent, leurs punitions, leurs manigances, leurs pressions leurs exactions le tout assurés de l’impunité quand chaque jour qui passent eux décident quel peuple punir ou non.
Et bien sûr, la seule éventualité d’une prospérité matérielle des Nations d’Afrique leur donne des cauchemars. Dans leur projet, seul l’africain, à titre strictement individuel peut connaitre la richesse. Chez eux, la richesse est collective, et la pauvreté est individuelle.
Une Afrique riche matériellement, ce serait la fin de notre asservissement, de leur mainmise sur nos richesses, du contrôle qu’ils exercent sur notre futur, de leur grandeur usurpée par la force et la malice. La fin aussi de notre humiliation qui les élève tant. Voyez l’effroi que cette Chine qui grandit et commence à les contrôler peu à peu provoque en eux.
Dans les pays occidentaux, les populations ne peuvent subir une crise économique trop longue. Chez nous en Afrique, elle est permanente. Les institutions financières internationales qui trouvent chez nous un laboratoire pour leur pseudos-solutions veillent au grain. Le temps chez nous, on le sait, est élastique. La patience est éternelle dans nos gènes. Nous sommes la patience, notre destin se confond avec l’espoir. Le plan des occidentaux pour nous est que nous réalisions des progrès véritables… le plus tard possible. À ce rythme Aucun africain vivant aujourd’hui, pauvre, ou riche ne verra notre continent prospérer.
Et chacune des organisations de tout type qu’ils chapeautent, souvent internationales (pensez à n’importe laquelle) sont des organisations d’endormissement, qui nous accompagnent dans notre asservissement de manière à nous le faire ressentir avec plus de douceur. En nous faisant supporter dans l’espoir qu’ils sont là pour nous aider à régler nos problèmes. Toutes ces organisations internationales sensées défendre les droits, jouent dans la même cour des agents d’endormissement. Elles nous calment, de manière à réduire notre frustration et notre colère face aux injustices que nous ne cessons de subir depuis plus de 5 siècles. Leur inefficacité notoire démontre l’inutilité de leurs actions, qui ne gênent en rien les colons et les impérialistes.
Les dirigeants politiques de ces pays qui font tout pour être propres chez eux en Occident, dans leur manière de servir leurs peuples lâchent leurs instincts malveillants lorsqu’il s’agit de l’Afrique.
Chez nous, les politiciens, les multinationales, les médias occidentaux qui ont des scrupules dans leurs pays agissent de manière à perpétuer notre asservissement.
Chez eux, lorsqu’une situation politique se pose, les "journalistes" s’adressent au membre de tous les bords politiques. En Afrique, ils deviennent les représentants des puissances occidentales, en premier lieu desquels la France qui sert actuellement de cheval de Troie et les États-Unis.
Et les populations occidentales gobent (ou feignent de gober) tout. Elles se disent que les mêmes politiciens qu’elles critiquent dans leurs pays deviennent des anges en Afrique. Comment est-il possible qu’en occident, où il est de notoriété publique que les populations sont cyniques par rapport à leurs dirigeants politiques et le monde des affaires, on soit si unanimes lorsque ces mêmes représentants de l’occident agissent dans les pays du Tiers Monde? Peut-être que, comme ils ont affaire à des pays dits pauvres, ils sont charitables et ne sauraient être des vautours.
En général, on peut dire que les dirigeants occidentaux et leurs multinationales qui prennent les décisions de nous asservir, de nous contrôler, de s’imposer à nous sont les seuls responsables des malheurs qu’ils sèment chez nous, puisque d’une certaine façon, leurs propres populations subissent souvent leurs actions néfastes.
Pourtant, ce sont ces mêmes populations qui les élisent. Il est normal que pour la plupart, elles ne jugent ces autorités que sur leurs actions intérieures, nationales visant à leur rendre la vie meilleure. Pourtant, les dirigeants que ces peuples choisissent, en leur nom, prennent systématiquement des décisions qui n’ont pour véritable but que de nous asservir encore plus.
Que dire des organisations humanitaires? Malheureusement, les populations des pays occidentaux dépensent leur argent pour faire des dons, mais les résultats sont si maigres, l’impact est épars, individuel. On dira simplement, c’est déjà ça! Elles sont pourtant si efficaces chez eux, elles reflètent une vraie solidarité. D’ailleurs, leur action porte dans les pays occidentaux des noms différents, moins méprisants. Pour moi, l’humanitaire en Afrique notamment, c’est beaucoup trop souvent de la pure vanité déguisée en de l’altruisme. Ils viennent en aide à ces pauvres gens, plus petits qu’eux. On se demande pourquoi il faut attendre les problèmes pour dire qu’on aide. Et comme depuis qu’ils nous apportent cette aide, rien ne change, sinon au compte-gouttes, on peut se demander pourquoi ils insistent.
En réalité, les mêmes avions et navires qui nous amènent du riz pour nous aider, transportent nos ressources minières. À se demander qui aide qui? Les occidentaux sont trop fiers pour reconnaitre qu’ils utilisent leur force pour piller des pauvres. Quel paradoxe serait-ce? Des puissances qui représentent la force, ne peuvent pas reconnaitre qu’elles volent ceux qui sont sensés être les pauvres, démunis. Comme ces esclaves sans âme, moins qu’hommes, que l’on méprisait dans les Amériques, et dont le travail aux mains nues, forcé, permettait pourtant d’accumuler un capital qui a enrichi les occidentaux.
En tant qu’africain, ma suggestions aux populations occidentales qui, peut-être pour se donner bonne conscience donnent de leur l’argent aux organisations humanitaires est la suivante : gardez votre argent, mais demandez des comptes aussi à vos dirigeants sur leurs actions dans les pays étrangers. Cessez votre silence complice. Arrêtez de simplement vous en prendre aux dirigeants africains. Et partant de là, vous nous montrerez votre sincérité.
Univers musicaux des afrodescendants du 17ème-19ème siècle et Démocratie Culturelle
Écrit par Guy Everard Mbarga - http://guyzoducamer.afrikblog.com/
Les univers musicaux des africains mis en esclavage dans les Amériques et les Caraïbes et de leurs descendants, sont ceux créés, réinventés par ces derniers en fonction des nouveaux environnements dans lesquels ils ont été contraints de se retrouver. Ce sont des musiques, des danses accompagnées d’instruments, de rituels etc. qui ne sont restées africaines qu’au tout début, mais qui avec le temps, en gardant des éléments divers venus d’Afrique, comme le rythme, des rituels, les thématiques ou certains instruments, ont intégré les éléments nouveaux trouvés sur place, dans un processus de métissage à différents degrés, avec les univers musicaux, et les rythmes des colons européens et des amérindiens avec lesquels ils ont cohabité.
LE CONTEXTE DE LA CRÉATION
Processus du métissage menant aux univers musicaux des afroaméricains
Prêtons tout d’abord attention au processus de syncrétismes en tentant de le modéliser de manière simplifiée. Rappelons que les syncrétismes touchent à la fois les instruments de musiques, les rituels, les rythmes musicaux, les danses, les thématiques, la langue etc.
a – Manifestation des expressions musicales, de chants et de danse comme dans la communauté en Afrique (seule différence : le territoire),
b - Échanges, intégration des éléments des univers musicaux d’autres communautés africaines qui entrainent la création de nouveaux univers issus du mélange d’univers africains au départ différents,
c - Échanges, intégration, appropriation, et création d’univers musicaux composés d’éléments purement africains issus du syncrétisme entre les communautés africaines d’une part et d’éléments des univers musicaux européens et- ou amérindiens d’autre part (syncrétismes afro-européo-amérindien, afro-européen, ou encore afro-amérindien).
« Cependant, ce qu’on appelle parfois syncrétisme fut pour les africains ‘‘quelque chose qui correspond plus au concept ‘d’appropriation’ dans le sens de prendre pour l’usage propre et de sa propre initiative les éléments divers et même hégémoniques ou imposés, en contraste avec le fait d’assumer une attitude d’éclectisme passive ou de synthèse. » [1]
Les étapes ci-dessus ne se produisent pas nécessairement dans un ordre chronologique, et continuent d’évoluer de nos jours. Nous suggérons tout de même que c’est à la dernière étape que l’on en arrive à des univers musicaux qui ne sont plus africains, mais plutôt afroaméricains. De cette modélisation, il ressort que, à un moment donné se produit une rencontre entre l’ancien et le nouveau.
Combinaison de l’ancien et du nouveau dans le processus de création
Lorsqu’on enlevait des africains pour les mener en esclavage, ceux-ci partaient d’un milieu culturel, avec ses codes, ses manifestations précises. Dans les Amériques, ils ont d’une part fait appel à la mémoire - l'ancien -, et d’autre part utilisé leur créativité et subis l'influence de la nouvelle expérience de vie dans des contextes particuliers - le nouveau.
L’ancien serait par exemple l’omniprésence du tambour dans toute la musique afro de l’Amérique Latine et des Caraïbes, ainsi que les mémoires identitaires culturelles transmises par les premiers esclaves à leurs descendants.
En ce qui concerne le nouveau, il y a par exemple la langue d’expression ou l’ajout d’instruments de musique ou de rythmiques venus d’Europe, ou appartenant aux cultures amérindiennes, les vêtements et certains accessoires, la création de nouveaux instruments ne venant pas d’Afrique, ni d’Europe ou alors des Amérindiens. C’est le cas par exemple au Pérou du Cajon et du Checo, deux instruments créés par les esclaves noirs lorsque les autorités interdirent l’usage des instruments d’origine africaine comme le tambour et la marimba.
Dans Los negros expertos en el Bricolaje, Jaime Arocha cité par Wikipédia fait référence à la mémoire et à l’ancien comme servant de base aux esclaves et à leurs descendants dans ce processus de création :
«Dans cette transformation, l’improvisation dû faire partie de la genèse et de l’ethnogenèse de tels systèmes. Jaime Arocha (1991, 1993) évoque la notion de bricolage employée par Francois Jacob (1991) pour représenter les processus de création dans lesquels la raison et le sentiment sont des guides de l’improvisation culturelle. Arocha attire également l’attention en expliquant que le concept de bricolage des noirs : consiste en la recherche d’alternatives en manipulant ce qu’on a déjà, en utilisant l’intuition comme boussole et l’expérimentation comme stratégie.» (Arocha 1993). [2]
Notons que du fait de la diversité et de la complexité des syncrétismes qui se sont produits à tous les niveaux dans le processus de créations des univers musicaux des esclaves africains et de leurs descendants, il est impossible de mesurer avec exactitude le degré d'africanité de chacun d'eux.
UNE CRÉATIVITÉ RICHE ET DIVERSE
Tout observateur averti sera frappé par la richesse des univers musicaux créés par les esclaves africains et leurs descendants entre le 17ème et le 19ème siècle. Qu’est-ce-qui explique cette abondante créativité et quelles sont les caractéristiques essentielles de ces univers musicaux?
ORIGINES DE LA DIVERSITÉ, DE LA CRÉATIVITÉ
Nous suggérons deux réponses possibles : les syncrétismes et la démocratie culturelle propreS aux africains et à leurs descendants.
Les syncrétismes
Deux processus de syncrétisation se sont produits pour donner naissance à ces univers musicaux comme indiqué plus haut.
Pour revenir au premier syncrétisme, on sait que les esclaves provenaient de plusieurs régions de l’Afrique, avec des cultures différenciées. Le musicien cubain Juan de Marcos González est d’ailleurs très précis lorsqu’on lui demande dans une entrevue accordée à La Opinion de Murcia d’expliquer le succès de la musique afrocubaine de nos jours. Il dit ceci :
«La musique cubaine a toujours connu beaucoup de succès, surtout à cause du métissage de différents éléments de la civilisation occidentale et africaine. De plus, la culture africaine elle-même qui est arrivée en Amérique par le biais de l’esclavage était métisse. Par exemple, le Nigéria n’a jamais existé comme une nation, c’est un conglomérat d’ethnies, chacune avec son substrat culturel. » [3]
L’expression d’une démocratie et d’une liberté culturelles
Deuxième élément d’explication que nous suggérons : cette diversité est l’expression d’une démocratie culturelle, une liberté de l’expression individuelle dans la danse, le chant, l’exécution de toute sorte d’instruments et autres, qui ne brime pas la créativité. On peut partant de là affirmer que cet état d’esprit des africains et de leurs descendants touchait à coup sûr les autres domaines que la culture, ce d’autant plus que les univers des musiques des esclaves africains et de leurs descendants ne sont pas détachés du reste de leurs vies.
Nous reviendrons sur cette notion de démocratie culturelle, comme une des caractéristiques centrale des univers musicaux des esclaves et de leurs descendants, mais on constatera également qu’elle est le fondement dans la majorité des caractéristiques plus techniques.
[1] http://www.herencialatina.com/Musica_Negra_Caribe/Texto.htm - La música negra del círculo caribeño – Paragr. 4, lignes 3 à 5
[2] http://es.wikipedia.org/wiki/Bullerengue - El Bullerengue - Introducción – Paragr. 2
[3] http://www.laopiniondemurcia.es/cultura-sociedad/2010/11/05/musica-cuba-pachangueo/281237.html ´La música de Cuba no es sólo pachangueo´- Paragr. 2
Démocratie et le double langage historique de l’occident
Depuis quelques décennies, les chancelleries occidentales ont pour leitmotiv l’implantation de la démocratie dans certaines régions du monde, notamment l’Afrique et le Moyen-Orient. Cependant, il est crucial de comprendre qu’il ya une immense différence entre le langage diplomatique employé par celles-ci et la réalité de leurs objectifs et de leurs actions, comme l’Histoire le démontre clairement.
Derrière les discours publics, il y a toujours un certain nombre d’objectifs et d’actions qui reflètent leurs véritables desseins. Le désir ardent de passer pour les gendarmes, les guides du monde vers une meilleure harmonie des peuples, qui ne correspond en rien aux faits, alors que ce rôle s’avère totalement usurpé. D’autant plus que, quand on se donne la peine de chercher, on se rend bien compte que la démocratie dans ses fondements, ses caractéristiques, et contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, n’est certainement pas née dans les pays occidentaux. Et s’ils ont un mérite de nos jours, en plus d’avoir ce mot si souvent dans la bouche, c’est celui de l’avoir (peut-être) inventé.
Tout observateur averti constatera aisément la « double personnalité » et le « double langage » du monde occidental. Premièrement, comme indiqué plus haut, il se manifeste dans une différence marquée entre le langage public et les actions réelles. Deuxièmement, et c’est ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est une double personnalité qui distingue l’occident intra-muros de l’occident à l’étranger.
La construction des démocraties occidentales s’est faite tout au long de leurs Histoires, avant de devenir ce qu’elles sont aujourd’hui, il faut le reconnaitre des systèmes avancés, mêmes imparfaits. Personne ne peut douter que les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Belgique et autres sont des pays démocratiques, même avec des fois deux partis politiques seulement, comme s’il n y avait que deux façons de penser. Tout être humain sur cette terre ne peut qu’être admiratif des libertés, du bien-être certes relatif, des services dont jouissent les citoyens de ces pays, du travail des hommes et des femmes politiques de ces pays, en général pour leurs citoyens. Même si on sait, que la tendance est au cynisme chez les électorats occidentaux qui ne croient plus à ces mêmes politiques. On est aussi très admiratifs de la liberté de la presse et des droits dont jouissent les citoyens occidentaux.
Dans le même temps, les autorités occidentales qui ont décidé de conquérir le monde depuis des siècles, ont souvent vendu auprès de leurs opinions publiques l’idée selon laquelle ils s’en allaient semer la bonne parole de Dieu, du savoir, de la liberté dans le monde, et aujourd’hui c’est la démocratie qu’ils mettent toujours en avant. Comme auparavant bien sûr, cela va toujours avec des objectifs collatéraux comme la découverte, la conquête de nouveaux territoires, ou encore le commerce et la stabilité politique dans certaines régions.
Pourtant tandis qu’ils construisaient chez eux la démocratie et les libertés, chez les « découverts », ils semaient les conflits, les guerres, les privations de liberté entre autres.
Pensons à la Révolution Française dès 1789 qui a mis fin à la Royauté et a conduit par la suite à la Première République. Peu après pourtant, Napoléon Bonaparte voulait rétablir l’esclavage en Haïti. Comme les portugais, les anglais, les hollandais, les espagnols entre autre, ils avaient d’ailleurs auparavant commencé à priver les noirs africains de leurs libertés en les enlevant par la force en Afrique et en les faisant travailler dans des conditions infrahumaines dans les Amériques. Premier exemple ici de cette «double personnalité».
Pour revenir à la contemporanéité, les occidentaux finalement nous disent qu’ils veulent implanter la démocratie à travers le monde. On se rend bien compte qu’il s’agit d’une démocratie à « géométrie et géographie variables ». En Afrique, on veut implanter une démocratie importée à coup de bazookas (dixit Achille Mbembe et Célestin Monga), d’intrigues, d’embargos, de pressions et de menaces internationales, d’ingérences, tout cela parce qu’ils sont envahis par le complexe de supériorité qui leur confère l’impunité historique.
Le double langage est présent même dans le vocabulaire particulier utilisé selon le territoire (occident intra-muros ou hors-occident). Comme par exemple en Côte d’ivoire où les mots « rebelle » et « forces nouvelles » remplace celui qu’on appelle en Occident « Terroriste », et avec lequel les américains du nord et les français ne négocient pas lorsqu’il frappe chez eux, mais que ces derniers imposent comme des interlocuteurs valables depuis 2002 aux autorités légales d’Abidjan.
La « double personnalité », c’est lorsque par exemple quelques soit le sujet politique, les médias québécois ou français donnent chez eux la parole autant aux détenteurs de pouvoirs (Parti de Jean Charest et Sarkozy) qu’a l’opposition (Parti de Pauline Marois et de Martine Auby), démontrant ainsi une parfaite déontologie journalistique. Pourtant les mêmes sont capables de défendre becs et ongles les points de vue officiels sur les sujets qui concernent par exemple l’Afrique, en parfaite intelligence avec leurs autorités gouvernantes, sans la moindre once de critique ou de nuance.
Les africains n’oublieront pas d’aussitôt l’exemple actuel de la situation postélectorale en Côte d’Ivoire, où pendant très longtemps, les médias aux ordres en France ont été complices du hold-up que voulait organiser Nicholas Sarkozy en mettant à la tête de ce pays un homme dont il a autrefois célébré un mariage en tant que Maire de Neuilly. Par confrérisme historique, tous les médias occidentaux ont adopté cette méthode, notamment au Québec les Radio Canada et Chorus FM qui n’ont jamais donné la parole à un des protagonistes de cette crise, en l’occurrence Laurent Gbagbo et ses soutiens, alors qu’ils passaient leur temps à réciter leurs messages en faveur du Président élu de la communauté Internationale.
On peut se poser la question mille et une fois : comment se fait-il que les médias occidentaux et les populations occidentales semblent-t-ils si méfiants, si critiques envers leurs dirigeants politiques dans les affaires intérieures (voir les côtes de popularité), et que lorsque ces derniers prennent des positions sur l’Afrique, tout le monde adhère. Un peu comme si ces dirigeants qu’ils ne trouvent pas si bons que ça pour eux deviennent des politiciens parfaits lorsqu’il s’agit de l’étranger. Aux milles et même aux dizaines de millier de questions que l’on pourra se poser sur cet unanimisme à l’étranger, opposé au sens de la critique interne, on trouvera toujours réponse dans ce « double langage », et dans cette « double personnalité ».
Alors donner des leçons et prendre les enfants du bon Dieu pour des idiots, depuis que ça dure, c’est bien beau. Et pour revenir à leur nouvelle« mission divine d’implantation de la démocratie» à travers le monde , rien ne surprend dans cette démarche forcée : l’histoire ne cessera de nous rappeler que les peuples du continent qui porte le nom « Afrique » (Ils ont aussi choisi ce nom pour nous, mais le continent ils ne l’ont pas créé) n’ont jamais invité les occidentaux, mais ils se sont imposés.
L’ironie dans tout cela, c’est que l’ouverture aux autres, qui a amené les africains il ya plus de 5 siècles à recevoir ceux qu’ils pensaient être des « amis» pacifiques fait partie des éléments fondamentaux de ce qui constitue aujourd’hui la démocratie. L’hospitalité africaine, signe d’ouverture à l’autre nous a malheureusement conduit, nous africains, où nous en sommes. Et aujourd’hui, ce sont eux qui veulent nous parler de démocratie, de liberté, de paix, alors que depuis ils ne sèment chez nous que privation de liberté, guerre, conflits et autres intrigues.
Guy Everard Mbarga
Néo-colonisation en Côte d’Ivoire et collaboration de la Cedeao
Les dissensions plus ou moins fortes qui existent aujourd’hui entre une grande partie de la diaspora africaine issue de l’esclavage et les africains, provient du fait que ces afrodescendants sont convaincus que des africains, principalement des chefs, ont pris part à la traite négrière en acceptant les récompenses personnelles des esclavagistes français, anglais, portugais, espagnols, hollandais entre autres.
Et quand on observe les événements en Côte d’Ivoire, où des puissances occidentales sous prétexte de défendre une démocratie au goût du jour, refusent en réalité de desserrer leurs étaux carnassiers sur les ressources africaines, en utilisant, comme depuis trop longtemps des contremaitres africains pour garantir leur malsaine besogne, on comprend bien ce ressentiment historique.
Ce que l’on vit actuellement en Afrique de l’Ouest, où les dirigeants de pays comme le Burkina-Faso, le Sénégal et le Nigéria principalement semblent encourager la guerre en Côte d’Ivoire, est en effet assez semblable à la situation qui prévalait durant la traite négrière. L’histoire de l’Afrique, depuis la rencontre avec les européens semble ainsi continuellement se répéter. Et les africains n’en tirent jamais pas les leçons, tandis que les occidentaux ne reconnaissent et ne réparent jamais leurs fautes.
Les intérêts avides pour les ressources du sous-sol africain, que nourrissent la France et les États-Unis entre autres, des pays qui ont largement profité de l’esclavage ancien pour se développer, les incitent à utiliser tous les moyens qu’il faut pour monopoliser les circuits d’accès à ces richesses au prix le plus infime.
Certains chefs africains auraient collaboré avec les puissances esclavagistes pour livrer d’autres des leurs à un destin d’esclaves, de travail forcé, à coups de fouets et à la merci de toutes sortes de châtiments, de meurtres, comme outils de travail, sans aucun droit, même celui pour une femme de voir son enfant grandir, lui qui devenait dès sa naissance la propriété du maitre qui pouvait le vendre à tout moment.
Les Blaise Compaoré, Jonathan Goodluck, et même Abdoulaye Wade qui vient pourtant d’organiser une grande manifestation internationale en l’honneur des cultures nègres, sont eux aussi prêts à vendre encore plus la souveraineté de la Côte d’Ivoire et sacrifier de nombreuses vies humaines. Comme ces chefs africains livreurs d’esclaves, où ces contremaitres chargés d’empêcher les révoltes et de s’assurer que le travail pourvoyeur de richesses immenses pour les esclavagistes était bien fait, les dirigeants à la tête des gouvernements entre autres Burkinabé, Nigérians et Sénégalais sont prêts à tout pour permettre à leurs maitres de continuer le pillage. Toujours en espérant obtenir quelques récompenses personnelles.
Si en ce qui concerne l’époque de l’esclavage, les traitres pouvaient réaliser leur sale besogne dans l’anonymat, aujourd’hui les témoins sont nombreux, pour voir, presqu’à l’instantané, des gouvernements et dirigeants africains prêts à livrer les millions d’ivoiriens à une plus grande soumission, un esclavage déguisé, et dans lequel la grande majorité des populations africaines sont depuis longtemps engluées.
On a envie de crier avec la Première Dame de Côte d’ivoire, Simone Gbagbo, « Oh honte, la Cedeao », prête à vendre encore une fois, la vie d’innocents africains à l’Ecomog, de triste réputation, en soutien aux terroristes de Guillaume Soro, et avec l’appui logistique de ces mêmes puissances occidentales anciennes esclavagistes.
Après s’être enrichies grâce aux ressources humaines de l’Afrique pendant plus de 200 ans et grâce en plus à ses ressources naturelles depuis lors, rien n’a changé dans leurs esprits : L’Afrique, ses habitants, et les ressources qui s’y trouvent leur appartiennent. L’Afrique des masses n’a pas selon eux, le droit de profiter le mieux possible de ses richesses et les états africains ne peuvent pas choisir librement leurs clients, leurs fournisseurs.
Le « développement » de l’Afrique doit se faire le plus lentement possible. Les africains ne doivent pas profiter de leurs ressources pour prospérer quand eux, les européens se sont toujours sentis obligés d’aller piller ailleurs, en protégeant jalousement leurs propres ressources. Et le pire est que, au-delà des ressources volées, la vérité historique sur plusieurs siècles nous démontre que les vies humaines africaines à leurs yeux et à ceux de leurs exécutants en Afrique ne valent rien. Lorsque leurs experts évoquent les taux de mortalité en Afrique ou font le décompte des personnes décédées dans les conflits qu’eux-mêmes provoquent, ils oublient de nous dire combien de ces morts sont directement ou collatéralement liées à leurs desseins historiquement machiavéliques.
Pour réussir leurs sales besognes, il y a toujours un dictateur africain pour les aider avec sa clique, comme les chefs collabos de la période de l’esclavage. Mais malgré les complicités, les humiliations, les maltraitances, les meurtres, les injustices, les trahisons, il y a toujours eu, durant toute la période de l’esclavage dans les Amériques, des révoltes multiples et innombrables qui ont conduits aux abolitions. Malgré les contremaitres, malgré les chefs collaborateurs et livreurs d’esclaves, des nègres-marrons ont pu constituer des refuges d’esclaves (quilombos, palenques, mocambos, cumbe) bien organisés.
Et en Afrique, aussi, à l’exemple non seulement du Président Laurent Gbagbo, mais aussi de son armée, de ses fidèles soutiens, de la majorité des ivoiriens, des centaines de millions d’africains sont prêts à mettre un point final à ces dictatures occidentales en Afrique, qui préservent pourtant la paix et la démocratie chez elles.
Guy Everard Mbarga
Cette France puissante grâce à l’Afrique
Un certain nombre de pays ‘enorgueillissent depuis des siècles d’être les chantres et les semeurs de la liberté, de la démocratie et des droits de l’homme, mais leurs Histoires réelles ne reflètent que tout le contraire. Esclavage, impérialisme, colonisation, néo-colonisation, françafrique et autres n’ont été que des moyens pour ceux-ci de s’enrichir au détriment d’autres peuples.
Les mêmes parlent de libre marché, d’offre et de demande, de village planétaire, d’humanisme, de diplomatie et passent leurs temps à fomenter des coups d’état, des assassinats ciblés en Afrique entre autre, pour placer des marionnettes, qui rappellent ces contremaitres de l’époque de l’esclavage et qui permettront de s’arroger les ressources africaines à vil prix?
La France par exemple, qui se dit un grand pays serait peut-être aujourd’hui au niveau de la Roumanie ou de l’Irlande du Nord si elle ne comptait pas sur l’Afrique francophone principalement.
Souvenons-nous il y a environ 50 ans des accords qu’elle obligea les pays africains à signer, à coup d’assassinats de véritables leaders et des populations africaines qui voulaient accéder à une véritable Indépendance. Le Général de Gaulle avait bien compris que la France allait redevenir un pays quelconque (tout petit) sur la scène mondiale, si elle ne pouvait plus disposer à sa guise de l’exclusivité des ressources africaines.
Rien de surprenant dans ce trait caractéristique, quand on sait qu’elle avait par exemple, escroqué 150 millions de francs or au début du 19ème siècle aux haïtiens qui venaient de mettre en déroute l’armée de Bonaparte. Il ne leur avait pas suffit de les avoir enlevés en Afrique, maltraités, exploités dans le travail esclave et s’être enrichis à leur détriment, sans aucune honte. Rien n’a changé dans leur petit esprit de nos jours, et heureusement pour eux, l’inconséquence de nombreux africains les conduit à l’ignorer.
Le véritable problème est le suivant : depuis des décennies, la France empêche les pays africains de la mettre en concurrence avec d’autres, elle s’arroge des marchés en Afrique, qu’elle se partage avec d’autres pays occidentaux et en profite pour avoir les matières premières à des prix dérisoires. Elle utilise ces mêmes biens « achetés » à petit prix pour son propre compte, mais aussi pour les revendre et en tirer les plus grands profits et financer ainsi son développement.
Aujourd’hui, si ce pays est considéré comme une grande puissance économique, ce n’est pas grâce au mérite de ses économistes, de ses hommes d’affaires, de ses commerciaux ou de ses industries qu’elle vante tant. Son petit « secret », c’est une technique historique de tricherie, de magouille, de corruption, de brigandage, de meurtres et de terreur qui coûte des millions de vies aux africains notamment, et maintient les autres, de générations en générations, dans une misère inexplicable.
La France comme bon nombre de pays occidentaux ont peur que l’Afrique se développe. Lorsqu’ils parlent de démocratie à implanter en Afrique et ailleurs à leurs opinions publiques, cela consiste sur le terrain en Afrique à placer leurs contremaitres et leurs préfets, qui leur faciliteront l’accès aux ressources à des prix dérisoires.
Lorsque les analystes économiques de ce monde occidental évoquent les Pibs, les croissances économiques et autres grands agrégats positifs et vantent la richesse de ce bloc de pays, ils omettent de rappeler que le commerce international est loin d’être vertueux et que leurs industries enrichies ne le sont que grâce à des comportements vicieux systématiques à travers le monde. Ils trouvent normal de considérer les États-Unis comme la première puissance économique mondiale, mais ne font jamais le lien avec ces multiples agressions dans l’histoire à travers le monde. Peut-être que celles-ci constituent, disons à leur insu, la fameuse « main invisible » qui les rend si prospères.
Pour en revenir à notre chère France, sans sa puissance militaire, également acquise en grande partie grâce au capital accumulé à partir de ressources africaines, elle ne ferait pas le poids, dans un marché ouvert et libre où tous ses concurrents mondiaux non occidentaux, auraient un accès équitable aux ressources africaines.
La loi de l’offre et de la demande forcerait la France à payer aux africains le juste prix de leurs ressources qu’elle tente désespérément de se garder pour elle. Par exemple, demandez au Président Sarkozy pourquoi le Président Tandja a été déposé il y a quelques temps au Niger. Le Niger possède de l’uranium exploité par Areva évidement à vil prix. Demandez encore à Sarkozy quel uranium il (re)vendra à l’Inde comme il a récemment indiqué lors d’une visite dans ce pays.
La grande peur de la présence chinoise grandissante en Afrique est là pour démontrer comment les occidentaux, notamment leurs chevaux de Troie que sont entre autres les États-Unis et la France, craignent la véritable concurrence.
Et la Côte d’ivoire, qui reste un bastion américain, mais surtout français n’ayant pas encore été vraiment pénétré par les Chinois et d’autres éventuels concurrents véritables occupe une place centrale.
En dehors du Nigéria et des pays disposant de ressources importantes découvertes à ce jour, comme le Niger, la Guinée, le Ghana entre autres, les autres pourraient tomber dans la véritable concurrence des pays asiatiques et des BRIC sans véritablement gêner le business franco-américain en Afrique de l’Ouest, tant qu’ils conservent la Côte d’Ivoire. Et comme le Président Laurent Gbagbo veut leur faire partager cet immense gâteau avec d’autres, ils ne l’entendent pas de cette oreille.
Le pire pour la France et ses consœurs occidentales c’est que, malgré leurs avancées économiques indéniables, obtenues tout au long de leur histoire ancienne et contemporaine en grande partie grâce à des actions vicieuses, elles se font rattraper chaque jour, même par des pays et des régions qui n’ont pas connu le même parcours.
Guy Everard Mbarga
Situation en Côte-D’ivoire : les Pro-Ouattara et la technique de l’évitement
La situation en Côte d’Ivoire, par son caractère inédit, fait couler beaucoup d’encre dans un affrontement entre la lourde machinerie médiatique occidentale Pro-Ouattara, et les petits combattants de l‘information soutenant le Président Laurent Gbagbo, et qui réussissent peu à peu à se faire entendre des autres.
Après avoir tenté d’aider Alassane Ouattara à passer en force pour occuper la Présidence ivoirienne dans un exercice relevant plus de la propagande que de l’information, une bonne partie de ces médias et occidentaux utilise désormais une technique que les psychologues appellent l’évitement, consistant à éviter d’être confronté à une situation redoutée. Il s’agit d’ailleurs de la même technique adoptée par les dirigeants de la Communauté Internationale, et surtout semblable à celle d’Alassane Ouattara, le Président qu’elle reconnait. Ce dernier refuse systématiquement le recomptage des votes proposés par le Président Laurent Gbagbo. Rien de surprenant d’ailleurs dans cette concordance, cet entente tripartite parfaite des anti-Gbagbo
On peut se demander à raison pourquoi ils dressent ce mur, alors qu’actuellement en Haïti par exemple, il y a un recomptage de voix suite aux élections présidentielles, non pas pour le second tour, mais pour le premier. Pourquoi ne pas appliquer une technique éprouvée ailleurs?
En ce qui concerne les médias occidentaux, on a agréablement noté qu’après l’unanimité que l’on relevait au départ de la crise, peu à peu et le temps aidant, Laurent Gbagbo et ses partisans peuvent tenter d’exposer leur point de vue. Cependant, comme un leitmotiv digne des républiques communistes de l’époque de la guerre froide, le même message se répète sans cesse dans ses grands médias dont les journalistes se confondent avec les bureaux de presse des gouvernements occidentaux et l’équipe de campagne d’Alassane Ouattara. Et il y a de quoi s’étonner, sans être totalement surpris, de cette unanimité qui traverse les médias de premier rang en France, aux États-Unis et au Canada par exemple.
Concernant ce dernier pays, on a pu noter de quelle manière cette situation est traitée, notamment dans deux médias importants que sont la chaine publique Radio Canada etla chaine privée 98,5 FM.
Lors de différentes émissions, qui se sont déroulées à plusieurs périodes, on a pu constater une unanimité consistant à répéter ce que les médias français avaient monté en concordance avec l’ONU, Nicholas Sarkozy et Barack Obama entre autres. Les présentateurs et leurs invités ne se contentant pas de donner l’information, mais souvent d’encenser leur protégé, et de vilipender quelquefois le récalcitrant.
La plus marquante de ces interventions journalistiques a été il y a quelques semaines le commentaire d’un chroniqueur qui porte le titre de spécialiste des relations internationales, Normand Lester, lors de l’émission de Paul Houde (Montréal maintenant).
L’expert qui a été apparemment en Côte d’Ivoire dans les années 80 parlait de Laurent Gbagbo (dont il avait du mal à prononcer le nom) comme d’un « Roi nègre » qui s’accroche au pouvoir. Il n’a par exemple rien dit sur la rébellion qui divise le pays depuis 2002 et parrainée par Alassane Ouattara. Pourtant, quelques jours plus tard, il était estomaqué par le fait que l’armée canadienne doive faire des excuses à un groupe qu’il considère comme terroriste, les Mohawk Warrior. Monsieur Normand Lester est apparemment un expert à multiples vitesses.
À une occasion, dans les premières semaines, on a pu voir, tout de même, un journaliste québécois de Radio Canada (Pascal Robidas) aller interroger un supporter de Laurent Gbagbo vivant au Canada, permettant ainsi de nuancer l’information.
Plus récemment, dans l’émission de René Homier-Roy (C’est bien meilleur le matin), le chroniqueur M Laurendeau parlait des deux avocats français Roland Dumas et Maitre Verges allés soutenir Gbagbo. Pendant deux ou trois minutes, a choisi d’aborder des controverses à leur sujet, sans jamais évoquer le fond. Juste un traitement léger de l’information, de manière à orienter ses auditeurs dans son sens.
Le lendemain, la même émission invitait un député (Thomas Kobenan) favorable à Alassane Ouattara, sans contradicteur de l’autre camp, et sans question qui dérange posée par René Homier-Roy. Comme quoi, entre amis, on s’arrange…
Ni les médias internationaux, ni la communauté internationale, ni le camp Ouattara (L’entente tripartite) ne veulent parler des fraudes dans le Nord, malgré les preuves, et encore moins d’un recomptage des voix. On réglerait pourtant le problème bien vite.
Mais comme on le sait, la Communauté Internationale ne se désavoue jamais, même lorsque devant ses yeux, les preuves de ses erreurs apparaissent. Quand on s’appelle Communauté Internationale et qu’on est sensé représenter le monde, on sait bien que jamais on se sera jugés pour nos actions néfastes.
Comme on a pu le voir dans une analyse précédente, le temps est en train de faire son œuvre. Et contrairement à cette communauté internationale Pro-Ouattara qui juge que le Président Gbagbo en s’en servant joue le pourrissement, on constate plutôt que la situation s’éclaircit. La vérité fleurit, elle qui ajustement pris le temps de rattraper les mensonges hâtifs et orchestrés au départ, et permet à un grand nombre des acteurs extérieurs à la crise de se faire une idée plus claire, plus précise de la réalité des événements.
Et c’est en voyant cela que la Cedeao et l’Union africaine (auxquels Obama et Sarkozy ont refilé l’organisation d’une éventuelle guerre en Côte d’Ivoire) ont franchement revu leurs positions. Le Président du Nigéria, Johnathan Goodluck a troqué son vocabulaire guerrier et privilégie désormais le dialogue. Le Premier Ministre Kényan Raila Odinga, lui aussi très véhément au départ semble avoir retrouvé un semblant de courtoisie et d’humilité.
Malgré cela, américains et français, médias et dirigeants associés qui voient bien que leurs plans de faire leurs guerres à intérêts en Afrique par africains interposés (une technique déjà éprouvée à l’époque de la Guerre Froide)sont hypothétiques pour l'instant, continuent de marteler sans arrêt que ‘Gbagbo s’accroche au pouvoir’, ‘Ouattara est le Président de la Côte d’Ivoire’etc…
En espérant que le mensonge répété et démultiplié dans les médias peut passer pour la vérité. Mais encore une fois, le temps est plus rusé que le mensonge.
Et puisque même le Mur de Berlin est un jour tombé, celui plus petit dressé pour l’instant par souci d’évitement par l’entente tripartite anti-Gbagbo, peut-être finira lui aussi par s’effondrer.
Guy Everard Mbarga







