Les afrodescendants furent de la "chair à canon" lors de la Guerre de la Triple Alliance (1864-1870), au cours de laquelle on alla même jusqu'à libérer des esclaves noirs pour qu'ils remplacent les soldats, se rappelle l'historien argentin Ignacio Telesca.

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Telesca prenait part à une rencontre organisée à Asunción par le Secrétariat National de la Culture du Paraguay et dont le but était d'analyser la guerre qui opposa le Paraguay à l'Argentine, l'Uruguay et au Brésil, en conjugant la vision des arts et de l'histoire, et lors de laquelle sont intervenus des spécialistes de sept pays.

 

L'historien a indiqué que à l'époque de cette guerre, l'esclavage était déjà aboli en Argentine et en Uruguay, mais pas au Brésil ni au Paraguay où, face au besoin de soldats pour faire face aux troupes alliés, on utilisa de nombreux esclaves afrodescendants, qui furent même rachetés par l'État pour être intégrés dans les rangs de leurs armées.

La participaction des afrodescendants au conflit démontre leur présence au Paraguay bien avant la guerre, puisque, selon Telesca, les esclaves noirs arrivèrent sur le territoire paraguayen au 16ème siècle.

Malgré leur contribution à la guerre, une fois que celle-ci fut terminée, la population paraguayenne décimée, l'héritage des afrodescendants dans la construction de l'identité nationale fut reniée.

La guerre s'est traduite en termes de civilisation contre la barbarie, et le message qui est passé c'est que la civilisation a gagné. Comme personne au Paraguay ne voulait être un barbare, il fallait créer une identité et c'est là qu'on a affirmé que le paraguayen provenait du mélange de l'indigène guaraní et de l'espagnol descendant des colonisateurs”, a indiqué Telesca.

Dans cette construction de la supposée identité paraguayenne, le politicien paraguayen Manuel Domínguez (1868-1935), joua un rôle fondamental en soutenant que la population paraguayenne était blanche, parce que plusieurs générations étaient passées depuis les premiers métisses qui furent les enfants des guaraníes et des européens.

Telesca a cependant affirmé que l'identité paraguayenne contient davantage de mélange de guaraní et d'afrodescendant que d'européen, du fait que la présence afrodescendante fut plus constante que celle des émigrants du vieux continent, comme le détaillent les recensements réalisés dès l'arrivée des conquistadores, qui s'installèrent dans le pays en moindre proportion.

L'idée selon laquelle il n y a pas de noirs au Paraguay est également commune au Chili, en Argentine, en Bolivie … C'est vrai qu'on ne voit personne comme Michael Jordan, mais ‘noir’ est une catégorie très large, qui englobe de nombreuses nuances de couleurs de peaux différentes”, a-t-il exposé.

Il a ajouté que seules quelques communautés du Paraguay, comme Kamba Kua (Grand Asunción), Kamba Kokue (centre) ou Emboscada (proche de Asunción) présentent un “développement identitaire fort”, et se reconaissent comme afrodescendants.

Telesca estime que la création de politiques publiques en éducation, santé ou dans la proprité des terres en faveur de manière spécifique de ces populations historiquement discriminées, “parce qu'on associe tout ce qui est noir au sous-dévelopement”, peut contribuer à ce que davantage de personnes assument leur identité en tant qu'afrodescendants.

Il parie également sur la reconnaissance par les États du fait que la traite des esclaves fut un crime de lèse humanité et qu'ils fassent la promotion des réparations pédagogiques, par l'inclusion du thème dans les textes scolaires, et aussi économiques, par le biais de politiques publiques en faveurs des populations afrodesendants actuelles.

Selon des données officielles d'un recensement datant de 2007, la population qui se reconnait comme afroparaguayenne comprend  7.600 personnes.

En 2015, l'ONU a instauré la Décennie des Afrodescendants afin de promouvoir et protéger les droits de ceux qui se considèrent comme des descendants des africains et qui sont environ 200 millionses seulement dans les Amériques et dont  90 % vivent dans la pauvreté.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

http://www.hoy.com.py/espectaculos/afrodescendientes-carne-de-canon-en-guerra-grande