Par: Redacción Vivir

LITIGE - Suite à une décision de la Cour Constitutionnelle de Colombie, des communautés afrodescendantes pourraient être sur le point de gagner un bras de fer pour les Îles del Rosario contre les plus puissants du pays.

 

330881_131855_1

La Cour a ordonner la révision de la décision de 1984 qui avait déclaré terres en friche les Îles del Rosario. Si cela se produit, les occupants devront restituer ces terres.

Cette semaine a été rendu publique un verdict de la Cour Constitutionnelle qui pourrait mettre fin au débat sur l'occupation des Îles del Rosario. Même si au cours des dernières décennies ont été émises des dizaines de décisions judiciaires visant à établir s'il est légitime que sur l'un des sanctuaires naturels les plus beaux dont regorge le pays, une poignée de personnalités aient leurs maisons secondaires, celle-ci pourrait être celle qui mettra un point final à ce débat.

Ce qu'a dit la Cour a quelque chose de révolutionnaire. Pas parce qu'elle ordonne à l'Incoder de ne pas proroger les locations qui aujourd'hui permettent que pour des sommes dérisoires, quelques personnes profitent de terres que l'État a déclaré comme terres en friche en 1984, mais parce que pour la première fois, le tribunal supérieur reconnait l'existence des afrodescendants qui y vivent depuis des siècles. Comment se fait-il qu'une petite communauté portant le nom d'Orika puisse gagner le bras de fer contre les plus puissants de la Colombie?

Déterminer la présence de communautés sur les Îles del Rosario n'est pas un point important seulement pour les livres d'histoire. La Constitution de 1991 a défini la Colombie comme un pays multiculturel et multiethnique et a accordé aux afrodescendants et aux indigènes des droits spéciaux et une autonomie sur les terres sur lesquelles ils ont toujours vécu. Les premiers ont des territoires collectifs, et les seconds des reservces; et plus de 30% du pays se trouve aujourd'hui dans ces deux cas de figure.

Le verdict est une revendication de cette nouvelle réalité. La Cour cite l'anthropologue Carlos Durán Bernal qui affirme dans un livre sur les îles que ces dernières “n'ont pas été inhabitées pendant des siècles, mais elles ont plutôt été exclues de l'histoire officielle, par l'invisibilité historique à laquelle ont été condamnées les populations afrocolombiennes”. Et ordonne par la suite à l'Incoder à revoir avant trois mois la décision de 1984 qui avait déclaré les Îles del Rosario et de San Bernardo comme terres en friches appartenant à la Nation. Ironiquement, même si les îles constituent un des plus grands symboles de la biodiversité dont regorge le pays, l'État a déclaré que seul la mer constituait un Parc Naturel, ce qui avait permis que la terre soit concédée à des privés.

Selon la Cour, si ce sont les afrodescendants qui possèdent les droits sur les îles, celles-ci ne devraient pas être des terres en friche (terres incultes) et par conséquent, l'État ne pouvait pas les louer aux industriels, aux politiciens et aux artistes qui y possèdent actuellement leurs propriétés. La communauté d'Orika avait demandé depuis plus d'une décennie un processus menant à l'octroi de titres collectifs, mais cette demande n'avait pas été résolue par l'Incoder. Le verdict conclut que “ce scénario effectivement mettrait en risque les droits fondamentaux à la subsistance et à l'intégrité de l'identité culturelle des groupes humains qui habitent les Îles del Rosario, apparemment depuis des temps lointains”.

Si les afrodescendants réussissent à remporter ce bras de fer, ce ne sera pas la première fois que la Cour s'impose contre une décision de l'État afin de protéger un groupe ethnique. En 1997, elle avait ordonné la révocation du permis environnemental accordé à la compagnie pétrolière Oxy, car il touchait le territoire des indigènes U’wa. En 2002, elle avait interdit la fumigation aérienne de cultures dans une reserve et en 2003, elle avait protégé une communauté du Chocó contre une compagnie d'exploitation de bois et les Emberas contre la construction d'un barrage hydroélectrique. Et en 2005, en analysant la constitutionnalité de la Loi 160 de 1994 sur l'adjudication des terres en friche, elle a assuré que lorsqu'il s'agit des communautés ethniques “il y a une considération différente, puisque le droit des groupes ethniques à la propriété collective a un caractère de droit fondamental”.

Jamais auparavant le pays n'avait eu une scène politique et juridique aussi propices pour mettre fin au débat à savoir à qui devraient appartenir les Îles del Rosario. D'une part , parce que la discussion sur les hôtels de Six Senses et Los Ciruelos dans le Parc Tayrona a démontré que les colombiens trouvent qu'il est questionnable que les intérêts privés soient favorisés par rapport à la conservation des patrimoines naturels du pays. Et d'autre part, parce que les lois comme celle de la Restitution des Terres ont obligé le pays à réfléchir sur la nécessité de corriger les situations d'inéquité historiques, qui semblaient difficiles à résoudre. Si les afrodescendants gagnent, cela constituerait l'un des exemples les plus surprenants impliquant à la fois les deux enjeux.


Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com

http://www.semana.com/nacion/articulo/las-islas-perdidas/330776-3