Même si le DANE indique selon le recensement de 2005 que 10% de la population est afrodescendante, l'organisme reconnait les lacunes dans la collecte des données. Les Afrocolombiens organisent des campagnes pour la reconnaissance.

afrocoAndrés Felipe Velásquez | Medellín | Noms changés à la demande des personnes interrogées.

* Eloy se promenait dans les rues de la ville comme n'importe quel habitant de Bogota lorsqu'il a rencontré des hommes assis devant un d'un magasin d'alcool. Ces derniers se sont mis à se moquer de lui en le traitant de «nègre» et en lui parlant irrespectueusement. Il a ignoré les commentaires et a poursuivi sa route.

Un des hommes à la table a sorti une arme, et comme Elroy ne leur avait pas prêté attention tout en ignorant leurs moqueries, il a reçu deux balles. Le fait que Elroy soit aafrodescendant avait bien sur également provoqué la colère de l'agresseur : '' Vous vous êtes trompés, ce n'est pas un endroit pour les noirs ici'' avait-il dit.

Les attaques de ce genre sont fréquentes dans le pays, comme l'expliquent les associations d'afrodescendants. Aucun chiffre n'est cependant disponible, car les plaintes sont rares.

On cherche par conséquent à trouver des solutions à ces situations par le biais d’un projet de loi en attente au Congrès de la République, dont le but est de pénaliser les manifestations de racisme et de discrimination raciale.


"La proposition a pour origine la pauvreté des de la population afrocolombienne, car ils sont les plus pauvres du pays. On a constaté que parmi les causes de cette pauvreté, il y a le racisme", déclare Carlos Alberto Baena, sénateur du mouvement Mira et auteur de l'initiative.

Cette pauvreté est aussi une sorte de discrimination raciale. L'initiative est par conséquent saluée par les afrocolombiens et est répercutée par le représentant du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, Christian Salazar Volkmann.

"Malheureusement, la discrimination raciale est une réalité en Colombie. Nous saluons le fait que le Congrès débatte actuellement un projet de loi contre celle-ci. Une loi qui pénalise la discrimination raciale enverra un signal fort à la société colombienne pour que les droits et la dignité peuples afrocolombiens, des palenqueros et insulaires soient respectés'', indique Salazar.

Il est juste et équitable que cette population réclame ses droits et une plus grande participation aux programmes de l'État.

Un exemple démontrant la discrimination contre les afrodescendants en Colombie se trouve dans une réalité toute simple et surprenante. Selon le Département Administratif National de la Statistique  (DANE), lors du recensement de 2005, on a appris que 10,62% de la population du pays était afrodescendante, mais le même organisme reconnait qu'il y avait des lacunes dans la collecte de données et qu’en réalité, le pourcentage est plus proche de 25%.

Même si cela semble drôle, les afrodescendants eux-mêmes en parlent sur le ton de la blague, mais en sont préoccupés.

 

 "Après le recensement de 2005, on nous a fait disparaitre, et on nous cherche parce qu’on ne peut pas disparaitre aussi facilement", indique Luis Ernesto Olave Valencia, directeur national Fundesarrollo afro.

Olave lance un appel à la communauté noire pour qu’elle s’identifie et fasse valoir son  identité et s’attelle à réclamer de plus grands espaces de participation.

"Le projet de loi est une avancée et crée un précédent dans le pays. Cela démontre qu'il y avait une problématique qui restait occultée. Généralement, en Colombie on ne reconnaissait pas la discrimination raciale comme un problème social,  on voit que avec ce projet, on le reconnait et il y a des  preuves ", explique Olave.

Selon les explications de Baena, il faut faire une distinction entre le racisme et la discrimination raciale. "Le racisme, c'est quand la violence physique ou morale est exercée sur une personne, à cause de son statut racial, la discrimination raciale c’est lorsqu’on refuse une opportunité ou l'accès à une offre d'emploi par exemple."

Dans ce sens, le projet en cours devant la Chambre, puisqu’il a été approuvé au Sénat, envisage peine de 1 à 3 ans de prison et des amendes de dix à quinze fois le salaire mensuel minimum légal.

"Ce sont des sanctions qui vont dissuader, car elles génèrent une interdiction de droit, c’est-à-dire que l’agresseur perdrait la possibilité d'assumer des fonctions publiques et aurait des restrictions dans l'exercice de ses droits", note le sénateur Baena.


Outre le cas de Eloy, il existe des centaines d’autres situations de discrimination et de racisme dans le pays.

Agatha * a 7 ans, et même si elle a bien aimé ses  premiers jours à l'école, sa vie s’est transformée en martyr par la suite. Après la journée d'école, elle rentrait à la maison, pleurant parfois, en disant qu'elle ne voulait plus y retourner. Ses motivations prouvent la discrimination que l’on peut parfois vivre dans certains établissements d'enseignement.

Quand l’enseignante n'était pas là, ses camarades la frappaient, lui tiraient les cheveux, se moquaient de la couleur de sa peau et lui donnait des surnoms.

"Cela crée un conflit émotionnel si grand, c’est même une question psychologique, car elle ne comprend pas que c’est parce qu’elle est noire qu’elle est ainsi traitée", déclare Olave.

Sayly Duque Palacio, directrice de l'Association de développement pour l'intégration des Négritudes de la Colombie (Asociación del Fomento para la Integración de las Negritudes de Colombia (Afin), applaudit également le projet de loi.

"Il ya des situations qui se produisent et qui visent à démontrer que d'autres peuvent davantage humains que nous, et c’est sur cela qu’est axé le travail que les afrodescendants mettent en place. Nous cherchons à mettre cette situation sur la table  pour faire face à la discrimination dans tous les domaines."

En Février de cette année, l’expert indépendante de l'ONU sur les questions relatives aux minorités, Gay McDougall, a présenté un rapport sur la population afrodescendante du pays.

Selon elle, la pauvreté est l'un des signes de discrimination.

"(...) Les cinq départements ayant le plus grand pourcentage de la population vivant dans la pauvreté et d’une moins bonne qualité de vie sont celles ayant la plus importante concentration d'Afrocolombiens (Bolívar, Cauca, Cordoba, Chocó et Nariño). Le Chocó a le niveau de d'investissement social par habitant le plus faible et occupe la dernière place dans l'éducation, la santé et des infrastructures (...)", écrit McDougall.

Il est appelé pour le deuxième pays d'Amérique latine comptant le plus grand nombre de d’afrodecendants.

Le sénateur Baena a expliqué que pour la proposition du projet de loi, le Brésil a été pris comme modèle, un pays où il y a un précieux travail pédagogique de fait sur cette question, tout en sachant qu’ailleurs dans la région, un travail contre la discrimination et le racisme est également réalisé.

"Maintenant, (le projet) va suivre son cours à la Commission Première de la Chambre et en plénière", dit-il, et peut-être en Juin, cette initiative aboutira.

Les balles ont seulement blessé Eloy. Il s'est rétabli et avec d'autres afrocolombiens, il est au premier plan pour faire des propositions visant à faire valoir leurs droits et à éradiquer le racisme dans le pays. Un combat qui semble parfois peu accompagné, mais qui pourrait se renforcer avec une nouvelle loi.

   Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/