Source: Mónica Maristain (dpa)  |

Guadalajara (México)  (dpa) - Pour le scénariste et écrivain Paulo Lins, qui a obtenu la renommée internationale en 2002 avec son roman "La Cité de Dieu," inspiration du film homonyme de Fernando Meirelles, "le Brésil est le pays qui tue le plus de Noirs au monde."

Linz

"Tout le problème de la violence dans mon pays est lié au racisme, à l’immense discrimination contre les Indiens et contre les Noirs", indique l’auteur dans un entretien avec dpa, dans le cadre de la 24ième Foire internationale du livre de Guadalajara, qui se tient dans ladite ville jusqu'au 5 Décembre.

Né en 1958 dans une favela de Rio de Janeiro, Lins vit aujourd'hui à San Pablo, "une autre ville violente", selon lui-même, et s'est rendu à Guadalajara à l’ouest du Mexique pour prendre part à une conférence avec son ami, également scénariste de cinéma, Guillermo Arriaga.

"Nous sommes très amis et nous aimons parler de cinéma, la littérature et l'amour", dit Lins, qui se presse de préciser : "Je ne suis pas seulement un chroniqueur de la violence. J'écris aussi beaucoup d'histoires d'amour."

Dans le hall de l'hôtel international où les organisateurs de la Foire internationale du livre de Guadalajara logent leurs invités spéciaux, l'écrivain mange sans arrêt et avec voracité des bonbons à la menthe et au piment, une combinaison de saveurs très commune au Mexique.

"J'adore" dit-il, en devenant sérieux pour évoquer les événements qui ont remis Rio de Janeiro au centre des nouvelles dans le monde, lorsque les forces de sécurité du Brésil ont affronté militairement des présumés trafiquants de drogue pendant quatre jours dans les favelas, faisant 40 morts.

"J'avais très peur que le nombre de morts augmente au point d’atteindre des limites inattendues, même si je pense que les affrontements ne devraient provoquer aucun cadavre. La police doit être plus intelligente et mieux préparée pour pouvoir appréhender les bandits sans leur tirer dessus à bout portant", indique Paulo Lins.


"Ce qu’il y a c’est que, à Rio de Janeiro, qui bien sûr, n'est pas la ville la plus violente au Brésil, puisque devant, il y a Recife, Palmas et Victoria, la police est criminelle", ajoute-t-il.

Au sujet du changement de gouvernement qui s’est produit au Brésil, l'auteur dit qu'il espère que la nouvelle présidente Dilma Rousseff poursuivra le mandat du président sortant Lula da Silva.

"Lula a été le meilleur président dans l'histoire du Brésil, parce qu'il a combattu la pauvreté avec acharnement, et il y a désormais dans mon pays une classe moyenne qui n'existait pas, donc ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que la nouvelle présidente poursuive dans cette ligne et qu’elle approfondisse même le travail social du gouvernement antérieur", dit-il.

"Les Noirs et les Indiens des favelas ont également eu accès à une vie meilleure sous le gouvernement Lula, mais dans une quantité infime. Ce qui est sûr c’est que ce qu'on voit dans ces lieux ce n’est pas le narcotrafic, mais plutôt de la discrimination. Il ya des trafiquants de drogue à New York, Berlin et en Norvège, pourquoi ne tue-t-on que les Brésiliens pauvres et noirs?", se demande-t-il

Paulo Lins, qui est en train d’écrire un roman et qui dans les années qui ont suivi le succès mondial de " la Cité de Dieu" a écrit des scénarios de films et des séries télévisées, est satisfait de s’être fait connaitre grâce l’histoire dans laquelle il dépeint dans un récit magistral la vie quotidienne d’une favela, en dénonçant la violence exercée par le trafic des drogues et la police, ainsi que l'absence absolue de l'État.

"Enfin, j'ai eu la grande opportunité de faire connaitre le Brésil négativement et les gens ont commencé à débattre à ce sujet. Ce n’est pas bien de cacher la saleté sous le tapis, il faut la mettre en lumière", conclue-t-il.

Traduit de l'Espagnol Par Guy Everard  Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com