Par Bernice L. McFadden

Traduit de l’Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

Le roman de Kathryn Stockett,  "The Help", publié par Penguin Books s’est vendu à 1 million d’exemplaires dans sa première année de publication. Son roman a reçu félicitations et récompenses, dont le prestigieux Prix Boeke Sud Africain. "The Help" est en cours d'adaptation pour le cinéma; avec à la tête de la production le réalisateur et producteur Steven Spielberg, vainqueur de plusieurs Academy Award.

Le best-seller de Sue Monk Kidd, "The Secret Life of Bees", également publié par Penguin Books, est une autre histoire qui se déroule dans le Sud avec des personnages noirs. Le roman de Kidd a engrangé la même gloire, la même fortune et la même reconnaissance.

Kathryn Stockett et Sue Monk Kidd vivent le rêve de milliers d'auteurs, dont moi-même. Mais elles ne sont pas les premières femmes blanches à écrire des histoires du Sud noir américain et à être louées pour leurs efforts. En 1928, Julia Peterkin a écrit un roman, "Scarlet Sister Mary," pour lequel elle a reçu le prix Pulitzer de la fiction. Les romans de Stockett et Kidd s'attaquent au racisme et célèbrent le pouvoir de l'amitié et l'acceptation. De belles couvertures qui ne révélaient pas la race des personnages ont été conçues pour les deux romans. Le marketing des deux livres s'adressait aux publics noir et blanc.

Mon premier roman, "Sugar", a également été publié chez Penguin. Situé dans les années 1950, du Sud, le fil de l'histoire traite de racisme et célèbre l'amitié et l'acceptation. La couverture originale montrait une belle femme noire, debout, derrière une porte moustiquaire. "Sugar" ne fut présenté qu'aux lecteurs africains-américains. Ce type de marginalisation a fini par être connu des écrivains afro-américains comme la "seg-book-tion."(Ségrégation dans le monde littéraire) Cette pratique est non seulement humiliante mais également paralysante financièrement. Lorsque j'ai examiné les raisons pour lesquelles les œuvres des écrivains afro-américains étaient conditionnéEs et commercialiséEs de façon si différente que celles de leurs homologues blancs, je n'ai pas eu à chercher ma réponse bien loin.

La littérature sur l’opprimé écrite par l'oppresseur a une longue tradition. La tendance peut être retracée jusqu'à la colonisation - un mouvement qui n'était pas seulement physique, mais textuel, et dont on peut trouver la preuve dans les agendas, les lettres et les journaux des colons et des propriétaires d'esclaves des plantations.

On peut noter une histoire "d'infériorité" dans la représentation des Afro-Américains par des blancs dans les textes. Sur la base de ces perceptions, les Afro-Américains ont subi l'esclavage, le génocide, l'apartheid médical et la ségrégation.

Cette "infériorité" est un outil fondamental pour la distanciation ethnique dans la société. Aujourd'hui, cet outil est utilisé avec une grande précision dans l'industrie de l'édition dominante. Si bien sûr, la distanciation ne peut être totale - ce qui signifie qu'un petit nombre sélect d’auteurs afro-américains se sont "mélangés" au courant dominant- le travail de nombreux auteurs Afro-Américains, moi y compris, a été rassemblé en un seul groupe connu sous le nom de "la littérature Afro-Américaine. "

Ceci suggère que notre littérature est singulière et anormale, pas universelle. C'est comme si nous les auteurs américains qui nous trouvons être d'origine africaine ne sommes pas un peuple, mais plutôt un genre un peu comme le mystère, la romance ou le thriller.

Promenez-vous dans votre chaine de librairies locale  et vous ne verrez pas des sections marquées Littérature Anglaise, Littérature Blanche Américaine, Littérature coréenne, Littérature pakistanaise et ainsi de suite. Aucune de ces ethnies n'est isolée ou impersonalisée tel que les écrivains afro-américains le sont.

Et même s'il est vrai qu'une grande majorité de l'ensemble des écrivains, quelle que soit leur couleur de peau, se bat pour rester à flot, et que plus d'écrivains afro-américains sont publiés aujourd'hui qu'à aucun autre moment dans l'histoire, il faut tout de même noter exactement ce qui est publié.


Les maisons d'édition du courant dominant se plient en quatre pour acquérir des livres qui glorifient le sexe facile, les drogues et la criminalité. Cette fiction, connue sous le nom de la street lit (littérature de rue) ou hip-hop fiction, renforce le plus souvent les éléments d'identification stéréotypés que les Afro-Américains se sont battus pour surmonter.

Et bien que nous sommes tous les descendants de ces grands pionniers littéraires qui ont, les premiers, donné une voix à l'expérience afro-américaine, et si l'un ne pouvait certainement pas exister sans l'autre, par la suite, à un moment donné, la balance a été jetée au sol, et elle penche désormais en faveur d'une genre qui glorifie la vie de la rue et dénigre une institution culturelle qui a pris des centaines d'années à se construire.

Cette année est sans conteste le 90e anniversaire de la naissance de la Renaissance de Harlem. C'est aussi le 50e anniversaire de la mort de Zora Neale Hurston, l'une des figures les plus emblématiques de la Renaissance. En 1950, Hurston a abordé ce problème dans son essai "What White Publishers Won't Print," (ce que les éditeurs blancs ne publierons pas), publié dans le Negro Digest.

"Pour diverses raisons, le Noir moyen, qui se bat, non morbide est le secret le mieux gardé d'Amérique. Sa révélation au public est ce qu'il faut pour faire disparaître ce sentiment de différence qui inspire la crainte, et qui exprime toujours dans l'aversion. " Ses mots sonnent encore vrais.

Bernice L. McFadden est l’auteure de sept romans don le plus récent "Glorious," a été publié en Mai