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Joe Beasley est un ancien soldat américain qui lutte contre la discrimination raciale depuis plus de trente ans. Un combat pour le bien-être et l'unité du monde afro.

Par Esaúd Urrutia Noel et  David H. Rosales

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

Joe Beasley a une voix très profonde, semblable à celle de l'acteur James Earl Jones ou d’un baryton de jazz. Mais ce n’est pas une star du grand écran, ni un collègue de Billy Eckstine. C’est un leader qui est passé par les épisodes les plus dramatiques et les plus triomphaux de l'histoire afro.

Joseph Henry Beasley est le directeur régional pour le Sud de la Rainbow / Push Coalition, formée par deux initiatives qui se consacrant au soutien des afrodescendants aux États-Unis et dans le monde : la Rainbow Coalition, fondée par le Révérend Jesse Jackson et Push Opération, People United To save Humanity - dont les activités remontent à la lutte pour les droits civils de l'Amérique des années soixante.

Aujourd'hui, après 71 ans de défis et de victoires, Beasley est le témoin d’une prouesse pour laquelle il a travaillé pendant plus de vingt ans : voir un afrodescendant Président  des États-Unis. Barack Hussein Obama est celui qui a réalisé cet exploit, mais Beasley avait déjà travaillé en 1984 et 1988 pour les deux campagnes présidentielles du révérend Jesse Jackson.

Je pense que nous avons remporté les deux campagnes. Quatre millions d'Afro-Américains se sont inscrits pour voter en 1984, et en 1988, sept autres  millions s’inscrivirent. Plusieurs Afro-Américains sont devenus des sénateurs d’État et fédéraux après ces campagnes. C’est la raison pour laquelle je pense que nous avons gagné "déclare Joe Beasley.

Celui qui est actuellement l’un des dirigeants de la coalition Rainbow PUSH / a servi pendant 21 ans dans l’Armée de l’Air des États-Unis, d'où il a pris sa retraite à titre de surintendant. Mais Joe Beasley est un opposant de nombreuses politiques capitalistes et depuis les années de la guerre au Vietnam, il s’interroge sur le rôle de son pays dans ce conflit: "La guerre du Vietnam était une guerre de libération et nous étions du mauvais côté de l'histoire".

Beasley est né en 1936 dans une plantation située à Inman en Géorgie. Il a rejoint l'armée de l'air après le collège à Cincinnati, Ohio: "J'envisageais d’y rester quatre ans, mais ce ne fut pas le cas, car je n'arrivais pas à trouver un emploi décent après avoir terminé mon baccalauréat. "

Ainsi, comme il doutait des principes moraux de l’aventure belliqueuse au Vietnam, Beasley suivait avec admiration les consignes de Martin Luther King dans la presse, la radio et à la télévision à partir des casernes: "Il est préférable de marcher avec dignité, plutôt que de monter dans le bus avec honte ", rappelle Joe Beasley.

Il prenait alors la décision de se consacrer à la lutte pour les droits civils des Afro dès qu’il sortirait de l’Armée de l’Air. Il rentra de la guerre le 4 avril 1968, jour de l’assassinat de Martin Luther King et  rejoignit les rangs du Révérend Jesse Jackson, l’un des leaders afroaméricains noirs appelés à continuer le combat pacifique de celui qui avait dit : “J'ai fait un rêve”.

Après sa première campagne à la présidence des États-Unis, Jesse Jackson fonda la Rainbow Coalition, dont le message d'intégration s’étendait à d'autres communautés marginalisées en Amérique du Nord, que ce soit pour leur appartenance raciale, leur nationalité, leur sexe ou leur orientation sexuelle.

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À travers des propositions telles que le Projet de Wall Street, (Wall Street Project) dédié à l’aide aux noirs pauvres dans les grandes villes des États-Unis, Beasley s’est consacré à soutenir les exploits de Nelson Mandela pour son premier mandat à la présidence de l'Afrique du Sud, après 28 ans de prison. Il visita d'autres pays du continent noir comme la Zambie, le Zimbabwe, l'Ouganda, le Kenya, entre autres, et il comprit alors que le colonialisme n'avait pas disparu en Afrique.

Pour Beasley, les multinationales sont les véritables empires d'aujourd'hui. “Nous avons découvert qu’il existe des entreprises plus puissantes que des pays”, dit-il. “Dans les années quatre-vingt en Afrique du Sud, Coca-Cola a refusé de faire des affaires, de nous vendre une de leurs compagnies. L'attitude de la direction était ‘nous n’allons pas vendre des industries à des noirs’. Nous avons montré à Coca-Cola que nous avions d’autres options de consommation, que nous pouvions acheter des produits d’autres compagnies et nous leur avons fait reconsidérer leur position ”, se souvient Beasley.

Il cite également un autre cas de son combat contre les multinationales: “Il y a cinq ans, nous avons découvert à Atlanta, en Géorgie, que Coca-Cola payait aux blancs une moyenne de 26 dollars de plus pour des emplois que des Noirs exerçaient également." Comme il y avait déjà le précédent du boycott des boissons gazeuses en Afrique, la société a également modifié cette attitude discriminatoire.

Un autre de ses appels à la prise de conscience à Coca-Cola s'est produite lorsque l'entreprise productrice de boissons a commencé à se déplacer en Inde et en Asie du Sud-Est à la recherche de la main-d'œuvre servile: “Nous nous sommes réunis avec la direction et on leur a dit que nous voulions que leurs industries s’installent en Afrique parce que des millions d'Africains consommaient leurs produits. Nous leur avons demandé des opportunités d'emploi pour les Africains. Et nous ne l’avons pas fait comme une demande, mais plutôt comme une exigence”.

Après son passage par le continent de ses ancêtres, il s’est déplacé en Amérique du Sud.

Au Brésil, ses démarches ont rendues possible la construction de l'Université Zumbi dos Palmares en 2003. Beasley a appris que 50 % de la population brésilienne est d'origine africaine, mais que seuls 2% des afrobrésiliens avaient l’opportunité de faire des études supérieures. Il a encouragé de nombreuses multinationales américaines ayant des industries au Brésil, telles que Coca-Cola à collaborer à la fondation de cette institution et à contribuer pour soutenir les nouveaux étudiants noirs.

"Nous avons commencé avec 200 étudiants. Aujourd’hui, l’université en compte deux mille. La bibliothèque universitaire porte mon nom. Je pense que cet honneur est immérité ", soutient Beasley, avec la modestie accablante de celui qui n’a pas le temps de dormir sur ses lauriers.

Ses activités en Colombie, un pays qui est également dans la ligne de mire de Beasley et de l'organisation à laquelle il appartient également, ont contribué à la modernisation des équipements pour les soins de santé des insulaires dans plusieurs hôpitaux de San Andres.

Joseph Beasley a aussi un rêve: il souhaite que les afrodescenants du monde cessent de se sentir uniquement citoyens d’un pays, qu’ils arrêtent de se considérer uniquement comme nord-américains, brésiliens, colombiens ou kényans.

"Si nous sommes conscients de notre origine africaine et que nous nous unissons  dans le monde entier, nous pourrons exiger des opportunités d’emploi et d’égalité à tous les gouvernements", explique Beasley.

Sa façon de concevoir les relations internationales des États-Unis est également unique : “Après les attentats du 11 septembre qui ont détruit les Tours Jumelles, j'ai réalisé que mon pays a de puissants ennemis et que nous devons commencer à changer notre conduite. Nous ne pouvons pas être les gendarmes du monde. Nous devons commencer à prendre le chemin de l'amitié et du partage”.

Témoignage d’une collègue

Je travaille avec M. Joe Beasley depuis plus de 20 ans.

Je me souviens particulièrement d'un de ses voyages. On est allé à Haïti après l'ouragan Ivan, alors que le pays était extrêmement fragile. Il y avait eu un coup d'État.

Joe Beasley a rencontré des fonctionnaires du gouvernement local et l'administration de l’hôpital de Gonaïve pour assurer de la nourriture, des vêtements et des médicaments aux personnes dans le besoin. Puis, nous avons demandé un rendez-vous avec l'ambassadeur américain en Haïti, James Foley. Nous sommes arrivés un peu avant le rendez-vous et les soldats nous ont empêchés d'entrer et ils ont pointé leurs armes sur nous. Joe a insisté pour parler avec les soldats. Ils ont menacé de nous tuer sur le champ, mais Joe a indiqué que la situation se prêterait alors à un scandale international.

Les soldats nous ont donc laissé passer. Joe a parlé avec calme et lucidité avec l'Ambassadeur, tandis que moi je bouillais d’indignation. Joe Beasley a demandé que le blocus d'Haïti qui dure depuis 200 ans prenne fin le plus tôt possible, car il s’agit là d’une politique fondée sur le racisme avec lequel les États-Unis considèrent Haïti depuis si longtemps."

Linda Harper, collègue de travail.

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