Paola Ugaz
Lima, Pérou

 

 

Il y a 43 ans, le Conseil de Sécurité de l'Organisation des Nations Unies déclara le 21 mars comme la "journée internationale de l'élimination de la discrimination raciale", après avoir manifesté son rejet du massacre de 69 manifestants pour les droits citoyens des afrodescendants dans la ville de Sharpville en Afrique du Sud.

 

Le but de la mesure est de rendre visible la discrimination raciale comme un problème et de la combattre par le biais de l'éducation des citoyens dans les pays où le problème est perçu comme "un fardeau pour le développement", comme l’affirme l'activiste de l'Association Pro Derechos Humanos (Aprodeh) Wilfredo Ardito à Terra Magazine.

 

"Depuis 6 ans que nous remettons le prix antiraciste, l’engagement public contre le racisme s’est fait plus évident. Là ou il n y a pas eu d’avancée, c’est envers la population afropéruvienne qui est perçue comme une minorité que tous les autres discriminent (blancs, andins et métisses). C’est une situation complexe, car s’il y a effectivement une grande discrimination envers la population andine, pour les afrodescendants, c’est encore pire" selon l’avocat.

 

 

 

 

 

 

Au Pérou, selon les chercheurs en sciences sociales comme les sociologues Gonzalo Portocarrero et Nelson Manrique, on vit un racisme que l'on peut observer au quotidien, par exemple,  dans les vêtements assignés aux personnes selon leur race: à ceux qui travaillent dans le service domestique d'origine indigène, on leur demande de s'habiller en blanc des pieds à la tête (peu importe la saison de l'année); de même qu’on habille les afrodescendants avec des vêtements de la période coloniale  (avec des perruques, des créations utilisant des tissus de velours ) et ils sont assignés à des emplois comme l’accompagnement des cortèges funèbres, ou de portiers devant les entrées de hôtels de même que les casinos.

 

 

 

Dans une interview accordée à Terra Magazine, l' afrodescendante péruvienne Mónica Carrillo directrice de  Lundu (Centro de Estudios y Promoción Afroperuanos), explique que "le racisme envers les Noirs est ouvert et agressif, mais elle sent que les choses avancent".

 

Dans le cadre de son organisation, elle encourage l’accroissement de l'éducation et de la santé des jeunes et des enfants du port del Callao (Lima) et dans le district noir, El Carmen (situé à 300 kilomètres au sud de Lima), des endroits où elle travaille pour que la récupération de l'auto estime par le biais de l'art et pour faire baisser le taux de maladies sexuellement transmissibles.

 

Carrillo est une communicatrice ayant étudié à l'Université de San Marcos et à l’Université d' Oxford; son travail -qu'elle a débuté avant l'âge de 20 ans- a été reconnu par la Coalition Internationale pour la Santé des Femmes de la ville de New York où elle a pris part en tant qu'exposante en compagnie de l’acteur Richard Gere en 2007 et elle a été choisie pour ouvrir par un coup de marteau les activités de la célèbre bourse des valeurs de New-York.

 

Au Pérou,  Carrillo travaille depuis 2000 avec des enfants afrodescendants disposant de faibles ressources et développe la table de travail "Racismo nunca más"(Plus jamais de racisme)  pour mettre fin au racisme, qui, comme elle l’explique est "le fléau qui ronge le pays de l’intérieur".

 

La directrice de Lundu se souvient que lorsqu'elle était au collège, un professeur du nom d’ Iván García lors d’une récréation, alors qu'elle marchait avec sa sœur avait dit: "Regardez comme ces deux petites guenons marchent" devant tous les élèves. C’est une vexation".

 

Carrillo déclare que lorsqu'on compare les expériences de racisme avec celles  des autres afrodescendants  d'Amérique Latine (une population de 150 millions de personnes), on se rend compte à quel point la discrimination par le biais du racisme contre les noirs au Pérou est dure : "Ici, personne ne s'attend à ce que nous fassions une réflexion intellectuelle, on est recherché que pour le divertissement, la danse, la cuisine et le football".

 

 

 

"À l'école, un Afrodescendant a la double tache pénible  de démontrer ses habiletés supérieures pour gagner le respect et l'acceptation", ajoute Carrillo, qui est également poétesse et chanteuse.

 

Au Pérou, selon les chiffres de l'Institut National de la Statistique, 27% des afropéruviens termine l'éducation secondaire   a et seulement  2,7% accèdent à l'éducation universitaire.

 

"Nous subissons un racisme structurel, et quand nous avons commencé nos vies après la fin de l’esclavage (en 1854, sous la présidence de Ramón Castilla), nous n'avions aucun capital pour posséder nos propres industries et nous avons toujours eu des emplois de subalternes par rapport à la classe dominante : la main d'œuvre dans les haciendas, à la cuisine et on nous a toujours éloigné des livres, car il y avait cette croyance selon laquelle  nous ne pensions, ne réfléchissions que jusqu’à midi ", explique Carillo.

 

Chacun des cadres que les enfants peignent reflète une expérience de vie dans laquelle l'auteur se bat pour mettre fin à son racisme interne, de même qu'ils ont écrits des chansons  dans lesquelles, sur des airs de rap et de hip hop, ils racontent comment ils évoluent dans leur abandon du racisme et qu’ils gagnent de l'estime de soi, ce n'est pas facile, car nous devons mettre fin aux auto-perceptions négatives, chacun souffre un déchirement que l’on guérit par la musique et la peinture.

 

Par exemple, la petite afrodescendante Yajaira  âgée de 10 ans indiquait à Terra Magazine que dans son école "il y avait une enseignante qui m'insultait et qui aimait me battre, car elle disait que nous n'apprenions pas comme les autres, elle me faisait lire et je lisais dans  ma tête, elle s'approchait et me disait : tu ne sais pas lire, quelle brute. Ici à  Lundu, nous faisons de la lecture et nous racontons ce que nous ressentons en nous".

 

Dans ce sens, la psychologue de Lundu, Rocío Muñoz, indique que  "en travaillant avec les enfants avec des masques qu'ils dessinent et peignent eux-mêmes, cela leur fait penser que ce qu'on leur dit à l'école comme : Tu ne peux pas réfléchir après midi ? Tu appartiens à la famille des singes ? , n’est pas normal. Nous voulons une nouvelle génération qui reconnait cette violence verbale, mais qui propose une conciliation  entre personnes égales".

 

Pour quelle raison  Lundu a été créé, de même que la proposition esthétique en noirs?

 

 

En tant que groupe de jeunes afropéruviens, nous nous sommes rendus compte qu'il n y avait pas des gens mobilisés travaillant en faveur des droits des afropéruviens et il n y avait rien de fait pour mettre fin au racisme. Nous avons décidé de former des jeunes à la peinture à El Carmen (a 300 kilomètres au sud de Lima) et dans le port del Callao, où la population est pauvre.

 

 

 

Considérez-vous que l’avènement de Barack Obama au pouvoir contribuera à la lutte pour mettre fin au racisme contre les noirs?

 

 

L'image d'Obama peut rendre visibles de nouveaux modèles afrodescendants, particulièrement dans des pays comme le Pérou où l'injure raciste n'est pas pénalisée. Ici, une femme afropéruvienne peut se faire traiter de "vagina de hule. (Vagin de Jante littéralement).

 

Lorsque Obama a été élu, ma maman de 62 ans m'a appelé en pleurant, et très émue en disant : vous n'avez pas idée de ce que signifie l'avènement d'un président noir. Quand j'étais jeune, je suis allée à l'hôpital Loayza (à Lima) et on a refusé de m'offrir des soins parce que je suis noire.

 

 

 

Et quand j'étais à l'université, un professeur a dit en public : Maintenant tout le monde étudie, même des femmes comme celle-ci ? en me montrant, et j'ai aussi vu des seniors de 80 ans suivre l'élection d'Obama dès le début, indique Carrillo.

 

Lundu

L’idée de Lundu est de profiter de la conjoncture pour que les gens comprennent et adoptent un regard différent, il ne s'agit pas d'une lettre ouverte à Obama, car il court le risque de devenir le majordome de la Maison Blanche

 

 

 

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

 

 

 

http://www.us.terra.com/terramagazine/interna/0,,EI11327-OI3647584,00.html