Reportage spécial Histoire Noire

Traduit de l’Anglais par Guy Everard Mbarga

Le mot barbier provient du latin Barba, qui signifie  barbe. Selon le dictionnaire Webster, un coiffeur est défini comme celui dont le service consiste à couper et à coiffer les cheveux, raser les barbes, et offrir les services associés. À l’époque médiévale, les coiffeurs effectuaient également des chirurgies sur les clients de même que l’extraction de dents.  Le salon de coiffure peut être perçu comme la pierre angulaire de la camaraderie, reposant pourtant sur la texture de nos cheveux et de nos voisinages ; il gouverne souvent l'aspect social de nos engagements.

De nos jours, les Salons de coiffure servent de place communautaire où les hommes (Africains Américains (AA), plus que pour d’autres races, sur la base de nos perturbations générationnelles) peuvent s’adresser l’un à l’autre d’égal à égal, où il n y a aucun tabou dans la conversation, et où le concept de la découverte et de l’art de briser la glace se prolongent.  Ce forum de dialogue a servi de tradition sociale, culturelle et politique aux Noirs Américains.  Le symbolisme du Salon de Coiffure et l'activité sociale ont une plus grande antériorité informative, sociale et de création de relations que les églises, les écoles ou les stations de radios  noires. (1)  Les salons de coiffure créèrent un lieu impartial pour s'exprimer, d'égal à égal, dans lequel ni un diplôme scolaire, ni une stature ne sont requis. Chacun est libre de donner son avis. 

De l’esclavage à la liberté, les  coiffeurs ont constitué une écrasante majorité des entrepreneurs au sein de la communauté Africaine Américaine (AA). Durant la période précédant la Guerre Civile (Pré Proclamation d’Émancipation, avant 1865, c’est-à-dire, avant que les esclaves ne soient affranchis par Lincoln) les noirs détenaient un monopole dans la profession de barbier, essentiellement en rendant service aux riches blancs, souvent des hommes d’affaires ou politiques importants. Beaucoup de barbiers noirs ne servaient que des clients blancs et d’autres détenaient des salons pour noirs et blancs séparés. Le faible montant du capital de départ attirait de nombreux entrepreneurs noirs. (2).

L’attitude des blancs et le stigmate qu’ils collaient  aux noirs étaient que la servitude était leur travail. (3) Dans des villes telles que Chicago, Cleveland, Philadelphie, Richmond, Washington, DC, Atlanta, et Charleston, les entrepreneurs noirs prédominaient. Les coiffeurs les plus prospères de la région du Nord possédaient des salons exclusifs, soit en tant que business séparé dans les quartiers urbains habités par les blancs, ou alors dans des hôtels de luxe. Comme esclaves ou comme hommes libres, les coiffeurs utilisaient à la fois le monopole et leur clientèle de base de race blanche à leur avantage.  Leur profession leur procurait pouvoir, prestige et un statut au sein de la communauté noire.

Lewis Woodson - Barbier et Co- Fondateur de la Wilberforce University

Les coiffeurs Africains Américains utilisaient souvent leur statut et leur richesse pour élever leur communauté. Beaucoup achetèrent les membres de leur famille qui étaient en esclavage ou aidaient à construire des églises noires.  Les coiffeurs Lewis Woodson et John Vashon sont les cofondateurs de la Wilberforce University à Wilberforce, OH (4) la première université appartenant exclusivement noire et la plus ancienne université privée Africaine Américaine aux États - unis.  Même lorsque les coiffeurs Africain Américain n'offraient des services qu'essentiellement à une clientèle blanche clientèle, leurs fortunes et leurs statuts étaient fréquemment  réinvestis dans les communautés noires, une réalité qui les a fait occuper une place centrale dans la vie des noirs au dix neuvième siècle.

Au début du 19ème siècle, les immigrants du Nord de l’Italie et Irlandais deviennent les propriétaires des salons qui appartenaient auparavant aux noirs dans les quartiers d’affaires des centres ville à travers les États-Unis. Cela était en partie dû au fait qu’ils avaient persuadé leurs frères blancs de devenir leurs coiffeurs, alors que d'autres facteurs incluaient les syndicats de coiffeurs, les lois règlementant l'exploitation des salons, et les innovations technologiques tels que les rasoirs sécuritaires. Les salons de coiffure appartenant aux noirs furent déplacés des quartiers situés en centre ville et des quartiers d’affaires urbains. 

Dans THE STORY OF

MY LIFE AND WORK, AUTOBIOGRAPHY

de Booker T. Washington, 1901, il écrit:

"Il ya vingt ans de cela, tous les grands salons de coiffure qui étaient rentables à travers le pays étaient entre les mains des hommes noirs, aujourd’hui, vous ne trouverez aucun salon de coiffure d’importance ou de grande classe dans l’ensemble des grandes villes  géré par des hommes de couleur.  Les noirs avaient détenu le monopole de cette industrie, mais ils ont continué de jour en jour dans la même vieille monotonie, sans rien apporter de nouveau à l’industrie.  En conséquence, l’homme blanc l’a repris, y a grandement réfléchi, l’a observé tous les bons points, l’a amélioré et fait progresser à tel point qu’aujourd’hui leur salon de coiffure n’est pas connu sous le nom de Barbershop mais celui de tonsorial parlor."

Le Salon de coiffure reste la pierre angulaire de la Culture Africaine Américaine, à moins que vous ne soyez élevé dans une unité familiale dominée par le père ou engagé dans les sports organisés, (65% des foyers Africains Américains ont pour seul parent une femme) SHINE pense qu’il est clair que ce type de camaraderie masculine est exclusif et prédominant.

Au cours de ma recherche sur les salons de coiffures Africain Américains, j’ai réalisé que ma présence dans les salons en tant que femme perturbait le flow naturel des dynamiques dans ses refuges sûrs pour hommes.  J’étais la bienvenue, mais il était évident que leurs langues se retenaient. J’ai un immense respect pour cet espace où les hommes peuvent communier à leur manière et discuter des événements sociaux, politiques, sportifs, actuels ; où ils peuvent découvrir qu’ils peuvent être d’accords de ne pas l’être et y rester ; et plus important encore, où ils peuvent en apprendre davantage sur eux-mêmes et sur le monde dans lequel nous vivons.

http://shineexpo.blogspot.com/2009/02/art-of-barbering.html