Sheila S. Walker parcourt le monde pour développer du matériel éducatif sur les descendants des africains éparpillés sur le monde. Elle a laissé la tranquillité de la chaire d’université pour raconter l’histoire complète de la continuité de la culture africaine.

Sheila S. Walker exhale la vitalité et la joie. Sa force et son engagement ethnique l’ont conduit à parcourir le monde, caméra à l’épaule, en faisant des recherches sur la diaspora africaine sur les cinq continents.

Une fois, elle avait lu qu’il y avait des Afroindiens. Elle décida de voyager dans les états de Gujarat, Andhra Pradesh et de Karnataka, où se concentrent le plus grand nombre d’hindous, descendants d’Africains.

À Gujarat, elle fut surprise par la présence d’un saint abyssinien, Babagor, et d’un instrument musical, la balunga, le même que l’on joue au Brésil, mais que les sud américains appellent birimbao.

C’est un phénomène qui m’intéresse, la continuité de la culture de l’Afrique pour d’autres phénomènes du monde et les ressemblances. Une dynamique qui devait se reproduire pour la rencontre entre africains. À présent, j’aimerais savoir si cet instrument appartient à la zone bantouphone de l’Afrique Centrale et d’Afrique du Sud”, explique l’anthropologue.

Avec l’entêtement propres aux universitaires de métier, Sheila souhaite rendre visible toutes ces communautés, montrer qu’elles existent, que beaucoup d’entre elles ont quitté leur terre sans le vouloir, et d’autres pas tellement. Car, selon ses explications, il y eut ceux qui partirent volontairement avec le commerce arabe, par la Mer Rouge et avec le commerce chrétien par l’Océan Indien.

Son intérêt pour le thème de ses ancêtres nait également en voyant comment dans son pays, les gens sont surpris en apprenant qu’il y a des noirs à d’autres endroits du monde.

Dans un film sur le Brésil du nom de ‘Bahía, África en las Américas’, les afroaméricains ont été surpris de savoir qu’il y avait des afrodescendants au Brésil, mais ils ont perçu les ressemblances : ‘Ah!, eux aussi mangent des doliques à œil noir (haricot à œil noir); ils mangent aussi les quimbombó (Gombo). Dans leurs manifestations religieuses, des Orishas, on trouve les mêmes saints que ceux de l’Église Baptiste’”, explique-t-elle.

Elle ajoute que les gens ont perçu les mêmes manières de manifester la spiritualité, qu’elles n’étaient pas seulement propres aux afroaméricains, mais que dans des pays comme le Brésil, il se passait la même chose.

Aux États-Unis, nous ne connaissons pas le reste de la diaspora, mais il n y a aucun endroit où l’on connait le reste de la diaspora”, conclue Sheila.

Quand on l’interroge sur la situation actuelle des afrodescendants sur le continent, elle affirme que ceux-ci arrivèrent dans les Amériques de manière involontaire pour faire le travail d’autres personnes et pour enrichir d’autres personnes.

Comme résultat de quatre cent ans de travail gratuit pour d’autres personnes, nous nous retrouvons dans une situation défavorable. Nous sommes exclus, la discrimination raciale est présente dans toute l’Amérique. Aux États-Unis, nous avons plus de possibilités que dans le reste du monde, car nous luttons depuis un siècle contre la discrimination raciale”.

Selon elle, la ségrégation a imposé la nécessité d’avoir des intellectuels Noirs dès le début du siècle, car ils avaient leurs universités pour se former. “De plus, nous n’avions aucun espoir. En Amérique Latine, semble-t-il, il y a de l’espoir : nous sommes tous brésiliens, nous sommes tous colombiens. Dans notre cas, on savait qu’il n y avait pas d’égalité, tout était écrit : toilettes pour blancs, toilette pour noirs. Nous pouvons être tous égaux en tant qu’humains, mais pas en tant que citoyens”.

Grâce aux luttes dans les 50 dernières années, tout a changé–Admet-elle-  . La lutte a commencé avant, de manière très systématique: “Avant, nous n’avions pas accès aux meilleures universités, sauf un ou deux afroaméricains, de manière symbolique. À présent, toutes les meilleures universités ont des départements d’études africaines et afroaméricaine. Nous faisons désormais partie de la vie intellectuelle”.

Quand des gens comme Sheila sont arrivés à l’Université, avec deux ou trois afroaméricains, ils ont decide de s’organiser et de demander plus: “Nous sommes ici, mais pas dans les livres, ni dans les cours. Nous voulons des cours qui parlent de nous, nous voulons des professeurs afrodescendants, nous voulons plus d’étudiants, nous voulons un département, une maison de la culture à nous. Nous avons alors demandé, encore et encore. Puis nous avons exigé. Nous avons fait des exigences non négociables et nous avons obtenu ce que nous voulions”.

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PROFIL

Nom:
Sheila S. Walker.

Études:
Diplômée en Sciences Politiques de Bryn Mawr College; Maitrise et Doctorat en Anthropologie de l’Université de Chicago. Cours d’Anthropologie Africaine, Université de la Sorbone, Paris.

Activités:
Directrice du Programme Mondial Diaspora Africaine

Trajectoire:
Professeure d’Anthropologie à Spelman College, à Atlanta, Georgie; Professeure d’Anthropologie et Directrice du Centre d’Études Africaines et Afroaméricaines à l’Université du Texas à Austin.
Elle a organisé la conférence : La Diaspora Africaine et le Monde Moderne parainnée par l’Université du Texas et l’ Unesco à Austin au Texas, en février 1996, et a fait partie du comité organisateur du Premier Sommet des Chefs d’États d’Afrique et de Leaders Afroaméricains en Côte d’Ivoire en avril 1991.

Publications:
African Roots/ American Cultures: Africa in the creation of the Americas (2001); The Religious Revolution in the Ivory Coast: The Prophet Harris and the Harrist Church : (1983); et  African Christianity : Patterns of Religious Continuity (1979).

La politique

Jusqu’à l’avènement de Barack Obama dans l’univers politique, la politique n’intéressait pas Sheila, car elle estimait qu’elle n’avait rien à voir avec, qu’aucun politicien ne pouvait faire partie de sa famille.

Aujourd’hui, j’adore le phénomène Obama. J’aime sa politique, elle me semble être honnête et comme dit son épouse, Michelle, c’est la première fois que j’ai confiance au peuple américain. J’ai visité quatre pays africains en février, et tout le monde voulait des nouvelles d’Obama. Il est le président des africains, de toute la diaspora”.

En tant qu’étudiante de l’Université de Bryn Mawr, située dans la banlieue de Philadelphie et considérée comme appartenant à l’élite Blanche des États-Unis, Sheila S, Walker se voyait comme la ‘touche de couleur’ dans cet espace universitaire.

C’est cette même université qui lui donna la chance d’étudier à la Sorbonne à Paris, France, et la possibilité de passer un été au Cameroun, en Afrique Centrale, alors qu’elle n’avait que 19 ans au milieu des années soixante.

Elle fit la rencontre d’une Afrique merveilleuse, très différente de celle qu’elle avait vu à la télévision, malgré le fait qu’elle ne se rendit pas dans la capitale, mais dans une ville du centre-ouest du nom de Foumban, où réside le peuple Bamoun dont l’une des particularités est le développement d’une culture urbaine aux valeurs exceptionnelles.

Beaucoup des produits artisanaux et agricoles de l’Ouest du Cameroun sont fabriqués et sont transportés à partir de Foumban, située aux limites d’une région montagneuse, avec des grandes plantations de café, de cacao et de tabac.

Sheila visita un musée d’art, qui fut dans le passé la résidence des rois Bamoun et un palais du 18ème siècle, un des plus beaux et des plus richement décorés d’Afrique.

Ce n’était pas une société quelconque, elle avait un roi, deux palais, un musée, un peuple très fier de sa culture. Grâce à la famille Njoya, que j’ai rencontré là-bas, je peux être ce que je suis aujourd’hui ”, pense-t-elle.

Los Njoya enregistrent avec fierté sur leur arbre généalogique la présence d’un roi, qui en 1910 créa l’écriture Shumon dans sa langue, car il souhaitait écrire des livres dans sa propre langue.

Identités

La Jeune qui s’était rendue à Paris pour étudier l’Anthropologie Africaine passait de Spécialiste en Sciences Politiques à Proto-anthropologue. C’est à ce moment qu’elle se rendit compte qu’elle pouvait voyager comme elle le souhaitait, sans que personne ne lui dise ce qu’elle pouvait dire ou ne pas dire.

Sheila S. Walker, qui possède une maitrise et un doctorat en Anthropologie de l’Université de Chicago, a mené le développement de matériels éducatifs de diffusion internationale sur les afrodescendants en tant que directrice exécutive d’Afrodiáspora, une organisation sans but lucratif.

Elle est arrivée avec beaucoup d’illusions au Spelman College, une université pour femmes afroaméricaines à Atlanta, mais avec le temps, elle a senti qu’elle prêchait dans un désert, qu’elle perdait son temps.

C’était ma première fois dans une université afroaméricaine. Une fois, je suis allé aux Émirats Arabes Unis et j’ai montré une photo à mes étudiantes. Je leur ai demandé qui était le frère de Brooklyn et qui était l’arabe. Personne dans la classe ne sut me dire qui était qui. J’ai senti qu’il serait mieux de vraiment enseigner. J’ai donc commencé à filmer la diaspora”.

Elle commença en Équateur, se rendit à Esmeraldas et quelqu’un lui parla de la fête de San Martín de Porres. “Ce fut la première fête pour ce saint que je découvrais. Cela me sembla être une bonne manière de débuter une série de documentaires sur la diaspora. Par la suite, nous sommes allés au nord d’Esmeraldas, où nous avons fait la connaissance de merveilleuses communautés des fleuves. Je suis allé à Quibdó, Chocó en Colombie. J’ai participé à la Fiesta de San Pacho. Nous voulons montrer que nous nous divertissons plus que tout le monde, malgré notre histoire triste, que nous avons le droit de le faire. Nous inspirons de la jalousie ”.

Sheila souhaite également parler de la technologie que les africains ont emmené en Amérique. Elle souligne, par exemple le fait qu’en Colombie, la technologie minière provenait de l’Afrique Occidentale, du peuple Mina. Elle souhaite de plus montrer les contributions écologiques, intellectuelles de l’Afrique dans la création des Amériques.

Il y a une phrase que j’adore, écrite dans un livre sur le Brésil colonial. Les portugais disaient à Oro Prieto, la deuxième ville la plus riche des Amériques, que la présence des africains dans les mines amenait la chance. Je me demande bien si c’était de la chance ou le savoir  ?”.

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

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