Daniel Mera

Daniel Mera

Par Daniel Mera
EL TIEMPO / CASA DE AMÉRICA
20 février 2008

Traduit de l'espagnol par Guy Everard Mbarga

Quelles leçons peuvent tirer la société colombienne et les citoyens Noirs de ce pays du phénomène Obama?

Aux États-Unis, les afroaméricains représentent 12% de la population; l’abolition de l’esclavage a mené à la guerre civile entre 1862 et1865; il y a eu ségrégation raciale et un mouvement des droits civils qui l’a éliminé ; il y a deux Amériques noires: la prospère et la pauvre, et l’identité raciale est très forte, ce qui rend possible le pouvoir politique et dans une bonne mesure, le pouvoir économique (via la consommation).

En Colombie, les afrocolombiens représentent 10% de la population (et peut-être 15% avec un meilleur recensement et plus d’auto reconnaissance); l’abolition de l’esclavage a eu lieu en 1851, car Bolívar n’a pas pu imposer en 1821 sa promesse de liberté pour la guerre d’indépendance. Il  n y a pas eu de ségrégation raciale et nous avons eu le premier ministre noir en 1876; au lieu du conflit racial , nous avons entretenu jusqu’en 1991 l’idée d’une nation métisse, qui ignorait les noirs; l’identité ethnique est moyenne et les pouvoirs politique et économique concomitants sont faibles; la classe moyenne noire, qui représente 20% commence à peine à faire de l’activisme en faveur de la majorité pauvre.

Les expériences nationales ont été différentes: dans la plus grande partie de l’histoire, il était mieux d’être noir en Colombie qu’aux États-Unis. Cependant, dans certaines bibliothèques publiques, on voit des affiches de de Martin Luther King et de Malcolm X, et non pas de l’Amiral Padilla ou de Luis Antonio Robles.

Barack Obama arrive à la bonne heure pour capturer l’imagination politique des sociétés ayant des minorités noires.

La première leçon est pour la société colombienne. Obama est possible parce qu’il existe un "rêve américain", un idéal supérieur commun de justice et de liberté à la portée de tous, par le biais du travail et la bonne gouvernance. Obama gagne parce qu’il représente un nouveau leadership pour le rêve américain. Nous autres nous avons quelques idées pour le rêve colombien, sans la volonté collective nécessaire atteindre la civilisation et dans le combat, terminer de définir qui nous sommes et ce que nous voulons être.

Les autres grandes leçons d’Obama seront facilement assimilées par la grande majorité des colombiens noirs. Le "Oui, on peut le faire" d’Obama est né d’un "Oui, je peux le faire" alors qu’il semblait impossible qu’il puisse regrouper une "nouvelle majorité nationale". Accepter les règles du jeu les plus exigeantes, sans se plaindre. Obama n’a pas demandé que l’on le juge avec des règles différentes.

Croire fermement en un destin partagé, sans rappeler les blessures du passé. Les blancs qui votent pour Obama savent qu’ils peuvent lui faire confiance. Être disposés à faire passer l’intérêt national avant celui du groupe ethnique. Les 80 % d’afroaméricains qui votent pour Obama savent qu’il ne parviendrait pas au pouvoir pour gouverner sur la base de critères ethniques. Ils savent également qui est l’un des leurs, et pour cette raison, Obama n’a pas eu à utiliser sa couleur.

La couleur se remarque, et bien sûr, il n’y pense pas toute la journée. Peut-être, quand il rentre à la maison le soir, avec l’insecticide pour fourmi que Michelle son épouse lui a demandé d’acheter.

Daniel Mera est membre de l’équipe dirigeante de la Fondation Color de Colombia (Fundación Color de Colombia)

Journaliste de la Revue Semana 

http://rafaelguarin.blogspot.com/2008/02/recomendado_22.html