Epsy Campbell. Présidente d’Action Citoyenne du Costa Rica

Elle est arrivée à Lima  à l’initiative de IDEA Internacional et de l’ ONPE, pour parler de la femme et de la politique. Elle pourrait devenir la première présidente de ce pays d’Amérique Centrale.

Par Carolina Martín.
Photo: Julio Angulo.

Étant une femme et une afrodescendante, estimez-vous que les choses ont été plus compliquées pour vous?

J’ai le privilège d’être née dans un pays comme le Costa Rica, où l’État a répondu aux besoins des gens et où l’on voit des thèmes comme celui de l’inclusion sociale, la société comme un tout. Ce que je vis n’est pas nécessairement un reflet de la réalité des autres. C’est pourquoi  je revendique partout que je suis une femme et une afrodescendante. C’est une façon de mettre le thème de la démocratie en permanence sur la table de discussion.

Les enquêtes vous situent, de plus comme l’une des femmes les plus influentes dans votre pays...

C’est vrai, et c’est une fierté et un défi. Cela a beaucoup à voir avec la manière de faire les choses. Je pense au fond de moi ce que je dis et les gens le perçoivent. Je veux rompre avec un ordre des choses qui est mauvais selon moi. Dans ce sens, j’ai toujours été une politicienne très peu traditionnelle. On peut très bien être perçu, mais si on commet la moindre erreur, cela peut aussi être fatal.

Pour quelle raison, pour occuper les postes traditionnellement masculins, la femme a tendance à se comporter comme si elle était un homme?

Il y a des règles masculines et un surdimensionnement de ce qu’ont fait les hommes, même si la majorité de leurs actions n’ont pas été bien faites; dans le cas contraire, on vivrait dans un monde différent. Nous les femmes, nous essayons d’apprendre ses règles, mais aussitôt que nous obtenons notre part de pouvoir, nous commençons à les transformer.

De plus en plus d’hommes politiques incluent les femmes sur leurs listes. Conviction ou électoralisme?

Les deux. S’il y en a un qui veut perdre les élections, il lui suffit de dire qu’il ne veut pas de femmes sur sa liste électorale. Les femmes continuent de se battre pour prendre leur place, mais il y a toujours ceux qui nous cantonnent à la photo.

Je le dis, car au Pérou, Lourdes Mendoza, la deuxième vice présidente est presque invisible...

J’ai été candidate à la vice présidence et je ne l’ai accepté que parce que j’ai senti que je travaillais réellement en équipe avec le président. Cela me semble lamentable. Si une personne occupe un poste, ce qu’elle réalise doit être visible. L'action de la femme en politique n’est pas encore visible. Les défis restent très importants.

La discrimination positive est elle réellement positive?

Oui, mais seulement pour certaines femmes. La discrimination positive pose un problème, car elle reproduit une exclusion qui existe dans la société. Elle ne bénéficie en réalité qu’à des femmes qui se trouvaient déjà proches du pouvoir, mais les "outsiders" restent écartées.

Vous avez été un fervent défenseur du "Non" au Traité de Libre Échange avec les États-Unis lors du récent référendum sur le sujet au Costa Rica.

Oui. Les Traités de Libre Échange sont des modèles de développement qui placent l’investissement et les entreprises multinationales au centre de la logique  Le référendum était l’unique façon de rendre légitime un Traité qui est presque mort au Costa Rica. Mais, la question n’est pas réglée, il doit encore être approuvé à l’Assemblée Législative.

Au Pérou, il ne manque plus que le Congrès américain l'approuve. Pourrait-on encore y organiser un referéndum et rejetter le Traité?

Il n’est pas trop tard. Après sa signature par le parlement péruvien, il y a eu des modifications alors qu’en théorie c’était impossible. Si les forces sociales et politiques demandaient un referendum, le traité pourrait encore être rejeté. On enterre les morts que lorsqu’ils le sont effectivement (sourire).

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.larepublica.com.pe/content/view/185216/593/