10 août 2008

Musique et sexe dans Nochebuena negra de Juan Pablo Sojo

“Nochebuena negra”, de Juan Pablo Sojo

Par Maimouna Sankhé Adebowale

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

En tant que grand investigateur des cultures afrovénézuéliennes, il a mérité le surnom de  “père de l’afrovénézualité”. Il est l’une des figures les plus représentatives du négrisme dans la littérature hispano-américaine et il a su explorer des thèmes aussi remarquables et originaux que les croyances et les coutumes de ses compatriotes noirs de Barlovento.

Cet éminent chercheur vénézuélien est Juan Pablo Sojo. Né à  Curiepe (état de Miranda) le  23 décembre 1908, il est mort le 8 octobre 1948. Il est l’auteur de romans et de contes comme  Nochebuena negra (1943, 1968, 1972, 1976, 1997), Sambarambulé y Hereque, entre autres. Cependant, une grande partie de son oeuvre est restée inédite et disparue. Il était autodidacte, apothicaire, romancier, conteur, poète,  chercheur, journaliste, musicien et folkloriste.

Dans sa nouvelle Nochebuena negra la musique revêt un caractère aphrodisiaque qui réveille l’appétit sexuel des hommes et des femmes. De plus, les instruments de musique sont humanisés et comparés dans le cas suivant à un couple d’êtres humains en plein acte sexuel :

“Le furruco( sorte de tambour) gémissant, en plein orgasme  de nouveau prenait du volume à l’appel de sa partenaire, la tambora gloussante et insatiable; il résonnait en violentant les secousses des femmes, et en réveillant en les hommes le désir  qui pendait à leurs lèvres comme celui qui pendait aux seins et aux sexes des femmes ”.1

Il est extrêmement difficile d’analyser Nochebuena negra en passant par delà l’érotisme qui en fin de compte, devient le terrain où débouche n’importe quelle action. Dans toutes les cérémonies qu’organisent les personnages du roman,  on entrevoit un aspect érotique. Tous les recoins sont convertibles en scènes sexe: sous les arbres, derrière la cuisine, dans les espaces fermés et dans ceux ouverts, mais toujours avec la complicité provocatrice des rythmes musicaux.

Après la mort du noir Vivian Blanco, Carmen Ramona et l’indienne Luisa Sinza lui organisent une veillé funèbre. À ce rite est présente Teodora qui, avec ses danses sensuelles réussit à séduire le majordome Luis Pantoja et par conséquent, ils se donnent rendez-vous dans la cuisine:

“...sans faire de bruit, il alla attendre Teodora à l’endroit convenu: derrière la cuisine. Elle arrive peu après, et là, en l’appuyant sur le tucutuco, souleva sa jupe hâtivement et la posséda  totalement au son de la tambora et du furruco en chaleur”.2

Dans Nochebuena negra, les personnages ont une relation profonde avec la musique, en plus présente autant physiquement que spirituellement dans tous ses actes. Le noir  Morocoto, avant de violer Coínta, entendait d’abord les voix du Mina qui lui chuchotant de posséder la fille. C’est comme si la musique ne réveillait pas seulement l’appétit sexuel, mais qu’en plus, elle exhortait le noir à commettre son acte sexuel. Mais le sexe, quand il n’et pas consenti est un péché qui se paie cher. La fille violée raconte ce qui s’est passé à sa tante Iginia qui jure vengeance: “¡Negro singón!... ¡No vaj a podé comé por tu mano!... ¡Dios s’tá arriba! (Nègre obsédé sexuel!…tu ne mangeras plus avec tes mains…Dieu est au ciel)”.3

La fête de  San Juan semble être la nuit de la culmination des désirs sexuels de tous. La grande voix de l’ancêtre réussit à faire que les noirs, les blancs, les mulâtres et les indiens dansent avec excitation au rythme du tambour. Une fois de plus, la musique réunit les races et en même temps, sert de stimulant de leurs désirs sexuels.

Le sexe, la musique et la nature sont si étroitement liés dans Nochebuena negra qu’on dirait qu’il existe une complicité entre eux: la musique réchauffe le corps des auditeurs et ravive leur appétit, la nature abrite en secret la rencontre sexuelle qui se tient souvent à l’air libre. Lino Bembetoyo et Altagracia se donnent rendez-vous dans le champ de maïs, le ma majordome Luis Pantoja et la noire Teodora le font derrière la cuisine, tandis que le noir Coromoto viole Coínta au fleuve.

Juan Pablo Sojo était musicien et en tant que tel, il était normal que la musique occupe un place primordiale dans son oeuvre, une place qu’il serait intéressant d’examiner de manière exhaustive dans nos futures études.

Il est également l’auteur des livres suivants: Tierras del Estado Miranda; sobre la ruta de los cacahuales (1938) y Temas y apuntes afrovenezolanos (1943, 1986). Il est co-auteur de  Folklore y cultura. Ensayos (1950), El Estado Miranda. Su tierra y sus hombres (1959), Antología de cuentistas y pintores venezolanos (1976), Estudios del folklore venezolano (1986) y La fiesta de la tradición: 1948. Cantos y danzas de Venezuela (1998).

Notes

  1. Sojo, Juan Pablo: Nochebuena negra, Monte Ávila Editores, Caracas, 1972. p. 124.

  2. Ídem. p. 128.

  3. Nochebuena negra, op. cit. p. 256.

http://www.letralia.com/189/articulo04.htm

Posté par guyzoducamer à 08:05 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , , , ,
28 juillet 2008

Extrait de L'Amérique Latine Afro entre 1800 et 2000 (I)

Par George Reid Andrews

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

George Reid Andrews: Afro-Latinoamérica, 1800-2000 (Iberoamericana Editorial Vervuert, 2007)

George Reid Andrews: Afro-Latinoamérica, 1800-2000 (Iberoamericana Editorial Vervuert, 2007)

Dans ce livre, la première histoire de la diaspora africaine en Amérique Latine de 1800 au 21ème siècle,  George Reid Andrews synthétise l’histoire des afrodescendants dans l’ensemble des pays latino-américains, du Mexique aux Caraïbes jusqu’en Argentine. Il examine la manière dont les peuples africains qui arrivèrent dans la région et leurs descendants réalisèrent la transition de l’esclavage à la liberté et de quelle manière ils contribuèrent à la formation des nouvelles nations et sociétés de la région. Recherchant la liberté, l’égalité et la citoyenneté, les afro latino-américains se mobilisèrent dans les unités militaires, les partis politiques, les organisations civiques, les syndicats, les cultes religieux et d’autres mouvements sociaux, politiques et culturels. Ces mouvements  impulsèrent un processus de réforme social et de démocratisation politique qui a défini le développement historique de l’Amérique Latine au cours des 200 dernières années. Il s’agit là d’un livre indispensable pour toute personne intéressée par l’histoire et le futur de l’Amérique Latine, par l’esclavage et par la diaspora africaine.

«UNE MEILLEURE TRANSFUSION SANGUINE»: LE BLANCHISSEMENT, 1880-1930

Entre 1800 ET 1900 Les afro latino-américains transformèrent les  termes de leur participation dans la vie nationale et en le faisant, ils aidèrent à construire les nations et les sociétés du 19ème siècle. Leurs luttes pour la citoyenneté et pour le progrès économique et social se poursuivirent et se projetèrent au 20ème siècle, mais dans des conditions structurelles nouvelles et différentes.

La première de ces conditions était économique : le «boom des exportations» au cours du changement de siècle. À mesure que l’Europe Occidentale et les États-Unis entraient dans la Seconde Révolution Industrielle et que leurs populations vivaient un processus d’urbanisation croissante, leurs demandes en matière première et en produits alimentaires latino-américains augmentèrent également. Viande et céréales d’Argentine et d’Uruguay; sucre des Caraïbes; café du Brésil, de Colombie et d’Amérique Centrale; caoutchouc du Brésil; pétrole du Mexique et du Venezuela... Ces autres produits et d’autres étaient consommés dans les pays industrialisés en plus grande quantité que jamais auparavant. Entre 1870 et 1912, la valeur annuelle des exportations latino-américaines quintupla presque, passant de 344 millions de dollars à 1,6 milliards de dollars. En 1912, six pays latino-américains —Argentine, Chili, Costa Rica, Cuba, Porto Rico et Uruguay— exportaient plus de biens par habitants que les États-Unis.

Un second changement important fut politique et s’opéra suite au boom de l’exportation. Renforcés par les revenus tirés des taxes perçues du commerce d’exportation, les gouvernements nationaux furent dès lors capables de mettre fin aux guerres civiles et d’imposer l’autorité centrale sur leurs sociétés. Bien que ces gouvernements exercèrent le pouvoir par le biais d’élections frauduleuses et contrôlées (comme en Argentine et en Colombie), de dictatures (Venezuela), ou grâce à une combinaison des deux (au Mexique), gouvernèrent aux noms de quelques élites nationales enrichies et renforcées dans leur pouvoir par le commerce d’exportation. Même au Brésil où le régime monarchique avait amené l’ordre et la stabilité depuis  1840, les planteurs de café étaient mécontents de l’abolition. Recherchant une plus grande présence sur la scène politique nationale, ils s’allièrent en 1889 avec différents officiers militaires pour renverser la monarchie et la remplacer par un Nouveau régime républicain, dominé par les intérêts des propriétaires terriens.

S’appuyant financièrement sur la richesse générée par l’exportation, ces régimes oligarchiques n’avaient plus besoin de faire des concessions aux anciens esclaves et aux Noirs libres qui demandaient la liberté, la terre et les droits citoyens. Ils ne résilièrent pas les lois anti-castes et d’émancipation de la période indépendantiste, et certains continuèrent même à invoquer l’égalité raciale comme l’une des vertus cardinales de la vie républicaine. Mais, à mesure que le pouvoir se déplaça des mouvements «populaires» de la moitié du siècle aux élites exportatrices, les engagements officiels sur l’égalitarisme racial perdirent également leur force, sapés dans leurs bases par le troisième changement important de l’époque du boom de l’exportation: l’arrivée d’un nouveau corpus de pensée raciale légitimé par le prestige et le pouvoir de la science européenne et nord-américaine.

Ce furent les années du racisme scientifique et du darwinisme social en Europe et en Amérique du Nord, de la ségrégation (Jim Crow) dans le sud des États-Unis et les débuts de l’Apartheid en Afrique du Sud. À une époque où le commerce florissant de l’exportation resserrait les liens de l’Amérique Latine avec l’Europe et les États-Unis, ces courants internationaux de pensée et de pratique raciste ne pouvaient pas passer inaperçus en Amérique Latine. Le racisme scientifique fut rapidement adopté par les élites de la fin du 19ème et des débuts du 20ème siècle, plongées dans l’affrontement du défi de la manière de transformer leurs nations «en retard» et sous-développées en républiques modernes et «civilisées». Cette transformation, conclurent-ils, ne devrait plus être simplement politique ou économique, elle devait également être raciale. Pour être civilisée, l’Amérique Latine devait redevenir blanche.

LA GUERRE CONTRE LA NEGRITUDE

Dans tous les pays de la région, les intellectuels, les politiciens et les élites des États luttèrent contre le problème de l’héritage racial latino-américain.

En tant que croyants convaincus du déterminisme racial, ils ne doutaient pas du fait que la trajectoire historique des individus, des nations et des peuples était déterminée de manière irrémissible par leurs origines raciales. Les trouvailles de la science européenne ne pouvaient pas être réfutées, à plus forte raison lorsque ces trouvailles se confondaient avec les croyances inamovibles des élites latino-américaines. Après 300 ans d’esclavage colonial et de Régime de Castes, ils croyaient fermement à l’infériorité innée de leurs compatriotes Noirs, indigènes, métisses et mulâtres. De quelle manière pouvaient-ils vaincre cet héritage, et comment créer les conditions sociales et culturelles nécessaires pour entrer dans le concert des nations «civilisées» avec un avenir de progrès?

La réponse latino-américaine à ce dilemme fut un effort intense, visionnaire et finalement chimérique pour s’auto transformer, en partant de sociétés racialement mixtes et à prédominance non blanches pour devenir des «républiques blanches», peuplées d’européens et de leurs descendants. «Le Venezuela n’a pas de salut à moins qu’il ne se résolve à atteindre la condition de pays blanc. Telle est la clé du futur», proclamait l’intellectuel vénézuélien Rufino Blanco Fombona en 1912. «Nous sommes à deux pas de la jungle à cause de nos Noirs et de nos indiens... une grande partie de notre pays est mulâtre, métisse, et zambo, avec tous les défauts que [le philosophe britannique Herbert] Spencer a reconnu à l’hybridation; nous devons transférer du sang régénérateur [blanc] dans ses veines».

Les élites cubaines pensaient en des termes presque identiques. «On peut constater le danger qu’il y a pour la race Blanche si le courant migratoire  [européen] s’arrête», prévenait le  Diario de la Marina en 1900, «et la nécessité de l’impulser à un niveau beaucoup plus important que jusqu’à présent afin d’écarter définitivement le dit danger». Le jeune intellectuel Fernando Ortiz, qui se distingua plus tard par ses recherches en histoire et en culture afrocubaine commença sa carrière par des appels passionnés à l’immigration Blanche. «La race est peut-être l’aspect le plus fondamental que nous devons considérer concernant l’immigrant», affirmait-il en 1906. Et étant donné que  «la race noire» s’était avérée «plus délinquante que la blanche située dans une position sociale identique... l’immigration blanche est celle qu’il faut favoriser». Cette immigration injectera  «dans le sang de notre peuple les globules rouges que nous vole l’anémie tropicale et [sèmera] en nous les  germes d’énergie, de progrès, de vie qui  en fin, que semblent être aujourd’hui le patrimoine des peuples plus froids».

Les législateurs de l’État de  São Paulo perçurent également cette question en termes de sang. Dans son exhortation à ses collègues pour l’utilisation des fonds afin de subventionner l’immigration européenne, le législateur (et planteur de café) Bento de Paula e Souza affirmait qu’ «il faut inoculer un nouveau sang dans nos veines, car le notre est déjà dilué», ce à quoi ses auditeurs répondirent positivement : «une meilleure transfusion sanguine». Même quelques intellectuels afrobrésiliens tels que  Raimundo Nina Rodrigues et Francisco José de Oliveira Vianna firent la promotion de la nouvelle orthodoxie. Tout en reconnaissant que «nous connaissons des hommes Noirs ou de couleur au mérite indubitable et créanciers estimables et respectable», Rodrigues concluait que «ce fait ne doit entraver la reconnaissance de cette vérité: que jusqu’à présent, les Noirs n’ont pas pu se constituer en peuples civilisés ». C’était la raison pour laquelle le pays devait être reconstruit par le biais de l’immigration européenne, un processus qu’Oliveira Vianna documenta dans un rapport connu et influent à l’époque, sur «L’Évolution Raciale», et qui fut publié comme partie du recensement national de 1920.

Cependant, l’immigration n’était que le premier pas pour blanchir et européiser les sociétés latino-américaines. Elles ne devaient pas seulement être blanchies racialement et démographiquement, elles devaient également l’être culturellement et esthétiquement. Une forme prise par le blanchissement fut la transformation physique des plus grandes villes de la région, dont les centres urbains furent détruits et reconstruits dans le style européen moderne. Les ruelles coloniales étroites furent démolies pour construire d’énormes boulevards. Des infrastructures modernes furent installées, telles que des égouts et les canalisations d’eau courante, des réseaux électriques et des lignes de tramway et de métro. Les édifices coloniaux d’un et de deux étages furent démolis et remplacés par des édifices à plusieurs niveaux avec des locaux commerciaux et plusieurs appartements avec des locaux commerciaux dans le style de Paris et de Londres.

George Reid Andrews: Afro-Latinoamérica, 1800-2000 (Iberoamericana Editorial Vervuert, 2007)

    NOM 

George Reid Andrews

George Reid Andrews

CURRICULUM 

Professeur d'Histoire Latinoaméricaine et directeur du Département d’Histoire de l’Université de Pittsburgh (EE UU). Parmi ses publications antérieures se distinguent Los afroargentinos de Buenos Aires, 1800-1900 et Negros e blancos en São Paulo, Brasil, 1888-1988 

http://www.ojosdepapel.com/Index.aspx?article=2748

Posté par guyzoducamer à 02:06 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , , , , , ,
03 janvier 2008

Littérature afro-brésilienne : Cadernos Negro, 3 décennies de résistance

Revista RAIZ.

Lancement à São Paulo de l’anthologie littéraire.

Par Elizandra Souza

Traduction de Guy Everard Mbarga


C’est dans une atmosphère d’intense mobilisation politique qu’en 1978 survient la première édition de Antologia Cadernos Negros (Anthologie Cahiers Noirs). La publication est née du besoin de rendre  les noirs visibles, de le rendre acteur de sa propre histoire. Le projet initial était celui des écrivains Cuti et Hugo Ferreira.

Depuis 1983, la publication annuelle des Cadernos Negros est mise en œuvre par le groupe Quilombhoje avec la collaboration de divers écrivains et poètes. Cette importante anthologie de la production littéraire afro-brésilienne est actuellement entretenue par le couple d’écrivains Marcio Barbosa et Esmeralda Ribeiro.

Pour l’écrivain Cuti, ces 30 années représentent beaucoup d’efforts et de don de soi, de transpiration et de beaucoup, beaucoup d’écrits.   “Nous les noirs nous devons avoir de la perspective, faire des choses qui durent, qui dépassent les générations et qui puissent réellement servir d’école pour les nombreuses personnes qui ont la volonté de faire de la littérature et c’est ainsi que nous encourageons les grands écrivains du futur et ceux qui sont déjà connus.”

Les auteurs qui participent à cette édition sont: Ademiro Alves (Sacolinha), Luiz Carlos de Oliveira, Allan da Rosa, Márcio Barbosa, Conceição Evaristo, Mel Adún, Cristiane Sobral, Michel da Silva, Cuti, Miriam Alves, Décio Vieira, Oubí Inaê Kibuko, Edson Robson, Raquel de Almeida, Elizandra, Rosário Ngunza, Esmeralda Ribeiro, Ruimar Batista da Costa, Helton Fesan, Sergio Silva, Henrique Cunha, Sidney de Paula, Lande Onawale et Zula Gibi.

http://revistaraiz.uol.com.br/portal/index.php?option=com_content&task=view&id=860&Itemid=184


www.quilombhoje.com.br 

Posté par guyzoducamer à 23:37 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,
13 octobre 2007

Livre : la sagesse transmise au Brésil par l’Afrique à travers des contes

La sagesse africaine racontée en six histoires qui évoquent la création du monde er des dieux africains

Couverture du Livre

Il y a très longtemps, le Brésil a accueilli de nombreux hommes et femmes qui furent capturés à divers endroits de l'Afrique et mis en esclavage. L'histoires de leurs peuples, les secrets de leur religion , leurs façons de faire les choses étaient racontées par les ainés aux plus jeunes, ils parlèrent de leurs dieux, de leurs mystères, de leur sagesse. Et les vieilles légendes continuèrent à être racontées.

Les six histoires de ce livre témoignent de la sagesse transmise au Brésil par l'Afrique. Elles parlent de la création du monde et de certains dieux africains.

Seis pequenos contos africanos sobre a criação do mundo e do homem (Six petits contes africains sur la création du monde et de l'homme)*.
Auteur:Raul Lody
Editeur: Pallas
* (Le livre est disponible seulement en portugais)

Traduit du Portugais Par guy Everard Mbarga

http://www.mundonegro.com.br/noticias2/?editorialID=3&noticiaID=906

Posté par guyzoducamer à 04:11 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : ,
18 septembre 2007

Le Musée Afropéruvien édite un livre sur la rencontre de deux continents : Afrique et Amérique

africanos y pueblos originarios

 

 

Le Musée Afropéruvien a édité le livre intitulé “Africanos y Pueblos Originarios”(Africains et Peuples Originaires), qui contient les contributions d’éminents intellectuels et artistes du Pérou, de l’Équateur et du Mexique  sur un thème ayant fait l’objet de peu de recherche dans notre région.

 

Ils abordent diverses dimensions des relations entre afrodescendants et indigènes.

 

L’originalité du livre se base sur l’accent qui est mis sur les relations harmonieuses, solidaires et de confluence entre afrodescendants et indigènes dans divers cadres. La vision unilatérale qui mettait uniquement l’accent sur les conflits et les tensions entre les deux ethnies mentionnées est dépassée.

 

Le livre “Africanos y Pueblos Originarios” contient les Mémoires de l’Atelier Dialogue Interculturel :Afrodescendants et indigènes (“Diálogo Intercultural: Afrodescendientes e Indígenas”, ) qui s’est tenu en octobre 2006 dans la ville de Chiclayo et qui avait connu la présence d’écrivains nationaux et étrangers. Au cours de l’événement sus cité avaient été présentés des rapports sur les relations interculturelles dans les cadres suivants : vie quotidienne, travail, relations conjugales, linguistique, religiosité et festivités. Le livre a été soutenu par l’ UNESCO-Quito.

 

Il faut également souligner les contributions sur la danse des petits noirs, “negrillos“ ou morenadas dans les zones des hautes andes du Pérou, de la Bolivie et  Nord du Chili, par “Chalena” Vásquez, Sonia Arteaga, Francisco Vallejos et José Limonchi.

 

Pour avoir  une idée du contexte, le livre publie des recherches de l’historienne mexicaine Luz María Martínez Montiel et l’anthropologue équatorien Pablo Minda. Un rapport de l’anthropologue péruvienne Haydee Quiroz en fait également partie.

 

Concernant la côte péruvienne, la publication montre de précieux travaux sur les relations entre afrodescendants, les indigènes et les métisses. Dans ce cadre, le célèbre Manuel Acosta Ojeda livre un témoignage important.

 

Du nord du Pérou sont présentés des registres sur les relations interethniques à travers de chansons populaires. Les contributions sont de Carlos Espinoza León, Guillermo Figueroa et Ninfa Idrogo

 

Soulignons également les approches régionales de Abelardo Alzamora (Yapatera-Piura); Hermes Palma (Chincha) Oswaldo Bilbao (Lima), Juan Leiva (Zaña) et Martha Pro Santana (Lima) sur les relations afro indigènes. Ils sont tous des représentants de communautés et d’institutions afrodescendantes.

 

Esteban Puig, présente un travail sur la religiosité hispanique et afrodescendante.

 

Les travaux de Oscar Chambi Echegaray et Elena Quillama s’avèrent d’une extrême importance concernant la vision andine. Cette dernière a réalisé une étude scientifique sur la chicha, une boisson péruvienne millénaire.

 

Les éditeurs du livre sont Sonia Arteaga Directrice du Musée Afropéruvien et Luis Rocca Torres socio fondateur de ladite institution. Le Musée Afropéruvien fut fondé en mars 2005 à Zaña-Chiclayo et ce livre lance une série de publications sur la présence africaine dans la région andine.

 

Lien:

 

http://www.museoafroperuano.org/main.html

 

Ninfa Idrogo.

 

 

 

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Posté par guyzoducamer à 11:53 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , , ,
21 juillet 2007

Extrait du Manuel des Afrodescendants : Résistance et marronnage, un combat pour la liberté

L’esclavage vu d’une manière générale est un état social défini par la loi et les coutumes comme la forme involontaire de servitude humaine la plus absolue.

Un esclave est caractérisé par le fait que son travail et ses services sont obtenus par la force, et sa personne physique est considérée comme la propriété de son maître qui dispose de lui ou d’elle à sa guise.

En vertu de cette définition, l’histoire a représenté de manière passive les personnes réduites à l’esclavage, alors qu’en réalité, il existe des registres historiques qui indiquent de quelle manière, dès leur capture, les esclaves réagissaient avec détermination pour conserver leur liberté.

Dans les compte rendus se distinguent des formes plus ou/et moins subtiles utilisées par les esclaves comme la mauvaise exécution des travaux; la mutinerie dans les embarcations; la fuite sur la terre ferme pour pénétrer dans la forêt, et former des communautés de nègres marrons ou palenques. Les palenques, connus sous le nom de quilombos au Brésil, cumbes au Venezuela ou marroons en Jamaïque étaient des villages construits sur des terres difficiles d’accès, entre deux falaises ou au milieu de la forêt.

Parmi les palenques les plus importants se trouve celui de San Basilio en Colombie, puisqu’il fut le premier lieu reconnu libre par la couronne espagnole dans ce pays et dans toute l’Amérique Latine.

Le combat pour la liberté fut initié par Benkos Biojó dans le palenque de la Matuna.

Des références historiques existent sur la capacité guerrière et le leadership de Benkos Biojó, qui attaquait les haciendas en libérant les esclaves. Des hommes et des femmes s’unirent avec enthousiasme à son armée. La rébellion s’étendit sur une large zone proche de Cartagena que Biojó parcourait en défiant les espagnols.

Le marronnage, d’autre part fut l’acte de rébellion face à l’oppression inhumaine dans les débuts de l’esclavage. Il s ‘est érigé en une véritable forme de mobilisation des esclaves , parfois de manière éparse, d’autres fois tel un projet de résistance militaire, sociale et culturelle contre l’oppression. Ces luttes furent vitales pour la déstabilisation du système colonial, puisqu’elles agirent comme des anti-thèses aux valeurs défendues par les régimes esclavagistes. Le marronnage représentait la sauvegarde des valeurs du peuple africain et l’affirmation de ses hommes dans leur liberté. À partir de cette nouvelle forme d’organisation, les marrons créèrent un nouveau mode de vie, une véritable république indépendante de laquelle ils établirent des autorités , des organisations propres et travaillèrent à la conservation de la langue, la religion, la musique, les danses et les coutumes, qui peu à peu se mélangèrent à celles des indigènes et des blancs selon le lieu de leur présence.

Les autorités élues prenaient des décisions politiques et militaires. Les marrons affranchis et armés d’outils élaborés par eux-mêmes comme des haches, des machettes, des pieux et des pierres, organisaient des attaques contre les esclavagistes et les autorités pour libérer leurs frères et pour se procurer de la nourriture et des armes. Leurs femmes les accompagnaient et pendant la préparation de la fuite, elles cachaient des graines dans leurs chevelure pour le nouvel ensemencement dans le palenque. D’autres formes d’établissement surgirent également à cette période.

En 1797, 5080 garifunas en provenance de l’île de San Vicente arrivèrent sur les côtes de Roatán, au Honduras actuel, pou rétablir leurs communautés.

Les membres de ce groupe fut transféré en tant que prisonniers de guerre après les batailles de résistance contre les anglais et les français pendant près de 40 années sur les côtes de ce qu’on connaît aujourd’hui sous le nom de l’île San Vicente, appelée à cette époque par les arawakan Yarume ou Yolome.

À leur arrivée au Honduras, les Garifunas négocièrent avec les espagnols de Trujillo et se fixèrent très vite sur des terres continentales, formant des communautés tout au long de la Côte Atlantique comprenant le Guatemala, Belize et le Nicaragua.

Un autre exemple d’établissement  indigène afrodescendant est celui du peuple raizal dans l’Archipel de San Andrés, Providencia et Santa Catalina. Le peuple raizal est le produit de dynamiques coloniales qui débutèrent en 1527 avec des esclaves africains emmenés par des puritains britanniques, et leur mélange avec des peuples indigènes isthmiens et caribéens.

Les rébellions d’africains esclaves et de leurs descendants se produisirent sur tout le continent américain. Dans certains cas, les esclaves adoptèrent des noms africains, revendiquant ainsi leur africanité et forgeant des formes de résistance.

Ces tentatives connurent des fortunes diverses, de la reconnaissance d’autonomie de la part des autorités à la répression qui se voulait exemplaire avec l’exécution des insurgés .

Dans les Îles des Caraïbes au cours du 16ème siècle,  les soulèvements qui se sont produits dans la raffinerie de l’amiral Diego Colón et la rébellion dirigée par le noir Miguel (1552) dans les mines de  Buría (Venezuela), qui essaya d’unir les indiens et les marrons contre la domination coloniale, furent particulièrement importantes.

Au 18ème siècle se démarque la résistance organisée dans le quilombo de Palmares dans la forêt vierge brésilienne. Au cours du même siècle, deux guerres marronnes sont notables, en Jamaïque (1729-39, et 1795); le grand soulèvement des esclaves au Surinam (1772-1778); le soulèvement de Andresote au Venezuela (1732) et celui de Miguel Espinosa (1794).

Des esclaves enfuis de la raffinerie de Porto Calvo constituèrent au 17ème siècle une république dans le Brésil (correspondant à l’État actuel d’ Alagoas, dans la région de la "Serra da Barriga") qui dura plus de quatre-vingt-dix ans, défiant tout d’abord les hollandais et la consolidation de la colonie portugaise plus tard.

Cette république fut le premier état libre de l’Amérique, et 30 000 hommes et femmes africaines de diverses ethnies et traditions linguistiques y vécurent.

Le développement de la République de Palmares fut tel que, non seulement il s’auto suffisait, mais il vendait commerçait également ses cultures ( le maïs, porotos, le manioc, la cane à sucre, papa et tabac)aux hameaux voisins comme Porto Calvo, Serinhaen, et Ipojuca. Son développement fut également politique, puisque les citoyens de Palmares formaient leurs dirigeants pour l’administration des quilombos.

Les quilombos qui faisaient partie de la République de Palmares (Obenga, Anadalaquituchs, Dambrabanga, Subupira, Acotirene, Tabucao, Zambi, et Macaco) élirent Ganga Zumba, qui peut se traduire par grand seigneur (maître)de la République.

Même si on ne connaît pas le nombre de Zumbis qu’il y a eu dans la République de Palmares, on sait grâce à des rapports coloniaux que les deux derniers hommes qui occupèrent cette charge ont défini par leurs attitudes le futur de Palmares.

En 1694, après deux années de résistance, les troupes commandées par les mercenaires de la couronne portugaise réussirent à détruire

Macaco - la capitale de Palmares. Le dernier Zumbi se sauva à cette occasion et revint pour diriger de nouvelles attaques, mais le 20 novembre 1695, il fut assiégé dans sa forteresse ou il mourut en combattant héroïquement l’ennemi.

À Bahia, en 1798 Lucas Dantas et Luis Gonzaga das Virgens qui étaient des soldats, Joao de Deus do Nascimento et Manuel Faustino dos Santos Lira (tailleurs ou couturiers) lancèrent la Revuelta de los Alfayates (Révolte des Tailleurs) ou Inconfidencia Bahiana.

Inspirés par les idéaux de la révolution française, le groupe prétendait proclamer la république sur la base des idées de liberté, d’égalité et de fraternité et la république.

Rendre compte de toutes les actions menées par les esclaves est un exercice exhaustif qui va au-delà des possibilités de ce guide. ..

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

Extrait du Manual de los Afrodescendientes de las Américas y del Caribe

www.unicef.org/lac/manualafrodesc2006(1).pdf

Posté par guyzoducamer à 22:08 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , , , , , , , ,
16 juillet 2007

Manuel des Afrodescendants des Amériques et de la Caraïbe : Réponses aux lecteurs

"Des millions d'esclaves africains ont été forcés d'arriver sur notre sol d 'Amérique. De leurs vies, cultures et civilisations, on ne dit pratiquement rien dans les programmes officiels d'histoire.

Portada del Manual de los Afrodescendientes de las Américas y el Caribe

Beaucoup de nos adolescents et jeunes ne savent pas que leurs racines se situent dans un continent à l'origine du genre humain".

La citation provient du Manuel des Afrodescendants des Amériques et de la Caraïbe  ( Manual de los Afrodescendientes de las Américas y el Caribe,) publié en 2006 et fruit d'un projet élaboré avec l'UNICEF et Mundo Afro, une organisation de la communauté noire Uruguayenne.

Le Manuel a été écrit sous la coordination de  l'historien uruguayen Romero Rodríguez, expert en esclavage dans la région.

Y avait-il une quelconque différence entre les expériences des esclaves aux Etats-Unis et ceux en Amérique Latine?
DMH, Séoul, Corée "

Romero Rodríguez, historiador uruguayo

Romero Rodríguez

La présence des africains mis en esclavage aux Etats-Unis fut postérieure à celle en Amérique Latine, les premiers arrivèrent au début du 17ème siècle. Fondamentalement, il n y eut pas de différences substantielles, le principe est que des êtres humains furent privés de leur liberté, leurs droits furent niés et ils furent traités comme une marchandise, cela ne changea dans aucune région du continent.

Que signifie être afro descendant dans le contexte actuel. Avoir la peau noire ou être afro descendant ou peut-être aujourd'hui être  afro c'est seulement une culture, des coutumes entre autres choses...être afro est-ce indépendant de la couleur de la peau? Je suis noire, mais je ne m'étais jamais identifié en tant que afro descendante, cependant cet article m'a donné à penser plein de choses...
ketty cordoba, Quibdo, Choco, Colombie

Chère Ketty, un des objectifs du Manuel est de faire connaître notre histoire et notre présent, nous comprenons le terme afrodescendant comme une conquête, étant donné que ce fut le colonisateur et esclavagiste qui nous a défini comme  "noirs". Celui-ci  prétendait nous homogénéiser,  saboter notre identité, nous enlever notre sentiment d'appartenance. Le terme Afrodescendant porte implicitement notre provenance, revendique notre identité et nos droits.

Quelles ethnies, nations ou groupes tribaux  prévalurent dans la migration forcée en Amérique Latine ? Merci et salutations.
Julio Cabrera, Caracas, Venezuela

Cher Julio, ce n'est pas facile d'arriver à établir, avec précision ce que tu demandes, cependant, il existe quelques travaux qui font la lumière à ce sujet. Cela ne fait pas partie des objectifs initiaux de notre projet.

Je voudrais vous demander si un travail a été fait pour savoir quelles étaient les ethnies africaines qui furent  emmenées sur le continent américain et le chiffre de 10 millions n'est pas bas puisqu'il y en a qui parlent de plus d'une centaine de millions 
Alberto, Mérida, Venezuela

Cher Alberto, effectivement, il existe des divergences en ce qui concerne le nombre d'africains arrachés à leur terre et ceux qui sont arrivés dans des ports américains. Certaines hypothèses indiquent que pour chaque africain arrivé à destination, trois sont morts, en partant du processus de capture jusqu'à l'arrivée à destination. Le concept de la  "Route de l' Esclave", de l'UNESCO, fait référence à la difficulté de quantifier les victimes sur des bases scientifiques, mais a également indiqué de façon claire que parmi les facteurs permettant d'arriver à un résultat, il y avait le manque de volonté politique pour fournir les registres de la part de tous les pays impliqués.

A quoi est dû le fort pourcentage d' afro descendants au Brésil et dans les Caraïbes par rapport au reste des pays d'Amérique? Et le métissage qui s'est produit par rapport à d'autres pas comme les Etats-Unis ?
Begoña Merino, Madrid, Espagne

Chère Begoña, avant toute chose, on ne doit jamais oublier que le moteur du trafic transatlantique des africains mis en esclavages fut l'exploitation économique des colonies. Le type d'exploitation déterminait la demande de main d'œuvre en esclavage.

Dans les sud des Etats-Unis, les Caraïbes, le Brésil, la Colombie, le Venezuela, l'Équateur et le Pérou, l'existence de nombreuses et immenses plantations et l'exploitation intensive des mines a défini le  nombre d'africains emmenés de force.

AVEC QUELLE EXCUSE USA ON ARRACHAIT  LES NOIRS DE LEUR TERRE? VOYAGEAIENT-ILS EN ÉTANT BERNÉS OU DE FORCE? LES RÉPONSES OFICIELLES NE ME SATISONT PAS. COMMENT FONCTIONNAIT EN RÉALITÉ CETTE MACHINE DE L'ESCLAVAGE? UN GRAND MERCI.
RODRIGO GARCÍA GORGA, SABADELL, ESPAGNE

Cher Rodrigo, il n y avait pas de tromperie. Cette idée, implicitement  porte atteinte à la capacité intellectuelle des victimes. On arrachait les africains à leurs terres, on les pourchassait, on les capturait et on les transportait contre leur volonté. Le système disposait d'une ingénierie très complexe, avec une infinité d'acteurs. La définition du commerce triangulaire est celle qui synthétise le plus clairement la son fonctionnement.

Ils partaient avec des marchandises de l'Europe, ils les échangeaient contre des africains capturés, ceux-ci étaient transportés en Amérique et échangeaient des matières premières ou des produits de grande valeur sur le marché européen, en plus de ce qu'ils produisaient sur le sol américain. Le système a fonctionné à la perfection.

M. Romero Rodríguez, avant tout, je suis très heureux de faire votre connaissance et de vous remercier pour votre travail historique sur l'Afrique et ses populations et le génocide produit par l'attitude impérialiste. C'est la même chose qui s'est passée avec les peuples originaires du continent Américain. Cette attitude correspond-elle au Monothéisme Impérial, ou est-ce un problème de testostérone ?
silvia, Capitale Fédérale , République d'Argentine

Chère Silvia, je voudrais avant tout vous féliciter pour votre sens de l'humour subtile, mais les hommes et les femmes sans distinction ont profité du  processus de l'esclavage, de même que les victimes furent des hommes et des femmes.

Au delà de la culpabilité des descendants des esclavagistes pour la maltraitance de leurs ancêtres, des êtres humains d'une manière si irrationnelle, ma culpabilité en tant que afro descendant est d'imaginer que mes ancêtres se sont laissés dominer d'une telle manière que nous portons cette  culpabilité dans le sang. Qu'est ce qui a empêché que contrairement à d'autres races qui ont préféré la mort plutôt que d'être dominés, une race aussi forte se soit laissée dominer ainsi?
SONIA SIFONTES, PTO. ORDAZ, VENEZUELA

Chère Sonia, si tu parcours le Guide des afrodescendants ( la Guía de afrodescendientes), tu pourras apprécier comment nos ancêtres se sont battus inlassablement pour résister à la situation à laquelle ils étaient soumis. Le racisme, en tant que système dominant a généré les mécanismes pour nous inculquer une culpabilité qui n'est pas telle, et cela ne passe pas par le sang, c'est culturel. Peut-être tu devrais savoir que après seulement 9 ans de présence des européens dans l'île  la Española (1503), quand fut interdit l' entrée des africains qui incitaient les indigènes à se rebeller. Cette disposition fut abrogée face à l'extinction des  natifs et la demande des colons qui voulaient disposer d'une main d'œuvre esclave.

Y a-t-il une autre explication, en plus de l'interdiction du Gral Martinez dans les années 1930, pour qu'il n y ait pas de noirs dans mon pays?
Geovanna Ulloa, San Salvador, El Salvador.

Chère Geovanna, nous sommes encore en train de travailler et d'enquêter sur le cas spécifique du Salvador, car nous ne disposons pas encore de données suffisantes.

Pourquoi au Salvador il n y a pas des personnes de race noire? On dit ici que un certain  Gral. Maximiliano Hernandez Martínez (Président de la République dans les années 40 et sympathisant de Hitler) a chassé les personnes de cette race du pays en plus des chinois. Qu'y a-t-il de vrai dans tout cela ?
Francisco Santos, San Salvador, El Salvador

Lire la réponse à  Geovanna

Dans presque toute la région de l'Amérique Centrale, on trouve des descendants d'esclaves africains ...ce n'est pas le cas au  Salvador. Dans les écoles, on ne nous enseigne pas s'il y a eu une présence d'esclaves africains dans notre territoire,  j'ai entendu que un général a interdit qu'on introduise des noirs dans notre pays. S'il y une histoire d'esclaves noirs au  Salvador, j'aimerais que quelqu'un qui en sait quelque chose puisse éclairer mes doutes.
luis pacas, san salvador, el salvador

Lire la réponse à  Geovanna

Pourquoi les noirs ont été choisis comme esclaves? (et on les traitait si mal), et en même temps ça leur convenait que ces mêmes femmes noires allaitent les enfants des blancs ? Ne devraient-ils pas être reconnaissant qu'une femme noire alimente leur enfant pour qu'il grandisse sainement ?
patricia, ituzaingo, argentine

Chère Patricia, le processus esclavagiste fut cruel en lui-même, le facteur fondamental de la relation maitre - esclave était d'établir  une domination absolue sur l'individu, le réduire à la soumission. La sévérité de la traite était liée à ce fait. Concernant les femmes qui allaitaient, il faut tenir compte qu'elles étaient des  "pièces d'ébène", biens utilitaires, personne ne remercie une table pour avoir soutenu un vase.

Si d'une manière quelconque on pouvait exprimer en nombre -chiffre  (pourcentage %) l'influence et l'héritage africains sur la culture latinoaméricaine par rapport aux autres deux cultures par lesquelles nous sommes influencés (indigène et blanche européenne) en prenant en compte les aspects comme la langue – le langage, les arts, la musique, les coutumes et l' idiosyncrasie...Quels seraient ces pourcentages?... merci
Carlos Mendoza, caracas, venezuela

Lire la réponse à  Juan Carlos de Guatemala.

Cher monsieur Rodriguez: Je suis étudiant en histoire de l'Université Central de Venezuela. J'aimerais savoir s'il existe des études sur la "carimba" ou "calimba" en Amérique. Récemment, j'ai découvert dans le Archives de l'Académie Nationale de l'Histoire du Venezuela, le sceau utilisé par les anglais sur les esclaves qui son t arrivés dans ce pays. Je suis en train d'écrire un article à ce sujet .Ou me conseilleriez-vous de le publier ? J'ai les photos du symbole et l'article est très avancé! J'aimerais rentrer en contact avec vous pour vous le faire parvenir. Pourriez-vous m'envoyer votre adresse électronique? Un bonjour du Venezuela
José Rafael Fagundez, Caracas, Venezuela

Cher Rafael, avant tout merci pour ta confiance. Des travaux existent dans la région qui mentionnent la "carimba", je n'en sais pas plus sur le cas spécifique du Venezuela. Le marquage au feu (au fer) était pratiqué dans toutes les colonies espagnoles, une façon de contrôler le paiement des impôts pour les esclaves et neutraliser la contrebande. Si cette pratique fut interdite à partir de 1784, il existe des indices démontrant qu'il fut pratiqué postérieurement.

L'esclavage c'est accepter les "normes" que dicte le "Maître "Martin Luther King et Gandhi étaient des esclaves et n'ont rien obtenu, car en Inde, on continue de pratiquer  "la caste" et aux Etats-Unis, le Klu Klu Klan existe toujours. Si on ne l'abolit pas, pourquoi parler de liberté? C'est une supercherie.
Ángel V. Rivas, Caracas, Venezuela

Cher Ángel, avec tout le respect que je te dois, je pense que vous méconnaissez le fondement du combat de ces deux grands hommes. Gandhi a lutté pour l'indépendance de l'Inde de la domination britannique et il ne fut pas esclave. Le Dr. King ne fut pas non plus esclave, et son combat a consisté à obtenir la plénitude des droits civils pour les afro nord américains.

Les inégalités persistent, des groupes réactionnaires, racistes, xénophobes également. Mais personne ne peut nier que la lutte de ces hommes fut précieuse et a eu des résultats positifs.

Est-il vrai que la Banque de Londres et la Royal Insurance furent fondées avec l'argent qui provenait du commerce des esclaves?
Luis González, Belo Horizonte, Brésil

Cher Luis, je ne peux pas être catégorique dans cette réponse, mais l'accumulation de capitaux en Europe était due en grande partie à la Traite Transatlantique et ce qu'elle a produit.

La plus grande partie de la population noire à L.A. est pauvre. Est-ce dû au racisme ou à des problèmes qui proviennent de la période de l'esclavage?
Juan Carlos Cemborain, Caracas, Venezuela

Cher Juan Carlos, le racisme est la conséquence de l'esclavage et la pauvreté est due au racisme.

Cher monsieur Rodríguez. Je suis d'accord avec ce que vous dites, et je voudrais savoir: Quel est le degré d'influence de la culture africaine en Amérique Latine?
Francisco Javier Ruiz, Guatemala, Guatemala

Cher Francisco, l'influence est très large, peut-être qu'on ne peut pas la quantifier, mais vous en trouverez partout. Religion, art dans toutes ses expressions en passant par la cuisine, les vocabulaires, etc.

Ou l'esclavage fut il pratiqué pour la première fois ? Au cours des voyages criminels de vols et de spoliation des européens, les habitants des canaries ne furent-ils pas les premiers à être mis en esclavage? Merci pour vos réponses.
félix , Lieja, Belgique

Cher Félix, lors de l'expansion vers l'Atlantique, les premières victimes furent les habitants des Îles Canaries, cependant ils ne furent pas les premiers esclaves.

Pourquoi n y a t'il pas de noirs au Mexique?
Leoncio, Lima, Pérou

Cher Leoncio, je te recommande lire de lire la réponse à Arturo Quiroz.

Bonjour Monsieur Romero Rodriguez. Je voudrais que vous m'informiez plus sur les personnages illustres de la culture Afro en Amérique Latine. Des personnes qui se sont battues contre l'odieuse discrimination. Des personnages tels que Benkos Biojo qui ont mené leur lutte pour la liberté, en ce qui concerne la Colombie. Grand merci pour votre attention.
Jorge Andrés Cortés Velásquez, Manizales, Colombie

Cher Jorge, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, il y a eu de nombreux leaders qui ont combattu pour la liberté des africains, Zumbi au Brésil, Makandal et Louverture en Haïti, Miguel et Chirino au Venezuela, Alonso de Illescas en Équateur, Nanny en Jamaïque entre autres. Citer des personnages illustres de la culture afro de la région requiert un travail plus spécifique, étant donné l'amplitude du sujet.

Pourquoi n y a-t-il presque pas des personnes de race noire au Mexique? S'ils ont existé, où sont-ils ? Et pour quelle raison leur population n'a pas augmenté ?
Arturo Quiroz, McAllen , USA

Cher Arturo, avant tout, je dois dire que au début du 17ème siècle, un des principaux ports de destination des africains mis en esclavage était Veracruz.

Deuxièmement, il existe des afrodescendants mexicains, certains concentrés sur la Côte Chica (Oaxaca et Guerrero). Pour votre fierté, l'un des premiers groupes ayant obtenu l'autonomie et la reconnaissance de la Couronne Espagnole (1609), fut celui dont le leader était Yanga, dans les environs de Veracruz. Concernant la seconde partie de ta question, l'immigration européenne a joué un rôle important, en plus des unions avec d'autres secteurs de la population.

Je vous remercierai de m'informer du nombre d'esclaves aux Etats-Unis d'Amérique et le nombre actuel des afro descendants dans ce pays. Je n'ai pas pu trouver cette information, contrairement aux pays  de l'Amérique Latine, ou j'ai les statistiques de presque tous les pays( sauf le Paraguay)
HUGO QUINTERO MIÑO, Valparaíso, Chili

Cher Hugo, l'UNESCO établit dans son programme "la Route de l'Esclave", que 10% des africains mis en esclavage sont arrivés sur des ports de l'Amérique du Nord. Notre travail se focalise préférentiellement sur l'Amérique Latine. Concernant le nombre actuel d'afro descendants aux Etats-Unis, les derniers chiffres du Census Bureau indiquent un total de 39,7 millions (estimation pour l'année 2005).

L'initiative du Manuel des Afro descendants ne s'est-il pas également fait avec le soutien et la collaboration du gouvernement Espagnol ?
Jesus Carrasco, Panama, Panama
 

Cher Jesús, nous avons effectivement pu compter sur le soutien et la collaboration du gouvernement Espagnol.

Ma question est : de quels pays africains provenaient les esclaves? – Pourquoi au Chili il n'existe pas de registres d'Esclaves?
Juana Salazar, santiago, chili

Chère Juana La division politique actuelle en Afrique est un produit de la colonisation européenne jusqu'à après la première moitié du 20ème siècle Pour cette raison dans notre cas, nous ne parlons pas des pays d'origine. L'une des méthodes utilisées pour cela est l'appartenance à des troncs – branches linguistiques et /ou des groupes ethniques.

En ce qui concerne les registres d'esclaves, il en existe au Chili. Il n y a pas assez de recherches et la diffusion doit être plus grande. Dans le Nord (Arica), il y a deux organisations afrochiliennes qui travaillent actuellement.

Je voudrais savoir de quels pays d'Afrique provenaient la majorité des esclaves arrivés au Venezuela. Merci.
ana cordero, bogota, colombie

Chère Ana, je vous répond la même chose que à Juana du Chili. La division politique actuelle en Afrique est un produit de la colonisation européenne jusqu'à après la première moitié du 20ème siècle Pour cette raison dans notre cas, nous ne parlons pas des pays d'origine. L'une des méthodes utilisées pour cela est l'appartenance à des troncs – branches linguistiques et /ou des groupes ethniques.

De quelle partie spécifique de l'Afrique arrivèrent les esclaves qui vivent actuellement sur la côte de Barlovento au Venezuela? Y a t'il eu des esclaves d'origine africaine au Chili? Merci et continuez votre précieux travail.
Rodrigo Frez, Stockholm, Suède

Cher Rodrigo, selon les enquêtes – les recherches effectuées à cet effet, au 18ème siècle, des africains de la région de Côte d'Ivoire et de la Côte d'Or arrivèrent à Barlovento, lesquels furent enregistrés en tant que "Minas", leur port d'origine. Dans le cas chilien, il y a effectivement eu des esclaves mis en esclavage, il y a des afro descendants de nos jours localisés dans leur majorité dans le nord du pays.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://news.bbc.co.uk/hi/spanish/specials/2007/esclavitud/newsid_6450000/6450263.stm

Posté par guyzoducamer à 02:55 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , , , , , , , , ,
04 mars 2007

AFROÉQUATORIENS: Un Mouvement Social Émergent

PRÉSENTATION

L’un des peuples les moins connu à l’échelle nationale, le moins mis en valeur dans son processus historique, ses traditions culturelles et ses contributions à l’économie, à la musique, la danse, la littérature orale, etc., et aussi sur lequel on tricote une variété de préjugés et mythes négatifs, comme un lourd fardeau colonial, est paradoxalement, le peuple noir de l’Équateur.


En Équateur, la population noire est généralement établie dans les régions se pauvres et ne bénéficiant pas des politiques étatique de protection et de développement social. Généralement, la population économiquement active souffre intensément du chômage, du sous-emploi, de bas salaires et revenus, de limitations importantes en relation à la formation et aux possibilités d’accès à l’éducation supérieure. A cela s’ajoute un grand pourcentage qui n’est pas sujet à la sécurité sociale, ne disposant pas de logement adéquat et de services d’infrastructures basiques, et ayant de rares opportunités d’accès à des charges de représentation politique.


Sept personnes sur dix qui s’auto définissant comme afroéquatoriens sont considérés pauvres, selon le NBI (– Besoins de Base Insatisfaits), une méthode qui détermine les conditions d’accès et d’usage des services élémentaires qui rendent possible l’accès aux conditions minimales pour un niveau de vie digne.

En réponse à cette situation, similaire ou peut être plus grave que celle d’autres groupes ethniques nationaux, le peuple noir de l’Équateur a engagé depuis près de 10 ans un processus de consolidation de ses organisations locales et régionales en vue de faire des demandes et revendications sociales qui leur permettent, particulièrement d’obtenir une reconnaissance sans discrimination, une revalorisation sociale et culturelle et de meilleurs niveaux de développement social, économique, culturel et politique .

Ce texte, intitulé Afroecuatorianos: un Movimiento Social emergente (Afroéquatoriens, un Mouvement Social émergent) représente le fruit d’un travail de recherche de terrain et de bureau réalisé par les enquêteurs sociaux Henry Medina Vallejo et Mary Castro Torres entre les années 2000 - 2005, et réalise une approche objective de la réalité sociale et du processus organisationnel du peuple afroéquatorien à travers deux sections complémentaires qui constituent une unité thématique.


La première section, développée par Henry Medina, et intitulée “Condiciones de Vida y Organizaciones Sociales Afroecuatorianas en Esmeraldas, Valle del Chota-Mira, y Pichincha(Conditions de Vie et Organisations Sociales Afroéquatorienne à Esmeraldas, Valle del Chota-Mira, et Pichincha ” a pour objectifs principaux de présenter un diagnostic général de la situation économique et sociale de la population afroéquatorienne des provinces de Esmeraldas, Valle del Río Chota - Mira (provinces de Imbabura et Carchi) et Pichincha ainsi qu’une approche de la situation organisationnelle des afroéquatoriens de ces mêmes zones.


Dans la deuxième section intitulée “El Movimiento Negro en Quito y su lucha contra la discriminación(Le Mouvement Noir à Quito et sa lutte contre la discrimination”, Mary Castro présente les résultats d’une enquête en profondeur du processus de contruction du Mouvement Afro de Quito et dont l’objectif plus général a été de déterminer la manière dont l’organisation sert les habitants noirs de Quito en tant que mécanisme orienté vers le renforcement de leur identité et en même temps représente une stratégie de lutte contre la discrimination sociale /raciale qu’ils subissent au quotidien.

Le Centre Culturel Afroéquatorien, fidèle à sa tradition de soutien à la diffusion de l’enquête social et culturelle du peuple noir comme l’un des mécanismes valables de revendication et de revalorisation ethnique, présente ce livre qui sans doute constitue un précieux apport au processus d’affirmation de l’identité noire, base de la consolidation socio- organisationnelle de ce peuple à l’intérieur du mouvement populaire en Équateur.


P. Marillo Spagnolo

Directeur du Centre Culturel Afroéquatorien

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.mira.ec/Paginas/Novedades/Septiembre/HMAfroecuatorianos.aspx

AFROECUATORIANOS: Un Movimiento Social Emergente.


Auteurs
    Anthropologue Henry

Medina

,
    Sociologue Mary Castro.
Ediciones Afroamérica,
Centro Cultural Afroecuatoriano.
Quito, Équateur  2006 -231 Pages.

Posté par guyzoducamer à 20:35 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , , , ,
02 mars 2007

Littérature : Extrait de "El Candombe" de Rubén Carámbula

Tiré de "El Candombe" de Rubén Carámbula, Ediciones Del Sol

Pour divers auteurs, élever à vingt millions le chiffre des esclaves introduits en Amérique n’est pas exagéré, auquel cas, le coût total de la saignée dépasserait les cent millions de personnes. Pour comprendre ce que cela signifiait alors en termes démographiques, il suffirait de se rappeler qu’au début du 19ième siècle, Buenos Aires avait une population d’à peine cinquante mille habitants.

Si les esclavagistes n’étaient intéressés que par leurs bras, ils ne purent empêcher le débarquement et l’irradiation d’une mosaïque bigarrée de cultures, résultant de la même diversité ethnique de cette population transplantée. C’est là l’origine de ce qu’on se mit à appeler "Nations", particulièrement dans la région du Rio de la Plata.

Malgré le mélange des cultures qui s’est opéré entre les différents groupes dans les plantations, les cultes afroaméricains qui au final de ce processus allaient se consolider ne perdirent pas en Amérique Latine (alors que ce fut le cas dans presque tous les États-Unis) un ancrage dans des cultures déterminées de la côte occidentale de l’Afrique, parmi lesquelles ressortent les Yorubá du Nigéria ("Nagô" pour les brésiliens et Lucumí" pour les cubains), et la Fon du Bénin actuel ("Gêge" au Brésil, et "Arará" à Cuba)....

Nostalgias del Candombe by P. Figari

Nostalgies du Candombe, par Pedro Figari 60x80cm

...Un autre aspect  de notre dette envers l’Afrique est la rareté des études sur l’histoire sociale et culturelle de ces populations transplantées, ce qui est très notable si nous faisons par exemple  la comparaison avec les groupes indigènes. Malgré les études importantes qui ont été réalisées, beaucoup reste à faire relativement à cette source essentielle de notre culture métisse, et qui reste encore grandement à connaître, à légitimer...

...Le candombe serait, dans son aspect rituel, une espèce de pantomime du couronnement des Rois de l’Ancien Congo, même s’il intègre des éléments propres de la royauté européenne.

De même, dans le cadre religieux, on note éléments de l’animisme de matrice Bantu mélangés à d’autres éléments chrétiens, comme par exemple l’incorporation au panthéon noir de Saint Benito et Saint Baltasar comme saints tutélaires de ces peuples. Déjà à l’époque de Rosas, on observe une tendance à contrôler ses manifestations culturelles par le biais de la folklorisation qui a amené à faire ressortir leurs aspects pittoresques (auxquelles il est vrai il ne manque pas de couleur) pour contourner la condition abjecte de l’esclave, de l’homme fait chose, fait animal de transport, ainsi que ses formes de résistance, qui se cristallisaient souvent en acte de rébellion réprimés avec cruauté...

...Aujourd’hui, au sein des populations noires, un dilemme compliqué est en débat: l’assimilation totale à la culture dominante par déculturation progressive ou la récupération de leur culture et de leur histoire...

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.revistaquilombo.com.ar/revistas/20/q20.htm

On pourrait dire que l’Amérique a une dette envers l’Afrique pour le retard civilisationnel causé par le trafic d’esclaves en destination de nos côtes. On estime que pas moins de dix millions de "Pièces d’ébènes" y ont débarqué ; ce qui implique une saignée de quelques soixante millions d’êtres humains, sur la base du calcul selon lequel pour six victimes de ce trafic, une seule parvenait en vie sur le port où il était vendu aux enchères.

Posté par guyzoducamer à 02:46 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , , , ,
18 février 2007

Littérature et tradition orale afrocolombienne

La diaspora africaine a été l'un des acteurs de la construction du patrimoine littéraire colombien. Dès l'arrivée des africains à Carthagène des Indes, la voix sacrée et profane des esclavisés a dialogué avec les langues indigènes et européennes.

Ce destin de rencontres a moulé des univers de création dans lesquels resplendit le déploiement poétique et narratif de la parole écrite, parlée, chantée ou récitée.

Les mémoires de l'Afrique recréées sur le sol américain scintillent dans la littérature et la tradition orale afrocolombiennes.

Selon Nina S. de Friedemann, les littératures afrocolombienes conservent l'héritage ancestral des valeurs faisant référence à l'individu (être individuel) et à l'être collectif.

Parmi elles se distingue l'amour profond pour la parole. Selon la même auteure, le baratineur et le ménestrel, les prieurs et les cantatrices rappellent le griot africain, narrateur des modes d'interprétations du monde, de l'histoire et des généalogies, de savoirs sacrés et profanes. Dans de nombreux milieux de Colombie, particulièrement ruraux, ces personnages entretiennent des halos similaires à ceux d'autres cultures afro-américaines dans lesquelles la parole est de plus séquentielle pour accéder au monde des divinités, comme le font les macumberos du Brésil et les santeros ( dévots) de Cuba.

Dans les cultures afrocolombiennes, les veillées funèbres des saints, les neuvaines pour les morts, les luminaires et de nombreuses autres célébrations sacrées et profanes sont les espaces culturels de l'évocation des mémoires ancestrales par le biais de la mise en scène de la parole.

En 1948, Rogerio Velásquez, anthropologue et écrivain de la région du Choco, a initié la recherche de l'expression traditionnelle des populations de sa région. Ses écrits permettent de percevoir la complexité de la narration et de la poétique, des symboles et significations, des personnages et situations qui expriment une forte influence africaine, totalement encadrée par le rythme du parler et par la théâtralité de l'expression.

Malgré les horreurs de la traite et de la traversée transatlantique, les images des divinités, les souvenirs des contes des aïeuls et les rythmes des chansons et des poésies ont traversé l'océan, ancrés dans l'âme des captifs.

Ce savoir social et culturel  a de nouveau fleuri de l'autre côté de la rive de cette mer qui les a vu pleurer leurs malheurs. Cette présence de l'Afrique en Colombie est perçue en Colombie de façon exceptionnelle dans la littérature et dans la tradition orale des peuples descendants des premiers africains arrivés sur ce territoire.

De Friedemann rapporte que même dans les blagues et devinettes, comme dans les scènes de parodie ou dans des contes de bonimenteurs, d'esbroufeurs, de fabulateurs, d'enjôleurs…, des personnages d'origine africaine évidente apparaissent. C'est le cas de Anansi, Anansito ou Miss Nansi, un personnage de la tradition akán, qui survit dans le récit oral des habitants de San Andrés et Providencia et dans les forêts du Pacifique.

Il s'agit d'une célèbre araignée qui adopte des formes et des comportements humains. Ces transformations s'opèrent également avec d'autres animaux qui peuplent les légendes des peuples afrocolombiens.

Parmi les plus remarquables, on trouve les tigres,  des lapins, les tortues et les couleuvres. Anansi est connue comme une héroïne culturelle de l'ancienne Côte d'Or ; de la Tortuga (La tortue) on sait qu'elle était très connue dans l'ancienne Côte des Esclaves ; On identifie Conejo le lapin comme étant originaire du Congo et de l'Angola.

Autrement dit, toutes des régions d'ou provenaient de nombreuses personnes qui arrivèrent au port Carthagène des Indes, des cultures yoruba du Nigeria, akán du Ghana et songo de l'Afrique Centrale.

Selon De Friedemann, anthropologue colombienne qui a dédié sa vie à l'étude de ces cultures, il existe des témoignages faisant allusion à la manière dont la faune africaine a peuplé les forêts et les côtes colombiennes. Elle rapporte que dans le village de Beté, sur le fleuve Atrato, à l'occasion d'une veillée funèbre, l'un des parents du défunt a raconté comment, très près du lieu de la veillée, les tigres avaient affronté les lions car Conejo le Lapin avait excité le chef des Tigres en lui racontant que dans cette forêt, il y avait des mâles plus virils que lui, car ils tuaient leurs proies en les affrontant de face et mangeaient leur chair encore vive sur place; ils ne l'attrapaient pas par surprise, ce n'étaient pas des lâches; c'étaient des lions au pelage et à la taille fins.

Il est nécessaire de préciser que ces profonds et anciens legs d'Afrique en Colombie peuvent seulement être compris si l'on prend en compte les processus d'adaptation et de transformation qui se sont développés dans le cadre de la résistance à l'esclavage en Amérique. La créativité et la capacité d'innovation font de ces récits des témoignages directs de phases complexes de création et de récréation culturelle des descendants des africains dans notre pays. Il est indéniable que les contextes et les écosystèmes dans lesquels les conteurs oraux et les écrivains afrocolombiens d'aujourd'hui évoluent ne sont pas les mêmes que vécurent leurs ancêtres en Afrique.

Cependant, au delà des contenus idéologiques et des environnements survit la force de la parole qui la transforme en un véhicule de communication sacrée, toujours liée aux mémoires ancestrales. D'autre part, la théâtralisation particulière de sa mise en scène reste présente. L'expression corporelle qui accompagne toujours l'énonciation du récit, des contes, des mythes ou des poèmes est un autre des legs, cinétiques dans ce cas, de l'Afrique à la culture afrocolombienne et colombienne en général.

Au cours du 19ième  siècle émergèrent en Colombie de nombreuses œuvres dont les descendants des africains en furent les acteurs ou les auteurs. Eustaquio Palacios, Tomás Carrasquilla et Jorge Isaacs trouvèrent une source d'inspiration dans des individus d'origine afrocolombienne et les ont transformé en personnages de leurs écrits. En 1877 un natif de Mompox, Candelario Obeso, est devenu le premier poète afrocolombien à publier un livre : Cantos populares de mi tierra (Chants populaires de ma terre). Tout au long du 20ième siècle, de nombreux autres allaient prendre la plume pour raconter leurs expériences, leurs rêves et la condition sociale de leur peuple.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.colombiaaprende.edu.co/html/etnias/1604/propertyvalue-30513.html

Posté par guyzoducamer à 22:25 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , , , , , ,
  1  2  3  4