11 décembre 2009

Entretien avec Mónica Carrillo, présidente du Centre d’Études et de Promotion des Afropéruviens



(ANDINA).- Si les recherches relatives au trafic des esclaves africains durant la période coloniale abondent, il existe un manque d'études contemporaines sur leurs descendants, les afropéruviens, indique Mónica Carrillo, présidente du Centre d'Études et de Promotion des Afropéruviens Lundú.

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Quel était l'objectif principal de la Première Rencontre internationale des Études des la Diaspora Africaine ( I Encuentro Internacional de Estudios de la Diáspora Africana ) au Pérou?


-Susciter le débat au niveau éducatif. Il faut créer une chaire d’études afropéruviennes dans le pays et discuter des possibilités pour la population afropéruvienne d'accéder à l'éducation supérieure. Lors de la Rencontre, nous avons fait des échanges et discuter avec des chercheurs et des étudiants sur les avancées y relatives dans d'autres pays.


L'idée d'une  "chaire afropéruvienne" est-elle davantage liée à la création d'un cours académique?


-Non. Nous pensons plus la chaire comme une dimension, qui peut toucher divers niveaux d'enseignement et permettre l'inclusion du fait afropéruvien dans l'enseignement supérieur.


Y a-t-il au niveau de l'État une conscience de ces carences?


-Nous avons rencontré un niveau d'ouverture au Ministère de l'Éducation et nous avons eu plusieurs réunions avec l'OBEC. Nous espérons concrétiser quelques bourses. Nous avons aussi une proposition pour l'éducation de base: un module visant à sauvegarder les contributions afropéruviennes.


Les indicateurs sur les afropéruviens sont-ils actualisés?


-Les variables afrodescendantes ne sont pas incluses au Pérou, contrairement à ce qui se passe en Équateur, en Colombie, au panama, en Argentine, au Chili et au Vénézuela. De plus, le recensement national aura lieu en 2017, mais nous ne disposons que des projections des ONG qui indiquent qu’entre 8 et 10% de la population péruvienne est afrodescendante.

Lors des deux prochaines années, il y aura des élections politiques...


- Oui, et c'est la raison pour laquelle nous voulons placer dans l'agenda électoral l'idée de la nécessité de l'adoption de politiques spécifiques en faveur de la population afropéruvienne.


Il y a cependant des afropéruviens qui ne se reconnaissent pas comme tels, et il s'agit d'une difficulté ...


- L’identité est quelque chose de volontaire. Et lorsqu’on vit une situation de racisme, comme celle que l'on vit au Pérou, on ne voudra pas être celui dont ont te dit qu'il représente le mal. Lors du recensement ou l’enquête de foyers,  on doit demander si la personne est afropéruvienne ou afrodescendante et la personne a le choix. En Colombie, lors du premier recensement, seuls 2% des personnes se sont reconnues afrocolombienne, au second 5% et au troisième ils représentaient 14%.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

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21 novembre 2009

Entrevue Vanessa Mendoza, afrocolombienne et ex Miss Colombie

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La seule Miss noire que la Colombie ait jamais eue est devenue un symbole de lutte. Depuis qu'elle a laissé sa couronne, elle a créé une fondation qui porte son nom, par le biais de laquelle elle a réussi à faire que plus de 1500 filles et garçons de plusieurs des régions les plus délaissées du pays aient un accès aux services d’éducation, aux soins de santé et à l’alimentation. À présent, sur proposition de milliers de personnes elle a décidé d’aller au Congrès pour redoubler d'efforts. “Mon rêve est le rêve de nombreuses personnes, et nous ne pouvons pas continuer de rester les bras croisés”, explique l'ex-reine de beauté née dans le Chocó.

Qu’est ce qui peut amener une reine de beauté à diriger une fondation plutôt que de devenir une actrice ou une présentatrice télé?


Je reconnais que je peux faire ce que je fais grâce à la reconnaissance des gens, après la rupture avec le mythe et après être devenue la première miss noire en Colombie, je ne pouvais toutefois être étrangère à la réalité de mon pays, à cause de mes origines et mes convictions. Je viens d'une terre pauvre (née à Unguia, une ville de moins d'un millier d’habitants dans le département du Chocó), et j'ai donc décidé que je pouvais faire partie de la solution.

En quoi consiste votre travail?


Depuis plus de 5 ans, j'ai une fondation du nom de  Vanessa Mendoza, les rêves qui se réalisent (Vanessa Mendoza, sueños que se hacen realidad). Il s'agit d'une organisation à travers laquelle nous avons réussi à faire que les enfants qui naissent avec des problèmes congénitaux ou qui ont besoin de soins de spécialistes reçoivent des soins médicaux des meilleurs professionnels du pays. Beaucoup de ces enfants sont de Choco. C’est donc la Fondation qui se charge du transport, du logement et de la nourriture pendant le traitement et ensuite nous rentrons avec leurs familles. Nous disposons également de 32 jardins d'enfants et foyers pour les mères mineures et cheffe de famille. À Bogotá, en 2009, et avec la collaboration de la mairie de la capitale du pays, nous allons ouvrir un total de 6 jardins où les mères qui travaillent pourront laisser leurs enfants. Dans ce cadre, nous offrirons des services d’alimentation, de santé et d'éducation.

Avez-vous reçu le soutien d'autres Colombiens célèbres?


Toujours. Heureusement, de nombreux artistes en Colombie ont compris que notre pays a besoin de nous. Il y a peu de temps, nous avons reçu le soutien de personnalités comme Claudia Helena Vasquez, l'épouse de Carlos Vives, Manu, le musicien, ancien membre de Los Tri-o, et plusieurs acteurs et actrices du pays lors d’un défilé au profit de la fondation. Et prochainement, il y en aura un autre tôt pour lequel nous avons déjà la confirmation de la célèbre chanteuse Sondra.

Le racisme existe-il toujours en Colombie?


Le racisme est devenu un comportement normal pour beaucoup de personnes dans le monde. Heureusement, les choses sont en train de changer, il y a par exemple le président Obama pour le prouver. Maintenant pour ce qui est de la Colombie, je suis convaincue que mon arrivée au congrès deviendra un nouveau paradigme, dans la façon d'envoyer un message clair d’inclusion plutôt que d’exclusion dans le pays.

Pourquoi voulez-vous aller au Congrès?


Je pense qu’il est nécessaire que le pays comprenne qu’il ya encore beaucoup à faire et que dans ce travail, les afrocolombiens, les indigènes, en définitive, cette partie de la population que beaucoup appellent les minorités ont besoin d'une plus grande attention. C’est inconcevable, inouïe, que les afrodescendants en Colombie doivent survivre avec 500 $ par année. Qui peut avoir une vie décente avec un million de pesos par an de revenu?


Quel sera le slogan de votre campagne?

Nous sommes actuellement en train de le définir, mais ce qui est sûr, c'est que ma campagne n’est pas simplement une campagne politique, mais une campagne par laquelle je demande aux Colombiens de continuer à croire et surtout, de continuer à faire tomber les barrières et les stigmates.

mendoza

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

Sourrce : Periodico El Sol

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19 novembre 2009

Interview Juan García Salazar, militant de la commission de l’ethnoéducation afroéquatorienne

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PHOTO: PAÚL NAVARRETE / El Telégrafo

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PROFIL

Juan García Salazar est considéré comme  ‘l'ouvrier du mouvement  noir’ du fait de son combat pour le peuple afrodescendant. Il fait partie de la Commission d'EthnoÉducation depuis dix ans en compagnie de 62 autres éducateurs afroéquatoriens.
Il a mené des études sur l'état de la culture afro dans le pays. L'éducateur afroéquatorien passe en revue les faiblesses et les devoirs à faire dans l'enseignement destiné aux afroéquatoriens.

Les mots de Juan García Salazar peuvent sembler pessimistes pour ceux qui défendent les avancées réalisées dans l'éducation afroéquatorienne, mais comme il le dit lui même de toute manière : “L'éducation Ethnique n'est pas présente dans le pays”.

Parmi ses dénonciations on retrouve l'exclusion et le traitement “bienveillant” qui cantonne les afrodescendats à un plan simplement folklorique. 

García, membre de la Commission d'EthnoÉducation des enseignants afrodescendants (comisión de etnoeducación de maestros afrodescendientes) a pris part en fin de semaine dernière à un atelier organisé par l'Unesco-Équateur.

On dit que l'éducation ethnique est un moyen de surmonter les iniquités entre les métisses et les noirs sur le plan de l'éducation. Quelles ont été les réussites dans ce sens depuis les 10 ans d'application de cette thématique?

Au cours de ces 10 années, une ligne directrice a été établie pour commencer à discuter de ces iniquités et essayer de comprendre que l'éducation est un processus qui légitime les inégalités. C'est le premier élément qui dévalorise certains êtres humains et en valorise d'autres.

Vous voulez parler du fait de placer certains au dessus des autres ?

Pas tant cela, mais plutôt qui oblige à apprendre ce qu'il n'est pas nécessaire de savoir. 

Et selon vous, qu’est ce qu’il n'est pas nécessaire d'apprendre?

Quand nous les noirs allons à l'école, nous apprenons l'histoire des blancs, et c'est injuste, car aucun blanc n'apprend l'histoire des noirs.

 
Dans ce contexte, quel est le rôle de l'éducation ethnique?

Il doit être un chemin. Même si peu de choses ont été faites au cours de ces années, parce que les initiatives qui sont là sont individuelles, abandonnées, périphériques et marginales, parce qu'elles proviennent des noirs. Il n'existe par conséquent aucune chance que cela se transforme en quelque chose de concret.

  De quelle manière les actions périphériques affectent-elles le cheminement vers la systématisation ?

Je crois que ce que ça fait c'est de dire qu’il y a quelque chose là, c’est une nécessité, nous sommes en train de le démontrer.  Et c’est un appel, une réponse à l’autre.  Les enfants noirs continuent d'aller dans les écoles officielles, mais les gens continuent de dire que ce n'est pas ce qu'on veut faire, qu'il faut faire autrement. Dans cette mesure, on devrait imposer et motiver à l'action.

Comment matérialiser le dialogue par des faits concrets?

C'est une longue route. Je n'aspirerais pas à ce que l'on revive dans la décolonisation les mêmes 500 ans de colonisation déjà vécus jusqu'à présent, mais c'est un long processus.   Les blancs et les métisses, ceux qui détiennent le pouvoir et ont une plus grande représentation devraient mener des actions.

De quel type?

Par exemple,  comprendre que les savoirs et la science de la communauté afroéquatorienne sont des valeurs que l'on perd et que l'on délégitime, et qu'il serait plus utile d'apprendre que de désapprendre. C'est plus utile pour la construction d'une société afrométisse que les savoirs culturels cessent d'être de simples éléments folkloriques et qu'on continue de nous considérer comme des éléments folkloriques. Il y a beaucoup de choses qui pourraient être faites pour en arriver à une éducation formelle.

Que faut-il faire à cette étape ci du processus ?

À ce moment, il faut faire un diagnostic, une espèce de discussion pour déterminer où l'on souhaite aller, ce à quoi on s'attend des organismes officiels.  Car la communauté noire ne demande pas seulement un espace à l'extérieur pour enseigner ces propres savoirs, mais elle demande également une place à l'intérieur pour renforcer les faiblesses internes.

Quelles ont été ces faiblesses internes?

Le fait que nous soyons une minorité exclue, nous n'avons aucun pouvoir, nous ne gérons pas l'économie, nous ne prenons pas de décisions.  Autrement dit, j'aimerais créer ma propre école pour enseigner aux enfants noirs, au moins au cours des six premières années, ce qu'ils doivent apprendre et ce qu'ils doivent désapprendre.   

Mais s'il existe des écoles comme celle de Carchi ou d' El Chota où on donne des cours d'éducation ethnique, c’est qu’il doit y avoir une certaine force dans le travail qie cous avez réalisé au cours de cette décennie de l’intérieur ?


Je ne pense pas que l’éducation ethnique existe dans le pays.  On est en train de faire des contenus de Curriculum, mais tout cela doit être démonté. Autrement dit, on ne veut pas juste des contenus comme la musique, la danse et des contes. Ce qu'il faut, c'est une intériorisation totale

Quelle serait la partie médullaire ?

L'identité. L'enfant doit savoir que son identité lui est propre, mais qu'il a dans le même temps un antagonique, qui se bat, et le maintient là dans cette exclusion.

Que faut-il faire pour éliminer cette exclusion?

Discuter des besoins et cela doit commencer avec l'éducation ethnique, mais également avec l'éducation hors de la maison. Vous ne devez pas me voir comme ce noir qui marche là.  Vous ne devez pas serrer votre portefeuille chaque fois que vous me croisez dans la rue. Vous devez savoir que je suis une personne qui a une valeur, des connaissances et une religiosité.  Tout comme il y a des noirs voleurs, il y a aussi des métisses voleurs. Un enfant ne doit pas avoir honte de ce qu'il est.

C'est à dire que selon vous le métisse s'est arrêté à la folklorisation du noir ?

  Des fois, on voit “bien” la culture afro comme un spectacle, mais quand il s'agit de voir un afrodescendant comme un être avec lequel on peut dialoguer d'égal à égal, on commence à réfléchir.  Et si l'enfant (de cet afrodescendant) veut sortir avec ma fille (métisse), on y réfléchit encore davantage. 

Comment faire pour que l'on commence à inclure les matières d'éducation ethnique dans les programmes des écoles d'État ?

L'inclusion dans les programmes n'est pas tout. Ce dont les gens ont besoin, c'est un processus d'intériorisation, de ce que nous appelons un sentiment d'appartenance. Il s'agit d'un travail identitaire que nous ne trouvons pas à l'école.
 
Quelles sont les possibilités que soient envisagées des actions concrètes?

S'il y  a un arbitre qui fait des propositions, le résultat sera positif, car on se rejoindra tous ensemble autour des propositions apportées par ce facilitateur, car parfois ces derniers ne savent pas dans quel sens partir ou par où commencer.

Fátima Cárdenas
fcardenas@telegrafo.com.ec
Reporter – Quito

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

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15 novembre 2009

Entrevue Óscar Paredes : leader afroéquatorien

Óscar Paredes a travaillé toute sa vie contre l'injustice, pour les droits des communautés et des migrants

Paredes

Au milieu d’un bois peu épais, réfugié entre les arbres qui entouraient pendant un temps la colline de El Batán Alto, à Quito, un gamin de six ans pleurait furieusement, avec amertumea, rêvant de disparaitre de ce monde injuste tel qu’il l’avait connu jusqu’à présent.

C’était en 1967. Ce petit garçon afrodescendant, né dans le hameau de Salinas, dans la Valle del Chota, avait migré dans la capitale avec ses parents deux années plus tôt, et la vie changea pour lui d’une façon dont il ne pouvait s’imaginer à cet âge où la parole d’un adulte se confond avec la vérité indiscutable; surtout si l’adulte est blanc, dans une société où avoir la peau noire est un délit, dans un endroit où la justice ne sévit que pour les descendants des esclaves, comme ce fut le cas de Lucas Beauchamp dans le feuilleton émouvant Intruso en el Polvo, de William Faulkner.

À 48 ans, Óscar Paredes est encore ému en pensant à l’épisode qui a marqué son destin. Aujourd’hui, il est l’un des 25 latino-américains les plus influents aux États-Unis. Établi dans la ville de New-York, il dirige le Projet des Travailleurs Latino-Américains (Proyecto de los Trabajadores Latinoamericanos - PTLA), dont le combat pour les droits humains et du travail des migrants s’est vu octroyer de nombreuses reconnaissances nationales et internationales.

  Leader communautaire, musicien, écrivain, danseur, professeur d’université, pratiquant du vaudou et de la religion Yoruba; Paredes affirme que son combat pour la justice sociale a débuté ce matin de l’année 67, lorsqu’il fut obligé de se cacher dans le bois pour éviter la volée que la maitresse de son école voulait lui administrer lorsqu’il se rendit compte que le sang des blancs était également rouge, tout comme le sien, et non bleu comme on le lui avait fait croire.

Étant né à El Chota, qu’est ce qui a fait que vous vous retrouviez à diriger une organisation sociale aux États-Unis?


  Ce qui m'a motivé c'est l'injustice. Le fait d'être descendant d'africains en Équateur, d'avoir grandi en étant fils d'ouvriers d’exploitation agricole, misérables, exploités, travaillant plus de 60 heures par semaine; ils n'avaient même pas une paire d’espadrilles, ni une paire de pantalon; j'ai donc commencé à me demander pourquoi on était si pauvres?

À quel moment avez-vous pris conscience de la situation d'injustice dans laquelle ils vivaient ?

Dès tout petit. Lorsque j'avais 4 ans, nous avons déménagé à  Quito, à  Bellavista dans El Batán Alto. Nous étions huit frères et sœurs en plus de mes parents et on vivait dans une seule chambre. Nous étions la première famille afro dans El Batán, et c'est là que j'ai commencé à ressentir le racisme et la haine. Le fait d'être pauvres et d'être afrosdescendant était un crime dans le voisinage. Quand on marchait dans les rues, il y avait des gens qui ouvraient les portes et sortaient pour nous frapper, ou ils ouvraient les fenêtres et nous regardaient ; c'était comme un défilé; ils nous criaient dessus : “negro cuzcuz, mece el arroz”(noir couscous, balance le riz), des choses comme ça. Ils disaient à mes parents qu’ils étaient des criminels, des voleurs. Donc, chaque semaine, mes parents se battaient avec les voisins. Ils ne nous aimaient pas.

De quelle époque parlons-nous là?

Je suis né en 1961, j'avais quatre ans, donc c'était en 65.

Vous travailliez déjà?

Non. On m'a d'abord mis à l'école.

Dans le même voisinage...

Oui, j'y suis entré avec mon frère Vinicio; nous étions les deux seuls afrodescendants là-bas. Ma mère nous disait: “vous devez être bons, vous devez apprendre ce que les enseignants vous disent, parce qu'ils savent beaucoup de choses ... et ce sont des blancs, ils savent plus de choses que nous ”. Et nous on croyait cela.

Comment fut votre expérience?

Lorsqu’on était à l’école, nous étions les objets des moqueries de Tous. On n’avait ni souliers, ni tenues scolaires. On était en arrière dans les rangs, et on nous mettait aussi derrière en classe. Mon frère Vinicio qui réprouvait cette situation reçut de nombreux coups, et il arrêta donc; j’ai passé en deuxième année avec de bonnes notes.

“Ma motivation c’était l’injustice. Le fait d’être afrodescendant en Équateur”

C’est là qu’il y eu cette histoire avec le sang de la maitresse ...


Oui. En classe, l’enseignante disait  “les espagnols nous ont apporté la langue, les bonnes mœurs ; ils sont nobles, ils ont le sang bleu ”. Moi je l’ai crû. Jusqu’au jour où la maitresse était en train de ranger un globe et elle s’est coupée le doigt. J’ai vu que du sang rouge coulait; je me suis mis à sauter et à crier “madame a du sang rouge, elle est comme nous”. Elle  s’est transformée; a pris un bâton et a commencé à me battre. Je me suis échappé de la classe. Quand je suis arrivé à la maison, mon père m’a donné une raclée. Le jour suivant, je ne suis pas retourné à l’école. Je comprenais que l’école, ce n’était pas pour nous, que les enseignants étaient des monstres sans cœur.

Et vous avez vécu dans les rues?


J’ai débuté une nouvelle façon de vivre, j’ai commencé à devenir un homme dès l’âge de 7 ans; car la lutte dans la rue est encore plus forte. J’ai commencé è survivre. J’ai ciré les chaussures, lavé des voitures et à 8 ans, j’ai commencé à travailler dans la construction.

Mais vous vous êtes éduqué en autodidacte...

Hé bien j’avais un ami, Abraham, qui était plus grand que moi, il m’apprit à lire. Il aimait la Revolución Cubana, et il avait des revues du Che. On se rejoignait dans la rue, et il me lisait cela; je voulais être comme le Che, pour lutter contre l’injustice, et les mauvaises personnes. J’ai commencé à fouiller dans les ordures des riches; je prenais des cahiers et je m’en allais, puis j’enlevais les pointes des bâtons de glace, et je copiais les lettres sur le sol.

Comment réussissez-vous à surmonter cette étape?

Une des choses à laquelle je pense c’est que j’ai des anges gardiens, ce sont les ancêtres qui me protègent. Car je me suis retrouvé au milieu de multiples formes de danger et mon esprit était toujours lucide; je n’ai pas cédé, même à la cigarette. C’était une lutte que je menais, mais je me sentais toujours protégé. E déjà à cet âge, je rêvais que j’étais ailleurs, dans un pays différent, que je faisais des études et que j’allais à l’université dans un endroit avec plein d’édifices ; je ne m’étais jamais imaginé que c’étaient les États-Unis...

Mais avant de sortir du pays, vous avez été un militant politique en Équateur...

Oui, j'ai travaillé dans la construction jusqu'à mes 15 ans. Dans ce milieu, j'ai rencontré des compagnons indigènes qui m'ont parlé des processus d'organisation dans les campagnes. Je me suis impliqué dans cette démarche. Dans le même temps, j'ai commencé à lire des livres de Lenine et de Marx; même comme je ne les comprenais pas beaucoup, c'était un niveau de langue assez avancé et compliqué. Mais c’est par la pratique des thèmes organisationnels avec eux que j’ai commencé à comprendre. J'ai de plus commencé à m'intéresser davantage à la culture, car une des autres choses desquelles j'ai commencé à douter c'est que depuis toujours, on nous avait dit que les noirs n'ont pas de culture. Il y a même une religieuse qui est allée jusqu'à nous dire que les noirs sont maudits, que nous ne sommes pas les enfants de Dieu qu'on nous a expulsé du paradis. 

Comment avez-vous réussi dans cette recherche de votre culture?

J'ai commencé à fréquenter le Centre d'Études Afro (Centro de Estudios Afro), mais il n y avait pas non plus beaucoup d'information. Par la suite je suis entré à l'Institut Andin des Arts Populaires (Instituto Andino de Artes Populares...)

C'est de là que vous avez débuté dans la musique et dans le théâtre...

Oui. J’ai commencé à faire de la musique de protestation. C'est dans ce cadre que j'ai connu Jaime Guevara, Carlos Michelena, Ataulfo Tobar; ils étaient tous de cette période et Adriana et Víctor du groupe Saltimbanqui,  qui m'ont invité à faire du théâtre de marionnette. Là, j’ai compris davantage sur les aspects politiques, sociaux et culturels. Par le biais des arts, nous avons commencé à organiser les prisonniers de la prison pénale de García Moreno, avec des fonds du département de la culture de la Banque Centrale. Et avec les camarades del Chota, nous avons formé le groupe Familia Negra, pour diffuser notre musique. Dans les années 80 fut enregistré le premier disque de bomba, avec les gens du hameau.

Avez-vous jamais eu des contacts avec les cellules guérillera qui commencèrent à se former ici ?

Non, jamais. Mais j’ai effectivement vécu la répression. Febres Cordero persécutait Tous les jeunes ayant une mentalité visant à générer des changements et à lutter pour la justice.

On nous considérait donc comme des guerrilleros, comme des alafristes ou comme des narcotrafiquants. On arrivait dans des endroits où les gens qui travaillaient dans les haciendas étaient misérables, on les organisait, on faisait des réunions et on les faisait voir qu’ils étaient exploités. Par la suite, on ne nous permettait plus d’accéder à ces lieux. Les gens se cachaient lorsqu’ils nous voyaient arriver. On leur demandait ce qui se passait, et ils nous disaient “guaguas, allez-vous-en, car le père a dit à la messe que lorsque vous arriverez, qu’on vous attrape et qu’on vous batte”.

Est-ce la raison pour laquelle vous êtes sorti du pays?


Oui. Je suis parti  en 87, à Mexico. J’y suis resté quelque mois et je me suis fait un ami, musique canadien qui m’a invité à me rendre dans son pays. Comme j’avais besoin d’un visa de transit pour entrer aux États-Unis, je me suis rendu au consulat avec la lettre de mon ami et tous mes papiers. Un américain m’a demandé ce que j’allais faire au Canada, je lui ai expliqué que j’allais faire de la musique et il m’a accusé de vouloir entrer dans son pays pour y rester travailler. Il a pris mon passeport et a mis le tampon d’annulation sur chaque page... Je lui ai dis: “tu n’avais aucun droit de faire ça avec mon passeport. Tu ne veux pas que j’aille dans ton pays, mais demain même j’y serai”. Et il s’est mit à rigoler. “Et comment tu vas t’y prendre?”. “Ce n’est pas ton problème” lui ai-je répondu. Et la semaine suivante, je me retrouvais à New York, je suis entré de façon illégale par Tijuana.

Comment vous vous  y êtes pris?


Ça s’est fait facilement. J’ai engagé un coyotero(passeur), qui m’a expliqué que entre neuf heures et neuf heures et Demi, il n y avait pas de garde, parce que c’est le changement de garde. C’était du cinéma pour moi, car il y avait tout d’abord les hélicoptères et les véhicules 4x4; mais à neuf heures, il n y avait personne. Et à ph30, ils commençaient à poursuivre les gens. Je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose de bizarre, car c’est tout de même inconcevable qu’une puissance guerrière délaisse sa frontière pendant trente minutes.

Comment vous êtes vous mis à travailler avec les migrants après être arrivé à New-York ?

J’ai d’abord commencé à travailler. Le deuxième jour de mon arrivée à New-York, j’ai rencontré un groupe de musique andine ; Ils étaient tous des amis à moi. On jouait dans le métro.

Comment avez-vous surmonté le problème de la langue ?

J’ai appris dans la rue. Dans le métro même. Nous étions célèbres, parce que nous étions le seul groupe à jouer ces instruments. Jaime Vega, un camarade parlait bien l’anglais en plus de maitriser l’allemand. Il me donnait des cours, après je suis entré dans une école et j’ai appris la danse et la percussion afro.

Toujours à la recherche de votre culture ...

Oui, j’ai pris des cours (danse) de la Guinée, de Sénégal, du Bénin, du Nigéria. Puis les danses latines, l’afrocubaine, afrocaribénne, afrobrésilienne. C’était intéressant, parce que mon enseignant de Guinée me disait: “nous connaissons toute votre histoire ; nous savons que vous avez été enlevés du continent, mais nous vous attendons toujours et nous voulons que vous y retourniez, car vous êtes des africains ”.

De quelle manière   cette rencontre avec votre culture ancestrale a t’elle influé sur le travail que vous avez développé par la suite?

C’est de là que j’ai compris le processus de syncrétisme, car les africains de tout le continent furent capturés et emmenés ici en Amérique Latine; et on les mélangeait pour les vendre, pour qu’ils ne puissent pas communiquer entre eux.  Après quatre années d’études et d’apprentissage, j’ai obtenu un contrat pour travailler à l’École des Arts de West Palm Beach en Floride. J’y ai travaillé pendant un an à donner des cours, et ils m’ont légalisé.

“Comme je n’étais pas retourné à l’école, le processus d’autodidactie que j’avais entrepris m’a aidé à ne pas être comme dans un cadre”

Qu’avez-vous pensé du rejet, du racisme contre les noirs aux États-Unis?

Quand je compare avec l’Équateur,  je sens que le racisme ici est beaucoup plus cru qu’aux États-Unis. Là-bas, le racisme est plus institutionnalisé, à travers des lois. Ici, le racisme se manifeste encore dans le fait par exemple de maltraiter une personne parce qu’il n’est pas de la couleur qui plait aux autres;  ici, les Noirs n’ont toujours pas une valeur égale aux êtres humains.

Là vous commencez à organiser les journaliers migrants. Parallèlement à cela, avez-vous réalisé votre rêve d’étudier à l’université?

À New-York, j’ai fait des équivalences pour obtenir le certificat de fin d’étude collégiale, puis je suis entré à l’université, mais pour prendre les cours dont j’avais le plus besoin pour continuer à organiser la communauté. Par exemple, la littérature, pour savoir écrire, le droit du travail, seulement des matières dont j’avais besoin, mais pas comme pour un cours normal. Bien que si je faisais les examens, avec toutes les choses que j’ai apprises, je ne sais combien de doctorats j’aurais, mais cela ne m’intéresse pas du tout.

Après toutes vos reconnaissances, que pensez-vous du parcours de Jeune gamin de 7 ans ?

Je suis fier. Mais, ça a surtout été un processus qui a impliqué beaucoup de personnes; j'ai eu de nombreux guides. Cette même maitresse qui m'a maltraité, car si ça n'avait pas été le cas, je  ne serais pas là ou je suis actuellement. Je n'aurais pas eu l'aspiration d'être un révolutionnaire. En plus, comme je ne suis jamais retourné à l'école, je n'ai plus été la victime d'aliénation ; et le processus d’autodidactie que j’ai entrepris m’a aidé à ne pas être comme dans un cadre. C’est pourquoi j’ai écris un livre, entre le conte e t la poésie. Il a pour titre De sangre azul; (De sang bleu)” et il est en train d’être traduit à l’anglais. J’espère pouvoir rentrer bientôt en Équateur pour organiser la communauté d’ici.

Javier López Narváez
xlopez@telegrafo.com.ec

Reporter

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

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12 novembre 2009

Auma Obama : " Vous pouvez devenir ce que vous voulez, même président des États-Unis "

par Adriana Carranca

Source: Estado de São Paulo -

auma_obama

Auma Obama est une femme fascinante. J'ai eu la chance de parler avec elle dans le cadre d’une interview publié par Estado, lors d’un événement sportif à Sao Paulo et j’en suis sorti convaincu par la force du changement social. Universitaire, ayant étudié les lettres en Allemagne, titulaire d’un PhD  en linguistique, parlant couramment l'anglais, l'allemand, le swahili et le Luo, la langue de sa tribu de naissance, et militante sociale, la sœur du président américain Barack Obama travaille pour l’inclusion des enfants et des jeunes des pays les plus pauvres d’Afrique, parmi lesquels le Rwanda et le Congo, en se servant des activités sportives.

Fière avec ses cheveux en dreadlocks, la Kényane qui cache son âge s’est rendue au Brésil pour montrer le travail qu’elle réalise en tant que consultante de l'ONG Care et directrice du réseau Sports Network for Social Change.

Fille de Barack Hussein Obama Sr. et de sa première femme, Auma a fait la connaissance de son cadet lorsqu’il lui a écrit après la mort de son père en 1982. Ils se sont réunis à Chicago, et plus tard, elle l'a accompagné à Kogelo, le village natal des Obama, au Kénya, comme le raconte Barack dans son livre Dreams from My Father. Auma a pris part intensément à la campagne de son frère et l'a entendu lui adresser un remerciement spécial lors de son discours de victoire. Pour sa part, Auma évite de parler de son frère.

Ci-dessous, l'intégralité de l'interview:

Que pensez-vous de la victoire de Rio sur Chicago dans la course pour accueillir les jeux olympiques en 2016, malgré un lobbying du président Barack Obama?

(Rires) C'était une compétition, il ne nous reste donc plus qu’à féliciter le vainqueur.

Certains estiment que Rio et le Brésil ne méritaient pas d'accueillir la Coupe du monde 2014 et les Jeux olympiques à cause de la violence et la corruption ...

Aux critiques, je dirais que du moment que Rio a été choisi pour accueillir la Coupe du Monde et les Jeux olympiques, ils doivent maintenant canaliser leur énergie à faire en sorte que les deux événements apportent des avantages à long terme au Brésil.

Sur la corruption ... Vous voyez, les règles existent déjà et sont là, elles ne sont simplement pas appliquées, c’est pour cela qu’on appelle cela la corruption. Conditionner les investissements à davantage de lois et de règlement ne préviendront pas la corruption et je pense qu'il éloigne du plus important, du point central, c'est-à-dire le sport. Ce que le gouvernement brésilien doit faire maintenant c’est de concentrer ses efforts pour prouver au monde qu’il est prêt à accueillir un événement de cette ampleur et de se servir des investissements pour apporter des avantages à long terme au Pays.

De quelle manière ?

Le Brésil est une nation d'amateurs de sport. On voit ce qui se passe lors des matches de football, lorsque tout le monde se rassemble dans les stades et que les inégalités disparaissent. Quand il s'agit de sport, le Brésil devient une seule nation. Et un événement international de cette taille augmente l'auto-estime des gens, motive les enfants, les jeunes, les adultes et des communautés entières. Maintenant, ce qu’on ne peut pas faire, c’est de créer de grandes attentes et qu’après l'événement tout revienne à la normale. Si le gouvernement est malin, il canalisera ses investissements pour réduire les inégalités. Le sport c’est la participation et l'inclusion. Les organisations de base qui travaillent quotidiennement avec les sports et les enfants et les jeunes des communautés pauvres devraient être impliquées dans l'organisation. D'abord, parce qu'ils vivent dans leur peau le manque d'investissement dans le sport et savent la valeur que cela a. Ensuite, ils peuvent trouver des solutions pour que les millions qui seront investis dans les Jeux soient destinés à l'infrastructure, qui plus tard, pourra être mise à la disposition des communautés.

Pourquoi travailler avec le sport?

Car nous avons besoin d’attirer les enfants et de nous assurer qu'ils continuent de revenir, et le sport est un excellent outil dans ce sens. L'attraction est la garantie de pouvoir jouer et s’amuser, ce qui est un luxe pour de nombreux enfants pauvres, sans espace dans les communautés. Avec cela, nous avons réussi à leur faire passer des jours avec les gens. Puis, nous créons un lien et eux-mêmes commencent à se transformer. Ils commencent par exemple à s’occuper de leur propre santé. Les enfants des rues dont nous nous occupons ont lâché la drogue parce qu'ils voulaient améliorer leurs performances dans le sport. Les familles commencent à venir voir les jeux, et c’est donc une façon d’engager l’ensemble de la communauté, et nous finissons par joindre à ces événements sportifs des conférences et des campagnes sur des sujets tels que le VIH. Nous changeons progressivement leur vie et il n'y a rien de plus grand comme potentiel de transformation économique que le sport. Pour la musique, vous avez besoin d'instruments. Pour le théâtre, d’un espace adéquat et d’une audience. Dans le sport, en particulier le football, vous avez juste besoin d’une balle en plastique.

La part du budget public allouée aux sports doit-elle être obligatoire, comme c’est le cas pour la santé et l'éducation au Brésil?

Ce serait une législation difficile à suivre. Mais je pense que les gouvernements doivent se rappeler que le sport est un outil d'éducation et de santé.

Comment c’est être une Obama aujourd’hui?

Ma vie a complètement changé. Soyons honnêtes, vous ne seriez pas ici à m'interviewer si je n'étais pas une Obama ... Donc, j'essaie de canaliser toute cette attention et la visibilité que j'ai désormais pour mon travail. D'autre part, c’est une très grande responsabilité parce que partout où je vais, les gens veulent entendre mon opinion et je finis par jouer le rôle de porte-parole des organisations que je représente. Et c’est compliqué, alors j'essaie de contrôler le nombre d'entrevues.

Comment ce fut pour vous le fait de voir Barack Obama parvenir à la présidence américaine?

Je ne voudrais pas répondre à des questions sur ce point. Qu'est ce que cela a à voir avec mon travail?

Il s'agit du premier afrodescendant à occuper la présidence de la nation la plus puissante au monde. Cela a à voir avec le droit à l'égalité, aux chances, au développement ...

Je suis d’accord avec vous dans ce sens. Mon frère est un exemple du fait que si vous travaillez et que vous vous formez, vous pouvez devenir ce que vous voulez, même le président des États-Unis. Ce message est très puissant, un encouragement pour les enfants et les jeunes pauvres à travers le monde.

Comment est votre relation avec le président Obama?

Comme celle entre des frères. Il est là, à travailler pendant que je donne cette interview. Parfois, on se téléphone. D’autres fois, on se rend visite. Nous sommes frères.

Est-ce qu’il soutient votre travail?

Bien sûr. Beaucoup. Comme moi, Barack sait que les enfants sont l'avenir d'une nation, quelque chose que beaucoup d'adultes oublient.

D'où provient l'inspiration des Obama à vouloir changer le monde?

Mon père était un homme plein de principes, qui a travaillé pour le gouvernement du Kénya et a vu beaucoup de choses qui n’allaient pas. J’ai donc grandi avec ses propres frustrations, mais en même temps, en le voyant rester ferme sur ses convictions et nous encourager à faire de même. C'était un homme d’un grand caractère, qui traitait tout le monde de manière égale, qu'il s'agisse d'un dirigeant ou d’un sans-abri. Il disait: On ne doit pas juger de la valeur d’un livre par sa couverture.

Traduit du Portugais par guy Everard Mbarga

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07 novembre 2009

La revue Quilombo s’entretient avec le Docteur Toyin Falola de l'Université du Texas à Austin

Par Dinah Schonhaut
toyin

Les 26 et 27 octobre dernier s'est déroulé le Séminaire International  “La Ruta del Esclavo en el Río de la Plata: aportes para el diálogo intercultural" (La Route de l'Esclave sur le Rio de la Plata : contributions au dialogue interculturel) . Cet espace a été conçu dans le but de réfléchir sur l'incidence la incidencia d'un des phénomènes historiques les plus douloureux et tragiques de l'humanité. Nous nous entretenons avec le Professeur. Toyin Falola, qui a fait un exposé sur les thématiques liées à la musique, la littérature, la religion et les identités dans la diaspora africaine.

Au cours de ces journées organisées par la chaire de l'UNESCO pour le tourisme culturel Untref/Aamnba et qui se sont tenues à l'Auditorium de l'Association des Amis du Musée National des Beaux Arts (Asociación Amigos del Museo Nacional de Bellas Artes) sont passés tour à tour une   liste importante de chercheurs et d'intellectuels de différents pays  (Argentine, Nigéria/États-Unis, Uruguay, Brésil, Cuba, Haiti, Espagne, France, Sénégal, Argentine/Paraguay et Côte d'Ivoire).

Ont été présentées des conférences magistrales abordant des questions centrales comme la connexion du projet international de la Route de l'Esclave avec le dialogue interculturel entre l'Afrique et l'Amérique Latine ; la présence africaine sur le Río de la Plata; les héritages de l'Afrique  ; et les conséquences du trafic des esclaves dans les sociétés africaines.

Quilombo! a dialogué avec le nigériano-américain  Toyin Falola, Docteur en Histoire, Professeur de l'Université du Texas à Austin et Spécialiste en histoire de l'Afrique et des afroaméricains, qui a réfléchi sur l'art, la culture et les identités.

De quelle manière à votre avis la culture, l'art ou la religion peuvent-ils configurer ou créer une identité noire latinoaméricaine sans tomber dans la banalisation ou l'exotisme des ces pratiques?

L'art et la culture ont subi un processus général de commercialisation, même le candomblé peut tomber dans ça, dans ce sens, je pense qu'il faut respecter la religion des autres, le candomblé est la religion de certaines personnes et elle doit être acceptée. Deuxièmement, il faut également respecter les identités, de même que certains éléments de la culture qui font partie des identités qui doivent être enseignées. On ne peut peut-être pas arrêter la vente ou la commercialisation des produits, cependant, ses significations et ses symboles doivent être traités comme il se doit.

Considérez-vous que la fusion des arts afro avec d'autres langages contemporains est possible?

Ce qui arrive c'est que ceux qui consomment la culture le font de manière différente. Très souvent, ils n'en sont pas réellement intéressés, il y en a qui consomment la culture pur la consommer et d'autres le font simplement pour se divertir. On peut ainsi définir deux grands groupes. Puis il y a le marché, les gouvernements qui font la politique et utilisent la culture pour distraire, pour des conférences… ils font un marketing politique de la culture. Ces éléments divers ne sont donc pas pareils. Enfin, il y a ceux qui utilisent la culture pour l'identité et le font de manière très différente. Il y a des gens qui se sentent offensé car on politise leur culture ou on la commercialise. Mais il y en a très peu qui peuvent. Mais peu de gens sont capables de faire quoique ce soit à ce sujet, il faut en tenir compte.

La “culture du bonheur” de l'africain, peut-elle être un projet politique pour les identités noires en Amérique Latine? Peut-on proposer le bonheur comme une valeur?

C'est ce qu'on a fait en Afrique, dans une partie des États-Unis et que l'on fait au Brésil, c'est effectivement possible … Il y a des communautés qui conservent leur culture, il y a également des mouvements qui soutiennent les communautés et implantent la culture chez leurs enfants. Il y a des gouvernements, des universités, des associations internationales qui en font la promotion.

Pensez-vous que la conscience noire puisse se vivre par le biais d'une identité culturelle et non raciale ?

Oui, quand on regarde le mouvement noir à New-York dans les  années 20 à Harlem, ou dans le cas des afrobrésiliens … on peut le faire délibérément, on peut le faire en tant que personnes, dans le cadre de projets sociaux, scolaires, comme un mouvement, il peut y avoir des églises impliquées, à travers le vêtement que l'on porte, etc. Chaque personne a un rôle important à jouer pour créer l'identité, il ne faut pas seulement laisser cela entre les mains du gouvernement, ¸a ne fonctionne pas ainsi.

Des personnes qui ne sont pas noires peuvent-elles avoir une incidence dans ce processus?

Bien sûr, et cela est possible de deux manières: tout d'abord en faisant que les gens acceptent une de ces idées : dans mes conférences, je parle de la culture afroaméricaine avec l'origine de musiques comme le jazz, le rock ou la samba au Brésil, car les gens se s’y impliquent également. L'autre manière c'est en termes de résistance : une identification se produit grâce à certains symbolismes qui vont du nom, du vêtement… Cela est possible de plusieurs manières.

+ info: www.toyinfalola.com

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

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17 octobre 2009

Interview Jessica Barbosa: actrice afrobrésilienne dans Besouro

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Paulo Mussoi -

Bon, c’est vrai que le héros c’est Besouro. Mais celle qui promet également de rester longtemps dans les esprits des spectateurs qui iront au cinéma à partir du 30 Octobre est l'héroïne du récit, Dinorah, la partenaire romantique de l’acteur principal. Non seulement à cause de la force du personnage même, mais aussi pour l'étonnante beauté et le talent de l'actrice qui l’incarne : la Bahianaise Jessica Barbosa qui vit à Rio de Janeiro. À 23 ans, Jessica joue son premier rôle au cinéma. Elle fait cependant preuve de cette dose de maturité typique de ceux qui savent très bien où ils veulent aller. Et à en juger par ses performances dans le film, elle veut aller loin, très loin. En plus de donner de la force et du talent à Dinorah, Jessica promet d'enchanter le public également dans le rôle de la belle Iansã belle, Orisha des vents et des orages, un rôle qui combine magie, nature et beaucoup de sensualité (voir la photo ci-dessous). Ci-dessous, l’interview accordée au blog ce week-end par  Jessica Barbosa, dans un climat d'attente avant la sortie du film :

Blog de Besouro: Avez-vous déjà regardé la version finale de "Besouro" ou le ferez-vous la première fois lors de sa sortie?

Jessica Barbosa: Je vais le faire la première fois à sa sortie. Mais je peux dire que j'ai été très émue juste en voyant la bande-annonce ...

BB: Quelles sont vos attentes?

JB: Je trépignerais d’impatience de voir « Besouro », même si je n'avais pas participé. J'étais récemment avec Carlinhos Brown à Bahia et il ne parlait que de Besouro. De cette nouvelle esthétique que João Daniel apporte. De l’importance de ce film non seulement pour le cinéma national, mais pour le peuple brésilien. Un film qui promet de raconter l’histoire d'un héros noir. Avec des scènes d'action jamais vues dans les films brésiliens. Avec une bande sonore de l'Instituto, Gilberto Gil et Nana Vasconcelos. Avec le travail de Fatima Toledo. Avec un directeur ayant remporté plus de 40 récompenses à Cannes. Avec la Capoeira. Et comme si ce n’était pas suffisant, un film tourné à Bahia, avec la bénédiction des Orishas ... Il est impossible que ça ne fonctionne pas !

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BB: Qu'avez-vous ressenti quand vous avez appris que Besouro pourrait être nominé pour concourir aux Oscars?

JB: J'ai suivi les votes en ligne. Bien que «Besouro» ne soit pas encore sorti, il était classé premier dans le journal O Globo. C’est incroyable! Le public s'est rendu compte que Besouro est grand. C'est le plus important pour moi, que le public réponde présent! La plus grande récompense que nous puissions recevoir ce sont les salles de cinéma pleines.

BB: Presque un an après la fin du tournage, quels sont les meilleurs souvenirs des 70 jours de travail dans la Chapada Diamantina?

JB: Les moments intenses de préparation. La nature qui me relevait quand l’épuisement pointait son nez et l’accueil des amis que je me suis fait ...

BB: Avez-vous gardé le contact avec les autres acteurs du film?

JB: Ils sont tous très proches! Lorsque Sergio Sérgio Laurentino et Leno Sacramento sont à Rio avec le groupe Teatro Olodum , je vais les voir jouer. Tout comme je suis allée voir Flávio Rocha dans "Le Banquet" de Platon, dirigée par Zé Celso Martinez Corrêa. Et je suis à travers les journaux la belle carrière d’Irandhir Santos.

BB: De quelle manière pensez-vous que Besouro pourrait changer (ou change même peut-être déjà) votre carrière?

JB: Plutôt que de tout investir mes espoirs dans l'avenir, je me prépare pour bien l'accueillir!

BB: Après Besouro, avez-vous déjà reçu des propositions pour d’autres films, pour la télévision ou pour des couvertures de magazine ?

JB: Je vais faire la couverture d'un magazine ce mois! En ce qui concerne les propositions ... j’en ai effectivement reçu! J'essaye d'être très prudente dans mes choix. Dans le métier d'acteur, il faut voir les choses à long terme, penser à que genre de carrière on veut construire. J'ai choisi de faire me débuts dans le cinéma. C’est difficile, mais j’essaye d’être moins pressée. Actuellement, je pense que la meilleure option est de me consacrer pleinement aux études. "

BB: Avez-vous déjà fait de la Capoeira ? Si oui, à quel endroit ?

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JB: Je fais de la Capoeira trois fois par semaine à l'Académie Flôr da Gente, à Catete, avec le maître Mano. Il s’agit de la Capoeira Angola, dont maître Pastinha est à l’origine ... Mano dit que le jeu de la capoeira est comme une bonne conversation. Vous apprenez les mots, puis vous vous amusez en posant des questions et en répondant. Donc, en plus d'avoir un bon vocabulaire et un bon jeu de jambe, le Capoériste doit bien écouter!

BB: Pour finir, quelques  questions courtes pour des réponses courtes:

Un acteur: Irandhir Santos

Une actrice: Giulietta Masina

Un réalisateur: Pour le moment, Tarkovsky

Un chanteur: Pedro Moraes

Une chanteuse: Les chanteuses de jazz sont incroyables, n’est-ce-pas? Au point de me décourager dans mes cours de chant (rires)! Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Sarah Vaughan ... leur façon de chanter est viscérale et spirituelle

Un livre : Heureusement, le don de la créativité n'est pas réservé à une seule personne ... Actuellement, je suis en train de découvrir le talent de John Ribeiro Ulbado dans 'Viva o povo brasileiro"

Une ville: Dieu a aussi partagé la beauté ... Mais s’il faut en choisir une : Rio de Janeiro!

Un voyage: Celui dont je rêve le plus, visiter New York!"

Une plage: Barra Grande, à Baía de Camamu, Bahia

Théâtre, télévision ou cinéma? : Quand je ne suis pas au cinéma, je suis au théâtre. Je pense que dans le contexte actuel du théâtre de Rio, les acteurs ne courent pas de grand risque. Bien sûr, il ya des groupes qui font des choses extraordinaires ! Comme la Cia dos Atores! Cependant, il y a une très grande partie qui suit une formule pour faire de l'argent et une petite partie qui fait du théâtre expérimental. J’ai vu Bob Wilson l'autre jour et j'ai été ravie. Isabelle Hupert, une actrice qui ne doit rien à personne, qui se donne à fond et qui prend des risques. C’est vraiment super.

. PT ou PSDB? : Je ne suis pas liée à la structure d’un parti. Aujourd'hui, la ligne des partis politiques n'est plus aussi claire. J'essaie d'évaluer et de suivre ce qui se passe sur la scène politique pour pouvoir faire mes choix sur cette base.

. PC ou Mac? : Que ce soit pour l’un ou l’autre, je l’utilise simplement pour envoyer des emails ...

. Orkut ou Facebook? Les deux: j'aime l'échange d'informations …

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Une émission immanquanble : Pôr do sol no Solar do Unhão après un baignade à Barra da Porto.

Rio 2016 pour vous: Une bonne dose d’auto-estime pour les brésiliens. Et j'espère que tous les investissements qui seront réalisés pour Rio en 2016 seront pensés pour au-delà de Rio 2016.

Qui amèneriez-vous sur une île déserte? : Je ne pense pas me rendre sur une île déserte ...

Une phrase: “There is no standing still. Only evolution or involution” – Grotowski

Au final, BESOURO c’était ... Le début d’une belle envolée…

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga

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04 octobre 2009

Sur la piste de Besouro: Interview du Maître capoériste Tonho Matéria

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga

Mestre

A partir d'aujourd'hui, le Blog do Besouro commence à publier des profils et des entrevues avec quelques-uns des grands maîtres de la capoeira brésilienne qui furent en quelque sorte les disciples ou des adeptes des enseignements du grand Besouro Mangangá, héros du film " Besouro - Nasce um heroi”. Commençons par le bahianais Antônio Carlos Gomes Conceição ou Tonho Matéria, qui en plus d’être maître de capoeira est un chanteur, auteur-compositeur et producteur culturel.

Pionnier de l'utilisation de la capoeira comme outil de diffusion de la culture afro-brésilienne, Maître Tonho est âgé de 45 ans et fait de la capeoeira depuis qu’il a 12 ans.

En tant que musicien et chanteur, il est passé par des groupes célèbres comme Ara Ketu o Olodum. Cependant, son travail le plus important est précisément celui qui le rapproche le  plus de la mémoire de Besouro: Tonho Matéria est responsable, à Salvador, de l'Associação Cultural de Capoeira Mangangá, responsable de la formation de plus de 400 enfants et adolescents et de la diffusion des idées libertaires Manoel Henrique Pereira, Besouro.

Blog de Besouro: Quand avez-vous commencé à enseigner la capoeira?

Tonho Matéria: J'ai commencé à enseigner la capoeira en 1983. Mon premier lieu d’enseignement se trouvait au Siège Son Ladu, puis au Parc-École (Escola Parque)  où je m’entrainais également avec mon professeur.

BB: Qu'est-ce qui vous a fait choisir cette voie?

TM: C’est ce qu’il y avait de plus proche dans la communauté où j'ai grandi. Je suis né dans le quartier Pau Miúdo à Salvador, c’était un endroit très pauvre, il n'y avait pas le choix pour les activités sportives ou artistiques, à l'exception de la boxe et de la capoeira. Je me suis entraîné à la boxe pendant deux ans, mais c’est la capoeira qui m'intéressait. En 1985, je suis devenu champion de Bahia. Grâce à la capoeira, aujourd’hui je connais quatre continents du monde.

BB: Parlez-nous du mouvement Mangangá. Quel est votre style?

TM: Dans le Mangangá, nous n’avons pas un style défini, on joue la capoeira et on obéit à ce que nous commande le berimbau. Nous ne nous arrêtons ni au style Angola, ni régional ni au contemporain. On fait simplement la capoeira.

Besouro

L'affiche du film

BB: Et quelles sont les principales caractéristiques et les objectifs de la Capoeira Mangangá?

TM: Les caractéristiques sont : un entrainement intense, un jeu rythmé et équilibré, le respect entre pairs et la valorisation de l'intégrité des membres, notamment les enfants. Les objectifs sont principalement de maintenir en vie le nom de Manoel Henrique Pereira, notre Besouro Mangangá, et la tradition de la capoeira en tant que culture, art, lutte et philosophie de vie.

BB: À votre avis, qu’en est-il actuellement de la diffusion de la Capoeira au Brésil ?

La capoeira est une culture en mouvement. C'est un art qui s'est développé au Brésil, mais qui reste malheureusement encore un peu désorganisé. Certains maîtres disent que l'organisation mettrait fin à l’éclat de cet art ancien. Je suis en désaccord. Les noirs, même ceux qui sont encore en Afrique, vivaient en société. Les tribus se regroupaient pour préserver leurs cultures et garder en vie leurs ancêtres. Mais ici, au Brésil, je vois que le culte de nombreux capoéristes se fait d’une façon bien particulière, en le considérant comme un patrimoine personnel. Ainsi, au Brésil peu de choses sont faites pour la capoeira comme un tout.

BB: Pensez-vous qu’aujourd'hui encore, le personnage de Besouro Mangangá reste idolâtré par les adeptes de la capoeira de tout le Brésil?

TM: Oui, Besouro est toujours resté dans les mémoires comme un homme courageux, qui n'avait peur de rien. Certains le voient comme une légende, mais Besouro a réellement existé. Il fut et il reste l'un des plus grands symboles de la résistance pour la population, en particulier pour le capoéiristes. Dans mon projet, j'ai intégré le nom de Mangangá pour l'énergie et la sagacité que ses actions ont provoqué en moi. Je me sens partie de tout cela, un vestige de ses quilombos de la lutte. Je vais donc utiliser la force de Manoel Henrique Pereira pour poursuivre la lutte de la résistance noire, ce qui représente ma façon de faire la capoeira.

BB: Quelles sont vos attentes par rapport au film “Besouro”?

TM: Nos attentes… Toutes les attentes possibles! Je pense que le film contribuera à garder vivante l'image et l'histoire de Besouro de Mangangá. Je suis content pour mon élève Elder, qui a représenté Besouro enfant. Le film sera un grand succès, et je ne suis pas le seul à avoir des grandes attentes, en plus de mes élèves, il y a également les capoéristes du monde entier.

TRAILER BESOURO LE FILM

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18 septembre 2009

Luiza Bairros, Directrice du Sepromi :‘‘le racisme est une question de pouvoir’’

Luiza

Patrícia Negrão / Foto divulgação

L'une des leaders les plus respectées en matière de lutte contre la discrimination raciale, la sociologue Luiza Bairros a pris ses fonctions au Secrétariat de la promotion de l'égalité (Sepromi) de Bahia en 2008. Créé en Décembre 2006, le Sepromi dont le siège est situé à Salvador est le tout premier secrétariat d’un état Brésilien à travailler spécifiquement sur les politiques publiques en faveur des hommes et des femmes noir(e)s.

Faire reconnaître et combattre les inégalités est le défi de Luiza Bairros , la Gaucho,  qui vit dans la capitale bahianaise depuis plus de deux décennies. ‘‘ le racisme reste, partout dans le monde, une question de pouvoir’’, soutient-elle. À la tête du Sepromi, Luiza et son équipe proposent et contrôlent les politiques publiques visant à assurer et à étendre les droits de la communauté noire.

Parmi les priorités du Sepromi figure la lutte contre la violence faite aux femmes, la création pour les hommes et les femmes noirs de projets générateurs des revenus dans les zones urbaines et rurales, et la régularisation et l’octroi de titres de propriété pour les communautés quilombolas ainsi que leur inclusion dans les programmes gouvernementaux, assurer l’accès à des service tels que l'eau , la lumière, et l'éducation, la santé, la culture, le sport et les loisirs.

CLAUDIA - La création d'un secrétariat tel que le Sepromi est-elle le résultat de la lutte du mouvement noir dans le pays?

Luiza -- La résurgence des mouvements noirs à partir de la moitié des années 70 a conduit à ce que la lutte contre le racisme devienne une question nationale. Surtout au cours de la dernière décennie, on peut citer plusieurs actions affirmatives dans le secteur d’intervention du gouvernement en faveur de la population noire comme la création du système de quotas dans les universités brésiliennes et la création du Secrétariat Spécial de Politiques de Promotion de l’Égalité Raciale (SEPPIR), qui a favorisé l'émergence d'organes d'État tels que le Sepromi, et aussi municipales. On peut également souligner la promulgation de la loi rendant obligatoire l'enseignement de l'histoire des noirs et des populations indigènes dans les écoles brésiliennes. En matière de santé, des programmes spécifiques ont été adoptés pour la santé de la population noire, un combat de longue date du mouvement. En Mai 2009, le Ministère de la Santé a établi la Politique Nationale de Santé Intégrale de la Population Noire.

CLAUDIA - Le pays est-il moins raciste?

Luiza -- Le racisme est un phénomène élastique. Dans la mesure où lorsque des victoires sont acquises d’une part, il se transforme et se manifeste de nouvelles façons. Les Noirs sont majoritaires dans le pays et leur donner des pouvoirs peut signifier un renversement majeur de la distribution du pouvoir, aujourd'hui exercé par les Blancs. Et personne ne lâche le pouvoir de grâce. Les secteurs conservateurs de la société luttent pour éviter que cela se produise. C’est la raison pour laquelle j’affirme que le racisme est une question de pouvoir.

CLAUDIA – Le racisme crée-t-il des privilèges pour un groupe au détriment de l'autre?

La  supériorité d'un groupe par rapport à un autre est établie à partir des différences physiques - des traits corporels, la couleur de la peau –, en infériorisant et en stigmatisant les noirs dans le cas du racisme anti-noirs. Il existe des moyens sophistiqués d’empêcher les Noirs d'atteindre des postes de prestige, comme des positions politiques et économiques. On ne permet donc pas qu’ici émergent des personnalités comme Barack Obama (président des États-Unis).

CLAUDIA - Quelle est l'importance de la création d'un organisme tel que le Sepromi dans la lutte contre le racisme?

Luiza -- Le rôle des secrétariats spéciaux comme le Sepromi est de responsabiliser l’État pour qu’il adopte des politiques publiques en faveur des femmes et les hommes noirs du pays. Je crois que la création des secrétariats dans les États et dans les municipalités produira avec le temps des changements efficaces. Mais la résistance reste très  importante au déploiement effectif des politiques publiques déjà conquises.

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga

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03 septembre 2009

Entrevue Serena Williams, la reine des courts

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Serena Williams continue de dominer son sport- sans parler de presque toutes les autres aventures dans lesquelles elle se lance


Par INGRID SKJONG

On pardonne facilement à Serena Williams de sembler fatiguée. Alors qu’elle vient tout juste de remporter son troisième titre en simple et son quatrième en double aux côtés de sa sœur aînée Venus à Wimbledon au moment de cet entretien, - la joueuse de tennis âgée de 27 ans est décontractée et prolixe bien qu’elle ait repris sa routine normale d’avant-victoire.

Serena peut se vanter d’avoir remporté 11 titres du Grand Chelem et d’occuper actuellement le second rang au classement mondial. Mais au-delà de tennis, elle est passée du statut de jeune phénomène à celui de femme d’affaires entreprenante (elle a lancé sa propre maison de couture, Aneres, ainsi qu’une collection pour Mission Skincare sur HSN) souvent sous les feux des projecteurs (on l’aperçoit fréquemment en public avec son petit ami Common) qui désire donner en retour.

HAMPTONS: Félicitations cette grande victoire. N’êtes-vous pas de moins en moins enthousiaste après chaque trophée?

SERENA WILLIAMS: Eh bien, chacune des victoires est vraiment excitante, plus excitante que la dernière. C'est comme si on achète une nouvelle paire de chaussures: on veut une nouvelle paire et on a toujours besoin d’une nouvelle paire, alors c'est simplement le plus fort des sentiments.

H: Vénus et vous êtes incroyablement puissantes et vous vous affrontez souvent. De quelle manière et à quel point se manifeste votre compétitivité?

SW: Nous sommes toujours extrêmement compétitives, mais ça s’arrête sur le terrain. Nous nous donnons toujours à 100 pour cent, mais quand c'est fini, ça s’arrête aussi là pour nous. Je souhaite toujours le meilleur pour elle et elle souhaite le meilleur pour moi, donc quand on y pense, c'est ce pour quoi nous avons travaillé toute nos vies. C'est vraiment une bénédiction.

SW

H: Pourquoi rester dans le circuit du double?

SW: On plaisante tout le temps en disant que [c’est] parce qu’elle est tellement bonne en double qu’elle fait tout le travail alors que moi je dors en quelque sorte. C'est amusant, nous avons plaisir à être là. Et honnêtement, le double compte comme tout autre titre. Ils s'additionnent.

H: Préférez-vous les entrainements ou la compétition?

SW: Oh mon Dieu, je suis plutôt tout à fait compétition. Je déteste les entrainements! Autrement, je déteste même la salle de gym. Je me demande souvent comment je suis devenue une athlète, car je déteste le gym, je déteste les entrainements, je n'aime pas courir, je n'aime rien de tout cela.

H: Vous aimez donc simplement descendre sur le terrain et jouer comme vous savez le faire.


SW:
Non, même pas. Ce que j'aime, c'est surtout les récompenses, le trophée. Je sais tout le travail qui est nécessaire pour y parvenir et évidemment, il faut jouer le match, et ça aussi c’est agréable. Mais pour moi, le plus agréable, c’est le résultat final. C'est du genre, OK, tu vois? Ça en valait la peine.

H: Vous serez présente à l'US Open – qu’est ce que vous aimez les plus de ce tournoi?

SW: Le fait que ce soit à New York, c'est un endroit tout simplement extraordinaire, un super endroit pour jouer. C’est simple, il n y a rien de mieux que New York. [Les fans] sont très bruyants et vraiment, vraiment cools. Il n'ya rien de tel que l'US Open, parce que les fans sont des New-Yorkais et ils rentrent vraiment dans le match. Ils ne restent pas tranquilles comme les amateurs de tennis typiques.

H: D'où provient cette grande votre volonté qui vous anime ?

SW:

Je pense qu’elle a toujours été en moi. Je me souviens lorsque j'étais jeune, je devais  étudier pour un examen d'orthographe et je voulais tellement bien le faire que je suis restée éveillée toute la nuit. J'étais tellement perfectionniste pour cet exam, et je pense que je suis  simplement ainsi dans tout ce que je fais. Il faut que ce soit parfait. Et ce n'est pas seulement au tennis. C'est comme ça pour tout ce que je fais.

H: Qu’est ce qui vous a poussé à vous essayer à la mode?

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SW:

Toute ma vie j'ai été impliquée dans la mode. Je me souviens lorsque j'étais plus jeune, j'avais l'habitude de coudre et de confectionner des vêtements. Ma mère cousait. Et puis je me suis spécialisée dans la mode à l’université et j'ai pu véritablement apprendre le métier. C’était naturel pour moi de lancer ma propre affaire par la suite. Je travaille également avec Nike, nous confectionnons des choses que je porte sur le court et grâce à mon expérience, je sais ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

H: Vous aimez aussi donner en retour.

SW:

Je suis vraiment dans l'éducation. Nous n'avions pas le droit de rapporter des B ou des C à la maison. Quand on est une athlète, tout peut arriver n'importe quel jour, et mon père et ma mère ont toujours pensé que nous avions besoin de quelque chose sur laquelle se rabattre. Il ya tant d'enfants dans ce pays et dans d'autres pays qui n'ont pas une éducation et ils souffrent parce qu'ils ne peuvent pas apprendre ou ils n'apprennent pas tout simplement. Aux États-Unis, je contribue au financement de collèges et j’aide des enfants à accéder au collège. On leur offre des bourses. Je viens juste d'ouvrir une école au Kenya, à trois heures de Nairobi que j’ai appelé Serena Williams Secondary School. Nous avons fait des dons d'ordinateurs Hewlett Packard, et au moment où nous quittions l'école, les enfants étaient en ligne. C'est tout simplement la meilleure chose.

H: Beaucoup de gens vous admirent. Et vous, qui admirez-vous?


SW:
Je dirais à coup sûr mes parents et mes sœurs. Je pense que le problème des nos jours c’est que parfois, les gens cherchent beaucoup trop des gens éloignés pour être leur modèle. Je crois qu’il est vraiment important d'avoir des modèles positifs à la maison. Ça peut être suffisant.

Traduit de l’Anglais par Guy Everard Mbarga

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