06 septembre 2008
Professeur Severino Ngoenha : “À Bahia, les noirs ne fuient pas la Négritude ”

Severino Ngoenha:
“Nous devons mettre le Panafricanisme en application par le biais du commerce des idées ”
André Luís Santana*
Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga
Le professeur mozambicain Severino Ngoenha qui était à Salvador la semaine dernière en tant qu'invité du Programme Fábrica de Idéias CEAO / UFBA (Fabrique d'Idées), et offert une importante rencontre entre les érudits de l'histoire et de la culture africaine avec les éléments qui ont provoqué les “Métamorphoses de(s) Citoyenneté(s) Africaine(s)”. Ce fut un dialogue entre l'Afrique construite et idéalisée par les Afrodescendants et l'Afrique des Africains, comme il tient à faire la distinction.
Severino Elias Ngoenha est né en 1962 à Maputo. Il est titulaire d'une Licence en Théologie, Docteur en Philosophie et donne des cours à l'Université de Lausanne en Suisse. En tant qu'africain, professeur de philosophie, Ngoenha échappe à la règle répandue par le colonialisme et renforcée par le leader politique et intellectuel sénégalais Léopold Sedar Senghor, pour qui “la raison est hellène et l'émotion est nègre ”. Allant à l'encontre de cette thèse, Ngoenha affirme qu'il ne sait jouer à aucun instrument, ni danser, mais il pense et fait penser, avec le pouvoir des mots qu'il émet et des réflexions qu'il provoque. Avec une vision analytique de la trajectoire de lutte des pays africains, le professeur dénonce le colonialisme et le néo-colonialisme, dont les conséquences restent ressenties aujourd'hui à travers la pauvreté et la fragilité de certains gouvernements. Il relativise également les contributions des afrodescendants éparpillés dans la Diaspora, en faisant ressortir des noms comme ceux de Booker T. Washington, Marcus Garvey, William E. B. Du Bois, Aimé Césaire et Frantz Fanon. Toutefois, il ne refuse pas de souligner la part de responsabilités du continent lui même face à son destin :
“L’Afrique doit revoir deux contrats importants. Le contrat politique qui permettra le Règne de la Parole, le dialogue à huis-clos entre ses pays. Finalement, quand nous exposons nos problèmes au monde, nous permettons l'intromission internationale dans nos affaires. L'autre contrat est culturel, pour que nous exigions que la culture et la tradition africaine ne soient pas des éléments folkloriques. Qu'elles soient respectées et interfèrent dans les zones de pouvoir de la raison comme l'École et le Droit ”.
Le professeur Ngoenha s’est entretenu avec le journaliste André Luís Santana, au sujet de certains thèmes cruciaux de la relation entre le Brésil et l'Afrique
André Luís Santana - Une des principales bannières du mouvement noir brésilien est la valorisation de la contribution africaine au monde et principalement à la civilisation brésilienne. Selon vous, quelles sont les raisons pour lesquelles les brésiliens doivent être fiers d'êtres des Afro - descendants ?
Severino Ngoenha - C'est un grand paradoxe. Comment être fier d'être descendant d'un peuple qui a d'énormes problèmes comme ceux auxquels doivent faire face les pays africains ? Il ya des décennies, nous avions un fort sentiment d'union et de fierté dans la lutte pour l'indépendance. Aujourd'hui, alors que tous les pays sont indépendants, nous sommes encore dans une phase de structuration, avec des difficultés sérieuses dans la démocratie de certaines nations, un important flux migratoire vers l'Europe, les maladies, la famine et la pauvreté. Toutes des conséquences désastreuses du colonialisme et du néo colonialisme. L'indépendance exige de la responsabilité. Toutefois, quand on nous demande quelles sont les qualités de notre mère, on aura tant de choses à dire, de la manière dont elle nous traite, de la nourriture qu'elle prépare, de l'affection et de la manière dont elle s'est battu pour nous élever que nous arrivons à la conclusion que nous avons la meilleure mère au monde. Donc, c'est cet orgueil, cette fierté d'enfant que les brésiliens doivent avoir pour l'Afrique. La fierté pour une mère qui aime ses enfants de l'amour le plus profond ... de la mère qui a conçu son enfant et qui fait tout pour que son enfant soit bien. En tant que mère, l’Afrique a donné tout ce qu’elle pouvait à ses enfants. Les brésiliens doivent être fiers de cette mère et nier tout ce qui se dit de négatif sur le continent ... parler des contributions africaines au monde. Donc la situation actuelle est un passage difficile. Une construction qui nécessite la contribution des tous ses enfants. De ceux qui sont sur place et de ceux de la Diaspora. Chaque avancée de l'Afrique doit servir la fierté du Brésil et vice-versa.
André – dans cette construction collective, de quelle manière on peut contribuer à la réduction des problèmes qui touchent le continent du point de vue académique?
Ngoenha – Je souligne l’initiative du CEAO consistant à offrit des cours ayant l’Afrique comme perspective. [Le Centre d’Études Afro-Orientales de l’Université Fédérale de Bahia possède une Post Graduation, avec une maitrise et un doctorat qui suivent de lignes de recherche: Les études Ethniques et les Études Africaines]. Un cours qui accueille des étudiants africains et fait venir des professeurs africains pour un échange, pour rapprocher nos peuples, nos problèmes. Il y a eu une époque où le panafricanisme permettait la rencontre des Africains à divers endroits. Indépendamment de l’endroit, ils se connectaient, s’aidaient. Le leader Marcus Garvey a réussi à acheter deux bateaux pour permettre la rencontre entre Africains et Afrodescendants. Il faut refaire ses liens. Ensemble nous serons plus forts. Il faut observer que dans la globalisation, il y a des micro- globalisations. Les juifs maintiennent des liens de solidarité à travers le monde. Il y a aussi les francophones et d’autres peuples. Aujourd’hui nous devons mettre le Panafricanisme en application par le biais du commerce des idées, du flux de la pensée.
André – Pendant ces jours à Salvador, qu’avez-vous observé comme caractéristiques les plus fortes liant les bahianais aux africains?
Ngoenha – J’en ai vu de très fortes dans la physionomie des personnes, dans les plats de la cuisine bahianaise, dans les danses. C'est surprenant à quel point nous sommes proches. Alors que je marchais sur l'Île de Itaparica, j'ai eu l'impression d’être très proche de fouler des plages africaines. Cela conduit à deux constatations : premièrement que la colonisation lusophone fut la plus longue. Ainsi, comme le Brésil dans les Amérique, l'Angola, le Mozambique et d'autres anciennes colonies portugaises en Afrique furent les dernières à obtenir l'indépendance. Les ex-colonies portugaises furent les seules à avoir dû faire une lutte armée pour conquérir l'indépendance. Cela complique la fin de la pauvreté. Ici il y a la racialisation de la pauvreté. La pauvreté a une couleur, elle est noire. Le travail de valorisation ici doit être encore plus fort. Je pense que Bahia est le seul endroit au monde où on n'a pas besoin d'avoir honte d'être africains. Car ici les noirs ne fuient pas la négritude. Les noirs ici au Brésil veulent du respect, ils veulent l'autonomie, ils veulent être valorisés ... sans perdre la condition de noirs. D'où l'importance des actions affirmatives. Mon espoir est que si ce fut à Halley, au début du 20ème siècle que débuta la lutte des descendants de l'Afrique, elle prendra fin ici.
Pour mieux connaitre la pensée de cet intellectuel africain, lisez ses plus de dix livres parmi lesquels : : Filosofia Africana - das Independências às Liberdades (Philosophie Africaine - des indépendances aux Liberrtés ), Por uma Dimensão Moçambicana da Consciência Histórica (Pour une dimension mozambicaine de la Cosncience Historique) , O Retorno do Bom Selvagem(Le retour du bon sauvage), Mukatchanadas, Vico e Voltaire(Vico et Voltaire) - Duas Interpretações Filosóficas da História do Século XVII e Os Tempos da Filosofia (Deux interprétations philosophiques de l'Histoire du 17ème siècle et les Temps de la Philosophie)– Filosofia e Democracia Moçambicana (Philosophie et démocratie Mozambicaine).

*André Luís Santana est journaliste de l'Institut Média Ethnique (Instituto Mídia Étnica )(www.correionago.com.br)
http://www.irohin.org.br/onl/new.php?sec=news&id=3607
31 juillet 2008
LUIZ INÁCIO LULA DA SILVA : “L’éducation est le meilleur vaccin contre le préjugé”
PAR MAURÍCIO PESTANA Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga Depuis que nous sommes à la présidence du conseil éditorial de la revue RAÇA BRASIL, la publication la plus importante qui s’adresse à la communauté noire brésilienne, notre objectif a toujours été de fournir plus d’informations, en contribuant ainsi à la formation de citoyens plus critiques et conscients de leurs droits et par conséquent plus actifs. En cette année où le Brésil commémore les 120 années de l’Abolition de l’esclavage, personne d’autre que le président Luiz Inácio Lula da Silva n’est mieux placée pour être interviewé dans les Pages Nègres (Páginas Pretas). Nous savions les difficultés qui nous attendaient face à ce défi, non seulement du fait de l’agenda serré du président, mais également du fait de sa complexité, étant donné qu’il n y a pas dans les annales une seule fois où le chef de l’État se soit adressé exclusivement à la communauté noire brésilienne à un moment quelconque de notre histoire. Cette entrevue est un jalon historique qui indique les changements que nous, noirs et blancs mettons en marche pour nous construire ensemble un futur plus digne pour la population de ce pays.

Vous savez que vous êtes le premier président de la République, après l’abolition à compter quatre ministres noirs à vos côtés et à en avoir nommé un au Tribunal Suprême Fédéral (Supremo Tribunal Federal). Ne s’agit-il que d’une coïncidence, d’un coup de pub ou est-ce effectivement un choix politique?
Je me sens très satisfait et heureux, particulièrement parce que ces invitations ont été faites sur la base du parcours et de la capacité de chacun de ces collaborateurs, et non à cause de la couleur de leur peau. Tel est le sens de la composition de mon gouvernement et c’est le sens que nous souhaitons donner au pays. Je dis toujours que la grande priorité de mon mandat à la présidence de la République est la réduction des inégalités – de toutes sortes. Il n y a par conséquent rien de plus naturel que de traduire cette idée dans la composition de l’équipe de mon gouvernement. La plus grande richesse du Brésil c’est sa diversité.
En tant que nordestino et issu des couches les plus nécessiteuses de notre société, vous devez avoir ressenti le préjugé dans votre chair. Qu’avez vous appris de la discrimination?
Ce qui m’a le plus marqué c’est la tristesse de percevoir qu’il ne suffisait pas d’être bon, il ne suffisait pas d’être dévoué et d’être engagé. Sans opportunités, avec les portes qui se fermaient devant vous, rien de tout cela ne semblait suffisant pour vous garantir une vie digne. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui, avec beaucoup de travail et d’effort, nous aidons à changer cette réalité. Il y a cinq ans, j’ai créé le Secrétariat Spécial des Politiques de Promotion de l’Égalité Raciale (Seppir) avec cette philosophie. Avec l’idée de considérer les choses avec du cœur et de formuler des politiques publiques spécifiques pour la couche importante de la population brésilienne qui soufre encore du préjugé, de la discrimination et du manque d’opportunités.
Après avoir visité l’île de Gorée en Afrique d’où partaient les esclaves en direction du Brésil, vous avez déclaré que vous avez dès lors mieux compris la problématique du noir au Brésil. Comment cela s’est-il produit?
Il y a des choses que les gens apprennent dans les livres, des choses que les gens apprennent en écoutant et des choses que les gens n’apprennent qu’en les éprouvant véritablement. La visite que j’ai effectuée à l’île de Gorée au Sénégal, fut l’un des moments les plus émouvants de tout mon passage à la Présidence de la République jusqu’à présent. Là-bas, de la porte par laquelle ils embarquaient pour un voyage sans retour, j’ai pu sentir un tout petit peu – vraiment à un degré infime comparé au crime brutal que fut l’esclavage, mais avec une sensation très marquante – ce que les noirs mis en esclavage ont ressenti. Moi, le ministre Gilberto Gil, l’ex-ministre Matilde Ribeiro, et même des journalistes qui couvraient l’événement nous avons tous pleuré. Ce fut un moment très fort, qui n’a fait que renforcer ma conviction et mon engagement à racheter la dette séculaire que nous avons envers la population noire, et de faire du Brésil un pays avec moins d’inégalités.
Alors que nous fêtons les 120 ans post-abolition, votre gouvernement a beaucoup investi dans les relations avec l’Afrique. Quelles sont les raisons de cette politique?
Les raisons sont diverses. La principale, évidemment est le lien puissant que nous avons avec les pays africains. Nous sommes unis par le sang et par l’histoire. Par la culture et par les traditions. Cela n’avait pas de sens de continuer à ignorer ou à minimiser ces liens forts, comme le Brésil l’a fait dans le passé.
La deuxième raison est liée au grand potentiel diplomatique qui existe dans nos relations bilatérales avec les pays africains, du commerce et des investissements à l’éducation et la santé. Et la preuve que cela est vrai c’est l’augmentation spectaculaire des flux commerciaux entre le Brésil et nos partenaires africains au cours des cinq dernières années: en 2002, notre commerce avec l’Afrique représentait 4,9 milliards de dollar; en 2007, il a atteint 19,8 milliards de dollars, presque cinq fois plus. Notre politique étrangère vis-à-vis de l’Afrique reprend des initiatives qui existaient dans les années 70, sous les ministres des Affaires étrangères Gibson Barbosa et Azeredo da Silveira. À tel point que nos échanges avec l’Afrique sont en train d’approcher les 10% du total de notre commerce, niveau atteint à cette époque. Aujourd’hui, ce rapprochement avec l’Afrique fait partie d’un mouvement large de valorisation des relations Sud-Sud – d’exploitation des possibilités de dialogue et de coopération avec des pays frères que notre gouvernement a mis en place. Le Brésil est en train de diversifier ses partenariats et d’approfondir des liens qui étaient auparavant simplement protocolaires.
Grâce à cela, les échanges de biens et de services augmentent, de même que la coopération et la conciliation des positions dans les forums internationaux. Enfin, il y a le fait que le Brésil peut et veut contribuer concrètement au développement des pays africains, et plus spécifiquement, pour vaincre la famine, la pauvreté et les inégalités dans le monde. C’est dans ce sens que nous offrons une coopération technique et le transfert de technologie dans les secteurs les plus divers, avec une emphase sur l’agriculture, les biocombustibles, l’éducation et la santé. Nous pensons que les pays africains ont besoin de disposer des instruments pour construire leurs propres destins et nous voulons contribuer à ce genre de solution, qui va bien au delà de simples envois d’aide financière.
C’est la raison pour laquelle je me suis rendu au Ghana récemment pour inaugurer un bureau de l’Embrapa. C’est également pourquoi nous voulons apporter la technologie de fabrication de vaccins de Fiocruz au Mozambique. Nous avons tous à gagner du développement de l’Afrique.
Vous vous êtes déjà dit favorable à l’approbation du statut de l’égalité raciale au Sénat. Pourquoi ce statut n’est pas encore approuvé à la Chambre où le gouvernement est majoritaire?
Comme je l’ai dit lors de la cérémonie d’installation du ministre Edson Santos, au Seppir, le mouvement noir a beaucoup de points de vues différentes et doit trouver des positions de consensus. C’est un problème qui se reflète dans la position de ses représentants à l’Assemblée. Il faut que le mouvement mette ses divergences de côté dans un grand effort pour la réalisation des convergences. J’ai déjà discuté avec le ministre Edson, qui définissait l’approbation du Statut comme une priorité du Seppir, et j’ai aussi déjà eu une conversation avec le ministre José Múcio, qui articule la politique de notre gouvernement au Congrès. Je crois que nous avons encore de grandes chances de voir le Statut de l’Égalité Raciale approuvé cette année.
En tant que premier président ouvrier de ce pays, quand pensez-vous que nous pourrons également avoir un président noir?
Je pense que la démocratie a beaucoup avancé au cours des dernières années dans notre pays. Mon élection en est la preuve. Je suis certain que nous avons atteint un degré de maturité qui nous permet d’avoir un président noir, jaune, une femme à la Présidence... C’est une question de temps. Et la meilleure manière de contribuer à cela est de garantir que le Brésil offre les mêmes opportunités à tous.
Cela fait presque 20 ans que les droits des quilombolas sont garantis au Brésil dans la Constitution Fédérale. Plus de 80 communautés ont déjà reçu des titres dans tout le pays, cependant, il n y en a eu que sept sous le gouvernement Lula. Quelle est la raison de cette lenteur ?
Voyez-vous, il s’agit d’un processus très compliqué et fréquemment sujet du questionnement de la Justice et des autres secteurs sociaux. Il y a par exemple une Action Directe d’Inconstitutionnalité (ADIN) proposée par le Parti Démocrate qui met en échec le décret présidentiel qui garantit et crée les règles servant à normaliser les dispositions de la Constitution. Le Tribunal Fédéral Suprême en jugera. À ce sujet, j’ai monté un groupe de travail pour revoir l’Instruction Normative qui définit la caractérisation des zones quilombolas. Il faut que la loi soit claire pour que les abus et les injustices ne soient pas commis. Nous savons tous que faire avancer la question agraire dans un pays aux dimensions continentales comme le nôtre n’est pas facile. Mais nous avançons.
Dans l’affaire des Cartes de Crédit Corporatives, la personne la plus pénalisée a été l’ex-ministre du Seppir, Matilde Ribeiro. S’agirait-il d’un réflexe des élites machistes et racistes de ce pays?
C’est difficile à évaluer, peut-être en est on arrivé à ces dérives. Mais je crois que la question fondamentale était la lutte politique sournoise que nous vivons au pays. Et la ministre Matilde est finalement devenue la cible la plus facile.
Pourquoi est-il si difficile d’appliquer des politiques publiques en faveur de la communauté noire au Brésil, malgré le fait qu’il s’agit de l’une des politiques claires de votre gouvernement?
Parce que nous butons également sur des questions culturelles. Ce n’est pas seulement l’aspect économique que nous brassons quand on ouvre l’espace pour tout le monde sur le marché du travail et dans l’éducation au niveau supérieur. La politique des quotas est la cible de critiques dans le monde entier, des fois bien intentionnées. Mais il est clair que nous remuons également les préjugés que les gens ne se rendent même pas compte des fois qu’ils ont-parce que cela fait partie de leur éducation et des choses qu’ils ont entendues en grandissant. C’est pourquoi le travail que fait le Seppir pour l’adoption de la Loi 10.639 qui institue l’enseignement de l’histoire de l’Afrique et Afrobrésilienne dans les écoles est si important. L’éducation est le meilleur vaccin contre le préjugé.
Quel message adresseriez-vous à la communauté noire pour pouvoir avancer dans sa lutte pour l’égalité dans notre pays?
Qu’ils soient unis et suivent l’exemple de grands guerriers comme Zumbi. Je leur suggère de ne jamais abandonner. Il faut de la patience et de la persévérance pour la lutte. Voyez combien d’élections j’ai dû disputer avant d’atteindre la Présidence de la République... Aujourd’hui, je vois à quel point les défaites ont renforcé ma conviction et m’ont mieux préparé au défi consistant à gouverner le pays. Qu’ils conservent l’estime de soi et la confiance qu’il est possible de faire du Brésil un pays pour tous.
Enfin, Monsieur le Président, nous vous invitons à vous adresser à travers nos colonnes à la communauté noire à l’occasion des 120 ans d’abolition.
Il y a encore beaucoup à faire au Brésil en ce qui concerne l’égalité raciale. Mais, le plus important est de reconnaitre que la Loi Áurea ne fut pas le fruit de la volonté exclusive de la princesse Isabel. Ce fut le résultat d’un grand mouvement abolitionniste, qui rassembla les noirs et les blancs pour une cause commune. Ce fut une victoire du peuple. L’abolition fut un cadre légal important, qui doit inspirer la communauté noire pour cheminer encore plus vers la conquête de l’espace qu’elle mérite dans la société brésilienne. Dans ce sens, avant la fin de mon mandat, j’ai l’intention d’inaugurer l’Université Brésil-Afrique à Redenção, no Ceará, qui fut la première ville à abolir l’esclavage au pays. Il s’agira d’une université qui comptera 50% d’étudiants africains et l’autre moitié de brésiliens, Ensemble, nous allons construire un Brésil meilleur pour tous.
10 juillet 2008
Tatiana Godoi, actrice noire de Isaura : “ C’est un peu compliqué, être noire et femme
S. Paulo – L’actrice et présentatrice Tatiana Godói est l’une des révélations de l’émission Manhã com Você, du réseau NGT (Nova Geração de Televisão- Télévision de Nouvelle Génération). L’émission passe du mercredi au dimanche sur la chaine ouverte dans les principales capitales brésiliennes. Le centre d’opération de la chaine se trouve à Butantã, dans la Zone Ouest Tatiana est une jeune actrice noire de plus, qui cherche sa place dans un milieu presque totalement blanc, dans un pays dont la moitié de la population est noire et métisse. Elle a déjà joué dans des films comme Quanto Vale ou é por Quilo, du cinéaste Sérgio Bianchi, et joué de petits rôles dans les novelas Escrava Isaura, Cidadão Brasileiro et dans Revelação, la dernière novela de SBT. Tatiana Godói – C’est un peu compliqué, être noire et femme, car pour certains produits, nous ne représentons malheureusement pas les standards de beauté, et on ne nous appelle donc pas pour les auditions. Afropress – Quel est l’objectif de l’émission Manhã com Você sur NGT?
Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga http://www.afropress.com/diversidadesLer.asp?id=170 |
21 juin 2008
Quince Duncan : “La guerre des races est terminée; le 21ème siècle est celui de la reconstruction”
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Pour Quince Duncan, écrivain et membre de la Commission Scientifique du projet Route de l'esclave de l'Unesco, l'étape la plus agressive du racisme au Mexique et en Amérique Centrale est passée. Tous les problèmes ne sont pas pour autant résolus, mais il y a effectivement eu un grand changement au cours des 30 dernières années. “La guerre est terminée, nous sommes à présent à l'étape d’enlever les décombres”, affirme-t-il.
Au milieu de ses journées dédiées à l'Africanité, Duncan a indiqué que “pour la première fois en 300 ans, il y a une conscience claire des choses. Les 17 ème et 18 ème siècles furent les plus durs pour les noirs. Mais comme je vous le dis, les choses ont beaucoup changées. Peut-être qu'il nous manque quelques 50 ans pour nettoyer les décombres laissées par cette guerre. De toute manière, ce siècle est celui de la reconstruction…”.
Je me souviens que la lutte qu'a entreprise Martin Luther King pour les droits civils a immédiatement eu des répercussions au niveau mondial. Au moins, les déclarations d'Obama selon lesquelles le Traité de Libre Échange ne favorise ni les nations Latino américaines ni le peuple nord-américain, mais qu'il s'agit d'une affaire des multinationales représente déjà un grand pas. Ce qu’il dit est très intéressant.
De fait, c'est précisément à partir du début du 19ème siècle au Congrès de Vienne que le racisme prend un essor sans précédent. “Il y avait évidemment des antécédents, avec le Pape Nicolás IV, qui avait dit: ‘Esclavage à perpétuité pour les africains ’. Le religieux Sepúlveda, en Espagne a également justifié la domination de l'indigène. Mais lorsqu'on parle du racisme doctrinaire que j'appelle le véritable racisme dans lequel s'articule en plus le racisme scientifique (c'est-à-dire la craniologie qui signifie que l'on mesure les cranes et que l'on dise que les noirs ont un crâne plus petit), il ne s'agit pas d'inventions de personnes ignorantes.
Pour sa part, la Commission Interaméricaine des droits Humains a obtenu plusieurs résultats en faveur des afrodescendants sur le continent. Comme tout changement idéologique, il s'agit d'un processus lent, qui prendra peut-être toute une génération. Cependant, il y a une avancée civilisationnelle, il y a plus de conscience … |
06 avril 2008
Mónica Carrillo : "dépasser la négritude et passer à l’Afrodescendance "
Mónica Carrillo est une jeune leader du mouvement afrodescendant au Pérou. Elle a voyagé de part le monde pour faire des discours sur le sujet et organise des ateliers pour les jeunes dans les zones considérées marginales. Son discours n’est pas en guerre contre la poésie. |
23 février 2008
John McWorther : “ Pour beaucoup, être noir c’est aussi être une victime ”
Pour l’intellectuel John McWorther, le plus grand problème des noirs américains ce n’est pas le racisme, mais plutôt leur habitude de se sentir victime des blancs

Dans Losing the Race: Self-Sabotage in Black America (“Course Perdue: Auto-Sabotage dans l’Amérique Noire”), le linguiste John McWorther affirme que le pire problème des noirs est leur propre victimisation. Certains l’ont traité de “traître pour sa race” et de “nègre de louage”. Tandis que d’autres l’ont abordé dans la rue pour lui dire comment le livre a changé leurs vies. Ci-dessous, suivez l’entrevue accordée par McWorther:
Que signifie la double conscience noire ?
Ce que j’essaie de dire avec cette expression c’est que, même si le racisme reste présent dans la société, le plus grand problème de la communauté noire n’est pas ce que les blancs pensent d’elle. Le problème est culturel, il est interne, la façon dont les noirs se traitent eux-mêmes. Je pense que les gens ont besoin de s’aider eux-mêmes et les uns les autres. C’est ainsi que les sociétés évoluent. En fait, les noirs le savent et se le disent entre eux tout le temps. Mais, en public, quand il y a un blanc pas loin, ils se mettent à jouer les victimes, à parler du fait que la société a une dette, comme le racisme est subtile, mais qu’il reste présent. C’est une double conscience : vous êtes une victime en public et un vainqueur à la maison. Et cela crée une grande confusion dans la manière dont le racisme est discuté aux États-Unis.
Vous avez récemment écris un article intitulé Stop au Ku Klux Klan Noir. Existe-t’il un équivalent noir du KKK?
C’était évidemment un recours rhétorique que j’ai emprunté à Jason Whitlock [commentateur sportif noir]. Ce qu’il y a c’est que, quand un noir meurt, dans la majorité des cas, son meurtrier est un autre noir, faisant partie des gangs ou étant lié à la drogue. Ces assassins représentent le KKK noir. Si un individu blanc d’une école du Sud débarque et tue des noirs, le crime fait la une de tous les journaux. Mais il y a des noirs qui sont victimes d’autres noirs tout le temps et le fait est considéré comme étant banal, comme un sujet sans importance. Les noirs accordent beaucoup d’importance au blanc qui tue un noir, mais non quand un noir agit de même. Ce n’est pas convenable.
Que pensez-vous de l’influence des noirs américains sur les noirs du monde?
Vous savez, je me préoccupe assez de l’influence des noirs américains sur les autres noirs. Ce dont je parle c’est le hip-hop et de l'attitude gangsta. Quand je vois des turcs qui imitent cette attitude en Allemagne, les noirs des favelas du Brésil, je trouve que c’est très dangereux. C’est la même chose en Afrique, où la pauvreté est extrême et où il existe un grand besoin de ressources humaines, mais les musiques des jeunes continuent de parler de balancer le derrière, comme les américaines. Ce n’est décidément pas la meilleure chose au monde.
Depuis l’époque du jazz, la musique noire américaine est une référence mondiale. Qu’en est-il aujourd’hui?
La musique noire américaine. Bien qu’une bonne partie d’elle soit réellement de la bonne musique, la rage, le discours de haine est théâtral, c'est une attitude. Être enragé c’est facile, être enragé c’est légal , être enragé c’est quelque chose qu’on doit montrer. Mais une bonne partie du hip-hop c’est la façade, c’est être enragé pour être enragé. Porter des vêtements amples, montrer le majeur aux adultes, lâcher des jurons sans cesse, maltraiter les femmes et dire tout le temps comment vous êtes le plus grand. Quel est le message? C'est que tous les noirs doivent se comporter ainsi jusqu’à ce qu’il y ait l’égalité raciale. Et quand vous êtes dégoûté par cette attitude, que faites-vous pour aider quelqu’un ou pour vous aider vous-mêmes? Un jeune blanc peut aimer le hip-hop, mais au bout du compte, il sait qu’il va devoir se battre et beaucoup étudier pour obtenir une place à l’université.
À quoi ressemblait le fait d’être jeune durant ce qu’on a appelé “l’âge d’or du hip-hop”?
Je ne vivais pas à New York et franchement, cela n'avait pas autant d'influence que ça. Ma mère et mon père avaient un diplôme universitaire même si je ne représentais pas la cas classique d'une famille pauvre qui se bat pour porter la première génération à l’Université. Lorsque j’étais jeune, on disait déjà que j’étais “très blanc”, parce que je ne parlais pas comme les noirs du mouvement. Aujourd’hui, je suis fréquemment insulté par des noirs, principalement par ce que je vis en écrivant des choses que les gens ne vont pas toujours aimer.
Avez-vous déjà été victime de racisme?
Je ne dirais pas que j’ai été victime, mais il y a eu des fois où la race a contribué à transformer négativement certains événements. Une fois, je n’ai pas obtenu un emploi et des mois après, j’ai découvert que c’était à cause de ma couleur de peau. Des choses comme ça. Le racisme fait partie de ma vie et en général de manière douloureuse. Mais, à dire vrai, au jour d’aujourd’hui il est plus indirect que par le passé. Et c’est là le point le plus important de mon livre Losing the Race: le racisme n’a pas été une partie suffisante de ma vie pour dire qu’il est particulièrement important.
Est-il possible de classer avec exactitude qui est blanc et qui est noir ?
C’est une question très intéressante. Il y a cette façon brésilienne et latino-américaine d’identifier les personnes. Vous pouvez être entre tous les degrés entre “blanc” et “noir”, vous pouvez être “moitié noir, mais pas noir” et identifié ainsi. Ici, avec la One Drop Rule [règle selon laquelle celui qui possède la moindre descendance noire est noir], quand vous avez un père noir et une mère noire, vous avez en vous la “négritude”, et vous êtes noir, point final. Mais il existe un mouvement birracial qui, au cours des 10 dernières années a essayé d’inclure l’option mulâtre dans le recensement. C’est quelque chose d’absolument nouveau, à laquelle il était impossible de penser dans les années 70 et 80 par exemple. Mais il ne s'agit pas de choisir entre ce qui est mieux et de ce qui est pire.
Comment définissez-vous le fait d’être noir? Cela signifie-t-il vivre une situation spéciale?
Ma définition n’est pas aussi profonde que celle de plusieurs personnes sérieuses .Il existe une sous culture noire en Amérique. Il y a une manière de parler – jusqu'à présent, je ne parle pas ainsi –, il y a une expression corporelle différente, une cuisine différente – j'adhère absolument à cette dernière –, il existe la musique, avant le hip-hop, le blues, le jazz, la soul et le funk. Vous êtes élevé dans ça, et vous vous identifiez à cela. Pour beaucoup, cependant, être noir c’est aussi être une victime. Pour moi ce n’est pas le cas. Je ne vais pas passer mon temps ici et là à m'étendre sur une conception fragile de moi même . Je suis noir, mes parents sont noirs, ma culture est noire. Mais je me définis, premièrement, comme un être humain, deuxièmement et principalement, américain et seulement après comme noir.
Traduitt du Portugais par Guy Everard Mbarga
http://afrobras.org.br/index.php?option=com_content&task=view&id=3311&Itemid=2
24 décembre 2007
Adalberto Camargo le Premier Député Fédéral Noir pour São Paulo se raconte (II)
Edition: Antonio Lucio / Oswaldo Faustino
Collaboration et Copy desk: Izabel Cristina R. de Jesus
Texte final: Oswaldo Faustino
Traduction de Guy Everard Mbarga

Premier Député Fédéral Noir pour São Paulo dans les années 60, il a survécu à une enfance marquée par l’absence de ses parents, à l’intérieur de l’État, et la dureté des plus petits boulots, lorsqu’il s’en alla pour la capitale pauliste, avant de devenir un homme d’affaires à succès. Homme politique conscient de son rôle dans le processus de conquête socio-économique des communautés noires, brésilienne et mondiale, il encouragea le rapprochement du Brésil avec le Continent Africain. Adalberto Camargo nous raconte son histoire, une saga victorieuse.
Portal Afro – Au-delà de l’Afrique, quels autres objectifs visait votre projet politique?
Dep. Adalberto Camargo – L’Afrique a été le premier thème de mon projet politique. J’ai par la suite également compris la nécessité de l’engagement de la femme noire dans le processus politique. J’ai donc également introduit l’ascension de la femme noire dans ce projet. Ainsi que la formation de la jeunesse noire, pour encourager la communauté à participer au secteur économique des affaires. Lors de ma première mission d’affaire sur le Continent Africain, j’ai emmené 10 noirs en Afrique pour visiter neuf pays. Lors de la seconde, j’en ai emmené 10 de plus, puis 60. Je visais l’intérêt du Brésil comme un tout. À l’époque, le gouvernement m’a demandé quel était mon intention. J’ai répondu que nous devions avoir une représentativité au niveau de l’Afrique pour pouvoir agrandir notre marché de consommation. Nous pouvons concurrencer les européens fournisseurs traditionnels de l’Afrique. J’ai dis que nous avions besoin de bourses d’études. Le gouvernement m’en accorda 3000 pendant une période, et je les ai distribuées à la communauté, aux personnes qui étaient les plus proches de moi.
Portal Afro – Des bourses d’études?
Dep. Adalberto Camargo - Oui, des bourses universitaires. Beaucoup se sont formés grâce à l’obtention de ses bourses. Certains ne le disent peut être pas pour s’auto affirmer tout seuls. Mais c’est sans intérêt pour moi. Ce qui compte c’est ce que j’ai fait. Il y a un cas intéressant : j’avais un ami Hamilton Cardoso, un grand journaliste qui était de gauche. Nous nous sommes rencontrés et il m’a dit: “Écoutez Monsieur le député, je suis de gauche, mais j’ai besoin d’une bourse d’étude”. J’ai été franc avec lui. Il était de l’extrême gauche, il savait exposer ses points de vue pour atteindre ses objectifs. Je lui ai dit: “Je vais vous obtenir la bourse d’études. Mais cela ne veut pas dire que vous devez suivre ma ligne idéologique. Vous devez seulement suivre la vôtre. Chercher, au travers de votre propre ligne idéologique, à travailler en vue d’honorer notre race. À quelque endroit que vous soyez, faites honneur à notre race, soyez au top”. Il y a beaucoup de gens qui ont témoigné de ma façon d’agir. Comme je me ressentais de ne pas avoir (eu) un père ou une mère pour me guider, je cherchais toujours à écouter les gens. Surtout, ceux qui étaient plus âgés, qui avaient plus d’expérience que moi.
Portal Afro – Cette pratique a-t-elle plus tard assuré le succès de votre première candidature?
Dep. Adalberto Camargo - Oui, cela a garanti le résultat de ma première élection. Et non seulement la mienne, mais également celle de la Professeure Theodosina Ribeiro qui a d’ailleurs rendu un grand service à la Nation. Sans aucune expérience politique, elle fut élue conseillère à São Paulo, avec un vote seulement dépassé par le journaliste Freitas Nobre. Elle fut la deuxième personne la plus votée par les paulistains. Elle est devenue une référence et une source d’encouragement pour notre race. Après elle, d’autres femmes se sont engagées dans la vie publique. Et Paulo Rui de Oliveira, un autre grand batailleur, comme conseiller et comme président du Conseil Municipal de São Paulo. Il fut le premier politicien noir à présider le pouvoir législatif de la ville. Paulo Rui a embrassé nos idées, avec Ronaldo Batista, Laércio de Moraes, Walter Nascimento. Je leur disais: “Nous pouvons gagner l’élection, car nous allons bénéficier des résultats de ceux qui nous ont précédé dans la lutte pour une charge représentative”.
Portal Afro – Malgré les divergences politiques, il existerait un courant politique des noirs paulistains?
Dep. Adalberto Camargo – On peut dire que oui. Il y avait Francisco Lucrécio, Raul Joviano do Amaral, Eduardo de Oliveira, qui fut candidat au conseil avant moi, Ademar Ferreira da Silva, qui a posé sa candidature à la députation fédérale, la Professeure Sofia, Leite, Seu Roque. Correia Leite fut un grand politicien. José Pelegrini discutait et débattait pas mal. À mesure qu’ils essayaient d’obtenir l’engagement des noirs dans le processus politique-partisan - électoral, ils ont permis de faire murir l’idée selon laquelle notre communauté manquait de représentations politiques. Ils ont beaucoup aidé. Geraldo Rodrigues dos Santos fut élu député fédéral pour Santos. Il était communiste, et ses droits politiques ont été révoqués et il a dû s’exiler. Et Esmeraldo Tarquínio, un avocat spécialiste du Droit des Douanes. Il fut conseiller à Santos, puis député de l’état et il fut élu comme premier préfet noir de Santos. Moi je suis entré dans le bal en 66. J’ai réussi à catalyser le produit engendré par la réflexion de tous ceux qui furent candidats avant moi Frederico Penteado Junior et quelques autres. Ils ont tous contribué en subsides et en encouragement pour que l’on puisse rassembler la communauté électorale noire. Le pouvoir politique est là pour garantir la représentation, ainsi que la structure socio-économique du Pays à la construction duquel nous contribuons.
TEMPOS E CONTRATEMPOS
Portal Afro – Racontez-nous l’histoire avec le politicien qui vous a incité à devenir député?
Dep. Adalberto Camargo - En 1956, je lavais les voitures sur la Rue Major Sertório et je voulais devenir vendeur d’automobiles. Il fallait que j’obtienne un permis de conduire. J’ai demandé mon acte de naissance et je l’ai emmené chez le mandataire Walter Selega, dont le bureau existe jusqu’à présent. J’ai demandé à Walter Durão de faire la demande pour moi pour que je puisse aller dans les Services sociaux faire tirer ma carte d’identité. Pendant qu’il faisait la demande, le député Arlindo Maia Lello qui avait une très forte représentation à l’époque est arrivé dans le bureau. Tout le monde l’a donc entouré quand il est entré. J’étais serré dans un coin, en attendant ma demande. Il m’a aperçu et il a pensé que je détonais dans ce cadre. Il sauta par-dessus le comptoir, arracha le papier de la machine de Durão et le déchira en disant : “Pourquoi le noir veut une carte d’identité?”
Portal Afro – À ce moment là vous êtes vous souvenus du conseil de Tia Catina?
Dep. Adalberto Camargo – J’étais serein. Après cette scène, la réception a pris fin, le député est parti et tout le monde s’est dispersé. Je l’ai rencontré par la suite et il m’a demandé s’il m’avait blessé. Je lui ai répondu: “Non. Monsieur, vous ne m’avez pas blessé, non”. J’ai soudainement donné un coup sur la table du bar, il a pris peur et je lui ai dis : “Un de ces jours je serai député fédéral”. Je me suis fait cette promesse à ce moment là. J’ai donc organisé ma structure sociale et relationnelle, pour démontrer ce que je pouvais faire pour la société. En 1966, j’ai récolté tous les efforts de ceux qui m’ont précédé et j’ai été élu député fédéral. Nous représentions 45% de la force électorale et nous n’avions aucun représentant au niveau national. J’ai été le premier pour São Paulo.

Portal Afro – Vous avez été élu Député Fédéral avec combien de votes?
Dep. Adalberto Camargo – Plus de 17 000 votes. Après, Theodosina a été élue conseillère avec 21 000. Puis est venue ma réélection avec 41 000 votes. Le certificat est là sur le mur. Après cela, en 1974, j’ai obtenu 90 000 votes. En 78, quand je suis arrivé à mon quatrième mandat, j’étais déjà combattu électoralement par une partie de la société électorale. Mais j’avais déjà engendré beaucoup de choses.
Portal Afro – Que saviez-vous des lois, du processus législatif?
Dep. Adalberto Camargo – Quand j’ai travaillé dans les automobiles, à Rio de Janeiro, chaque fois que je pouvais, je passais par le Palais Tiradentes et j’écoutais les discours des députés. C’est ainsi que j’apprenais. Dans le Législatif, j’avais plusieurs amis, comme Arnaldo Cerdeira et Ulisses Guimarães, qui étaient liés à un grand nombre de mes clients. Après mon élection en tant que député fédéral, j’ai cherché à me faire conseiller par des personnes qui connaissaient le processus législatif, comme Orlando Costa, un noir qui était déjà conseiller de la Casa, et Saturnino de Oliveira, qui m’ont apporté le soutien initial dans ma vie législative. Pendant deux ans, j’ai appris et fait connaissance avec les méandres du Congrès National. J’ai été membre des Commissions des Transports et des Relations Extérieures et suppléant de la Commission de la Justice pour apprendre un peu sur l’élaboration des lois, la Constitution, le Règlement Interne et d’autres structures juridiques.
Portal Afro – Votre élection a prouvé qu’avec un grand engagement, on peut y arriver…
Dep. Adalberto Camargo – Effectivement. Au cours de mon premier mandat, il y a eu un “réveil” des noirs pour la politique. J’ai lancé Theodosina pour le poste de conseillère pour São Paulo et plus de 40 candidats noirs dans l’intérieur de l’État, comme Laércio de Moraes, Genésio Arruda à Carapicuíba, Maria Helena Ferraz, à Bauru, José Camargo, à Araraquara, et beaucoup d’autres qui ont essayé d’emprunter le chemin politique.
Portal Afro – Et qui vous guidait dans ce chemin?
Dep. Adalberto Camargo – J’ai beaucoup appris aux côtés d’un grand juriste noir,





