10 décembre 2011

Cândida Soares : "Depuis quand la couleur de la peau ou la texture des cheveux déterminent la compétence ?"


par Rose Domingues

 

La musique du chanteur Gabriel Pensador illustre le climat de l'entrevue accordée par  professeure docteure Cândida Soares, chercheure du Cercle des études et des Recherches sur les relations raciales et sur l'Éducation (Núcleo de Estudos e Pesquisas sobre Relações Raciais e Educação-Nepre) de l'Université Fédérale du Mato Grosso (UFMT).

soaresSensible, aimable et très combattive, elle n'a pas perdu l'occasion de répondre à une question par une autre question : quel est le problème avec mes cheveux? Pourquoi-ai-je besoin de les défriser? En choisissant un patron de beauté, les médias disent que le reste n'est pas beau, ce qui est extrêmement pervers, puisque cela fait qu'un grand nombre d'enfants et d'adolescents désirent être une autre personne.

 

 Cândida a effectué des recherches dans des ouvrages de la période de 1991 à 2003 et a découvert que le racisme a été transmis  d'une génération à une autre à partir de messages explicites disant que la population noire est inférieure. "Dans ces conditions, comment une fillette blanche, à côté d'une noire, va-t-elle réellement comprendre que la fillette noire est égale à elle, est une amie, et non pas sa future employée?". Si d'une part, le racisme est totalement ouvert dans les livres, d'autre part, il est implicite  dans les blagues, les commentaires et dans les surnoms. "Il suffit d'observer les indicateurs sociaux pour avoir la preuve que les inégalités sociales au pays ont une origine raciale, le sujet doit être débattu, on doit y réfléchir et trouver les solutions"

Única – Quel est le sens de la Journée de la Conscience Noire?

 

 Cândida - Symboliquement, nous célébrons la mort de Zumbi, une des icones de la lutte pour la fin de l'esclavage au Brésil. C'est un moment de réflexion et de lutte, puisque nous vivons encore aujourd'hui de nombreuses inégalités sociales et le racisme en est la base. La date rappelle que nous sommes un pays construit grâce à la participation de peuples différents, parmi lesquels, au départ il y a les noirs emmenés d'Afrique et aujourd'hui des brésiliens, descendants des africains. Rappeler que nous avons tous des droits et qu'ils doivent être étendus à tous ceux qui contribuent à la consolidation de la nation.

 

 Única – Onze états, près de 260 villes et trois capitales ont adhéré à la journée fériée  (Cuiabá, Rio de Janeiro et São Paulo), mais récemment, le Mato Grosso do Sul a fait tomber la date, qu'en pensez-vous?

 

 Cândida – C'est une tentative évidente de banaliser la date. L'esclavage fut un système de production important. Reconnaitre que le racisme produit des inégalités c'est reconnaitre et réparer les nombreuses injustices commises, cela crée aussi une condition nouvelle permettant à la population brésilienne de communier, dans laquelle l'accès au droit soit réellement garanti à tous.

 

 Única – Les membres du mouvement noir indiquent que 'la lutte pour la liberté des noirs brésiliens n'a jamais cessé'...

 

 Cândida – Effectivement, car il y a un débat voulant que le problème de la société brésilienne est un problème de classe et non d'un racisme agissant. Le vécu pratique montre que le noir est discriminé même lorsqu'il conquiert une meilleure condition socioéconomique. Cela se produit parce qu'il s'agit d'une des structures des inégalités sociales.

 

 Única – Comment est né le racisme? 

 

Cândida – De la rencontre de personnes différentes et dans l'établissement de relations de pouvoir entre elles.  Au cours des 15ème et 16ème siècles, les discours selon lesquels il y avait des personnes  'supérieures et inférieures ' étaient fréquents. `À partir du 18ème siècle, avec l'avènement des sciences sociales et biologiques, de tels discours ont commencé à être traités comme des théories scientifiques et des déterminismes géographiques. Il y avait par exemple la théorie selon laquelle des pays déterminés, comme le Brésil, étant dans la région des tropiques, ne réussiraient pas et qu’ils disparaitraient dans les 200 ans. Il y avait aussi cette idée selon laquelle plus claire est la peau, la couleur des yeux, et des cheveux, plus supérieure serait la race. Certains chercheurs disent que le racisme a été l'une des armes les plus efficientes de l’impérialisme, et que pour cela, l'idéologie de la domination accompagne l'histoire de l'humanité.

 

 Única – Quelle est la différence entre les esclavages tout au long de l'histoire ?

 

 Cândida - L'esclavage ancien était une relation de pouvoir, mais qui ne déterminait pas la position définitive, donc si un peuple  'X' entrait en dispute avec  'Y', si 'X' perdait, à une autre occasion, il pourrait renverser la situation dans le processus de lutte et de négociation. C'est par la discussion que l'un était supérieur à l'autre, et non par des caractéristiques physiques et biologiques déterminées. Mais ce n'est pas le cas de ce qui se passe avec les hommes et les femmes noirs. Il existe encore une hiérarchie établie qui situe le noir dans une condition inférieure, comme s'il était naturellement inférieur.

 

 Única – Le racisme est-il un processus conscient? Normalement, les brésiliens n'admettent pas qu'ils sont racistes.

 

 Cândida – Oui, dans la majorité des cas, il est pratiqué de manière consciente. Celui qui sélectionne les candidats dans une entreprise par exemple, recherche un fonctionnaire ayant des traits déterminés. En général, celui que l'on place en avant pour répondre aux clients est, historiquement blanc. Entre une jeune fille noire et une autre blanche avec les mêmes qualifications, la noire est difficilement choisie. Bien sûr, tout le monde ne le 'déclare' pas, mais les décisions sont obtenues sur la base de ces critères, la couleur, les cheveux, particulièrement quand les candidats ont des caractéristiques différentes.

 

Única – Aujourd'hui, tout le monde veut défriser ses cheveux, en quoi consiste ce phénomène, et est-ce sain? 

 

Cândida – Ce sont des produits qui visent à décaractériser la femme noire. Ce sont toutes des manières de dire: 'Tu dois changer ton profil pour le meilleur'. Et ce meilleur veut dire 'défrisé'. Pour un enfant, c’est douloureux d’être exclu à cause de son type de cheveux. Les médias ont une culpabilité en cela, car ils présentent un profil, avec des rares exceptions. Quand les noirs apparaissent, ils sont dans une condition de subalternes. Tout cela fait que l'enfant n'ait pas d'élément de référence, puisque tout ce qui le constitue semble mauvais. L’actrice Taís Araújo jouait un rôle de femme noire,  mais malheureusement, l'auteur l'a placé dans une condition subalterne, il y a même une scène où elle s'agenouille et demande pardon et elle reçoit tout de même une gifle sur la face. Ça été dur de voir cela, une perfidie.

 

Única – Se basant sur le manque de noirs dans les médias, il y a une proposition de quotas pour les noirs dans la publicité, pensez-vous que cela peut aider?

 

 Cândida – Oui, toutes les initiatives ensemble peuvent nous faire réfléchir et changer. Parce que, en choisissant un patron de beauté  - et les médias font cela, et c'est pervers, on fait que de nombreuses fillettes ne veulent pas être elles mêmes, mais une autre. Quel est le problème avec mes cheveux? Pour quoi ne puis-je pas les garder comme ils sont? Pourquoi faut-il que je les défrise? De quelle perfection sommes-nous en train de parler? Il y a eu à une époque où la beauté de la femme c'était d'être corpulente!

 

 Única – Certains  historiens ont parlé au cours du dernier siècle du blanchiment de la société brésilienne, qu'est ce que cela signifie?

 

 Cândida - Il y avait des intellectuels qui donnaient 100 ans pour que notre société devienne absolument blanche. En 1911, le directeur du Musée National a fait une prévision selon laquelle en 2012 il n y aurait plus de noirs au Brésil, qu’est ce que c’est? Un processus d'extermination symbolique,  en plus de sa matérialisation. Quand tu vois un enfant de 9 ans qui veut se transformer en quelqu’un d'autre en défrisant ses cheveux, c'est tout cela qui pèse sur elle. Bien évidemment, à l’école, le traitement accordé aux camarades blanches est différent. Dans les relations sociales, il existe une perspective du beau qui massacre, tue, rejette et retire les noirs des espaces sociaux.

 

 Única – La violence symbolique est plus difficile à combattre, n'est-ce pas?

 

Cândida – J'entends beaucoup de gens dire: 'Aujourd'hui, il n y a que ceux qui ne veulent pas étudier qui ne le font pas'. Mais on est en train de massacrer la jeunesse noire, quand on fait attention, les écoles les moins outillées sont les écoles publiques, dans lesquelles la présence des noirs est plus importante. Ces jeunes sortent de l'enseignement moyen, font un cours technique et croient qu'ils trouveront vite un emploi. Mais ce n'est pas toujours le cas. Il existe des programmes sociaux, mais ce n'est pas pour tout le monde.  Dans le même temps, les indicateurs sociaux montrent une plus grande mortalité des parturientes noires, pareil pour la mortalité infantile, l'accès à la santé et l'opportunité d'emploi et de revenu. En contrepartie, les jeunes hommes noirs sont ceux qui meurent le plus de mort violente. Pour comprendre le racisme, il faut regarder de plusieurs côtés, sous de nouvelles perspectives. 

 

Única – L'Université Fédérale du Mato Grosso a récemment approuvé des quotas pour les noirs, cette initiative est-elle une avancée?

 

Cândida – Il a fallu de nombreuses années de lutte pour obtenir l'approbation des quotas  (pour les étudiants pauvres venant des écoles publiques et aussi pour les étudiants noirs venant des écoles publiques). C'est une avancée, c'est merveilleux! Mais on doit encore attendre les données pour vérifier si cette agrégation de la question raciale à la question sociale finira par une subalternalisation. On doit voir si les noirs auront une place dans les cours les plus courus, comme la Médecine, le Droit, le Génie...

 

 Única - Mais beaucoup de personnes sont contre les quotas et disent qu'ils encouragent les privilèges et empirent l'Éducation sans résoudre le problème à la base.

 

 Cândida - Comment ça des privilèges? En 2006, l'Andifes a réalisé une étude dans les universités publiques et a démontré qu'un peu plus de 2% des étudiants appartenant à la classe A sont noirs. Un autre recensement ethnique-racial réalisé en 2003, dans un partenariat entre l'UFMT et l'Université Fédérale Fluminense a indiqué que le nombre de noirs dans les cours de licence est raisonnable, mais, ils disparaissent dans les autres cours , dans certains il y avait à peine 1% de noirs , et dans d'autres encore seulement  'un jeune noir'. Sincèrement, ce sont des questions dont la société brésilienne doit débattre, parce que, en fin de compte, les jeunes noirs ne veulent-ils pas devenir médecins, avocats, ingénieurs, journalistes, architectes? Choisir un patron de beauté est pervers, car cela fait que de nombreuses gamines ne veulent pas être elles-mêmes, mais une autre. C'est quoi le problème avec mes cheveux? Pourquoi je ne peux pas les garder tels qu'ils sont? Pourquoi faut-il que je les défrise?

 

Única – Les quotas résolvent-ils le problème de la discrimination?

 

Cândida - Ils ne règlent pas le problème à eux tous seuls. C'est un instrument qui peut être utilisé pour  retourner cette situation d'iniquité dans notre pays. Aujourd'hui, on parle de quotas pour les noirs, mais si on utilise les données des inscriptions dans les universités, à l'UFMT par exemple, il existe des cours où il y a 100% d'étudiants qui se déclarent blancs ou  80% d'étudiants blancs. Existe-t-il un quota pour les blancs? J'ai lu une phrase qui m'a beaucoup captivé: 'La chance est la fille de la préparation et de l'opportunité'. Le noir peut tout à fait  être préparé, mais il a également besoin d'une opportunité. Diverses institutions d'enseignement qui ont mis en place les quotas démontrent que les étudiants ont des résultats parfois supérieurs à ceux qui ne bénéficient pas des quotas, donc, ce n'est pas le manque d'intelligence qui empêche ce type de politique publique.

 

Única - Le racisme est une idéologie qui passe d'une génération à l'autre, à partir de quel instrument est-ce possible de vérifier cela de manière ouverte?

 

Cândida - Il y a encore peu de temps, les livres didactiques portaient  les informations dans une perspective raciale dans laquelle le noir est traité comme un 'être inférieur '. J'ai étudié les livres du PNLD (Plan National du Livre Didactique) de 2001 et de 1991. En 91, il y avait un texte qui parlait ouvertement et de manière dépréciative du noir. En 2003, dans les livres de 2001, 2002 et 2003, j'ai observé le même langage, sauf qu'il était plus raffiné. Peut-être que l'enfant lit et comprend le message.

 

 Única – Quels types de messages portent les livres didactiques?

 

Cândida - Je me rappelle d'une caricature sur laquelle apparait un enfant avec les traits d'un blanc, bien habillé, et impeccable, et à côté, le visage d'un petit noir, pieds nus, casquette retournée, chemisette déchirée. La bulle du petit blanc disait : 'J'ai reçu plein de cadeaux pour la journée de l'enfance, et toi ?'. La bulle du petit noir, qui a un lance-pierre dirigé vers le blanc, disait: 'le mien va bientôt arriver, peux-tu me  donner tes tennis!'. Quand je l'ai lu, je me suis demandé : 'Mon Dieu, c'est quoi ce message? Quelle leçon sommes-nous en train d'enseigner?' Dans ces conditions, comment un enfant peut-il être fier d'être noir ?

 

Única – Les professeurs sont ils prêts à travailler sur la culture et l'histoire africaine dans les écoles ?   

 

Cândida – Le cours de pédagogie de l'UFMT a déjà amené une matière pour traiter le sujet, dans le cours d'infirmerie et de Lettres également, ce qui est une avancée, mais il manque une politique publique plus structurée de la part du gouvernement fédéral pour ne pas laisser cela sur la responsabilité du professeur. Il faut exiger que ces questions  reflètent dans l'organisation du travail scolaire, dans le projet politico-pédagogique, dans les ressources qui arrivent à l'école et aussi dans les livres paradidactiques. Quand l'imaginaire social raciste a été construit, il a utilisé l'appareil éducationnel, il faut donc être dans ce contexte pour déconstruire l'ancien modèle et construire un nouveau qui contemple tous les segments.

 

Única – Il n y pas de possibilité de nier la dette du Brésil envers les noirs...

 

Cândida – En effet, ce sont eux qui ont construit le pays. Ce sont eux qui travaillaient et produisait toutes les richesses jusqu'à la fin du 19ème siècle. Jusqu'à aujourd'hui, le Brésil  se maintient grâce à cette richesse, pourtant, la population noire est écartée du travail formel.Et c'est un processus d'inégalité qui doit être déconstruit et qui ne se produit pas d'un seul trait. L'éducation joue un rôle important. La presse également. Les études indiquent que les débats sur l'éducation présentent des discours selon lesquels des segments déterminés n'auraient pas le 'don' pour étudier ou avoir une scolarisation avancée, depuis quand la couleur de la peau ou la texture des cheveux déterminent-elles la compétence ?

 Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com

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08 novembre 2011

John A. Sánchez: "Il faut déconstruire l'État colonial, il faut changer la mentalité coloniale "

 

SCCPE (Équateur/ Prensa Ministerio de Justicia) - John Antón Sánchez, docteur en Sciences sociales, professeur de l'Institut des Hautes Études Nationales à temps complet et coauteur du livre "Pueblos Afro y Derechos Humanos: Del reconocimiento a las acciones afirmativas" (Peuples Afros et Droits Humains : De la reconnaissance aux actions affirmatives ) édité par le Ministère de la Justice, des Droits Humains et des Cultes.

John

Que repésente pour vous, en tant qu'afrodescendant le fait de publier ce livre ?

Ce livre représente pour moi une opportunité d'inclusion sociale, culturelle et intellectuelle des afrodescendants. C'est d'une très grande importance, car cela représente la construction théorique sur la façon dont on peut aborder le thème des droits et de la justice en partant de la perspective des peuples et des nationalités. Il peut y avoir d'autres livres sur d'autres groupes, mais celui-ci rend visible une population et un peuple qui a subi le racisme épistémologique académique.

Que pensez-vous de l'action de la justice en ce qui concerne les afrodescendants ou afroéquatoriens?

La Constitution de la République soutient que l'Équateur est un État de droit et de justice pour tous, mais il se trouve que au sujet des afrodescendants, la justice met/a des obstacles qui empêchent qu'elle existe, comme le préjugé racial, le racisme et la discrimination institutionnelle et la peur qu'ont les communautés d'exercer leurs droits auprès de ces institutions justement pour l'application de leur droits et de la justice.

Pourquoi en est-il ainsi?

Pour une raison très simple qui est qu'il existe une construction culturelle historique qui trouve refuge dans le racisme structurel, lequel tire son origine de l'esclavage avec tous les préjugés raciaux qui se sont maintenus jusqu'à nos temps modernes. On te dit que le noir représente le mal, le pervers, que le noir est synonyme de délinquance.

Le livre attaque donc ce problème en quelque sorte?

Avec ce livre, nous éduquons les nouveaux juges, les nouveaux fonctionnaires de justice qui est dans un processus de transformation qui a premis la consultation populaire de mai 2011, pour que la justice soit opérée sous le principe de la non-discrimination, de l'égalité et de la plutinationalité.

La publication d'un livre de cette nature peut-elle permmettre d'atteindre cet objectif ?

Non, d'aucune manière. Ce n'est qu'un acte symbolique important, mais il faut déconstruire l'État colonial, il faut changer la mentalité coloniale qui reste sous jacente dans nos sociétés latinoaméricaines.En Équateur, nous sommes en train de faire des pas importants vers la déconstruction. Je pense que le travail que fait le Gouvernement, le Ministère de la Justice aide à cristalliser cette déconstruction de manière à permettre que l'on sache que tous les citoyens sont véritablement égaux devant la loi.

Ce thème de la déconstruction du modèle colonialiste fait partie de l'agenda des afroéquatoriens et quelle a été la contribution du gouvernement actuel pour atteindre cet objectif ?

Il existe un agenda politique du mouvement social afrodescendant qui revendique les droits de l'égalité, les droits contre la discrimination et d'autres actions importantes comme les circonscriptions territoriales. Cet agenda a été interprété par le Gouvernement à travers des politiques publiques importantes comme le décret 60 et le Plan Plurinational contre le Racisme (Plan Plurinacional contra el Racismo). La situation est que ce Plan et les politiques publiques font face à une absence de culture de l'inclusion. Les fonctionnaires, les organisations ont besoin d'une psychiatrie institutionnelle pour déterminer où se trouves les relents du colonialisme, pour les attaquer et instaurer une nouvelle forme de traitement des afrodescendants. Ainsi on pourra présenter un agenda qui existe déjà, mais qui à cause des problèmes déjà décris n'a pas pu être appliqué à cent pour cent.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com

Source : http://www.minjusticia.gob.ec

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19 juillet 2011

Entrevue Jurema Werneck sur l’activisme des femmes noires brésiliennes

 

L’activisme des femmes noires, non seulement dans la société brésilienne, mais dans toute l’histoire de la diaspora, dépasse les démarcations historiques imposées par les données qui marquent le début du féminisme dans le monde. Bien longtemps avant, les femmes noires étaient la principale force de travail qui impulsait la croissance du Brésil comme nation. De Dandara à Luiza Mahin et de Carolina Maria de Jesus à Benedita da Silva, l’histoire des femmes noires est marquée par la lutte, le militantisme et par la bravoure nécessaires pour affronter très souvent les triples journées et souffrir doublement de la discrimination.

WARMECKAu cours de l’histoire ont été créées des organisations de femmes noires aux caractéristiques les plus diverses, ayant pour but de soutenir ces femmes dans les batailles du quotidien et partager des expériences pouvant servir pour motiver la poursuite de la lutte.

 Parmi ces organisations, on retrouve l’ONG carioca Criola, qui depuis deux décennies agit dans la formation des femmes noires, pour qu’elles deviennent des agents de transformation de la société, par des actions tournant autour de la santé, l’économie, le travail, les droits humaines, l’action politique et l’articulation avec des mouvements sociaux entre autres.

 Jurema Werneck est la coordonnatrice générale et l’une des fondatrices de Criola, et elle considère l’activisme comme quelque chose de latent chez les femmes noires brésiliennes et indique– comme point de départ de la lutte de ces femmes l’exemple transmis par les Ialodês, orixas féminines,  toujours représentées dans la mythologie africaine par des personnalités fortes et par l’autonomie marquées significativement par la façon dont elles imposent leur volonté aux orixas masculins faisant partie du panthéon.

 Dans une entrevue exclusive accordée à afrobrasnews, Jurema Werneck évoque la lutte des femmes noires, les conquêtes déjà réalisées et les obstacles qu'il reste encore à affronter dans cette épopée pour la survie.

 afrobrasnews - Criola existe depuis près de deux décennies, quels sont les besoins qui ont motivé la création de l’institution et quel fut le processus ayant mené à la concrétisation du projet?

 Jurema Werneck – Premièrement, le besoin de donner de la continuité à un héritage des femmes noires, qui fait référence à l’action politique – nous sommes actives et activistes depuis toujours. Criola est une manière de faire avancer cet héritage. Deuxièmement, la certitude que le racisme patriarcal a un fonctionnement différencié selon le sexe et l’identité de genre des personnes. Ainsi, une fois que les femmes, les hommes, les lesbiennes, les homosexuels et les transsexuels vivent le racisme de manière différente, il faut donner de la visibilité à ses différents mécanismes aussi bien que les différentes manières d’y faire face nécessaires. Tout en discernant la nécessité urgente de rendre explicite notre rejet et notre condamnation des options violemment sexistes en cours dans notre société en général et à l’intérieur des communautés noires, qui cherchent à anéantir notre puissance et notre capacité d’action.

 afrobrasnews -  En cette période, quelles sont les avancées que vous observez dans la lutte des femmes noires au Brésil et qu’est ce qui reste à conquérir?

 Jurema Werneck – Cela fait 19 ans d’existence. Le monde ne change pas si rapidement. Mais on peut percevoir de nouveaux positionnements, de nouvelles conditions de lutte et de participation dans la société brésilienne. Un exemple fort, ce sont les nouvelles intellectuelles noires: une conquête de la lutte. Nous qui avons commencé dans les années 80 ou 90 avions de grandes références intellectuelles noires, mais elles étaient peu nombreuses. Je parle des femmes comme Lélia Gonzáles, Beatriz Nascimento et d’autres rares, qui ont mis leur pensée, leur talent, leur vision du monde en soutien de nos luttes de transformation. Aujourd’hui, nous sommes un nombre beaucoup plus important d’intellectuelles – j’espère qu’elles répondent présentes et qu’elles perçoivent l’ampleur de leur responsabilité.

On peut également vérifier que, même si le sexisme reste en vigueur, la visibilité des femmes noires en lutte qui parlent en leur propre nom n’est pas tellement extraordinaire dans la société.

 afrobrasnews - À Criola, vous développez des projets dans divers domaines. Quel est le profil des femmes que l’institution recherche et quels types d’activités sont mises en place?

 Jurema Werneck – Notre travail est un travail de femmes noires pour les femmes noires. Ainsi, les profils sont semblables à ceux que nous avons : scolarités diverses,  différentes tranches de revenu, différentes possibilités de lutte, différents degrés d’expérience des violences du racisme patriarcal. Notre tâche est de leur proposer de nouvelles stratégies d’action, partager les informations et les connaissances et agir ensemble dans les combats qui sont nécessaires.

 afrobrasnews – Selon vous, quelles sont les politiques publiques qui touchent les questions de genre, particulièrement en ce qui concerne les femmes noires au Brésil, et lesquelles le gouvernement doit-il encore élaborer?

 Jurema Werneck – Malgré cet activisme fort de Criola dans le domaine de la défense et de l’analyse des politiques publiques des différentes sphères (municipales, des états et nationales), il n y a pas encore une quelconque politique effective et consistante ayant les femmes noires comme priorité. Cela donne la mesure du chemin que nous devons encore parcourir et de l’ampleur de la dette que le Brésil a envers nous  - particulièrement si l’on considère que depuis 9 ans, nous avons des gouvernements nationaux de gauche, qui ont eu des femmes noires à leurs premiers rangs! Il faut que ces gouvernements, administrateurs de la richesse produite en grande partie par nous, les femmes noires, nous rendent ce qui nous appartient de droit – sous la forme de politiques d’éducation, de santé, de travail et d’embauche, d’habitat, de transport etc – avec la vigueur nécessaire pour éliminer les disparités qui existent au Brésil entre les femmes noires et les femmes blanches. Et, principalement, mettre fin au privilège des hommes blancs dans l’appropriation des richesses nationales. C’est pour cela, et j’insiste, que ces gouvernements ont reçu de nouveaux votes.

 afrobrasnews – Croyez-vous que le fait que la présidence du Brésil soit occupée par une femme peut pousser à la création de ces politiques?

 Jurema Werneck – Je pense que le fait que nous ayons une femme comme Présidente est une conséquence de notre lutte – et qui lui donne une responsabilité dont elle ne peut se défaire de faire valoir l’héritage et le mandat qu’elle a reçu. Mais pour cela, il faut, au-delà du fait d’être une femme, être disposée à rompre avec le racisme patriarcal et faire tomber tout le réseau de privilèges qu’il rend disponible à tous ceux qui sont blancs, y compris cette femme qui est à la présidence. Il faut également que nous les femmes noires nous nous positionnions dans les luttes pour nos droits de manière consistante, en récusant les cooptations et en cherchant de nouvelles stratégies pour réaliser les progrès nécessaires pour un réel changement.

Par: Daniela Gomes

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

http://news.afrobras.org.br/index.php?option=com_content&view=article&id=1184:vozes-femininas-o-ativismo-das-mulheres-negras-brasileiras&catid=42:entrevistas&Itemid=69

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08 juillet 2011

Dennis Watlington : "Obama a endormi notre lutte"

par Maurício Pestana |

 

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Né dans le quartier de Harlem à New York en 1952, cinéaste, acteur et écrivain, Dennis Watlington a marché sur le fil du rasoir toute sa vie comme personnage principal d'un drame qui affecte une partie significative de la jeunesse afroaméricaine des ghettos : l'implication dans l'univers des drogues. A 14 ans, après avoir changé d'écoles plusieurs fois, il est devenu héroïnomane et après avoir surmonté cette étape, il a obtenu une bourse d'études à la Hotchkiss School, l'une des principales écoles de son pays. Plus tard, il est entré à l'Université de New York et s'est mis à se battre pour les causes civiles, s'impliquant dans le théâtre et le cinéma. Mais le monde marginal et la drogue ont de nouveau croisé son chemin et Dennis se retrouva accroc au crack. Et de la même manière, il surmonta tout cela pour un auteur de télévision gagnant, remportant même un Emmy Award. Avec le livre Chasing Amérique, Dennis montre le meilleur et le pire de ce que l'Amérique offre à un noir et, dans cet entretien exclusif, l'artiste révèle un pays peu dépeint dans les films hollywoodiens, où même le président Barack Obama n'échappe pas à ce regard différencié qui vient du ghetto.

Dans Chasing America, on retrouve le meilleur et le pire qu'un système comme le système américain  - copié par presque toute la planète comme un exemple de démocratie et de droits - peut  offrir à un noir. Au final, qu'offre-t-il en réalité?

Vous devez comprendre que j'ai 58 ans, mon temps de vie a traversé un moment critique aux les États-Unis au cours des dix premières années de mon existence. Le pays vivait une période triste et nous avions très peu de droits. Nous bénéficiions d'un quart de la valeur d'un citoyen nord-américain. Par la suite, le travail de Martin Luther King et due mouvement des droits civiques ont eu un impact très puissant. En 15 ans, plus ou moins, je suis passé de nègre, qui est péjoratif du point de vue de la couleur, à noir, et à afrodescendant. Les choses ont très vite changé. Le mouvement des droits civiques noirs a été le plus important pour les personnes de couleur et pour les femmes également dans l'histoire nord-américaine. Si vous vous imaginez le verre vide pendant 300 ans, qui au cours des 50 dernières années est devenu à moitié plein, il faut encore remplir l'autre moitié, dans de nombreux cas ce sera difficile, mais après 300 ans d'esclavage, c'est une réalisation phénoménale. Nous sommes arrivés au point de départ réel. J'imagine qu'il y aura beaucoup de résistance. Nous allons tenter de remplir le verre complètement.

Vous êtes le bon exemple d'un programme d'action affirmative, vous qui avez reçu une bourse d'étude pour une école importante. J'ai vécu une expérience pareille, et la grande difficulté était de suivre le reste des étudiants, plus préparés et venant de classes sociales plus nanties. Avez-vous également fait face à ce type de problème?

Je suis entré dans cette école très riche, une des meilleurs des États-Unis, à travers ce qu'on appelle des situations un peu inhabituelles. J'ai été accro à l'héroïne dans les rues de Harlem pendant trois ans et demi, et j'ai failli mourir et j'ai fini par attraper l'hépatite par le biais d'une aiguille contaminée, sale. Quand je suis sorti de l'hôpital, j'avais peur d'avoir une rechute et deux choses me sont arrivées: j'ai découvert John Lennon et quand avec Yoko Ono, ils luttaient pour la paix dans le monde. Ils m'ont attiré par ce qu'ils faisaient et m'ont montré que je pouvais être un guerrier pour la paix et non pas un guerrier par la sauvagerie dans laquelle j'avais été jusque-là. La deuxième chose c'est que les gens voulaient que je poursuive ce voyage, que je participe à des réunions dans d'autres ghettos pour parler en mal des drogues. Ai cours de l'un de ces événements, un homme blanc de 45 ans, cheveux grisonnants et ivre aimait ce dont je parlais et a dit : "Vous êtes un gars super, je vous aime bien, je veux que vous alliez à la Hotchkiss School. Je ne savais même pas ce qu'était Hotchkiss que c'était, mais quelqu'un m'a dit que le gars était riche et que c'était une école  pour riches seulement. Trois semaines plus tard, il a appelé le centre communautaire que je fréquentais à Harlem et a demandé que j'aille à Wall Street, dans son bureau. J'ai découvert que cet homme valait près d'un milliard de dollars. Il voulait que j'aille à cette école de riches, même si je n'en avais pas fréquenté au cours des trois dernières années, parce que la seule chose que je faisais c'était de m'injecter de l'héroïne.

Et comment fut le vivre ensemble dans une école de haut niveau? Le contraste a dû être difficile.

Malgré le fait que je n'avais  pas la formation suffisante, par son pouvoir, il m'a fait entrer dans l'école. Et entre le monde que John Lennon prêchait, j'ai rapidement découvert que: " Oh, je veux une Porsche." Entre John Lennon et une Porsche, je préfère une Porsche. Les éléments se sont réunis, la chimie était parfaite. Moi, un pauvre afrodescendant de Harlem qui entre treize et seize ans passaient six mois entre la prison et l'extérieur, un criminel sans aucune possibilité de faire autre chose que de survivre. En deux ans, j'ai été chef et président de classe. Les gens ont voté pour moi, ils étaient riches et sont devenus de grands présidents d'entreprises aux États-Unis. J'étais dans une l'école à parler aux jeunes adolescents en situation de  risque et j'ai utilisé le fait que mon passé prouvait qu'ils pouvaient tout faire. L'Ambition, les connaissances et les arts n'appartiennent à personne d'autre que celui qui va à leur rencontre et va les chercher. Pour moi ce n'est pas une théorie, c'est ma vie.

Au Brésil, il y a peu de cinéastes noirs qui travaillent pour la télévision, il n y en a pas plus d'une demi-douzaine. Le reflet de cela est une grande invisibilité des Noirs à la télévision brésilienne, qu'il s'agisse des émissions de divertissement ou de télédramaturgie. Ce problème existe-t-il également aux États-Unis?

Je suis un des rares afrodescendants qui écrivent ou peuvent écrire pour la télévision. Les grands réseaux ont des listes de ceux qui peuvent écrire pour eux. Aux États-Unis, un grand progrès a été réalisé, mais la plus grande partie de ce progrès part de la classe moyenne vers le bas, à cause de la législation. Ce sont des opportunités qui s'ouvrent à ce niveau de travail des services publics, tout cela a fonctionné, a augmenté. On rencontre les plus gros problèmes dans la classe moyenne et dessus,  dans laquelle se produit la plus grande partie de l'exclusion. Je vais vous te raconter un exemple: avez-vous vu la dernière cérémonie des Oscars? C'est fondamentalement une fenêtre pour le monde de la culture américaine. Mais si vous y aviez assisté pour la première fois, sans rien savoir des États-Unis, vous penseriez que la majorité des Américains sont des blancs libéraux, la majorité de la population. C'est là le plus gros problème. Les démocrates libéraux utilisent des personnes de couleur et réussissent à les faire rendre les républicains coupables, du fait qu'ils seraient racistes. Mais juste en regardant ça! Ils ne font pas la fête, ne célèbrent pas avec nous, ne vont pas à la messe avec nous, ne vivent pas avec nous et n'aiment pas nous recruter. C'est l'Amérique!

Mais vous avez parlé de progrès et une telle image ne reflète pas tant de progrès.

Quand on regarde l'aspect historique, oui, il y a eu de nombreuses avancées au cours des 50 dernières années, principalement entre les années 60 et 70, la période des droits civiques, en 1964. En 1965, le droit des électeurs. Et en 1973, sont arrivés les Actions Affirmatives. C'est le président Richard Nixon qui les a signé.

De là, il y a eu un bond pour arriver à Obama ...

Plus ou moins ... Nous avons avancé au milieu, entre les pauvres et les classes moyennes, mais nous ne sommes pas passés de la classe moyenne au dessus comme cela aurait dû être le cas. Il y a une paralysie, le problème de l'élection d'Obama est que les libéraux pensent qu'il n y a plus de problème, puisque qu'il y a un noir là. Et le problème n'est pas terminé! Nous sommes toujours les derniers en employabilité et en termes d'opportunités dans le cinéma. Le monde du divertissement est très blanc, de ceux qui font vraiment de l'argent. Nous avions des portes paroles voix qui questionnent suffisamment les limites que la société américaine nous impose, avant Obama. Jesse Jackson et d'autres étaient des leaders forts sur la le chemin des changements, des voix puissantes qui nous aidaient à progresser. Depuis qu'Obama est devenu la plus importante présence noire aux États-Unis, les Afro-Américains qui ne veulent pas nous offenser ou nous blesser restent tranquilles. Somme toute, le pigment est tombé au lieu de progresser. J'aime Obama et je n'ai rien contre lui, mais il a endormi notre lutte.

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Cela rappelle un peu ce qui s'est passé au Brésil avec les mouvements sociaux. Avec la montée de Lula, il y a eu un certain accommodement, puisque ces mouvements avaient un représentant au plus haut poste du pays. Et comment surmonter cette phase?

Eh bien, honnêtement, ce que je vais dire, peut même sembler un peu radical, mais c'est la réalité. Ironiquement, si nous avions un président blanc, actuellement, on serait mieux que dans cette situation d'arrêt.

Il ne faut pas oublier que Colin Powell et Condoleezza Rice ont fait partie d'un gouvernement républicain, et blanc!

Condoleezza Rice est un fonctionnaire publique du gpuvernement de plus haut niveau dans l'histoire américaine. Et parce qu'elle est républicaine, personne ne connait tout son potentiel. Si elle était une démocrate, tout le monde le connaitrait, et j'ai écrit à ce sujet et posé la question: " Peut-être qu'elle non plus  n'est pas noire". Je ne suis pas républicain, mais je respecte le fait qu'une femme noire puisse évoluer vers une fonction aussi haute, et cela nous ramène aux libéraux-démocrates aux États-Unis. Ils veulent nous faire avaler leur idée de ce qu'est la pigmentation. Parfois, je suis très controversé, parce que j'ai eu cette vie dans cette école de blancs si riche et celle à Harlem de l'héroïnomane. J'ai appris à faire face à des humains en tant qu'individus. Regardez des individus comme Condoleezza Rice, Colin Powell et un autre noir qui est à la Cour suprême - dont je n'aime pas non plus les décisions - mais je veux le respecter, car j'imagine combien ce fut difficile pour eux d'y arriver.

Votre biographie évoque des opportunités brisées à cause de la drogue. Qu'est ce qui pousse quelqu'un à échanger un avenir meilleur contre une poignée d'héroïne, de cocaïne ou de crack?

Il n y a pas de raison de prendre de la drogue. Les drogues puissantes créent des esclaves, et une fois que vous êtes esclaves, vous devenez esclave d'une substance, rien d'autre ne compte. Je voulais mon crack, mon héroïne, plus que je voulais une épouse, des enfants, des opportunités. Et j'ai eu tellement d'occasions ... J'étais le seul Noir qui écrivait pour le New York Times, Vanity Fair, j'ai une liste là. Les États-Unis me traitaient presque comme un blanc, ce qui était une prouesse. Mais en fin de compte, même si je combattais mon abus des substances, j'étais un esclave et le pire de tous, je volais. J'aurais même volé les dents en or sur le chevet de ma grand-mère. Et quand elle sourit, putain (rires). Je n'ai pas d'excuses à faire. J'ai simplement la chance d'avoir tant de frères et sœurs. Je ne suis pas mort! J'ai été chanceux de ne pas en être mort.

Qu'est-ce qui vous a fait arrêter les drogues?

J'avais tout perdu, j'ai vendu les meubles de ma maison, j'avais de la poudre à plusieurs endroits, je n'avais que de la poudre. Dans mon cas, j'en suis arrivé à mendier auprès du trafiquant: " Pour l'amour de Dieu, donne-moi quelque chose." Une fois un trafiquant de drogue était dans l'escalier, et je me suis mis à genou, en demandant pour l'amour de Dieu d'avoir un peu de drogue gratuite. Il m'a dit qu'il m'en donnerait , mais seulement si je lui permettait d'uriner sur moi ... (A ce moment, Dennis fait une pause dans son discours et se montre très ému). Ce fut pour moi le moment du changement, mais chacun doit faire face à cette décision. J'appelle ce moment «try or die», ou essayer ou mourir ou expérimenter ou mourir. Je m'en souviens comme si c'était hier. "Si tu essayes de faire ça, je te tue." Les trafiquants sont très lâches et il a probablement senti l'intensité en moi, la force avec laquelle j'en parlais. Il a eu peur. Je ne racontais pas cette histoire depuis des années, je me souviens, le crack vient dans une capsule en plastique et il a dit: "Prends". Il l'a jeté par terre. Malgré années passées, même aujourd'hui, j'entends le bruit jusqu'à présent, le son de la capsule tombant sur les marches.

Le Brésil a une grande diversité culturelle avec une forte présence de la culture noire. Quelle est votre perception du pays?

Pour moi, la première perception du Brésil s'est produite dans les années 60. Et aux États-Unis à ce moment, je n'avais jamais vu une nation qui avait un visage noir, une personnalité nationale noire comme Pelé, car dans les années 60, avec l'histoire des droits civils, il n'y avait personne d'aussi foncée que l'on traitait comme un roi, avec tout ce respect nulle part ailleurs. De l'extérieur, le Brésil était différent, et un lieu qui parvenait, à ce moment, à se projeter au niveau international avec une personnalité noire. Je ne connais pas les éléments intérieurs, donc je ne peux pas me prononcer.

Barack Obama était récemment au Brésil et il a un grand charisme ici, principalement au sein de la communauté afrobrésilienne. Peut-être, contrairement aux États-Unis, il fait presque l'unanimité ici, mais son passage a été très contesté. Les gens s'attendaient à ce qu'il dise qu'il était heureux de visiter le plus grand pays noir en dehors de l'Afrique. Les actions d'Obama sont elles également grandement remises en questions parmi les Afro-Américains?

Les Afro-Américains sont assez pareils, que ce soit au nord dans mon pays ou au sud dans le vôtre. Le fait est qu'ils se sentent engagés à cause de la couleur de peau, et de plein de manières, il a été une déception. Pour pouvoir être réélu, Obama a besoin de ses électeurs blancs, et il fait très attention de ne pas mentionner les Afro-Américains, parce qu'il a peur de perdre l'élection. Il est important de se rappeler qu'il a grandi à Hawaï, où 1 à 2% de la population est afrodescendante. Obama avait ce grand-père noir, des grands-parents blancs, une mère blanche et un père africain qui avait abandonné le foyer très tôt. C'est le seul afrodescendant que je connais qui a une planche de surf.

Mais il a Michelle!

Quand il rencontre Michelle, il va vers le sud de Chicago, de ce côté "Afrique" de Kennedy et pour la première fois de sa vie, il a un contact significatif avec la communauté afro-américaine. Son histoire est davantage celle d'un grand Américain qui vient ici de l'autre côté du monde, et non pas un Afro-Américain comme moi, j'ai le sang esclave de mes ancêtres, mes parents ont souffert la ségrégation, les 300 ans d'esclavage et du fait d'être noir et de toutes ces choses contre lesquelles nous devons nous battre et batailler pour arriver là où nous sommes. Obama n'est pas passé par tout cela et c'est pour cela qu'il a pu devenir président et obtenir suffisamment de votes des blancs. Il n'était pas un "brother", c'était un cousin, et là se trouve la différence.

Quel fut votre sentiment en remportant l'un des prix les plus importants de la télévision américaine, les Emmys?

 Je le méritais simplement!

 

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

 

http://racabrasil.uol.com.br/cultura-gente/156/paginas-pretas-do-submundo-das-drogas-ao-sucesso-221147-1.asp

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07 juillet 2011

Entrevue Sonia Cleide Da Silva sur les politiques publiques et les femmes des Quilombos

 

 


- La deuxième interview de la série "Nosotras Mujeres Negras de Brasil" (Nous les femmes noires du Brésil) produite pour commémorer l'Année Internationale des Afrodescendants est celle de Cleide Sonia da Silva. Leader de Malunga, un groupe de femmes noires de l'Etat de Goiás, et représentante brésilienne du Centre-Ouest. sonia

La région comprend trois États en plus du District fédéral que sont Goiás, le Mato Grosso et le Mato Grosso do Sul. La capitale du pays Brasilia, le centre des décisions politiques du pays, est située dans cette région. Le Centre-Ouest se concentre 6 millions d'afrodescendants sur un total de 13,6 millions d'habitants selon le recensement de 2010.

Dans cet échange, Sonia part de la perspective des femmes rurales et quilombolas de Goias pour indiquer les problématiques que les politiques publique de réduction de la pauvreté doivent considérer. Elle se réfère aux principaux besoins des communautés en santé et en éducation. Le gouvernement brésilien estime qu'elles sont au nombre de 2700 dont 104 sont dans le Centre Ouest. Sonia aborde également le travail de l'organisation qui consiste à amener dans communautés quilombos et dans les zones rurales les informations et les politiques pour lutter contre le racisme, la violence sexuelle contre les enfants et les adolescents et pour la promotion de la santé.


A votre avis, comment devrait-on penser les politiques de lutte contre la pauvreté au Brésil?

Cleide Sônia da Silva: Les politiques sont pensées en fonction des femmes qui vivent dans les zones urbaines et les problèmes des femmes quilombolas et rurales sont mis de côté . Il n'existe pas de politique se focalisant sur la lutte contre la pauvreté pour ces femmes. Nous travaillons avec elles, je crois que pour les satisfaire, ces politiques devraient être conçues de manière différente. Les politiques actuelles nécessitent des ajustements ou des réajustements pour pouvoir être efficaces.

Quelle est votre analyse des politiques de lutte contre le racisme au Brésil et dans le Centre-Ouest du pays?


Cleide Sônia da Silva: Dans l'État, il y a des politiques prévues en faveur de la population noire, et pourtant elles ne sont pas appliquées. Les problèmes les plus pressants des collectivités sont liés à la santé et à l'éducation, ce sont deux domaines fondamentaux autant pour travailler pour surmonter le racisme et que les inégalités. La Santé, parce que nous devons être en santé pour lutter et l'éducation, car elle donne la base pour la lutte.


Quel est le travail réalisé par les organisations de femmes noires dans la lutte contre le racisme et la violence contre les femmes dans le Centre Ouest?

Cleide Sônia da Silva
: Depuis 15 ans, Malunga travaille avec les associations des femmes en acheminant des informations sur les droits, la santé et d'éducation auxs communautés et en particulier aux femmes. Nous terminons un projet de lutte contre la violence sexuelle contre les enfants et les adolescents dans la communauté Vao de Alma às Cavalcante - GO. Dans les quilombo, nous mettonen place des unités sanitaire où la santé est offerte comme un droit. Nous apportons du soutien et de orientations aux femmes et aux hommes vivant dans les communautés sur la façon d'accéder aux programmes destinés à la population quilombola, par exemple. Nous réalisons également un travail avec la Fédération d'Umbanda et de Candomblé de Goiania en soutien pour la légalisation des maisons des religions de matrice africaine.


Quel rôle joue l'ONU Femmes(UNIFEM) pour améliorer la vie des femmes noires brésiliennes? Comment l'organisation peut agir dans le Centre Ouest du pays?


Cleide Sônia da Silva
: Il serait très important si l'ONU Femmes réusissait à faire quelque chose visant les femmes et les jeunes rurales et quilombolas du Brésil. Pour cela, j'espère que l'organisation sera sensible à l'écoute les femmes de ces communautés, qu'elle nous aide à acheminer les informations dans les quilombos. L'ONU Femmes doit penser à des mécanismes permettant de travailler avec ces femmes. Je souhaite que ONU Femmes ait la force de tous les Orishas et puisse travailler pour que les questions touchant les femmes sortent vraiment des papiers. Mon grand rêve est de voir les politiques publiques en faveur des femmes porter véritablement leur attention sur les femmes quilombolas.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga  http://guyzoducamer.afrikblog.com 

http://racismo.inesc.org.br/racismo/visualizar_noticias.php?id=133

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06 juillet 2011

Les Africains Américans ont-ils peur des Sciences? Entrevue de Neil deGrasse Tyson

par Alan Hughes

Au fil des ans, Neil deGrasse Tyson est peut-être devenu le scientifique le plus reconnu du pays. En tant qu'hôte de PBS "NOVA ScienceNOW, et invité régulier de spectacles populaires tels que The Daily Show avec Jon Stewart, The Colbert Report et Jeopardy! l'astrophysicien continue de contribuer à sa manière à l'instruction scientifique des masses.

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BLACK ENTERPRISE a récemment échangé avec le directeur du Hayden Planetarium de New York pour discuter des Africains Américains et des sciences.

Pourquoi est-il important d'avoir ou de viser une carrière dans les sciences et avoir cet ensemble de compétences et de connaissances de base?

Neil deGrasse Tyson: Deux choses à dire tout d'abord: je ne prétends pas avoir une solution spéciale pour augmenter la représentation des minorités dans le domaine des sciences. J'ai quelques idées, mais je ne les mets pas en avant en disant "voici de quelle manière cela va résoudre le problème. Ce n'est pas non plus vraiment une exigence d'une société que tout le monde devienne un scientifique. Ce qui devrait arriver, que nous devrions tous comprendre et valoriser, c'est que un minimum de personnes sont scientifiquement instruits. De telle sorte que comme un électorat, vous puissiez prendre des décisions éclairées sur les problèmes qui se posent, où vos connaissances scientifiques impactent sur la façon dont vous pourriez voter sur une question ou une autre, ou sur des décisions importantes relatives à l'avenir de la société, son économie, l'environnement. Tout cela, dans leur fondement, implique une aisance scientifique. Donc, chacun devrait être scientifiquement alphabétisé.

Sommes-nous quelque part proches du temps où l'on verra une plus grande représentation d'Africains Américains dans les sciences?

 Tyson: Non. Permettez-moi de vous présenter une perspective. Lorsque j'ai obtenu mon diplôme à la faculté, il y avait quelque chose comme 130 diplômés noirs dans ma classe de finissants. On parle d'une classe de Harvard en 1980. Sur ces 130, il y a eu un article sur la classe de finissants dans le New York Times qui citait ces 130 personnes. Deux ont obtenus des diplômes universitaires supérieurs. Et j'étais l'un de ces deux là. J'étais là, diplômé de l'une des institutions à l'histoire des plus illustres sur terre, où s'il y a une institution dont on devrait s'attendre qu'elle alimente les universités, ce serait la population des diplômés qui en sont issus. Et il n'y en avait que deux. La façon la plus simple que je peux le comprendre, c'est que la communauté à cette époque n'avait pas encore le luxe d'utiliser cette éducation à cette fin. Et donc, ce que cela signifie c'est que, si vous êtes le premier à aller à l'Université ou le premier à aller dans une école sélective, là où il y a une forte attente en terme d'opportunités, est ce que la première chose que vous penserez c'est "Oh, laissez-moi étudier les sciences? "Non, vous allez en quelque sorte vous bâtir un capital. Vous choisirez un emploi où le revenu est garanti et élevé. Donc dans le juridique, la finance, l'école de commerce, la faculté de droit, l'école de médecine.

En tant que parent ou en tant qu'éducateur, à quel moment précis, si quelqu'un a cet intérêt, vous pouvez en quelque sorte le nourrir,  le laisser s'installer et le laisser grandir, de sorte que quand ils va à l'université il ait cette perspective dont vous avez parlé?

Tyson: Tout est question d'accès aux opportunités. Tout ce que je peux faire c'est d'être visible dans mes activités. Et il y a quelques autres trucs que je fais dans la communauté et qui sont quelque part à moitié controversées. Par exemple, je ne fais plus de discours durant le Mois de l'Histoire des Noirs. Si cette occasion explique pourquoi vous pensez à m'inviter pour faire un discours, il est alors évident que les 11 autres mois, je n'apparais même pas dans votre pensée, et donc je ne suis pas aussi visible en tant que scientifique que je le devrais peut-être. C'est donc me catégoriser comme un scientifique noir versus un scientifique américain. Comme scientifique américain, il y a un accès auquel tout le monde a droit, que tout le monde voit, et auquel tout le monde peut participer. Et j'attache une grande valeur à cette exposition.

 Que diriez-vous à une jeune personne qui vous a vu à la télévision et qui cherche à devenir le prochain docteur Tyson?

 Tyson :J'ai deux réponses: l'une est, il n'y a personne que je voulais devenir en grandissant. En fait, je pense que le concept de modèle est surfait. Si j'avais eu besoin qu'une personne noire devenue un scientifique et qui a grandi dans le Bronx vienne avant moi, je ne serais jamais devenu ce que je suis. Les modèles fonctionnent si vous voulez percer dans les professions bien représentées, ou des professions dans lesquelles la communauté noire est fortement représentée. L'astrophysique n'en fait pas parie. Si je voulais être un astrophysicien, j'allais bricolé, morceau par morceau, le modèle que je voulais alors devenir. J'ai donc trouvé quelqu'un qui avait la maîtrise totale de la physique, et j'ai pensé, "c'est ça que je veux devenir." Je suis allé vers cette personne et je lui ai dit: "Qu'avez-vous fait? Quelles écoles avez-vous fréquenté? Comment avez-vous étudié? "J'ai trouvé une personne qui avait un sens de l'humour bien ancré dans le travail qu'ils font. J'ai demandé: "Comment vous stimulez-vous, et comment développez-vous cela dans votre propre esprit?"

 Donc, si vous aimez ce que je fais scientifiquement, alors téléphonez-moi et je vous dirai ce que j'ai réalisé dans les sciences. S'il ya quelqu'un d'autre qui a d'autres caractéristiques que vous préférez, appelez le, reconstituez le tout. Mais au bout du compte, peut-être que ce que vous reconstituez n'existe chez personne du tout, et vous devrez le créer de bout en bout. Et ce faisant, vous devenez le premier d'un genre plutôt que le suivant d'un genre qui existe déjà.

Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com 

http://www.blackenterprise.com/2011/06/30/neil-degrasse-tyson-on-african-americans-in-the-sciences/

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16 juin 2011

L'anthropologue afrobrésilien Vilson Caetano Jr évoque son dernier ouvrage sur le candomblé

caetano

Post-Docteur en Anthropologie de l’UNESP et chercheur spécialisé dans les thématiques reliées au candomblé et à la matrice africaine, a lancé le 8 juin dernier le projet Na Palma da Minha Mão: Temas Afro Brasileiros e Questões Contemporâneas,(Dans la paume de ma main : Thèmes Afrobrésiliens et questions contemporaines) en collaboration avec l’artiste plastique Rodrigo Siqueira. Il s’agit d’un livre et d’une exposition, composée de 20 toiles sur huile, qui tournent autour de la modernité et des changements subis par le candomblé, le syncrétisme religieux et la contribution africaine aux sciences. L’exposisition reste à l'affiche jusqu’à la fin du mois, à la Bibliothèque Publique de l’État. Dans cette entrevue, Vilson parle du projet, du préjugé et de l'héritage des Africains.

Quelle est la contribution africaine aux sciences, à la technologie et à la médecine?

Les civilisations africaines n’ont pas seulement laissé aux générations suivantes un ensemble de connaissances sur le corps, mais aussi des notions comme celles de l’infini, de la génétique, de la probabilité. Nous avons également inventé l’écriture et nos ancêtres ont été capables de dresser les cartes de toutes les parties de la terre. C’est cette histoire que nous devons transmettre à nos enfants. Nous devons leur raconter la trajectoire de civilisations comme celle de l’Égypte et tant d’autres. On doit leur dire que nous ne sommes pas les descendants d’esclaves, mais de rois, de reines, de princes, de princesse, d’artistes de médecins. Il suffit de regarder la ville qui nous entoure. Partout, on trouve une caractéristique africaine ou afrobrésilienne.

Les recherches pour ce livre ont elles impliqués les terreiros de l’ensemble du Brésil et un contour des terreiros bahianais?

Plus que cela, elles se sont basées sur les récits, les histoires de vie et les souvenirs des anciens et des anciens des religions de matrices africaines avec lesquels j'ai vécu pendant près de 30 ans. D'où la richesse des détails et des histoires pour justifier les textes.

Ce livre intéresse le public en général ou la cible, ce sont les chercheurs spécialisés dans cette thématique ?

C’est un livre que tout le monde devrait lire, y compris les enfants. Les illustrations le facilitent. Que les chercheurs s'en intéressent, c'est ce qui importe le peu. Le milieu universitaire est toujours à la recherche de thèses pour contester. Ce livre n'a pas été écrit dans ce but, mais plutôt pour parler des questions philosophiques, religieuses, sociales, éthiques et d'autres qui au fil du temps furent utilisées pour stigmatiser les religions réorganisées au Brésil sur la base des traditions africaines.

Professeur, ressentez-vous une augmentation de l'intérêt des personnes pour connaitre les religions africaines, et par conséquent, une diminution des préjugés liées à celles-ci?

Je considère des choses différentes. Par exemple, à la fin du 19ème siècle, il y a avait un intérêt de la part de certains groupes à connaitre les religions de matrice africaine, en même temps ce fut à la même période que se constituèrent à l’intérieur de ce qu’on appelle les Sciences Sociales une série de discours racistes qui nous traitaient d’animistes et de fétichistes. En fait, il faut avoir dans notre regard un changement sur ces religions. Il est vrai que nous, peuple de axé, nous parlons davantage de nous mêmes.Cela vaut la peine de noter l’ouvertue dont nous bénéficions dans certains médias, cependant, vaincre le racisme reste un de nos principaux défis.

Pour quelle raison le projet porte-t-il le nom de Na Palma da Minha Mão?

Parce que tout dans les religions de matrice africaine commence dans les mains, il suffit d’observer que c'est en frottant une main contre une autre que le prêtre ou la prêtresse évoque les orixás et c'est en jouant aux búzios (coquillage) sur une table que notre ancestralité est revélée et ainsi de suite. Le titre est aussi venu, en observant le travail de Rodrigo Siqueira, qui illustre le livre, qui lisait les articles et donnait la forme, la couleur, et enfin la vie à l'écriture. De là est née l’idée de Candomblé dans la paume de ma main, ce qui veut dire que les contenus de cette religion sont à la portée de tous. Par négligence de ma part, le mot candomblé a disparu et on est resté avec juste: Na Palma da minha mão: temas afro-brasileiros e questões contemporâneas. Rodrigo n’a pas aimé, car il y a déjà sur le marché deux travaux portant le même nom. J’ai alors souri et je lui ai dis qu’aucun cependant n'est égal au nôtre.

 

 

 

traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

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15 juin 2011

Entrevue du Professeur John Stanfield :l'éducation comme arme pour l'égalité

John H. Stanfield II, professeur des Études Afroaméricaines et de la diaspora africaine de l'Université Indiana- Bloomington, croit à l'automotivation comme arme pour mettre fin aux inégalités sociales. Il est actuellement au Brésil pour poursuivre ses recherches et ses étdues sur les inégalités raciales dans le Rio de Janeiro. Lors d'une visite rapide à São Paulo, Stanfield a accordé une entrevue à Afrobrasnews sur l'éducation, les opportunités et l'automotivation:

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Afrobrasnews: Depuis les années que vous faites de la recherche sur les inégalités sociales et raciales dans le Rio de Janeiro, quel est selon vous le facteur primordial qui maintient les jeunes et les adolescents noirs hors des universités?


John Stanfield: Je pense que plutôt que d'attendre des actions du gouvernement, nous devons chercher l'automotivation. Même si on ne dispose pas des ressources, on peut faire le nécessaire pour obtenir le meilleur dans toutes les situations, faire ce qui est possible. Dans les grandes villes, comme Rio de Janeiro, c'est plus simple d'avoir accès à l'information par internet et dans les bibliothèques. Le jeune noir doit s'informer, même pour recevoir l'argent des actions d'inclusion des organes publics.


Afrobrasnews: Pensez-vous que le manque de professeurs et de chercheurs noirs peut avoir une influence dans la non identification des étudiants noirs à l'université?


John Stanfield:
Effectivement. Nous n'avons pas de représentativité dans les salles de classe. Dans les universités, par exemple, il y a très peu de professeurs noirs Nous en avons besoin, d'enseignants et de docteurs noirs intéressés à agrandir et à motiver les générations futures. Et c'est sans parler du nombre de femmes noires qui font de la recherche. Aux États-Unis elles sont très peu nombreuses.

Afrobrasnews: Et qu'est ce qui éloigne la femme du  milieu universitaire?


John Stanfield: Très souvent, la femme préfère rester à la maison avec ses enfants et son mari. Elles finissent par abandonner les études. Je ne dis pas que les femmes doivent abandonner le rêve d'être des épouses, des mères. Je dis qu'il n'est pas nécessaire de s'annuler en tant que citoyenne pour exercer certaines fonctions. Afrobrasnews: Pensez-vous que le machisme dans la société dans laquelle nous vivons peut influencer ce choix?


John Stanfield : J'ai des étudiantes qui se sont laissées prendre par leurs maris et leurs petits amis, qui ont été 'forcées' de consacrer plus de temps au foyer. Nous devons être conscients que sans éducation il n'y a pas de changement efficace. L'amélioration de la vie des noirs est notre responsabilité à tous.

Afrobrasnews: Comment encourager un jeune homme noir, souvent sans ressources, à rechercher l'éducation?


John Stanfield:
Je pense que nous devons faire que ces jeunes aient des objectifs, qu'ils se voient faire ce dont ils rêvent. Nous devons faire qu'ils croient en eux. Surtout qu'ils apprennent à reconnaître et à aimer la culture noire, faire qu'ils soient respectés en tant que citoyens noirs, quelle que soit la position qu'ils occupent.

Par Vivian Zeni

 

 

Traduit du  Portugais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

 

 

 

 

 

 

 

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03 juin 2011

Alfonso Múnera : " Le racisme est une conséquence de l'esclavage, une des plus perverses "

Par Garavito Rodríguez César / spécial pour El Espectador


Le débat s'ouvre sur les réparations aux communautés noires et les études sur les esclaves et leurs descendants dans la construction de la nation. Entretien avec l'historien Alfonso Múnera.


Munera

Même dans un pays dépourvu de mémoire, on est surpris par le silence de cimetière qui règne sur une des expériences fondamentales de la société colombienne: l'esclavage de dizaines de milliers de personnes emmenées de force en tant que marchandise, de la côte ouest de l'Afrique.


Mis à part de rares notions dans les manuels scolaires, il y a peu de traces dans la conscience collective de l'origine d'au moins cinq millions de citoyens qui se reconnaissent comme  afrodescendants, ou de la place centrale de Cartagena dans l’envol du commerce transatlantique. Ce commerce qui a conduit à la déportation forcée de 12,5 millions d'Africains vers les Amériques pendant 366 années et qui constitue "un des crimes contre l'humanité les plus importants de l'histoire", comme en a récemment conclu l'historien David Brion.

 Le résultat ne se limite pas seulement au manque de données historiques fondamentales. Il y a aussi l'absence d'un débat ouvert sur les effets actuels de l'héritage de l'esclavage. Heureusement, la situation semble être en train de changer. Les études internationales offrent un panorama plus complet, comme celui de la base mondiale de données sur cette thématique qui a mené à la publication récente de l'Atlas du commerce transatlantique des esclaves (slavevoyages.org).


L'ONU a déclaré le 25 Mars, Journée Mondiale des Victimes de l'Esclavage. En Colombie commence le débat qui a eu lieu dans d'autres pays sur les réparations en faveur des afrodescendants, comme le démontre l'important travail accompli par Claudia Mosquera et Luiz Barcelos (Afrorreparaciones), qui s’ajoute à un nombre croissant d'études sur l'histoire afrocolombiennes. Parmi eux se distinguent les travaux d’Alfonso Munera, historien et vice-recteur de l'Université de Cartagena. Ses livres Fronteras imaginadas et El fracaso de la nación sont des études pionnières reconnues sur les esclaves et leurs descendants dans la construction de la nation.

 

César G. Rodriguez : Pourquoi parler de l'esclavage aujourd'hui?

 


Alfonso Munera
: Partout, il y a ceux qui disent que regarder le passé est une façon de mettre des obstacles au progrès. Je me souviens de la réponse du philosophe Jürgen Habermas dans le débat allemand sur l'héritage du fascisme hitlérien. Il disait que ces moments terriblement traumatisants qui marquent l'histoire d'un peuple ne peuvent pas être dépassés en les oubliant simplement. Dans notre cas, l'esclavage est un de ces traumatismes fondamentaux. Il faut évaluer et diffuser les circonstances et les expériences historiques, parce que ce n'est que dans la mesure où certaines vérités deviennent collectives que l’on arrive effectivement à commencer à dépasser ces traumatismes.


Le traumatisme fondamental de l'esclavage continue de peser de manière accablante sur des milliers et des milliers d'êtres humains, réduits à un statut inférieur, auxquels on a dénié des opportunités et qu'on a placé dans des circonstances d'immense désavantage. Il faut commencer par cette reconnaissance parce que ce traumatisme est à l'origine de la marginalisation, de l'exclusion et de la misère de la grande majorité des afrocolombiens.

 

 

CRG: Quels effets l'héritage de l'esclavage a de nos jours?


AM: Le fait que l'esclavage ait duré pendant plus de trois siècles a généré une manière de se sentir, une façon de penser, d'imaginer les relations entre les êtres humains, des valeurs, des systèmes de hiérarchie. L'héritage que cela nous a laissé est ce sentiment et cette rationalisation des esclaves et de  leurs descendants, qui était marqué par le fait de les considérer comme des êtres inférieurs. Je pense que nous portons encore ce terrible fardeau.

Mais  la migration forcée, inhumaine, des centaines de milliers de gens qui sont venus sur nos côtes a également été une influence décisive sur d'autres domaines profondément positifs. Personne ne peut nier que la culture colombienne est marquée par la richesse de la diversité, dans laquelle la contribution des Africains et leurs descendants a été définitive. Pas seulement la musique et la danse. Je veux parler d'autres choses aussi profondes  et qui ont exercé un effet très bénéfique: les visions du monde des Africains, leur manière particulière de comprendre les relations humaines, tout ce bagage culturel diffusé.


CRG: Que signifie l'esclavage dans l'histoire colombienne?


AM: Il a signifié la vie d'un système de travail, des relations de vie et une culture qui a dominé la vie coloniale et s'est prolongée jusqu'au milieu du 19ème siècle.


On oublie parfois la vérité élémentaire qui est que l'économie coloniale a été soutenue principalement par les épaules des travailleurs esclaves. Non seulement dans l'exploitation des mines d'or et d'argent, qui étaient la base de cette économie, mais aussi dans les grandes haciendas, autant de sucre que d'élevage, ou dans le transport par la  route principale qu’était la Magdalena. L'esclavage n'a pas été un événement accidentel, ni mineur, il a été au centre même de la vie des Colombiens de l'époque.

 

 

CRG: Existe-t-il une quelconque relation entre l'oubli collectif de l'esclavage et l'opinion selon laquelle en Colombie le racisme n'existe pas?

 

AM: Il y a toujours eu un débat sur ce qui est arrivé en premier,  l'esclavage ou le racisme. Je pense que nous savons clairement aujourd'hui que le racisme est une conséquence de l'esclavage, une des plus perverses. Ce qu'il y a c'est que, en Colombie s'est construit avec succès une idéologie, des personnes imaginatives qui cherchaient à nous convaincre que le projet du métissage avait créé la base solide de la nation. Derrière cela, se cachaient les pratiques discriminatoires et profondément racistes contre les Noirs et les Indigènes. C'est ainsi qu'est née cette espèce de sens commun, selon lequel le racisme n'avait pas existé en Colombie, ou que nous avions connu un racisme plus indulgent, comme s'il y avait des racismes  plus indulgents que les autres. Donc,  quand on pose le problème du racisme, et quand on propose des actions affirmatives et réparatrices de cette expérience perverse que fut l'esclavage, survient la critique selon laquelle ce que nous faisons, c'est imiter l'expérience des pays comme les États-Unis.

 


CRG: Les plans d'accès à l'éducation et à d'autres espaces en faveur des afrocolombiens font-il défaut?


AM: Dans le débat sur les actions affirmatives, il manque une compréhension de la manière dont fonctionnent certains phénomènes historiques. Les dégâts de l'esclavage n'ont pas pris fin avec la loi d'abolition de 1851. Ce serait une façon assez mécanique d'interpréter l'histoire, et de fait  anhistorique. La loi n'a pas fait disparaître les effets de l'esclavage. De plus,  l'État n'a presque rien fait pour les secteurs qui en avaient souffert bénéficient de processus rapides d'inclusion et de progrès dans la Colombie du 19ème et des 20 ème siècles.

 

 Face à cela, certains répliquent qu'il y a eu des Noirs qui ont réussi à étudier et que quand les gens font des efforts, ils avancent. Mais il s'agit d'un argument fallacieux, car il transforme l'exception en règle. Ce qui est démontré par le fait que très peu l'ont fait, et c'est précisément parce qu'il y a eu certaines structures qui ont empêché que beaucoup d'autres puissent le faire. Ces structures sont héritées de l'esclavage, et n'ont pas changé avec la République ou avec la loi qui a aboli l'esclavage, mais elles sont restées en place en consolidant en plus les circonstances défavorables dans lesquelles continuent de vivre ces communautés.

 

CRG: Quel message l'héritage culturel africain renvoie-t-il à la réalité colombienne d'aujourd'hui?


AM: Il ya un bel article de Manuel Zapata Olivella, dans lequel il disait quelque chose pour réfléchir sur cette période de recrudescence de la criminalité en Colombie: que les peuples africains, emmenés en Amérique en tant qu'esclaves ont amené avec eux une vision du monde de profonde harmonie de l'être humain avec la nature, avec les autres êtres humains et avec les morts.

 

C'est la vision du monde évidente dans les valeurs communautaires d'endroits comme Palenque, ou de nombreuses communautés du Pacifique. Ou comme à Cartagena que je connaissais, où le crime violent était exceptionnel. Cela s'est perdu progressivement  et il faudrait le retrouver. Un autre exemple, c'est la danse, que l'ont a transformé en folklore jusqu'à l'extrême, mais qui a un rôle fondamental dans la construction des relations humaines, dans le développement de ce que quelqu'un  appelait "l'intelligence du corps." C'est pareil pour la musique et la cuisine colombiennes auxquelles les africains ont tellement apporté. En bref, beaucoup de choses qui sont là, et n'attendent que d'être  percées et récupérées.
 * Coordinateur de l'Observatoire sur la discrimination raciale (www.odracial.org).


21 mai, Journée de l'afrocolombianité


Comme chaque année,  le 21 mai est célébrée la Journée de l'Afrocolombianité avec des événements à travers le pays. Mais on en sait peu sur le sens historique de cette date. Ce qui explique cette commémoration c'est l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage, ordonnée par la Loi 2 du 21 mai 1851.

 

Les chiffres de l'esclavage


Selon Alfonso Munera, "les études sur l'esclavage en Colombie ne font que commencer." Par conséquent, les chiffres sont incomplets et ne permettent que de donner un aperçu de l'ampleur du phénomène. On sait que le premier navire du commerce négrier qui a fait escale à Carthagène était l'espagnol Santa Maria de Guia, qui en 1549 est arrivé au port avec les 166 survivants d'un groupe qui comptait au départ 224 Africains soumis à la torture de Voyage transatlantique.


Enriqueta Vila a calculé que, entre 1595 et 1640, les commerçants portugais ont emmené de force à Cartagena entre  125.000 et 150 00  esclaves. Certains sont restés sur le territoire actuel de la Colombie, tandis que d'autres ont continué le voyage pour être vendus au Pérou. Selon German Colmenares, environ 925.000 personnes ont été amenés comme esclaves en Amérique espagnole entre 1521 et 1807.

 

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

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02 juin 2011

Entrevue Cecilia Moreno du Réseau des Femmes Afropanaméennes

 

 

La sociologue Cecilia Moreno, coordinatrice du Réseau des Femmes Afropanaméennes  se bat pour l'inclusion de l'histoire des peuples africains en Amérique dans les écoles.

pana

En 1996, le Centre de la Femme Panaméenne (Centro de la Mujer Panameña - CEMP) a créé le Réseau des Femmes Afropanaméennes qui fait partie de la coordination régionale du Réseau des Femmes AfroLatinoaméricaines, Afrocaribéennes et des Diasporas.


Cecilia Moreno est actuellement la Présidente du Cemp et également la coordinatrice du réseau des Afropanaméennes.

Comment a été créé ce réseau?

À l’occasion des rencontres nationales de femmes, on remarquait que très peu de femmes noires y prenaient part. Elles ne se sentaient pas identifiées parce qu'elles vivaient une la réalité de la discrimination raciale. Pour développer des programmes avec elles, il fallait organiser des rencontres pour les afrodescendants.

L'absence d'identité pour un afrodescendant est elle due à la perte de son histoire?

Oui. L’humanité a une dette envers les descendants des africains et de fait, on nous refuse de connaitre notre histoire. On voit les cultures européennes et nord-américaines, mais nous avons perdu les caractéristiques africaines. Il faut aller en profondeur, prendre conscience de l'héritage culturel que ces peuples africains ont laissé sur cette terre d'Amérique. Ce pays a été construit par la sueur de l'Afrique.

De quelle manière peut-on préserver cette histoire?

Nous avons des documents élaborés par l'UNESCO sur la contribution et les racines historiques des peuples africains et de leurs descendants en Amérique centrale. Nous avons donné des ateliers aux enseignants et on essaye de négocier avec le Ministère de l'éducation pour l’approbation d’un projet visant à former les enseignants d'histoire sur ces fascicules. Nous avons quatre fascicules et un guide méthodologique.

Quelle est la principale contribution des femmes noires dans la culture panaméenne?

Tout. La vérité c’est que la culture panaméenne est imprégnée d’Afrique. La cuisine a constitué une contribution importante des femmes.
 
Source: EllasVirtual

 

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

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