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Noirs d'Amérique Latine

Textes traduits de l'Espagnol témoignant du passé et du quotidien des Noirs d'Amérique Latine et des Caraibes

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06 septembre 2008

Professeur Severino Ngoenha : “À Bahia, les noirs ne fuient pas la Négritude ”

Severino Ngoenha:
“Nous devons mettre le Panafricanisme en application  par le biais du commerce des idées ”
 

André Luís Santana*

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga 

Le professeur mozambicain Severino Ngoenha qui était à Salvador la semaine dernière en tant qu'invité du Programme Fábrica de Idéias CEAO / UFBA (Fabrique d'Idées), et offert une importante rencontre entre les érudits de l'histoire et de la culture africaine avec les éléments qui ont provoqué les “Métamorphoses de(s) Citoyenneté(s) Africaine(s)”. Ce fut un dialogue entre l'Afrique construite et idéalisée par les Afrodescendants et l'Afrique des Africains,  comme il tient à faire la distinction.

Severino Elias Ngoenha est né en 1962 à Maputo. Il est titulaire d'une Licence en Théologie, Docteur en Philosophie et donne des cours à l'Université de Lausanne en Suisse. En tant qu'africain, professeur de philosophie,  Ngoenha échappe à la règle répandue par le colonialisme et renforcée par le leader politique et intellectuel sénégalais  Léopold Sedar Senghor, pour qui “la raison est hellène et l'émotion est nègre ”. Allant à l'encontre de cette thèse, Ngoenha affirme qu'il ne sait jouer à aucun instrument, ni danser, mais il pense et fait penser, avec le pouvoir des mots qu'il émet et des réflexions qu'il provoque.  Avec une vision analytique de la trajectoire de lutte des pays africains, le professeur dénonce le colonialisme et le néo-colonialisme, dont les conséquences restent ressenties aujourd'hui à travers la pauvreté et la fragilité de certains gouvernements. Il relativise également les contributions des afrodescendants éparpillés dans la Diaspora, en faisant ressortir des noms comme ceux de Booker T. Washington, Marcus Garvey, William E. B. Du Bois, Aimé Césaire et Frantz Fanon. Toutefois, il ne refuse pas de souligner la part de responsabilités du continent lui même face à son destin :

“L’Afrique doit revoir deux contrats importants. Le contrat politique qui permettra le Règne de la Parole, le dialogue à huis-clos entre ses pays. Finalement, quand nous exposons nos problèmes au monde, nous permettons l'intromission internationale dans nos affaires. L'autre contrat est culturel, pour que nous exigions que la culture et la tradition africaine ne soient pas des éléments folkloriques. Qu'elles soient respectées et interfèrent dans les zones de pouvoir de la raison comme l'École et le Droit ”. 

Le professeur Ngoenha s’est entretenu avec le journaliste  André Luís Santana, au sujet de certains thèmes cruciaux de la relation entre le Brésil et l'Afrique

André Luís Santana - Une des principales bannières du mouvement noir brésilien est la valorisation de la contribution africaine au monde et principalement à la civilisation brésilienne. Selon vous, quelles sont les raisons pour lesquelles les brésiliens doivent être fiers d'êtres des Afro - descendants ?

Severino Ngoenha - C'est un grand paradoxe. Comment être fier d'être descendant d'un peuple qui a d'énormes problèmes comme ceux auxquels doivent faire face les pays africains ? Il ya des décennies, nous avions un fort sentiment d'union et de fierté dans la lutte pour l'indépendance. Aujourd'hui, alors que tous les pays sont indépendants, nous sommes encore dans une phase de structuration, avec des difficultés sérieuses dans la démocratie de certaines nations, un important flux migratoire vers l'Europe, les maladies, la famine et la pauvreté. Toutes des conséquences désastreuses du colonialisme et du néo colonialisme. L'indépendance exige de la responsabilité. Toutefois, quand on nous demande quelles sont les qualités de notre mère, on aura tant de choses à dire, de la manière dont elle nous traite, de la nourriture qu'elle prépare, de l'affection et de la manière dont elle s'est battu pour nous élever que nous arrivons à la conclusion que nous avons la meilleure mère au monde. Donc, c'est cet orgueil, cette fierté d'enfant que les brésiliens doivent avoir pour l'Afrique. La fierté pour une mère qui aime ses enfants de l'amour le plus profond ... de la mère qui a conçu son enfant et qui fait tout pour que son enfant soit bien. En tant que mère, l’Afrique a donné tout ce qu’elle pouvait à ses enfants. Les brésiliens doivent être fiers de cette mère et nier tout ce qui se dit de négatif sur le continent ... parler des contributions africaines au monde. Donc la situation actuelle est un passage  difficile. Une construction qui nécessite la contribution des tous ses enfants. De ceux qui sont sur place et de ceux de la Diaspora. Chaque avancée de l'Afrique doit servir la fierté du Brésil et vice-versa.

André – dans cette construction collective, de quelle manière on peut contribuer à la réduction des problèmes qui touchent le continent du point de vue académique?

Ngoenha – Je souligne l’initiative du CEAO consistant à offrit des cours ayant l’Afrique comme perspective. [Le Centre d’Études Afro-Orientales de l’Université Fédérale de Bahia possède une Post Graduation, avec une maitrise et un doctorat qui suivent de lignes de recherche: Les études Ethniques et les Études Africaines]. Un cours qui accueille des étudiants africains et fait venir des professeurs africains pour un échange, pour rapprocher nos peuples, nos problèmes. Il y a eu une époque où le panafricanisme permettait la rencontre des Africains à divers endroits. Indépendamment de l’endroit, ils se connectaient, s’aidaient. Le leader Marcus Garvey a réussi à acheter deux bateaux pour permettre la rencontre entre Africains et Afrodescendants. Il faut refaire ses liens. Ensemble nous serons plus forts. Il faut observer que dans la globalisation, il y a des micro- globalisations. Les juifs maintiennent des liens de solidarité à travers le monde. Il y a aussi les francophones et d’autres peuples. Aujourd’hui nous devons mettre le Panafricanisme en application  par le biais du commerce des idées, du flux de la pensée.

André – Pendant ces jours à Salvador, qu’avez-vous observé comme caractéristiques les plus fortes liant les bahianais aux africains?

Ngoenha – J’en ai vu de très fortes dans la physionomie des personnes, dans les plats de la cuisine bahianaise, dans les danses. C'est surprenant à quel point nous sommes proches. Alors que je marchais sur l'Île de Itaparica, j'ai eu l'impression d’être très proche de fouler des plages africaines. Cela conduit à deux constatations : premièrement que la colonisation lusophone fut la plus longue. Ainsi, comme le Brésil dans les Amérique, l'Angola, le Mozambique et d'autres anciennes colonies portugaises en Afrique furent les dernières à obtenir l'indépendance.  Les ex-colonies portugaises furent les seules à avoir dû faire une lutte armée pour conquérir l'indépendance. Cela complique la fin de la pauvreté. Ici il y a la racialisation de la pauvreté. La pauvreté a une couleur, elle est noire. Le travail de valorisation ici doit être encore plus fort. Je pense que Bahia est le seul endroit au monde où on n'a pas besoin d'avoir honte d'être africains. Car ici les noirs ne fuient pas la négritude. Les noirs ici au Brésil veulent du respect, ils veulent l'autonomie, ils veulent être valorisés ... sans perdre la condition de noirs. D'où l'importance des actions affirmatives. Mon espoir est que si ce fut à Halley, au début du 20ème siècle que débuta la lutte des descendants de l'Afrique, elle prendra fin ici.

Pour mieux connaitre la pensée de cet intellectuel africain, lisez ses plus de dix livres parmi lesquels : : Filosofia Africana - das Independências às Liberdades (Philosophie Africaine - des indépendances aux Liberrtés ), Por uma Dimensão Moçambicana da Consciência Histórica (Pour une dimension mozambicaine de la Cosncience Historique) , O Retorno do Bom Selvagem(Le retour du bon sauvage), Mukatchanadas, Vico e Voltaire(Vico et Voltaire) - Duas Interpretações Filosóficas da História do Século XVII e Os Tempos da Filosofia (Deux interprétations philosophiques de l'Histoire du 17ème siècle et les Temps de la Philosophie)– Filosofia e Democracia Moçambicana (Philosophie et démocratie Mozambicaine).

*André Luís Santana est journaliste de l'Institut Média Ethnique (Instituto Mídia Étnica )(www.correionago.com.br)

http://www.irohin.org.br/onl/new.php?sec=news&id=3607

Posté par guyzoducamer à 21:22 - Entrevues - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : AfroBrésiliens, Aimé Césaire, Bahia, Ceao, Diaspora, Fanon, Marcus Garvey, Mídia Étnica, Ngoenha, Panafricanisme, Ufba

31 juillet 2008

LUIZ INÁCIO LULA DA SILVA : “L’éducation est le meilleur vaccin contre le préjugé”

PAR MAURÍCIO PESTANA

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga

Depuis que nous sommes à la présidence du conseil éditorial de la revue RAÇA BRASIL, la publication la plus importante qui s’adresse à la communauté noire brésilienne, notre objectif a toujours été de fournir plus d’informations, en contribuant ainsi à la formation de citoyens plus critiques et conscients de leurs droits et par conséquent plus actifs. En cette année où le Brésil commémore les 120 années de l’Abolition de l’esclavage, personne d’autre que le président Luiz Inácio Lula da Silva n’est mieux placée pour être interviewé dans les Pages Nègres (Páginas Pretas). Nous savions les difficultés qui nous attendaient face à ce défi, non seulement du fait de l’agenda serré du président, mais également du fait de sa complexité, étant donné qu’il n y a pas dans les annales une seule fois où le chef de l’État se soit adressé exclusivement à la communauté noire brésilienne à un moment quelconque de notre histoire. Cette entrevue est un jalon historique qui indique les changements que nous, noirs et blancs mettons en marche pour nous construire ensemble un futur plus digne pour la population de ce pays.

Vous savez que vous êtes le premier président de la République, après l’abolition à compter quatre ministres noirs à vos côtés et à en avoir nommé un au Tribunal Suprême Fédéral (Supremo Tribunal Federal). Ne s’agit-il que d’une coïncidence, d’un coup de pub ou est-ce effectivement un choix politique?

Je me sens très satisfait et heureux, particulièrement parce que ces invitations ont été faites sur la base du parcours et de la capacité de chacun de ces collaborateurs, et non à cause de la couleur de leur peau. Tel est le sens de la composition de mon gouvernement et c’est le sens que nous souhaitons donner au pays. Je dis toujours que la grande priorité de mon mandat à la présidence de la République est la réduction des inégalités – de toutes sortes. Il n y a par conséquent rien de plus naturel que de traduire cette idée dans la composition de l’équipe de mon gouvernement. La plus grande richesse du Brésil c’est sa diversité.

En tant que nordestino et issu des couches les plus nécessiteuses de notre société, vous devez avoir ressenti le préjugé dans votre chair. Qu’avez vous appris de la discrimination?

Ce qui m’a le plus marqué c’est la tristesse de percevoir qu’il ne suffisait pas d’être bon, il ne suffisait pas d’être dévoué et d’être engagé. Sans opportunités, avec les portes qui se fermaient devant vous, rien de tout cela ne semblait suffisant pour vous garantir une vie digne. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui, avec beaucoup de travail et d’effort, nous aidons à changer cette réalité. Il y a cinq ans, j’ai créé le Secrétariat Spécial des Politiques de Promotion de l’Égalité Raciale (Seppir) avec cette philosophie. Avec l’idée de considérer les choses avec du cœur et de formuler des politiques publiques spécifiques pour la couche importante de la population brésilienne qui soufre encore du préjugé, de la discrimination et du manque d’opportunités.

Après avoir visité l’île de Gorée en Afrique d’où partaient les esclaves en direction du Brésil, vous avez déclaré que vous avez dès lors mieux compris la problématique du noir au Brésil. Comment cela s’est-il produit?

Il y a des choses que les gens apprennent dans les livres, des choses que les gens apprennent en écoutant et des choses que les gens n’apprennent qu’en les éprouvant véritablement. La visite que j’ai effectuée à l’île de Gorée au Sénégal, fut l’un des moments les plus émouvants de tout mon passage à la Présidence de la République jusqu’à présent. Là-bas, de la porte par laquelle ils embarquaient pour un voyage sans retour, j’ai pu sentir un tout petit peu – vraiment à un degré infime comparé au crime brutal que fut l’esclavage, mais avec une sensation très marquante – ce que les noirs mis en esclavage ont ressenti. Moi, le ministre Gilberto Gil, l’ex-ministre Matilde Ribeiro, et même des journalistes qui couvraient l’événement nous avons tous pleuré. Ce fut un moment très fort, qui n’a fait que renforcer ma conviction et mon engagement à racheter la dette séculaire que nous avons envers la population noire, et de faire du Brésil un pays avec moins d’inégalités.

Alors que nous fêtons les 120 ans post-abolition, votre gouvernement a beaucoup investi dans les relations avec l’Afrique. Quelles sont les raisons de cette politique?

Les raisons sont diverses. La principale, évidemment est le lien puissant que nous avons avec les pays africains. Nous sommes unis par le sang et par l’histoire. Par la culture et par les traditions. Cela n’avait pas de sens de continuer à ignorer ou à minimiser ces liens forts, comme le Brésil l’a fait dans le passé.

La deuxième raison est liée au grand potentiel diplomatique qui existe dans nos relations bilatérales avec les pays africains, du commerce et des investissements à l’éducation et la santé. Et la preuve que cela est vrai c’est l’augmentation spectaculaire des flux commerciaux entre le Brésil et nos partenaires africains au cours des cinq dernières années: en 2002, notre commerce avec l’Afrique représentait 4,9 milliards de dollar; en 2007, il a atteint 19,8 milliards de dollars, presque cinq fois plus. Notre politique étrangère vis-à-vis de l’Afrique reprend des initiatives qui existaient dans les années 70, sous les ministres des Affaires étrangères Gibson Barbosa et Azeredo da Silveira. À tel point que nos échanges avec l’Afrique sont en train d’approcher les 10% du total de notre commerce, niveau atteint à cette époque. Aujourd’hui, ce rapprochement avec l’Afrique fait partie d’un mouvement large de valorisation des relations Sud-Sud – d’exploitation des possibilités de dialogue et de coopération avec des pays frères que notre gouvernement a mis en place. Le Brésil est en train de diversifier ses partenariats et d’approfondir des liens qui étaient auparavant simplement protocolaires.

Grâce à cela, les échanges de biens et de services augmentent, de même que la coopération et la conciliation des positions dans les forums internationaux. Enfin, il y a le fait que le Brésil peut et veut contribuer concrètement au développement des pays africains, et plus spécifiquement, pour vaincre la famine, la pauvreté et les inégalités dans le monde. C’est dans ce sens que nous offrons une coopération technique et le transfert de technologie dans les secteurs les plus divers, avec une emphase sur l’agriculture, les biocombustibles, l’éducation et la santé. Nous pensons que les pays africains ont besoin de disposer des instruments pour construire leurs propres destins et nous voulons contribuer à ce genre de solution, qui va bien au delà de simples envois d’aide financière.

C’est la raison pour laquelle je me suis rendu au Ghana récemment pour inaugurer un bureau de l’Embrapa. C’est également pourquoi nous voulons apporter la technologie de fabrication de vaccins de Fiocruz au Mozambique. Nous avons tous à gagner du développement de l’Afrique.

Vous vous êtes déjà dit favorable à l’approbation du statut de l’égalité raciale au Sénat. Pourquoi ce statut n’est pas encore approuvé à la Chambre où le gouvernement est majoritaire?

Comme je l’ai dit lors de la cérémonie d’installation du ministre Edson Santos, au Seppir, le mouvement noir a beaucoup de points de vues différentes et doit trouver des positions de consensus. C’est un problème qui se reflète dans la position de ses représentants à l’Assemblée. Il faut que le mouvement mette ses divergences de côté dans un grand effort pour la réalisation des convergences. J’ai déjà discuté avec le ministre Edson, qui définissait l’approbation du Statut comme une priorité du Seppir, et j’ai aussi déjà eu une conversation avec le ministre José Múcio, qui articule la politique de notre gouvernement au Congrès. Je crois que nous avons encore de grandes chances de voir le Statut de l’Égalité Raciale approuvé cette année.

En tant que premier président ouvrier de ce pays, quand pensez-vous que nous pourrons également avoir un président noir?

Je pense que la démocratie a beaucoup avancé au cours des dernières années dans notre pays. Mon élection en est la preuve. Je suis certain que nous avons atteint un degré de maturité qui nous permet d’avoir un président noir, jaune, une femme à la Présidence... C’est une question de temps. Et la meilleure manière de contribuer à cela est de garantir que le Brésil offre les mêmes opportunités à tous.

Cela fait presque 20 ans que les droits des quilombolas sont garantis au Brésil dans la Constitution Fédérale. Plus de 80 communautés ont déjà reçu des titres dans tout le pays, cependant, il n y en a eu que sept sous le gouvernement Lula. Quelle est la raison de cette lenteur ?

Voyez-vous, il s’agit d’un processus très compliqué et fréquemment sujet du questionnement de la Justice et des autres secteurs sociaux. Il y a par exemple une Action Directe d’Inconstitutionnalité (ADIN) proposée par le Parti Démocrate qui met en échec le décret présidentiel qui garantit et crée les règles servant à normaliser les dispositions de la Constitution. Le Tribunal Fédéral Suprême en jugera. À ce sujet, j’ai monté un groupe de travail pour revoir l’Instruction Normative qui définit la caractérisation des zones quilombolas. Il faut que la loi soit claire pour que les abus et les injustices ne soient pas commis. Nous savons tous que faire avancer la question agraire dans un pays aux dimensions continentales comme le nôtre n’est pas facile. Mais nous avançons.

Dans l’affaire des Cartes de Crédit Corporatives, la personne la plus pénalisée a été l’ex-ministre du Seppir, Matilde Ribeiro. S’agirait-il d’un réflexe des élites machistes et racistes de ce pays?

C’est difficile à évaluer, peut-être en est on arrivé à ces dérives. Mais je crois que la question fondamentale était la lutte politique sournoise que nous vivons au pays. Et la ministre Matilde est finalement devenue la cible la plus facile.

Pourquoi est-il si difficile d’appliquer des politiques publiques en faveur de la communauté noire au Brésil, malgré le fait qu’il s’agit de l’une des politiques claires de votre gouvernement?

Parce que nous butons également sur des questions culturelles. Ce n’est pas seulement l’aspect économique que nous brassons quand on ouvre l’espace pour tout le monde sur le marché du travail et dans l’éducation au niveau supérieur. La politique des quotas est la cible de critiques dans le monde entier, des fois bien intentionnées. Mais il est clair que nous remuons également les préjugés que les gens ne se rendent même pas compte des fois qu’ils ont-parce que cela fait partie de leur éducation et des choses qu’ils ont entendues en grandissant. C’est pourquoi le travail que fait le Seppir pour l’adoption de la Loi 10.639 qui institue l’enseignement de l’histoire de l’Afrique et Afrobrésilienne dans les écoles est si important. L’éducation est le meilleur vaccin contre le préjugé.

Quel message adresseriez-vous à la communauté noire pour pouvoir avancer dans sa lutte pour l’égalité dans notre pays?

Qu’ils soient unis et suivent l’exemple de grands guerriers comme Zumbi. Je leur suggère de ne jamais abandonner. Il faut de la patience et de la persévérance pour la lutte. Voyez combien d’élections j’ai dû disputer avant d’atteindre la Présidence de la République... Aujourd’hui, je vois à quel point les défaites ont renforcé ma conviction et m’ont mieux préparé au défi consistant à gouverner le pays. Qu’ils conservent l’estime de soi et la confiance qu’il est possible de faire du Brésil un pays pour tous.

Enfin, Monsieur le Président, nous vous invitons à vous adresser à travers nos colonnes à la communauté noire à l’occasion des 120 ans d’abolition.

Il y a encore beaucoup à faire au Brésil en ce qui concerne l’égalité raciale. Mais, le plus important est de reconnaitre que la Loi Áurea ne fut pas le fruit de la volonté exclusive de la princesse Isabel. Ce fut le résultat d’un grand mouvement abolitionniste, qui rassembla les noirs et les blancs pour une cause commune. Ce fut une victoire du peuple. L’abolition fut un cadre légal important, qui doit inspirer la communauté noire pour cheminer encore plus vers la conquête de l’espace qu’elle mérite dans la société brésilienne. Dans ce sens, avant la fin de mon mandat, j’ai l’intention d’inaugurer l’Université Brésil-Afrique à Redenção, no Ceará, qui fut la première ville à abolir l’esclavage au pays. Il s’agira d’une université qui comptera 50% d’étudiants africains et l’autre moitié de brésiliens, Ensemble, nous allons construire un Brésil meilleur pour tous.

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Tags : Abolition, AfroBrésiliens, Discrimination, E Santos, Gil, Loi10.639, Lula, Matilde Ribeiro, Nordestino, Quotas, Raca, Éducation

10 juillet 2008

Tatiana Godoi, actrice noire de Isaura : “ C’est un peu compliqué, être noire et femme



S. Paulo – L’actrice et présentatrice Tatiana Godói est l’une des révélations de l’émission Manhã com Você, du réseau NGT (Nova Geração de Televisão- Télévision de Nouvelle Génération). L’émission passe du mercredi au dimanche sur la chaine ouverte dans les principales capitales brésiliennes. Le centre d’opération de la chaine se trouve à Butantã, dans la Zone Ouest

Tatiana est une jeune actrice noire de plus, qui cherche sa place dans un milieu presque totalement blanc, dans un pays dont la moitié de la population est noire et métisse. Elle a déjà joué dans des films comme Quanto Vale ou é por Quilo, du cinéaste Sérgio Bianchi, et joué de petits rôles dans les novelas Escrava Isaura, Cidadão Brasileiro et dans Revelação, la dernière novela de  SBT.


Afropress
– Racontez-nous un peu votre histoire en tant qu’actrice et présentatrice noire.

Tatiana Godói – C’est un peu compliqué, être noire et femme, car pour certains produits, nous ne représentons malheureusement pas les standards de beauté, et on ne nous appelle donc pas pour les auditions.

Afropress – Depuis combien de temps avez-vous commencé à faire du théâtre et de la télévision?
Tatiana – J’ai commencé dans le groupe Dezesseis Meninos, de Treze de Maio, à Bela Vista à 9 ans, où j’ai eu la chance de travailler avec le mélancolique Raul Cortez. Puis j’ai travaillé pour Timol, à la Bibliothèque Monteiro Lobato, où je suis restée 4 ans; j'ai fait Macunaíma, après avoir participé aux novelas a Escrava Isaura (l’Esclave Isaura), Cidadão Brasileiro et je joue actuellement dans Revelação qui va de nouveau débuter sur SBT. J'ai également joué dans le film de Sergio Bianchi Quanto Vale ou é por Quilo, j'ai de plus fait quatre courts métrages et quelques publicités, comme celle qui passe actuellement que j'ai fait pour la préfecture de Osasco.

Afropress Vous voulez vous affirmer en tant que présentatrice ou comme actrice?
Tatiana – Évidemment je veux que mon travail d’actrice et de communicatrice soit reconnu, car je serai le modèle pour plusieurs petites filles noires, car lorsque j'étais petite, je n'en avais aucun à la télévision ni au cinéma, car les opportunités étaient bien limitées.

Afropress – Quel est l’objectif de l’émission Manhã com Você sur NGT?
Tatiana – L’idée de l’émission est d’être informative, divertissante et de montrer la diversité, que toutes les ethnies doivent être respectées, car, en fin de compte, nous sommes au Brésil et nous sommes un mélange la télévision doit être colorée et non blanche.

Afropress – Que pensez-vous de l’approbation du Statut Racial?
Tatiana – Je pense qu’il est plus que temps, non?... Après tout, 120 ans ont déjà passées et rien n’a changé.

Afropress – Que pensez-vous des quotas et des actions affirmatives?
Tatiana – Je suis d’accord avec les quotas dans les universités pour les pauvres en général et dans d’autres secteurs, comme la TV, les entreprises privées, il faut effectivement des quotas pour les noirs.

Afropress – Que pensez-vous de la question de l’inclusion des hommes et des femmes noirs dans les médias ?
Tatiana - Il y en a très peu et je pense que l'on devrait commencer par arrêter de parler d’acteur noir ou d’actrice blanche, car personne ne se réfère à l’actrice Ana Paula Arósio, par exemple, comme actrice blanche. Par conséquent, on doit arrêter de parler, par exemple de Lázaro Ramos ou de tout autre, comme d’un acteur noir. Un acteur est un acteur, et il faut également arrêter de n'utiliser les noirs que pour des rôles d’esclaves.  Avoir des noirs dans les novelas ne suffit pas, les noirs doivent avoir des familles, car dans les novelas, les noirs n’ont pas de famille et le noir est toujours traité comme un pauvre. Non, il faut que le personnage soit normal comme tout autre personnage, et non en tant que personnage noir.


Afropress – Avez-vous un message qui vous semble pertinent à faire passer ?
Tatiana – Je vous remercie de l’occasion que vous m’accordez par le biais de cette interview pour dire que la chaine sur laquelle je travaille ne fait pas partie des grandes, mais c’est déjà un début et qu’ils attendent de moi que je divulgue et je parle de notre peuple, et je suis prête à toutes les éventualités.

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga

http://www.afropress.com/diversidadesLer.asp?id=170

Posté par guyzoducamer à 21:54 - Entrevues - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : AfroBrésiliens, Cinema, Godoi, Isaura, Statut de l'Égalité Raciale, Télévision

21 juin 2008

Quince Duncan : “La guerre des races est terminée; le 21ème siècle est celui de la reconstruction”

Activiste. “Nunca pensé ver en tan poco tiempo que Estados Unidos pudiera tener un presidente negro”: Duncan

Par: Juan Carlos Aguilar García à Veracruz

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

Pour Quince Duncan, écrivain et membre de la Commission Scientifique du projet Route de l'esclave de l'Unesco, l'étape la plus agressive du racisme au Mexique et en Amérique Centrale est passée. Tous les problèmes ne sont pas pour autant résolus, mais il y a effectivement eu un grand changement au cours des 30 dernières années. “La guerre est terminée, nous sommes à présent à l'étape d’enlever les décombres”, affirme-t-il.


“Quand une guerre prend fin,  beaucoup de décombres restent, et à présent, on est en train de ramasser ces déchets. Plus jamais dans l'histoire ne se répéteront les horreurs du passé. C'est vrai que, je vous le confie,  je suis un optimiste incurable, mais je pense que les choses se dérouleront ainsi”, dit-il.


L'optimisme de  Duncan n'est pas sans fondement. Pour lui, il y a deux moments historiques qui ont clairement marqué le début de la “bataille finale”, comme il l'appelle.


“Le geste de Rosa Parks —quand en 1955, elle jura que plus jamais elle n'allait s'assoir sur les sièges arrières d'un autobus  -- commença la bataille finale. Et la guerre a pris fin avec l'arrivée de Nelson Mandela au pouvoir en Afrique du sud ”, estimait dans une entrevue Duncan qui a pris part à la première édition du premier Congrès Diaspora, Nation et Différence qui s'est tenu au port de Veracruz.


Organisé par la Coordination Nationale d'Anthropologie de l'Institut National d'Anthropologie et d'Histoire, pendant quatre jours, le congrès a passé en revue les contributions culturelles et sociales de la race noire en Amérique, en plus de publier de nouvelles études sur le sujet.

Au milieu de ses journées dédiées à l'Africanité, Duncan a indiqué que “pour la première fois en 300 ans, il y a une conscience claire des choses. Les 17 ème et 18 ème siècles furent les plus durs pour les noirs. Mais comme je vous le dis, les choses ont beaucoup changées. Peut-être qu'il nous manque quelques 50 ans pour nettoyer les décombres laissées par cette guerre. De toute manière, ce siècle est celui de la reconstruction…”.


—Il est même possible aujourd'hui que les États-Unis aient un président noir…
—C'est un fait historique que je n'ai jamais pensé voir aussi vite, surtout quand on pense au niveau de racisme qui continue d'exister dans ce pays. Si Obama remportait l'élection présidentielle, cela aiderait grandement dans plusieurs sens.

Je me souviens que la lutte qu'a entreprise Martin Luther King pour les droits civils a immédiatement eu des répercussions au niveau mondial.

Au moins, les déclarations d'Obama selon lesquelles le Traité de Libre Échange ne favorise ni les nations Latino américaines ni le peuple nord-américain, mais qu'il s'agit d'une affaire des multinationales représente déjà un grand pas. Ce qu’il dit est très intéressant.


DOMINATION. Pour Duncan, qui est également conseiller de l'institut interaméricain des Droits Humains, c'est un mensonge de dire comme beaucoup l'affirment que le racisme est le produit de l'ignorance et de la peur de l'autre.


“Il s'agit de deux grands mythes. Premièrement, il faut dire que le racisme a été créé par quelques esprits des plus brillants du monde occidental.


“Si tu te mets à voir ce que Hegel ou Linneo ont fait, tu commences à voir que le racisme n'est pas une invention de personnes ignorantes. Ce fut une idéologie créé avec la plus mauvaise intention pour justifier la domination coloniale de l'Europe sur le reste du monde.

De fait, c'est précisément à partir du début du 19ème siècle au Congrès de Vienne que le racisme prend un essor sans précédent.

“Il y avait évidemment des antécédents, avec le Pape Nicolás IV, qui avait dit: ‘Esclavage à perpétuité pour les africains ’. Le religieux Sepúlveda, en Espagne a également justifié la domination de l'indigène. Mais lorsqu'on parle du racisme doctrinaire que j'appelle le véritable racisme dans lequel s'articule en plus le racisme scientifique (c'est-à-dire la craniologie qui signifie que l'on mesure les cranes et que l'on dise que les noirs ont un crâne plus petit), il ne s'agit pas d'inventions de personnes ignorantes.


“Le second mythe est que le racisme se produit par peur de l'autre. Si c'était vrai, j'aimerais que l'on m'explique pourquoi il y a eu autant de racisme dans le sud des États-Unis où de nombreux enfants blancs ont été élevés par des nourrices noires.


“Eux qui dans la réalité ont grandi en voyant leur vraie mère en cette esclave qui les a allaité, ils sont cependant les plus grands racistes. Comment ces enfants sont-ils devenus racistes? Hé bien, parce qu'ils ont été endoctrinés. On leur disait ‘elle t'a allaitée, mais elle est inférieure, elle est ta servante’. Ils ont toujours cru en cette idéologie dans leur esprit”.


— Que faut-il faire pour retourner cela?
—Il faut beaucoup travailler avec les jeunes, dans les écoles et dans les institutions pour qu'il commence à y avoir des politiques publiques.


Et de fait, malgré la présence massive d'Afrodescendants en Amérique (il y a globalement plus d'Afrodescendants que d’indigènes, le noir reste exclu des décisions en matière économique et politique dans de nombreux pays.


Ils restent invisibilisés  et stigmatisés; on continue de leur enlever la chance d'occuper des postes de premier rang pour lesquels ils sont mal vus. Si tu veux travailler, va à l'intérieur, car dehors, il n y a pas de place pour toi.
Cette situation est actuellement combattue par les mêmes organisations noires. L’Organisation des États Américains est en train de négocier un accord contre le racisme et d'autres formes de discrimination raciale.

Pour sa part, la Commission Interaméricaine des droits Humains  a obtenu plusieurs résultats en faveur des afrodescendants sur le continent. Comme tout changement idéologique, il s'agit d'un processus lent, qui prendra peut-être toute une génération. Cependant, il y a une avancée civilisationnelle, il y a plus de conscience …

http://www.cronica.com.mx/nota.php?id_nota=367361

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06 avril 2008

Mónica Carrillo : "dépasser la négritude et passer à l’Afrodescendance "

Mónica Carrillo est une jeune leader du mouvement afrodescendant au Pérou. Elle a voyagé de part le monde pour  faire des discours sur le sujet et organise des ateliers pour les jeunes dans les zones considérées marginales. Son discours n’est pas en guerre contre la poésie.

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Par David Hidalgo Vega

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga


Sur une tablette de son studio se trouvent les photos des ses oncles et tantes, grands-parents et de ses trisaïeuls . Elles sont dans de vieux cadres, intacts, préservés avec la délicatesse requise pour les  reliques. Mónica Carrillo les a placé près de l’ordinateur sur lequel elle écrit, dans un exercice de mémoire et d’invocation : les photos de famille, dira-t-elle par la suite, lui permettent de se connecter avec les ancêtres. "Quand j’étais petite et que j’avais des problèmes, j’allumais une bougie pour mon grand-père ", raconte-t-elle au sujet de ce trait de spiritualité qui vient du passé. Tout son travail intellectuel, les conférences qu’elle donne à l’étranger, les ateliers qu’elle organise pour les jeunes afropéruviens sont centrés sur la sauvegarde de cet héritage. Le sujet la passionne. Et de fait, elle a baptisé plusieurs de ses projets du mot  'Lundú', qui veut dire 'successeur' en langue Kikongo.


Mónica assume son militantisme. Même ses poèmes, qu’elle vient de présenter dans un disque ont une composante d’expérience de vie et d’analyse. "Je ne suis pas pauvre (No soy pobre)/ Je suis appauvrie (soy empobrecida)/mais je ne suis pas noire,   je suis noircie (pero no soy negra, soy ennegrecida/",)dit l’un d’eux. Sa formation est le ciment d’un discours puissant: elle a étudié en communication sociale à  San Marcos, puis fait une spécialisation en Droit International des Droits Humains à l’Université d’Oxford et elle vient de terminer un diplôme en Analyse Culturelle. Ses paroles la décrivent.


D’où provient votre lutte pour la culture afropéruvienne en tant que militante.
Mon père et ma mère m’ont toujours encouragé à développer une conscience sur le fait d’être afrodescendant et de ne pas me laisser écraser par les situations de racisme, qui sont extrêmes. Quand j’avais  5 ou 6 ans, je devais supporter des agressions et des insultes tous les jours. Ma sœur et moi, on avait un professeur qui nous disait : "Voilà les petits singes". Et cela encourageait les autres enfants à nous maltraiter.


C’était ainsi que débutait la marginalisation.
Bien sûr. Personne ne jouait avec moi et quand j’allais à une fête personne ne dansait avec moi. Et si une personne osait le faire, les autres se moquaient d’eux. C’est ce qui arrive encore à beaucoup de fillettes noires.


C’est une source de ressentiment.
Quand tu es agressé, il y a trois possibilités : l’une c’est la victimisation devant une blague raciste. Une autre est la violence. Et la troisième c’est de trouver une explication historique et une proposition créative; il ne s’agit pas de seulement dire  'je suis contre le racisme', mais plutôt avoir une nouvelle façon de voir le monde. C’est cette option qui est la mienne.


Pourquoi est-il difficile de le faire ici?
Je pense que le Pérou est le pays le plus raciste d’Amérique du Sud: quelqu’un peut te regarder dans les yeux et te dire  'le singe' et s’en aller en rigolant. Pour une situation pareille dans un autre pays, tu vas en prison. Et c’est terrible que même l’État approuve et affirme le stéréotype : quand  Valentín Paniagua est mort, on a pris des hommes noirs vêtus de noir comme symbole du chagrin, en plus avec des gants blancs pour porter le cercueil, comme symbole de la pureté de la partie qui touche le mort. C’est la même chose que de mettre un homme noir à la porte des hôtels, vêtu de rouge, comme à l’époque de l’esclavage.


Leur reprochez d’accepter ces conditions ?
On peut se mettre à protester, mais il s’agit d’un autre frère afrodescendant. Et puis, il est difficile qu’un noir trouve du travail. L’idée est de développer une conscience pour que si tu as cette possibilité, tu continues à chercher et que tu ne t’arrêtes pas.


C’est pourquoi est né le groupe Lundú.
J’ai travaillé un moment au niveau national contre le racisme, à une période précédant la Conférence Mondiale contre le Racisme en Afrique du Sud. J’ai été Rapporteur de la Déclaration Mondiale des Jeunes et j’ai beaucoup travaillé dans le domaine international pour porter la voix des jeunes péruviens. Mais en tant qu’Afrodescendante, j’ai créé Lundú en 2001, un espace pour promouvoir l’organisation sociale de base et une ligne culturelle de propositions, créative contre la discrimination. Aujourd’hui nous travaillons le projet Esthétique en noir avec les enfants des zones les plus stéréotypées et marginalisées, comme les Barracones, Marco Polo, Barrio Cinco. L’idée est d’explorer des formes de compréhension de l’art qui soit différente de jouer le cajón et danser, ce qui est bien, mais, qu’en est-il des arts plastiques, de la littérature?


Vous le faites dans une région violente.
Les enfants font de la peinture sur toile  pour canaliser leurs vécus. Il y en a 20% qui ont des problèmes de retard liés à la malnutrition, la drogue que les parents consomment, etc. On vise un changement de mentalité. À El Carmen, Chincha, l‘idée est de combattre le tourisme à connotations sexuelles. Moi je ne l’appelle pas le tourisme sexuel, car il n y a pas nécessairement une relation d’argent. Très souvent, le racisme interne même encourage "l’amélioration de la race". Des gens proches me disent: "Mónica, je ne veux pas condamner mes enfants à souffrir tout ce que je souffre, à devoir étudier deux fois plus pour démontrer qu’ils sont intelligents". L’option sur laquelle nous travaillons est de déconstruire ce qui se trouve dans l’esprit: le politique mais également l’artistique.


Votre disque est comme une déclaration de principes.
Il est intéressant pour moi de compléter mon travail académique avec d’autres sentiments de ma vie. Je suis une femme, je suis afrodescendante et je peux être beaucoup plus. Je choisis ce sur quoi je m’affirme et ce n’est pas une raison pour nier mes autres identités.


De fait, vous incluez les références religieuses, le  palo monte, la tabla de Ifá, qui ne sont pas très prisés ici.
La grande caractéristique des populations afrodescendantes d’ici, est que au-delà de prier Dieu et la vierge, on prie les ancêtres, comme sous d’autres cieux ont prie les orixas du panthéon yoruba ou du candomblé. Ma grand-mère ne demandait jamais rien à Dieu, mais plutôt à sa grand-mère. Ma mère a toujours allumé des chandelles pour l’oncle Armando. J’ai aussi toujours allumé des chandelles pour mon grand-père, même si je ne l’ai jamais connu. Cela fait partie d’une spiritualité africaine que l’on ne prend pas en compte.


Il y a également une charge de protestation sexuelle dans ces poèmes.
J’ai voulu concentrer les voix de toutes les femmes afrodescendantes. Si quelqu’un me dit qu’il m’aime non pas parce que je suis  Mónica, mais parce que je suis noire, c’est du racisme. Ce n’est pas une flatterie, même s’ils le font passer pour cela. Des fois quand je suis dans un bar ou un restaurant de  Miraflores ou San Isidro, on se met à me parler en anglais. D’autres te disent : c’est bien, tu dois être contente. Je leur dis non, qu’il devrait y avoir plus de personnes comme moi ayant cette possibilité. Actuellement, socialement parlant, nous sommes dans des ghettos, dans Los Barracones, à Callao, La Victoria.


Ils ne s’y installent pas, on le fait pour eux.
Et pour le peu d’opportunités qu’on a, on ne dispose pas de la mobilité sociale. Maintenant, d’un point de vue plus philosophique, le ghetto peut être perçu autrement : dans un contexte si agressif, tu rencontres des gens comme toi dans un espace d’affirmation, de  retenue. "Je te le raconte et tu me le racontes". C’est ce qui fait que je n’aille pas dans la rue jeter une pierre sur une auto comme j’en ai déjà eu l’envie. Au Brésil, on dit que par le biais du hip hop, les noirs ont pu développer leur conscience. Mais qu’arrive-t-il quand tu es conscient et que tu te procures une arme ? Tu sors et tu voles ou tues celui qui est la source de ta misère. C’est la raison pour laquelle nos ateliers dans les zones comme Los Barracones ont pour objectif la retenue, pour canaliser cette énergie.


Vous devez avoir en tête des scènes terribles.
Il y en a plusieurs. L’une d’elles m’est arrivée en Afrique du Sud. J’étais assis à l’extérieur d’un hôtel, je mangeais un sandwich. À ce moment est arrivé un gamin qui m’a demandé le  sandwich. Alors que j’étais en train de le partager, il est tombé dans la boue, mais le gamin l’a ramassé comme ça et l’a apporté à sa maman. Cela m’a touché et m’a fait réaffirmer mon engagement d’afrodescendante. Dans Los Barracones, il y a une fillette, la plus noire du groupe, elle a  8 ans. L’idée était qu’elle parle comme un personnage derrière son masque. Elle l’a donc mis et a dit : "Je m’appelle Francine, je danse la musique axé, j’ai les cheveux  ondulés très blonds et j’ai les yeux bleus. Je suis sur une grande scène  et les gens m’applaudissent et me disent que je suis belle. Mais je ne vais jamais accomplir mon rêve, je vais souffrir tous les jours parce je suis noire". 90% des enfants ont dit qu’ils étaient  blonds aux yeux bleus. Nous nous détestons nous mêmes.


Nicomedes Santa Cruz disait que ses voyages au Brésil et en Afrique lui ont ouvert  les yeux. Qu’est ce que cela a changé en vous?
D’ici, on a une vision romantique, en pensant comment il serait  beau de vivre dans un endroit o
ù tout le monde serait noir. Ou alors on voit l’Afrique comme un paradis de rois et de reines où  l’on veut retourner. Les choses ne sont pas ainsi. En Afrique, on n’est pas noir. On est yoruba ou d’une autre communauté. Le noir est une construction européenne. Deuxièmement, on n’appartient pas à ce continent. La preuve c’est le Libéria, où s’est formé un pays avec des gens de retour des États-Unis, mais ils étaient déjà occidentalisés et ils se sont placés sur un plan supérieur. Les guerres civiles actuelles sont encore dues à cela. Et si on se compare aux pays voisins, on est comme 50 ans en arrière.

Mónica Carrillo
Nom: Mónica Carrillo.
Profession: Chercheuse, conférencière, poétesse.
Trajectoire: Elle fut rapporteur de la Déclaration Mondial des Jeunes contre le racisme de la Troisième Conférence Mondiale contre le Racisme  (Afrique du Sud , 2001). Directrice de  Lundú, Centre d’Études et de Promotion des Afropéruviens.
Distinctions: Reconnaissance accordée aux Femmes qui Luttent pour le Futur, de la Fondation Madre,  New-York (2006).
 

Il manque une figure idéologiquement forte
On ne peut pas parler d’un, mais de plusieurs leaders. Notre proposition conceptuelle, politique est de  dépasser la négritude et de passer à l’Afrodescendance. Nous voulons nous reconnaître en tant que descendants d’une diaspora africaine, en conséquence de l’esclavage. Cela implique la nécessité d’une réparation, non pas économique, mais politique: qu’il y ait des lois plus claires contre la discrimination, des opportunités plus évidentes. Mais également une réparation subjective, un rassainissement que nous mêmes devons faire. Par la suite viendra la reconstruction des valeurs africaines éparses. Les leaderships afropéruviens doivent suivent la voie qui mène à cela.

SA FICHE

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Tags : AfroPéruviens, Barracones, Barrio Cinco, Discrimination, Lundu, Marco Polo, Mónica Carrillo

23 février 2008

John McWorther : “ Pour beaucoup, être noir c’est aussi être une victime ”

Pour l’intellectuel John McWorther, le plus grand problème des noirs américains ce n’est pas le racisme, mais plutôt leur habitude de se sentir victime des blancs 



Dans Losing the Race: Self-Sabotage in Black America (“Course Perdue: Auto-Sabotage dans l’Amérique Noire”), le linguiste John McWorther affirme que le pire problème des noirs est leur propre victimisation. Certains l’ont traité de  “traître pour sa race” et de “nègre de louage”. Tandis que d’autres l’ont abordé dans la rue pour lui dire comment le livre a changé leurs vies. Ci-dessous, suivez l’entrevue accordée par McWorther:


Que signifie  la double conscience noire ?
Ce que j’essaie de dire avec cette expression c’est que, même si le racisme reste présent dans la société, le plus grand problème de la communauté noire n’est pas ce que les blancs pensent d’elle. Le problème est culturel, il est interne, la façon dont les noirs se traitent eux-mêmes. Je pense que les gens ont besoin de s’aider eux-mêmes et les uns les autres. C’est ainsi que les sociétés évoluent. En fait, les noirs le savent et se le disent entre eux tout le temps. Mais, en public, quand il y a un blanc pas loin, ils se mettent à jouer les victimes, à parler du fait que la société a une dette, comme le racisme est subtile, mais qu’il reste présent. C’est une double conscience : vous êtes une victime en public et un vainqueur  à la maison. Et cela crée une grande confusion dans la manière dont le racisme est discuté aux États-Unis.

Vous avez récemment écris un article intitulé Stop au Ku Klux Klan Noir.  Existe-t’il un équivalent noir du  KKK?
 


C’était évidemment un recours rhétorique que j’ai emprunté à Jason Whitlock  [commentateur sportif noir]. Ce qu’il y a c’est que, quand un noir meurt, dans la majorité des cas, son meurtrier est un autre noir, faisant partie des gangs ou étant lié à la drogue. Ces assassins représentent le  KKK noir. Si un  individu blanc d’une école du Sud débarque et tue des noirs, le crime fait la une de tous les journaux. Mais il y a des noirs qui sont victimes d’autres noirs tout le temps et le fait est considéré comme étant banal, comme un sujet sans importance. Les noirs accordent beaucoup d’importance au blanc qui tue un noir, mais non quand un noir agit de même. Ce n’est pas convenable.

Que pensez-vous de l’influence des noirs américains sur les noirs du monde?
 


Vous savez, je me préoccupe  assez de l’influence des noirs américains sur les autres noirs. Ce dont je parle c’est le  hip-hop et de l'attitude gangsta. Quand je vois des turcs qui imitent cette attitude en Allemagne, les noirs des favelas du Brésil, je trouve que  c’est très  dangereux. C’est la même chose en Afrique, où la pauvreté est extrême et où il existe un grand besoin de ressources humaines, mais les musiques des jeunes continuent de parler de balancer le derrière, comme les américaines. Ce n’est décidément pas la meilleure chose au monde.


Depuis l’époque du jazz, la musique noire américaine est une référence mondiale. Qu’en est-il aujourd’hui?
La musique noire américaine. Bien qu’une bonne partie d’elle soit réellement de la bonne musique, la rage, le discours de haine est théâtral, c'est une attitude. Être enragé c’est facile, être enragé c’est légal , être enragé c’est quelque chose qu’on doit montrer. Mais une bonne partie du hip-hop c’est la façade, c’est être enragé pour être enragé. Porter des vêtements amples, montrer le majeur aux adultes, lâcher des jurons sans cesse, maltraiter les femmes et dire tout le temps comment vous êtes  le plus grand. Quel est le message? C'est que tous les noirs doivent se comporter ainsi jusqu’à ce qu’il y ait l’égalité raciale. Et quand vous êtes dégoûté par cette attitude,  que faites-vous pour aider quelqu’un ou pour vous aider vous-mêmes? Un jeune blanc peut aimer le hip-hop, mais au bout du compte, il sait qu’il va devoir se battre et beaucoup étudier pour obtenir une place à l’université.

À quoi ressemblait le fait d’être jeune durant ce qu’on a appelé  “l’âge d’or du  hip-hop”?
Je ne vivais pas à New York et franchement, cela n'avait pas autant d'influence que ça. Ma mère et mon père avaient un diplôme universitaire même si je ne représentais pas la cas classique d'une famille pauvre qui se bat pour porter la première génération à l’Université. Lorsque j’étais jeune,  on disait déjà que j’étais “très blanc”, parce que je ne parlais pas comme les noirs du mouvement. Aujourd’hui, je suis fréquemment  insulté par des noirs, principalement par ce que je vis en écrivant des choses que les gens ne vont pas toujours aimer.

Avez-vous déjà été victime de racisme?

Je ne dirais pas que j’ai été victime, mais il y a eu des fois où la race a contribué à transformer négativement certains événements. Une fois, je n’ai pas obtenu un emploi et des mois après, j’ai découvert que c’était à cause de ma couleur de peau. Des choses comme ça. Le racisme fait partie de ma vie et en général de manière douloureuse. Mais, à dire vrai, au jour d’aujourd’hui il est plus indirect que par le passé. Et c’est là le point le plus important de mon livre Losing the Race: le racisme n’a pas été une partie suffisante de ma vie pour dire qu’il est particulièrement important.

Est-il possible de classer avec exactitude qui est blanc et qui est noir ?

C’est une question très intéressante. Il y a cette façon brésilienne et latino-américaine d’identifier les personnes. Vous pouvez être entre tous les degrés entre “blanc” et “noir”, vous pouvez être  “moitié noir, mais pas noir” et identifié ainsi. Ici, avec la One Drop Rule [règle selon laquelle celui qui possède la moindre descendance noire est noir], quand vous avez un père noir et une mère noire, vous avez en vous la  “négritude”, et vous êtes noir, point final. Mais il existe un mouvement birracial qui, au cours des 10 dernières années a essayé d’inclure l’option mulâtre dans le recensement. C’est quelque chose d’absolument nouveau, à laquelle il était impossible de penser dans les années 70 et 80 par exemple. Mais il ne s'agit pas de choisir entre ce qui est mieux et de ce qui est pire.

Comment définissez-vous le fait d’être noir? Cela signifie-t-il vivre une situation spéciale?
Ma définition n’est pas aussi profonde que celle de plusieurs personnes sérieuses .Il existe une sous culture noire en Amérique. Il y a une manière de parler – jusqu'à présent, je ne parle pas ainsi –, il y a  une expression corporelle différente,  une cuisine différente – j'adhère absolument à cette dernière –, il existe la musique, avant le  hip-hop, le blues, le jazz, la soul et le funk. Vous êtes élevé dans ça, et vous vous identifiez à cela. Pour beaucoup,  cependant,  être noir c’est aussi être une victime. Pour moi ce n’est pas le cas. Je ne vais pas passer mon temps ici et là à m'étendre sur une conception fragile de moi même . Je suis noir, mes parents sont noirs, ma culture est noire. Mais je me définis, premièrement, comme un être humain, deuxièmement et principalement, américain et seulement après comme noir.

Traduitt du Portugais par Guy Everard Mbarga

http://afrobras.org.br/index.php?option=com_content&task=view&id=3311&Itemid=2

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Tags : AfroAméricains, Conscience Noire, Jason Whitlock, John McWorther, KKK noir

24 décembre 2007

Adalberto Camargo le Premier Député Fédéral Noir pour São Paulo se raconte (II)

Edition: Antonio Lucio / Oswaldo Faustino
Collaboration et Copy desk: Izabel Cristina R. de Jesus
Texte final: Oswaldo Faustino

Traduction de Guy Everard Mbarga

Premier Député Fédéral Noir  pour  São Paulo dans les années 60, il a survécu à une enfance marquée par l’absence de ses parents, à l’intérieur de l’État, et la dureté des plus petits boulots, lorsqu’il s’en alla pour la capitale  pauliste,  avant de devenir un homme d’affaires à succès. Homme politique conscient de son rôle dans le processus de conquête socio-économique des communautés noires, brésilienne et mondiale, il encouragea le rapprochement du Brésil avec le Continent Africain. Adalberto Camargo nous raconte son histoire, une saga victorieuse.

Portal Afro – Au-delà de l’Afrique, quels autres objectifs visait votre projet politique?

Dep. Adalberto Camargo – L’Afrique a été le premier  thème de mon projet politique. J’ai par la suite également compris la nécessité de l’engagement de la femme noire dans le processus politique. J’ai donc également introduit l’ascension de la femme noire dans ce projet. Ainsi que la formation de la jeunesse noire, pour encourager la communauté à participer au secteur économique des affaires. Lors de ma première mission d’affaire sur le Continent Africain, j’ai emmené 10 noirs en Afrique pour visiter  neuf pays. Lors de la seconde, j’en ai emmené 10 de plus, puis  60. Je visais l’intérêt du Brésil comme un tout. À l’époque, le gouvernement m’a demandé quel était mon intention. J’ai répondu que nous devions avoir une représentativité au niveau de l’Afrique pour pouvoir agrandir notre marché  de consommation. Nous pouvons concurrencer les européens fournisseurs traditionnels de l’Afrique. J’ai  dis que nous avions besoin de bourses d’études. Le gouvernement m’en accorda  3000 pendant une période, et je les ai distribuées à la communauté, aux personnes qui étaient les plus proches de moi.

Portal Afro – Des bourses d’études?

Dep. Adalberto Camargo - Oui, des bourses universitaires. Beaucoup se sont formés grâce à l’obtention de ses bourses.
Certains ne le disent peut être pas pour s’auto affirmer  tout seuls. Mais c’est sans intérêt pour moi. Ce qui compte c’est ce que j’ai fait. Il y a un cas intéressant : j’avais un ami Hamilton Cardoso, un grand journaliste qui était de gauche. Nous nous sommes rencontrés et il m’a dit: “Écoutez Monsieur le député, je suis de gauche, mais j’ai besoin d’une bourse d’étude”. J’ai été franc avec lui. Il était de l’extrême gauche, il savait exposer ses points de vue pour atteindre ses objectifs. Je lui ai dit: “Je vais vous obtenir la bourse d’études. Mais cela ne veut pas dire que vous devez suivre ma ligne idéologique. Vous devez seulement  suivre la vôtre. Chercher, au travers de votre propre ligne idéologique, à travailler en vue d’honorer notre race. À quelque endroit que vous soyez, faites honneur à notre race, soyez au top”. Il y a beaucoup de gens qui ont témoigné de ma façon d’agir. Comme je me ressentais  de ne pas avoir (eu) un père ou une mère pour me guider,  je cherchais toujours à écouter les gens. Surtout, ceux qui étaient plus âgés, qui avaient plus d’expérience que moi.

Portal Afro – Cette pratique a-t-elle plus tard assuré le succès de votre première candidature?

Dep. Adalberto Camargo - Oui, cela a garanti le résultat de ma première élection. Et non seulement la mienne, mais également celle de la Professeure Theodosina Ribeiro qui a d’ailleurs rendu un grand service à la Nation. Sans aucune expérience politique, elle fut élue conseillère à São Paulo, avec un vote seulement dépassé par le journaliste Freitas Nobre. Elle fut la deuxième personne la plus votée par les  paulistains. Elle est devenue une référence et une source d’encouragement pour notre race. Après elle, d’autres femmes se sont engagées dans la vie publique. Et Paulo Rui de Oliveira, un autre grand  batailleur, comme conseiller et comme président du Conseil Municipal de São Paulo. Il fut le premier politicien noir à présider le pouvoir législatif de la ville.
Paulo Rui a embrassé nos idées, avec  Ronaldo Batista, Laércio de Moraes, Walter Nascimento. Je leur disais: “Nous pouvons gagner l’élection, car nous allons bénéficier des résultats de ceux qui nous ont précédé dans la lutte pour une charge représentative”.

Portal Afro – Malgré les divergences politiques, il existerait un courant politique des noirs  paulistains?

Dep. Adalberto Camargo – On peut dire que oui. Il y avait  Francisco Lucrécio,  Raul Joviano do Amaral,  Eduardo de Oliveira, qui fut candidat  au conseil avant moi, Ademar Ferreira da Silva, qui a posé sa candidature à la députation fédérale, la  Professeure Sofia, Leite,  Seu Roque.  Correia Leite fut un grand politicien.  José Pelegrini discutait et débattait pas mal. À mesure qu’ils essayaient d’obtenir l’engagement des noirs dans le processus politique-partisan - électoral, ils ont permis de faire murir l’idée selon laquelle notre communauté manquait de représentations politiques. Ils ont beaucoup aidé.  Geraldo Rodrigues dos Santos fut élu député fédéral pour Santos. Il était communiste, et ses droits politiques ont été révoqués et  il a dû s’exiler. Et Esmeraldo Tarquínio, un avocat spécialiste du Droit des Douanes. Il fut conseiller à Santos, puis député de l’état et il fut élu comme premier préfet noir de  Santos. Moi je suis entré dans le bal en 66. J’ai réussi à catalyser le produit engendré par la réflexion de tous ceux qui furent candidats avant moi Frederico Penteado Junior et quelques autres. Ils ont tous contribué en subsides et en encouragement pour que l’on puisse rassembler la communauté électorale noire. Le pouvoir politique est là pour garantir la représentation, ainsi que la structure socio-économique du Pays à la construction duquel nous contribuons.

TEMPOS E CONTRATEMPOS
Portal Afro – Racontez-nous l’histoire avec le politicien qui vous a incité à devenir député?

Dep. Adalberto Camargo - En 1956, je lavais les voitures sur la Rue Major Sertório et je voulais devenir vendeur d’automobiles. Il fallait que j’obtienne un permis de conduire. J’ai demandé mon acte de naissance et je l’ai emmené chez le mandataire Walter Selega, dont le bureau existe jusqu’à présent. J’ai demandé à Walter Durão de faire la demande pour moi pour que je puisse aller dans les Services sociaux  faire tirer ma carte d’identité. Pendant qu’il faisait la demande, le député  Arlindo Maia Lello qui avait une très forte représentation à l’époque est arrivé dans le bureau. Tout le monde l’a donc entouré quand il est entré. J’étais serré dans un coin, en attendant ma demande. Il m’a aperçu et il a pensé que je détonais dans ce cadre. Il sauta par-dessus le comptoir, arracha le papier de la machine de Durão et le déchira en disant : “Pourquoi le noir veut une carte d’identité?”

Portal Afro – À ce moment là vous êtes vous souvenus du conseil de  Tia Catina?

Dep. Adalberto Camargo – J’étais serein. Après cette scène, la réception a pris fin, le député est parti et tout le monde s’est dispersé. Je l’ai rencontré par la suite et il m’a demandé s’il m’avait blessé. Je lui ai répondu: “Non. Monsieur, vous ne m’avez pas  blessé, non”. J’ai soudainement donné un coup sur la table du bar, il a pris peur et je lui ai dis : “Un de ces jours je serai député fédéral”. Je me suis fait cette promesse à ce moment là. J’ai donc organisé ma structure sociale et relationnelle, pour démontrer ce que je pouvais faire pour la société. En 1966, j’ai récolté tous les efforts de ceux qui m’ont précédé et j’ai été élu député fédéral. Nous représentions 45% de la force électorale et nous n’avions aucun représentant au niveau national. J’ai été le premier pour São Paulo.

Portal Afro – Vous avez été élu Député Fédéral avec combien de votes?

Dep. Adalberto Camargo – Plus de  17 000 votes. Après,  Theodosina a été élue conseillère avec 21 000. Puis est venue ma réélection avec 41 000 votes. Le certificat est là sur le mur. Après cela, en 1974, j’ai obtenu  90 000 votes. En 78, quand je suis arrivé à mon quatrième mandat, j’étais déjà combattu électoralement par une partie de la société électorale. Mais j’avais déjà engendré beaucoup de choses.

Portal Afro – Que saviez-vous des lois, du processus législatif?

Dep. Adalberto Camargo – Quand j’ai travaillé  dans les automobiles, à Rio de Janeiro, chaque fois que je pouvais, je passais par le  Palais Tiradentes et j’écoutais les discours des députés. C’est ainsi que j’apprenais. Dans le Législatif, j’avais plusieurs amis, comme Arnaldo Cerdeira et Ulisses Guimarães, qui étaient liés à un grand nombre de mes clients. Après mon élection en tant que député fédéral, j’ai cherché à me faire conseiller par des personnes qui connaissaient le processus législatif, comme Orlando Costa, un noir qui était déjà  conseiller de la Casa, et Saturnino de Oliveira, qui m’ont apporté le soutien initial dans ma vie législative. Pendant deux ans, j’ai appris et fait connaissance avec les méandres du Congrès National. J’ai été membre des Commissions  des Transports et des Relations Extérieures et suppléant de la Commission de la Justice pour apprendre un peu sur l’élaboration des lois, la Constitution, le Règlement Interne et d’autres structures juridiques.

Portal Afro – Votre élection a prouvé qu’avec un grand engagement, on peut y arriver…

Dep. Adalberto Camargo – Effectivement. Au cours de mon premier mandat, il y a eu un  “réveil” des noirs pour la politique. J’ai lancé Theodosina pour le poste de conseillère pour São Paulo et plus de  40 candidats noirs dans l’intérieur de l’État, comme Laércio de Moraes, Genésio Arruda à Carapicuíba, Maria Helena Ferraz, à Bauru, José Camargo, à Araraquara, et beaucoup d’autres qui ont essayé d’emprunter le chemin politique.

Portal Afro – Et qui vous guidait dans ce chemin?

Dep. Adalberto Camargo – J’ai beaucoup appris aux côtés d’un grand juriste noir,