dimanche 7 février 2010
Antumi Toasijé : "Le facteur européen est présent dans tous les conflits importants en Afrique contemporaine"
KEPA ARBIZU
Lumpen
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
L’histoire de l’Afrique est marquée par l’esclavage et la colonisation. Le présent n’est pas beaucoup mieux. Le continente subit l’exploitation des puissances occidentales. Même si ce continent représente la honte des États dits du "premier monde", sa situation ne semble pas être une priorité, ni bénéficier de la nécessaire diffusion. Antumi Toasijé, historien et recteur du Centre d’Études Panafricaines évoque la situation du continent et les responsabilités, tant politiques que morales de l’Occident.
Une des critiques habituelles faites à l’Europe et par extension à l’Occident est l’ethnocentrisme culturel qu’elle démontre. Dans quels aspects concrets cet “égocentrisme” est-il visible vis-à-vis de l’Afrique?
Historiquement, il existe un bras de fer plus ou moins déclaré entre l’Europe et l’Afrique qui débute dans l’Ancienne Ère. Après l’Ère Moderne et dans le présent, il n y a aucun doute que, étant donné les effets de l’esclavage, l’invasion coloniale et le néocolonialisme dans les relations nord-sud, l’Europe et ses descendants, principalement en Amérique du Nord, se situent dans une position de supériorité, économique, militaire et politique, qui se traduit par des prétentions de supériorité morale qui conditionnent tout l’imaginaire européen et africain.
À l’Européen, on enseigne, de manière directe ou indirecte, dès la plus tendre enfance qu’il est l’être destiné à apporter la lumière au reste des peuples de la terre, qui d’une manière ou d’une autre sont perçus comme incapables, et cela se traduit dans presque tous les cadres relationnels, et même ceux qui sont apparemment plus horizontaux et démocratiques, où l’occident finit par imposer son critère, très souvent aidé par les élites africaines otages mentaux. Je peux par exemple vous dire qu’il n y a aucune ONG africaine opérant sur le sol européen pour résoudre les problèmes des européens comme peut l’être l’abandon des ainés. Une telle chose est-elle imaginable? Cela est dû au fait que le schéma supériorité-infériorité est fortement enraciné. Comme je le dis, cette attitude est le produit de l’évidente victoire politique, économique et militaire de l’Europe et de ses descendants sur la majorité du monde.
Au cours des dernières années, la Chine a rejoint la lutte pour les ressources présentes sur le sol africain. En plus, Les États-Unis ont créé il y a peu l’AFRICOM (Commandement des États-Unis en Afrique). Quels en sont les objectifs réels?
Il existe d’importantes différences entre les politiques de Beijing et celles de Washington. Les gouvernements Chinois n’ont pas cherché de conditionnalité politique dès le départ, leurs traités sont beaucoup plus avantageux pour l’Afrique, dans les relations avec l’occident, l’Afrique “gagnait” 8% et l’occident le reste, alors que avec la Chine, l’Afrique gagne près de 30%, la Chine investit en infrastructures, routes, des systèmes d’assainissement, des centres de production d’énergie, centres de santé… et ils considèrent les africains comme des consommateurs potentiels et non seulement comme producteurs de matières premières, c’est une avancée.
Les styles diplomatiques constituent une autre question, à ce sujet, il faut rappeler que l’entrée de la Chine en Afrique n’est pas nouvelle, elle a un long parcours, même si son élan actuel est plus important, étant donné la croissance de l’Asie. Il est évident que Beijing ne se sent pas poussé à diriger les destins de l’Afrique, et c’est la raison pour laquelle la relation politique avec la Chine est une relation plus équilibrée, il y a une grande expérience sur la manipulation de la politique africaine par l’occident, des pratiques qui ont été à l’origine des guerres et incluant les magnicides, l’ AFRICOM est un retour de vis, mais qui utilise les vieilles excuses comme le terrorisme pour recoloniser militairement les points stratégiques de production pétrolifère en Afrique.
Le caractère négatif de l’influence de la Chine aujourd’hui se manifeste dans le fait qu’elle renforce les régimes existants, qu’ils soient dictatoriaux ou non, sans se préoccuper des Droits Humains. Le cas du Soudan est paradigmatique, il est évident que la Chine soutient le régime génocidaire de Khartoum, mais il est également évident que les États-Unis, de façon injuste et irresponsable, ont fomenté le soulèvement des rebelles, sous le sol desquels se trouvent les gisements de pétrole sur lesquels tant la Chine que les États-Unis ont des ambitions. En résumé, la Chine commet ses erreurs et suscite des violations, mais elle est moins dirigiste et ses rapports sont plus acceptables, mais dans les médias occidentaux on insiste sur le fait que la pénétration de la Chine est un nouveau colonialisme encore pire comparé à la sienne, dans un exercice de contre-propagande qui ne trompe aucune personne minimalement informée.
Comme conséquence de certains faits concrets, la question de la pêche a eu un grand écho récemment. Quel rôle les pays africains jouent-t-ils en fonctions des accords ou de la régulation de ce qu’on appelle les “eaux internationales” ?
Il y a longtemps que les pays européens et le Japon principalement appauvrissent les ressources de pêche des pêcheries africaines. L’Espagne joue un rôle principal dans ce vol de poissons. En plus du hold-up mené dans les pêcheries des pays qui ont été ou qui sont en guerre, comme la Sierra Leona, le Libéria, la Somalie, l’Angola et le Mozambique, se produit le vol effronté sur la plateforme continentale des pays qui, à cause de la limitation des moyens en surveillance de leurs côtes ou à cause de la corruption présente se voient totalement sans défense face à l’avalanche des énormes chalutiers et navires qui utilisent des techniques interdites en Europe. Les traités internationaux ont paradoxalement empiré la situation des pays africains, puisque on a peu à peu laissée la responsabilité de la surveillance côtière aux pays africains sans apporter la coopération technologique et économique en soutien d’une surveillance effective de leurs côtes. Même si tous les pêcheurs et les spécialistes savent que la majeure partie de la capture mondiale se produit sur les eaux continentales et également territoriales, les médias insistent dans leur soutien des mensonges d’un grand nombre d’armateurs qui affirment pêcher dans les eaux internationales. Dans ce contexte, ce qu’on appelle la piraterie des anciens pêcheurs est un effet d’un crime encore plus grand mené par l’Occident et le Japon.
On brandit toujours les luttes tribales comme exemple pour démontrer l’instabilité du continent africain. Mais, jusqu’à quel point, dans ces affrontements, les pays occidentaux ont-ils une responsabilité ou leurs intérêts ?
La façon dont le langage et les perceptions ethnocentriques de l’Europe conditionnent les réalités politiques et les analyses est bien curieuse La majorité des grands conflits qui se sont produits dans le monde ont deux composants fondamentaux, l’un ethnico-racial, et l’autre économique.
Pourtant, les européens sont réticents à appeler leurs guerres des “conflits ethniques”. Deux exemples très évidents sont les guerres que l’on connait sous le nom de "Première Guerre Mondiale”, qui a pour origine un conflit ethnique et territorial dans les Balkans et la “Deuxième Guerre Mondiale” qui a pour origine le conflit racial-ethnique et territorial des allemands contre d’autres européens et leurs minorités ethniques comme les juifs ashkénazes ou même les africains-allemands.
Le dernier conflit européen, de nouveau dans les Balkans, avait également très clairement des détonateurs ethniques, territoriaux et même religieux. D’autre part, malgré les terribles effets et la virulence des conflits africains, l’Afrique est en général un continent pacifique comparé à l’Europe ou à l’Asie, qui jouissent actuellement de la période de paix la plus longue de leurs histoires, étant donné que chacun de ces continents dépassent largement, et rien qu’au 20ème siècle le nombre total de victimes des conflits de toute l’histoire de l’Afrique.
Cela dit, il est notoire que l’élément européen est présent dans tout et chacun des conflits importants qui se sont produits en Afrique à l’époque contemporaine, en commençant par tous ceux qui ont eu lieu dans la zone des Grands Lacs.
Cela n’empêche pas que les panafricanistes que nous sommes ne soient épouvantés par la facilité avec laquelle nos populations sont manipulées étant donné l’irresponsabilité de certains leaders africains et les limites impensables de cruauté que peuvent atteindre les combattants.
Quel avis mérite la Cour Pénale International et plus concrètement, le fait qu’elle se soit quasiment dédiée exclusivement aux thématiques africaines? L’idée sous une justice universelle de juger les multinationales et les conséquences qu’elles provoquent est-elle réalisable?
Les tribunaux internationaux, intéressants à priori, sont devenus un instrument supplémentaire des grandes puissances pour assoir leur hégémonie. Il est évident que les principaux dirigeants des nations Européennes et des États-Unis devraient avoir été traduits devant un tribunal international. Cependant, cela ne se produira jamais, ce qui ne donne pas une mesure de l’utilité et de la fonction des tels tribunaux.
Le seul occidental important poursuivi, Milosevich, l’a été pour être tombé en disgrâce auprès de ses anciens protecteurs.
C’est bien beau de poursuivre Charles Taylor, mais qu’en est-il de la compagnie de diamants De Beers? C’est bien de faire un procès contre Thomas Lubanga, mais que fait-on des compagnies qui tirent bénéfice du Coltan? En plus des dirigeants impliqués dans les conflits et les crimes de Lèse Humanité , on devrait faire un effort d’instruire des procès contre les instigateurs, protecteurs et agents commerciaux des multinationales dont on sait qu’ils tirent d’immenses bénéfices grâce au chaos planifié.
Cet effort ne se fera pas alors que l’Europe et ses descendants détiennent le monopole sur l’autorité morale et juridique dans le monde. Ainsi, tout en étant une idée intéressante en principe, la Justice Universelle et ses instruments, comme la Cour Pénale Internationale, prennent les mêmes chemins que toutes les initiatives globales, et finissent par renforcer les positions des puissants et encouragent l’impunité des grandes corporations.
L’Europe se jacte de défendre la liberté et l’égalité. Que pensez-vous des lois sur l’immigration qui sont décidées sur ce continent?
L’Europe démontre qu’elle n’a aucune vision historique en érigeant des murs et des barrières à la libre circulation des citoyens à travers le monde.
Historiquement, les populations se sont déplacées vers les ressources, et compte tenu du fait que le nord se capitalise grâce à l’exploitation du sud, il est normal que les populations aillent dans cette direction. Si on met une barrière, le conflit sera servi sur un plateau. La Rome et la Chine sont tombées juste après avoir terminé leurs grandes murailles, la pression exercée l’entêtement total est telle que bientôt cela se traduira par de la violence.
La libre circulation internationale est un droit international reconnu par les pays occidentaux, cependant, dans leur hypocrisie, ils établissent une échelle, où seuls les enrichis (riches) peuvent circuler, tandis qu’une eugénésie est pratiqué sur les appauvris (pauvres) en les jetant dans le désert, ou en leur coupant l’accès par la mer pour qu’ils périssent en haute mer.
L’aperturisme est une politique beaucoup plus nécessaire, humaine et à la longue plus intelligente, mais j’ai peur qu’elle ne soit pas vendeuse, et là se trouve une responsabilité des ONGs et des jeunes idéalistes qui se trouvent en occident pour lutter pour un monde non compartimenté. Parfois ils ne se rendent pas compte que la lutte se joue ici, et dans de nombreux cas, il serait mieux qu’ils se rendent en Afrique pour faire du tourisme écologique et qu’ici, ils combattent les politiques génocidaires de leurs propres gouvernements et corporations.
À propos du phénomène Obama. Que pensez vous qu’il pourra changer dans le type de relations de son pays avec le continente africain?
Je pense qu’Obama a beaucoup plus de difficultés que prévu au départ et un problème structurel de grande envergure. Changer complètement la politique économique internationale des États-Unis peut équivaloir à un suicide étant donné qu’une grande partie de la structure de l’empire est basé sur l’oppression et la capitalisation asymétrique et l’Afrique a toujours été une victime de ce système d’exploitation.
Par exemple, la fausse démocratisation en Guinée Équatoriale est soutenue par des agents nord-américains qui conseillent le dictateur guinéen sur les pratiques de la fraude électorale. Le contraire supposerait de perdre l’avantage acquis par les compagnies nord-américaines dans les contrats pétroliers substantiels qui empirerait à un degré supérieur l’actuelle crise financière que l’on vit actuellement.
Je crois que Obama est conscient de l’ensemble des difficultés y relatives et je n’ai pas beaucoup d’espoir en son premier mandat. Cela dit, a partir du deuxième, s’il réussit à relancer l’économie des États-Unis, il aura une grande opportunité d’impulser un projet de relations diplomatiques avec l’Afrique, plus sincère et moins conditionné que l’actuel, qui se traduirait peut être par des relations plus égalitaires et une meilleure compréhension et empathie envers les populations africaines qui subissent les effets des ingérences nord-américaines. En fin de compte, du point de vue panafricaniste, il est également africain.
samedi 6 février 2010
Entrevue de Jorge Medina Barra, premier député AfroBolivien
La Bolivie compte 35 000 afrodescendants, et jusqu’à présent, ils n’étaient pas reconnus en tant que communauté. Les premiers d’entre eux sont arrivés dans le pays en tant qu’esclaves pour travailler dans les mines.
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Rocío Lloret>Latino/Santa Cruz
Traduit de l’Espagnol Par Giuy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
Jorge Medina Barra (41 ans) est pour ses électeurs un leader historique en Amérique Latine. Né dans Los Yungas de la Paz (région où vivent les afroboliviens) il a constamment travaillé pour obtenir la reconnaissance de la communauté africaine au sein de l’état plurinational bolivien.
Lors des dernières élections, il a été élu en tant que représentant de ce groupe pour la circonscription du département de La Paz. Latino lui a posé quelques questions cette semaine.
Comment se sont déroulées vos premières journées à l’Assemblée?
J’attendais les sessions à l’Assemblée en étant un peu nerveux. Hier (mardi), j’ai justement pris la parole pour la première fois et je me suis très bien senti. Bien Sutra il y a des gens expérimentés, qui ont déjà fait partie du Congrès (aujourd’hui l’Assemblée) et j’apprends auprès d’eux. Comme qui dirait, je suis un bleu sur la scène.
Quels sont les premiers projets que vous envisagez de faire avancer?
Pour l’instant, la mission assignée par le frère Evo est d’approuver les lois de la législature précédente et 100 nouvelles lois.
Et en ce qui concerne le peuple qui vous a élu?
Lors de la campagne électorales j’ai promis d’impulser une loi pénalisant toute discrimination dans le pays, qu’elle soit sexuelle, raciale ou politique. De par mon expérience, je sais que la Bolivie est un pays très discriminateur et je pense qu’il est important de travailler pour en venir à bout.
On sait que vous êtes un leader ayant un parcours important. L’objectif était-il d’arriver au pouvoir?
Franchement, je n’avais jamais rêvé de devenir membre de l’Assemblée. J’ai toujours travaillé sans aucun intérêt personnel, nous en tant que collectivité, savions que nous avions besoin d’une certaine représentation, mais je n’espérais pas être l’élu C’est une grande opportunité.
Que pouvez-vous dire aux migrants qui vivent en Espagne?
Que les espoirs sont de nouveaux possibles et qu’ils continuent à travailler pour le bien du pays, que nous nous travaillerons d’ici pour qu’ils retournent en Bolivie ou qu’ils conservent leurs droits s’ils décident de rester en Espagne.
lundi 18 janvier 2010
Les Étoiles Nègres de Lilian Thuram
Il a quitté le football pour un autre combat. Contre le racisme et les peurs d'une France qui, sous l'effet du sarkozysme, ne cesse de se diviser Le ton est mesuré, le propos carré. Dans son livre, «Tutu» nous fait découvrir les «Etoiles noires» qui l'ont aidé à se construire et dévoile sa vision d'une République postraciale
Lilian Thuram. - C'est étrange, mais j'ai presque le sentiment de n'avoir jamais été joueur de football. Ca me semble déjà si loin. Je suis très occupé avec ma fondation Education contre le Racisme, et finalement ce petit problème au coeur qui m'a obligé à prendre ma retraite a été une chance. J'adorais tellement ce sport que j'aurais eu beaucoup de peine à arrêter de moi-même. Mais je n'ai aucun regret, j'ai peut-être évité une fin de carrière pathétique.
N. O. - Et la carrière politique ? Fin 2008, Nicolas Sarkozy vous a proposé d'être son ministre de la Diversité, paraît-il...
Thuram. - C'est vrai, mais je ne pouvais que refuser. Dès notre première rencontre en 2005, après les émeutes dans les banlieues et l'histoire du Kärcher, je m'étais rendu compte que nos visions du monde étaient diamétralement opposées, particulièrement quand il m'a dit que ce sont les Noirs et les Arabes qui créaient des problèmes en banlieue ! M. Sarkozy est déterminé par les préjugés issus de son éducation. Il y a eu ensuite le discours de Dakar, en 2007, qui soutenait que l'Africain n'était pas encore «assez entré dans l'Histoire», et qui répétait mot pour mot les écrits racistes des xviiIe et XIXe siècles. Puis cette volonté de faire une loi sur les effets positifs de la colonisation. Et enfin, aujourd'hui, ce débat sur l'identité nationale.
N. O. - En quoi vous dérange-t-il ?.
L Thuram. - L'identité de la France, c'est son projet politique qui la définit. Le nôtre est fort, c'est l'aspiration aux principes liberté, égalité, fraternité. Le débat était donc inutile. Le problème, ce sont les mauvaises intentions qui sous-tendent la question.
N. O. - C'est-à-dire ?
L. Thuram. - Nous sommes face à une politique de division qui réveille le racisme latent de notre société, qui fabrique de la peur, qui casse les solidarités et renforce les préjugés. Nicolas Sarkozy met les gens dans des cases : les «eux», les «nous», les «Français de sou che», les «minorités», en pensant que les plus nombreux iront dans son sens. C'est désolant. Le gouvernement a choisi la facilité en créant des boucs émissaires, les immigrés et les musulmans, pour éviter à la population de réfléchir aux vrais problèmes, qui sont le chômage, la crise économique et les injustices sociales.
N. O. - Le racisme, l'avez-vous subi vous- même ?
L. Thuram. - J'ai vécu les cris de singe dans les stades. De tels comportements existent parce que des scientifiques ont autrefois théorisé le Noir comme chaînon manquant avec le singe. Ce sont des représentations négatives qui sont restées dans l'inconscient collectif. Si le racisme est si facile à réveiller, c'est parce qu'il est le produit d'une histoire qui n'a malheureusement pas encore été déconstruite. La décolonisation n'a que 50 ans. Les zoos humains ne datent que des années 1930. Pensez que parmi ces prétendus «sauvages» que l'on exposait figurait le grand-père de Christian Karembeu !
N. O. - Vous publiez un livre érudit et original, une galerie de portraits de ceux que vous appelez vos «étoiles noires». Figures historiques, artistes, intellectuels... noirs et largement ignorés. Est-ce une forme de réponse au discours de Dakar ?
L. Thuram. - Ce n'est pas ce qui m'a motivé à l'écrire, mais on peut effectivement y trouver une somme d'arguments contredisant ce discours. Par exemple cette «charte des chasseurs du Manden», chantée en 1222 dans l'empire du Mali, qui est une sorte de «Déclaration des droits de l'homme» avant l'heure interdisant l'esclavage et affirmant que toute vie est une vie. L'Unesco vient d'ailleurs de l'inscrire au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Mais ma vraie motivation est plutôt venue du fait que, quand je leur posais la question, les gens étaient généralement incapables de me citer un scientifique, un poète ou un philosophe noirs. Et ce n'est pas de leur faute. Sim plement, l'école ne nous les enseigne pas. A travers ces grands personnages, qui m'ont permis d'être celui que je suis et d'avoir confiance en moi, je souhaitais donc surtout montrer que l'histoire des Noirs ne se résume pas à l'esclavage. Car la première fois qu'un jeune entend parler des Noirs à l'école, c'est toujours par ce biais. Ca a été mon cas.
N. O. - Quel souvenir en avez-vous ?
L. Thuram. - J'étais le seul Noir dans ma classe, on m'appelait «la Noiraude» à l'épo que, à cause du dessin animé qui représentait une vache noire qui ne disait que des bêtises et une vache blanche qui avait évidemment toujours raison. Ce jour-là, je me suis senti marqué au fer. Imaginez un jeune Blanc qui, durant sa scolarité, n'aurait jamais entendu parler de scientifique blanc, ni de souverain, ni de penseur ou d'artiste de sa couleur. Jusqu'à ce qu'on lui dise que ses ancêtres étaient des esclaves. Sa construction intellectuelle et identitaire devient dès lors très complexe. Et s'il ne rencontre plus d'autres personnages auxquels s'identifier et subit des contrôles au faciès, imaginez encore combien cela peut être destructeur ! Le danger, c'est d'intérioriser la dévalorisation. On veut à tout prix se blanchir la peau, quitte à avoir le cancer, les femmes portent des perruques pour avoir les cheveux lisses...
N. O. - Quelles sont les «étoiles noires» qui vous ont permis de ne pas tomber dans la victimisation ?
L. Thuram. - Ma maman est la première de toutes, bien sûr ! Elle a élevé seule ses cinq enfants, fait du ménage, coupé la canne à sucre dans les champs, puis elle a quitté la Gua deloupe pour l'Hexagone dans l'espoir de nous offrir une vie meilleure. C'est un exemple de courage. Après elle, j'aime citer Malcolm X. J'aurais d'ailleurs voulu donner son nom à mon fils, mais on m'en a dissuadé à cause de l'image de violence qui lui est associée. Alors que, pour moi, il représente celui qui a réussi à sortir de la violence pour laquelle la vie l'avait conditionné à l'époque de l'apartheid, du Ku Klux Klan... En définitive, l'un de mes fils s'appelle Marcus, à cause de Marcus Garvey qui est l'un des premiers à avoir incité les Noirs à connaître leur histoire. Et l'autre s'appelle Khephren, du nom d'un pharaon égyptien, afin qu'il n'oublie jamais que l'aventure des peuples noirs ne commence pas avec l'esclavage. Je pourrais également évoquer l'essayiste Frantz Fanon, qui décrit merveilleusement la société antillaise, et Mohammed Ali, un modèle parce qu'il se sert de sa notoriété pour faire passer des messages. Mais il y en a tellement...
N. O. - C'est cela que vous évoquez dans les classes pour parler du racisme ?
L .Thuram. - Oui, et malheureusement les enfants disent encore qu'il y a plusieurs races, les Noirs, les Blancs, les Jaunes, les Rouges, que les Noirs sont forts physiquement, chantent bien... Il est aberrant qu'ils ne sachent toujours pas qu'il n'y a qu'une seule espèce d'hom me, l'Homo sapiens ! Le travail d'éducation n'a pas été fait. C'est pour cela que je tenais à ouvrir le livre par le portrait de Lucy, née en Afrique il y a 3 millions d'années, notre ancêtre commune. Tant que nous serons prisonniers de l'idéologie du XIXe siècle qui a classifié les hommes en supposées «races inférieures et supérieures» pour justifier les colonies, nous ne pourrons pas comprendre qu'être noir ou blanc est le fruit d'un conditionnement. Car aucun enfant ne se dit noir ou blanc. Il se dit éventuellement rose, beige ou marron. C'est bien qu'on «devient» noir ou blanc. Il faut sortir de cette prison de couleur, décoloniser nos esprits. C'est en changeant nos imaginaires qu'on y arrivera. Le jour où l'on écrira les noms d'intellectuels, de savants de toutes couleurs sur les tableaux des écoles, on avancera.
N . O. - Que représente Barack Obama pour vous ?
L . Thuram. - Précisément quelqu'un qui a refusé de se laisser enfermer dans sa couleur. Et il contribue évidemment à cette évolution des mentalités. Ce qui était amusant, c'est que, pour ma maman, son élection était incroyable, de l'ordre de l'impossible, alors que pour mes enfants, ce qui était incroyable, c'est qu'il n'y ait jamais eu auparavant un président américain noir. Voilà le changement ! Il y aura un avant et un après Obama.
N . O. - Pensez-vous qu'un Obama soit possible en France ?
L. Thuram. - La vraie difficulté selon moi ne se situe pas dans la base, mais au niveau des partis politiques qui ne font pas de place aux candidats noirs. C'est structurel, les élites ne se renouvellent pas assez. A droite comme à gauche, les politiques sont issus d'une même culture, d'une même éducation, porteuse des mêmes «a priori». C'est peut-être pour cela que nous peinons à avoir des visions réellement différentes de la société et que la couleur de la peau pèse encore autant.
N. O. - Selon vous, les Français sont-ils véritablement prêts pour cette France postraciale que vous appelez de vos voeux ?
L. Thuram. - Je le crois. Bien entendu, nous vivons une crise aiguë, la sarkoïsation des esprits que je dénonce depuis 2006 est réelle. Mais, en même temps, j'entends beaucoup de voix qui s'élèvent contre ces stigmatisations à finalité électoraliste, des gens bravent les lois qu'ils estiment injustes quand ils aident les sans-papiers... Il y a une véritable prise de conscience dans la société civile. Et dans les faits, la France est déjà mixée, multiculturelle, multicolore et multicultuelle. Et ça se passe déjà très bien... Elle est même en avance, si l'on considère le nombre des mariages mixtes. La vraie question donc, ce n'est pas notre identité, mais les conditions de notre vivre- ensemble pour le futur dans un contexte de mondialisation et de répartition inégale des richesses. C'est pour cela qu'avec des historiens et des associatifs j'ai récemment signé un «Appel pour une République multiculturelle et postraciale». (1) Parce que, comme disait Albert Einstein : «Le monde est dangereux à vivre. Pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.» Et ça ne sert à rien de rester là à larmoyer sur le passé. Un an après l'élection d'Obama, nous voulons transmettre à nos enfants l'idée qu'ici aussi c'est possible...
(1)Appel, suivi de 100 propositions, publié le20 janvier dans «Respect Mag.»
Marie Lemonnier
Le Nouvel Observateur
mercredi 23 décembre 2009
Entrevue de la chanteuse AfroMexicaine Alejandra Robles
Par Mariana Teran.-
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga
Alejandra Robles, chanteuse originaire de Oaxaca présente actuellement sa deuxième production indépendante intitulée "La Morena". Mais cette côtière aux facettes multiples commence déjà à entrevoir son troisième album, dans lequel elle fera ses débuts en tant qu’arrangeur, et parle de ses origines, de ses souhaits, ses désirs, ses objectifs et de ses défis dans une interview accordée à Oaxaca en La Red .
De race noire, ce dont elle est extrêmement fière, cette petite femme à la voix puissante, nous entretient sur la seule chose qu’elle désire : "chanter et jouer beaucoup, sur de nombreuses et différentes scènes , c’est la seule chose que je veux, que la musique me trouve...et que je trouve la musique.
La bruja, Angelitos negros, La san- marqueña. Paloma morena, Tilingo lingo, Pinotepa et même y hasta la cumbia, Navidad negra conforman este material que llevan a Alejandra a reivindicarse como afro-mexicana.
Dans La morena , Robles voyage à travers la musique populaire de Veracruz, Oaxaca et Guerrero, mais elle nous offre en plus des duos incroyables avec Armando Manzanero, dans Adoro ou La Llorona avec Eugenia Léon. On l’écoute également accompagnée par la voix de Ramon Gutierrez, directeur du groupe jaranero Son de Madera.
La Bruja, Angelitos Negros, La San- Marqueña. Paloma morena, Tilingo lingo, Pinotepa, même la cumbia dans Navidad Negra sont les différents titres de cet album qui permettent à Alejandra de revendiquer son afro-mexicanité.
- Alejandra, à quel moment te rends-tu compte que tu as ce goût pour la musique et quand décides-tu de te consacrer à cette carrière?
C'est depuis toute petite fille, il y a tout d’abord eu mon grand-père, mon père et ma mère dans la danse. Puis ont suivi les fandangos Jarochos et l'école à Xalapa Veracruz, l’écoute de nombreuses voix féminines pour les imiter et en faire un hybride.
- Que signifie la musique pour toi?
C'est mon plus fidèle compagnon, c’est ce qui me soutient passionnément dans la vie, je me dis : " Ok, malchanceuse en amour, mais chanceuse en musique."
-Ta formation académique est très large ... le dépassement et la connaissance sont fondamentales pour le développement professionnel, mais de quelle manière tout cela a influé sur toi, tout ce bagage de connaissances, et tes professeurs autant au Mexique qu’à l'étranger?
Je pense que la technique est fondamentale pour ne pas se fatiguer – CANSAR et pour que mes cordes durent un peu plus longtemps, mais je pense que ce qui est plus important, c’est ce qu’on arrive à exprimer dans une chanson à ton public, l’histoire que tu composes et à laquelle tu crois au moment où tu la créées et si les gens ressentent cela, c’est qu’on a atteint notre but.
- Quelle a été l'expérience de ton premier album?
Je pense qu'un premier disque est très important dans une carrière musicale, "La Malagueña" est l’album qui m’a montré par où aller et par où ne pas aller, mais j’estime être encore en apprentissage et je fais encore des erreurs, mais avec "La Malagueña" j'ai appris beaucoup de choses ...
- As-tu atteint les objectifs que tu t’étais fixé à cette époque?
Je pense que oui, chaque fois qu’on fait quelque chose avec amour, de bonnes choses arrivent.
- Comment a surgie l'idée pour ce nouvel album "La Morena"?
La Morena est une catharsis de Malagueña, j’ai besoin d'expérimenter d’autres rythmes et genres d'autres pays et les fusionner avec les musiques traditionnelles, c’était l’objectif, je suis très heureuse du résultat final, ma sonorité est maintenant plus définie ...
- Qu’est ce que ça a signifié pour toi de fouiller dans tes origines et de faire cette revendication personnelle et professionnelle ?
Je pense que chacun décide ce qu’il veut être dans la vie, j'avais besoin de me situer dans un endroit et c’est par rapport à mon grand-père que je me situe et avec qui je m'identifie le plus, c'était un grand musicien, ceux qui l’ont connu et écouté ne me laisseraient pas mentir , c’était un mulâtre plein de vie, de danse, de rythme, il chantait, dansait, et était très astucieux.
Il vient de la côte de Guerrero, d’une toute petite ville du nom de Chilapa de Guerrero, je porte son premier nom Suástegui, (qui est caractéristique de la côte), mon deuxième non est Robles …
- “Le canto a las Navidades y Todos los santos de los negros cuando hasta las canoas bailan en los fondeaderos de la laguna, al compás de sus danzas frenéticas”,
," ... Cet engagement représente-t-il aussi un hommage aux Noirs, à la troisième racine ?
Je n’estime pas que la communauté noire a besoin d’un hommage, elle porte déjà l’hommage et sa fierté dans la couleur de sa peau et dans sa descendance.
- Penses tu que les populations noires d'Oaxaca, du Mexique et du monde sont victimes de discrimination et de marginalisation ?
Oui, la discrimination existe évidemment au niveau mondial, mais ce problème ne se réduit malheureusement pas seulement à la couleur de peau, mais aussi à cause de ta race, ta langue, ta culture, tes croyances, ta religion, ta sexualité, etc. ....
Quelque chose qui pour nous nous rend plus riche culturellement est vulgaire pour d’autres.
- Comment nait l'idée et comment fut l’expérience de faire des duos avec des personnalités comme Armando Manzanero et Leon Eugenia?
Je me sens très flattée, parce que du travail, est née une très belle amitié.
J’ai d’abord invité le maître Manzanero, je lui ai proposé de faire d’un de ses morceaux les plus connus une fusion avec des instruments traditionnels comme la jarana et le requinto jarocho, il a aimé l'idée et a dit oui tout de suite.
Avec Eugenia, elle m'a appelé un jour pour me demander si je voulais enregistrer avec elle sur son disque Puño de Tierra et j'ai dit bien sûr, c'est là que j'ai rencontré Eugenia copain et il c’ets en partant de là qu’on est devenues grandes amies, en fait, dans son nouveau disque qui sortira bientôt, nous allons enregistrer un autre duo appelé "Ando borracho ".
- Qu'attends-tu de cette production?
J’aime beaucoup chante et jouer, sur diverses scènes, c’est la seule chose que j’aime ... que la musique me trouve et que je trouve la musique.
-Qu’y a-t-il à ton programme après cet album ?
Je suis en train de m’initier à l’arrangement pour mon troisième album, j’y travaille déjà e n faisant mes premières maquettes, j’aimerais au moins faire la moitié des arrangements de mon troisième disque, ce n’est pas du tout facile, ça me demande du travail, mais si c’était facile, ce ne serait pas drôle, c’est comme la vie.
– En tant que femme, les choses ont-elle été plus faciles ou plus difficiles dans ta carrière?
C’est complexe, je me suis subitement retrouvée dans des situations très moches parce que je suis une femme de très moche, dans des situations offensantes et très machistes avec des personnes dont je ne m’étais jamais imaginé qu’elles me feraient pareille chose, je suis sortie de là en courant.
Mais la plupart des gens ont été très sympathiques, le fait que je sois une femme leur importe peu, ils aiment simplement ce que je fais et ils m’ont tendu la main.
Alejandra Robles est originaire de Puerto Escondido, une communauté de la Costa Chica de Oaxaca. Elle se revendique afro-mexicaine, comme le confirment ses origines, parlant de ses grands-parents, natifs de la côte du Guerrero.
ETUDES ET ACTIVITES.
Elle prend des cours de danse moderne à l'École des Beaux-Arts de Oaxaca avec la professeure Alejandra Serret et avec son frère Noel Suástegui, et des leçons de rythmes afro-caribéens. Dans le même temps, elle débute des études de chant à l'École des Beaux-Arts Oaxaca.
En 2000, elle se rend à Paris, en France et entre au Douzième Conservatoire de Musique, avec pour professeure Madame Sulle.
À son retour, elle s'inscrit à l'École de musique de l'Université de Veracruz en Licence d’Opéra, ce qui lui permet de prendre des cours avec les professeurs Benito Navarro (ténor), Guadalupe Colorado (soprano), Cecilia Ladron de Guevara (mezzo-soprano), et Victor Manuel Filobello (ténor), avec lesquels elle continue à étudier le chant classique, et prend dans le même temps des cours de danse africaine et des cours de zapateado avec la professeure Rubi Oseguera.
La deuxième production d'Alejandra Robles est dédiée aux gens de la mer, ces gens qui tracent une voie sur le sable, portant sur eux le poids de la discrimination à cause de la couleur de leur peau. Pour les petits anges noirs à l’âme blanche, qui malgré les adversités, rient et chantent sous le ciel de la côte, au bord de la route, ou en haute mer, là où s’élargit l'horizon de leurs espoirs. Ale prévient :
" Je chante pour les femmes noires, dont les hanches se déplacent au rythme des vagues de la mer providentielle"
" Je chante aux Noëls et à Tous les Saints des Noirs quand même les canots dansent dans les profondeurs de la lagune, au rythme de leurs danses frénétiques,"
"Je chante pour les pêcheurs de ma terre, parce que leur ouvrage est une chanson et un miracle."
"Ces pêcheurs qui, en jetant leur filet sur le récif, m’ont offert une vision marinière pour chanter à la Llorona : même si tu t’en vas très loin llorona (pleureuse) tu resteras à jamais dans mon esprit ..."
"... Et à la Bruja qui les effraie au milieu de la mer salée, en prononçant avec ses lèvres des airs malins d'un (serpent) à sonnette dans le sable."
"Enfin, car chanter pour la Côte, c’est juste lui rendre l’accent qu’elle m’a prodiguée. "
dimanche 20 décembre 2009
Entrevue Arlenis Sosa
La top-modèle dominicaine modèle Arlenis Sosa est la première Noire à avoir obtenu un contrat pour le monde avec la société Lancôme.
Le contrat l’a propulsé comme l'une des tops modèles de premier plan au monde. Nous l’avons rencontré à Juan Dolio, une plage située à deux heures de Santo Domingo (République dominicaine).
Arlenis Sosa (20 ans) passera à l'histoire comme la première tom modèle caribéenne à avoir posé pour neuf éditions de Vogue, dans ses versions italiennes, américaines et russes, dans Harper's Bazaar, Time, ID Magazine, Interview, W, Path et French, et à avoir défilé pour les créateurs de mode comme Oscar de la Renta, Carolina Herrera, John Galliano, Narciso Rodriguez, Dolce & Gabbana et Emanuel Ungaro. En plus d'être l'image des magasins H & M et Gap.
Un curriculum vitae enviable pour une jeune dans la vingtaine qui vit sans une trace de maquillage, au sourire large et sans la prétention d’une diva.
Le plus incroyable, c'est que ces réalisations se sont produites en à peine dix mois de travail à l’étranger, depuis qu’elle a signé avec l'agence Marilyn à Paris, qui compte dans ses rangs des mannequins comme Carla Bruni, Kate Moss et Karen Mulder.
Qui t'a découvert?
Le designer Luis Menieur m’a vu marcher sur la jetée , l'agence m'a recruté et m'a emmené à l'étranger.
Ta vie a-t-elle beaucoup changé ?
Totalement. Chaque jour, je suis surprise, je travaille 10 ou 12 heures d'affilée devant les flashes et je dors peu. Le truc c’est d’être attentive et d'apprendre rapidement. J'ai changé mes amis d'université par des collègues comme Raquel Zimmerman, Naomi Campbell et Alek Wek. Ma plus grande satisfaction est de voir que, bien que je vienne d'un petit pays, je suis arrivé très loin en peu de temps.
Et dans la tête, as-tu également changé?
J'ai grandi, mais je sais bien que ni la célébrité ni l'argent ne peuvent changer ton âme ni altérer ce que tu es vraiment.
Est-il très difficile d’être en concurrence dans le monde des tops modèles européens?
Je suis bien avec tout le monde, les maquilleurs, les stylistes, les designers et les tops modèles, il y a eu beaucoup d'amour pour moi. La rumeur court qu'il ya toujours quelque chose, mais je n'ai jamais expérimenté l'envie ou la jalousie.
Comment c’est de vivre dans le monde des célébrités?
J'ai rencontré George Clooney et Tom Cruise, également Jennifer Lopez et j’ai également le soutien d’Oscar de la Renta. "Il me traite comme sa fille, il me dit , 'Salut, ma fille, comment ça va, comment tout va. Je suis très heureux pour toi. '
As-tu depuis toujours voulu être mannequin?
Je n'ai jamais senti que j'avais un charme particulier, jusqu'à ma rencontre avec Luis. Maintenant, le fait d’être top modèle est une priorité et je suis très heureuse. Ce métier m'a permis de croire en moi, avant j'étais très timide.
Quels sont tes projets?
Je viens de lancer ma fondation Arlenis Foundation et j'aiderai les enfants atteints de diabète et du sida, je travaillerai avec l'église Nazareno à laquelle j'appartiens.
Comment te sens-tu à travailler pour Lancôme?
Les photos de la campagne sont déjà dans les magasins Macy's de New York, je suis celle qui sera chargée d’enseigner aux femmes du monde comment une femme noire peut être sensationnelle avec le maquillage ...
Par: Sandra Paola Real
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga
vendredi 11 décembre 2009
Entretien avec Mónica Carrillo, présidente du Centre d’Études et de Promotion des Afropéruviens
(ANDINA).- Si les recherches relatives au trafic des esclaves africains durant la période coloniale abondent, il existe un manque d'études contemporaines sur leurs descendants, les afropéruviens, indique Mónica Carrillo, présidente du Centre d'Études et de Promotion des Afropéruviens Lundú.
Quel était l'objectif principal de la Première Rencontre internationale des Études des la Diaspora Africaine ( I Encuentro Internacional de Estudios de la Diáspora Africana ) au Pérou?
-Susciter le débat au niveau éducatif. Il faut créer une chaire d’études afropéruviennes dans le pays et discuter des possibilités pour la population afropéruvienne d'accéder à l'éducation supérieure. Lors de la Rencontre, nous avons fait des échanges et discuter avec des chercheurs et des étudiants sur les avancées y relatives dans d'autres pays.
L'idée d'une "chaire afropéruvienne" est-elle davantage liée à la création d'un cours académique?
-Non. Nous pensons plus la chaire comme une dimension, qui peut toucher divers niveaux d'enseignement et permettre l'inclusion du fait afropéruvien dans l'enseignement supérieur.
Y a-t-il au niveau de l'État une conscience de ces carences?
-Nous avons rencontré un niveau d'ouverture au Ministère de l'Éducation et nous avons eu plusieurs réunions avec l'OBEC. Nous espérons concrétiser quelques bourses. Nous avons aussi une proposition pour l'éducation de base: un module visant à sauvegarder les contributions afropéruviennes.
Les indicateurs sur les afropéruviens sont-ils actualisés?
-Les variables afrodescendantes ne sont pas incluses au Pérou, contrairement à ce qui se passe en Équateur, en Colombie, au panama, en Argentine, au Chili et au Vénézuela. De plus, le recensement national aura lieu en 2017, mais nous ne disposons que des projections des ONG qui indiquent qu’entre 8 et 10% de la population péruvienne est afrodescendante.
Lors des deux prochaines années, il y aura des élections politiques...
- Oui, et c'est la raison pour laquelle nous voulons placer dans l'agenda électoral l'idée de la nécessité de l'adoption de politiques spécifiques en faveur de la population afropéruvienne.
Il y a cependant des afropéruviens qui ne se reconnaissent pas comme tels, et il s'agit d'une difficulté ...
- L’identité est quelque chose de volontaire. Et lorsqu’on vit une situation de racisme, comme celle que l'on vit au Pérou, on ne voudra pas être celui dont ont te dit qu'il représente le mal. Lors du recensement ou l’enquête de foyers, on doit demander si la personne est afropéruvienne ou afrodescendante et la personne a le choix. En Colombie, lors du premier recensement, seuls 2% des personnes se sont reconnues afrocolombienne, au second 5% et au troisième ils représentaient 14%.
Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga
samedi 21 novembre 2009
Entrevue Vanessa Mendoza, afrocolombienne et ex Miss Colombie
La seule Miss noire que la Colombie ait jamais eue est devenue un symbole de lutte. Depuis qu'elle a laissé sa couronne, elle a créé une fondation qui porte son nom, par le biais de laquelle elle a réussi à faire que plus de 1500 filles et garçons de plusieurs des régions les plus délaissées du pays aient un accès aux services d’éducation, aux soins de santé et à l’alimentation. À présent, sur proposition de milliers de personnes elle a décidé d’aller au Congrès pour redoubler d'efforts. “Mon rêve est le rêve de nombreuses personnes, et nous ne pouvons pas continuer de rester les bras croisés”, explique l'ex-reine de beauté née dans le Chocó.
Qu’est ce qui peut amener une reine de beauté à diriger une fondation plutôt que de devenir une actrice ou une présentatrice télé?
Je reconnais que je peux faire ce que je fais grâce à la reconnaissance des gens, après la rupture avec le mythe et après être devenue la première miss noire en Colombie, je ne pouvais toutefois être étrangère à la réalité de mon pays, à cause de mes origines et mes convictions. Je viens d'une terre pauvre (née à Unguia, une ville de moins d'un millier d’habitants dans le département du Chocó), et j'ai donc décidé que je pouvais faire partie de la solution.
En quoi consiste votre travail?
Depuis plus de 5 ans, j'ai une fondation du nom de Vanessa Mendoza, les rêves qui se réalisent (Vanessa Mendoza, sueños que se hacen realidad). Il s'agit d'une organisation à travers laquelle nous avons réussi à faire que les enfants qui naissent avec des problèmes congénitaux ou qui ont besoin de soins de spécialistes reçoivent des soins médicaux des meilleurs professionnels du pays. Beaucoup de ces enfants sont de Choco. C’est donc la Fondation qui se charge du transport, du logement et de la nourriture pendant le traitement et ensuite nous rentrons avec leurs familles. Nous disposons également de 32 jardins d'enfants et foyers pour les mères mineures et cheffe de famille. À Bogotá, en 2009, et avec la collaboration de la mairie de la capitale du pays, nous allons ouvrir un total de 6 jardins où les mères qui travaillent pourront laisser leurs enfants. Dans ce cadre, nous offrirons des services d’alimentation, de santé et d'éducation.
Avez-vous reçu le soutien d'autres Colombiens célèbres?
Toujours. Heureusement, de nombreux artistes en Colombie ont compris que notre pays a besoin de nous. Il y a peu de temps, nous avons reçu le soutien de personnalités comme Claudia Helena Vasquez, l'épouse de Carlos Vives, Manu, le musicien, ancien membre de Los Tri-o, et plusieurs acteurs et actrices du pays lors d’un défilé au profit de la fondation. Et prochainement, il y en aura un autre tôt pour lequel nous avons déjà la confirmation de la célèbre chanteuse Sondra.
Le racisme existe-il toujours en Colombie?
Le racisme est devenu un comportement normal pour beaucoup de personnes dans le monde. Heureusement, les choses sont en train de changer, il y a par exemple le président Obama pour le prouver. Maintenant pour ce qui est de la Colombie, je suis convaincue que mon arrivée au congrès deviendra un nouveau paradigme, dans la façon d'envoyer un message clair d’inclusion plutôt que d’exclusion dans le pays.
Pourquoi voulez-vous aller au Congrès?
Je pense qu’il est nécessaire que le pays comprenne qu’il ya encore beaucoup à faire et que dans ce travail, les afrocolombiens, les indigènes, en définitive, cette partie de la population que beaucoup appellent les minorités ont besoin d'une plus grande attention. C’est inconcevable, inouïe, que les afrodescendants en Colombie doivent survivre avec 500 $ par année. Qui peut avoir une vie décente avec un million de pesos par an de revenu?
Quel sera le slogan de votre campagne?
Nous sommes actuellement en train de le définir, mais ce qui est sûr, c'est que ma campagne n’est pas simplement une campagne politique, mais une campagne par laquelle je demande aux Colombiens de continuer à croire et surtout, de continuer à faire tomber les barrières et les stigmates. 
Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga
Sourrce : Periodico El Sol
jeudi 19 novembre 2009
Interview Juan García Salazar, militant de la commission de l’ethnoéducation afroéquatorienne
PHOTO: PAÚL NAVARRETE / El Telégrafo
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PROFIL
Juan García Salazar est considéré comme ‘l'ouvrier du mouvement noir’ du fait de son combat pour le peuple afrodescendant. Il fait partie de la Commission d'EthnoÉducation depuis dix ans en compagnie de 62 autres éducateurs afroéquatoriens.
Il a mené des études sur l'état de la culture afro dans le pays. L'éducateur afroéquatorien passe en revue les faiblesses et les devoirs à faire dans l'enseignement destiné aux afroéquatoriens.
Les mots de Juan García Salazar peuvent sembler pessimistes pour ceux qui défendent les avancées réalisées dans l'éducation afroéquatorienne, mais comme il le dit lui même de toute manière : “L'éducation Ethnique n'est pas présente dans le pays”.
Parmi ses dénonciations on retrouve l'exclusion et le traitement “bienveillant” qui cantonne les afrodescendats à un plan simplement folklorique.
García, membre de la Commission d'EthnoÉducation des enseignants afrodescendants (comisión de etnoeducación de maestros afrodescendientes) a pris part en fin de semaine dernière à un atelier organisé par l'Unesco-Équateur.
On dit que l'éducation ethnique est un moyen de surmonter les iniquités entre les métisses et les noirs sur le plan de l'éducation. Quelles ont été les réussites dans ce sens depuis les 10 ans d'application de cette thématique?
Au cours de ces 10 années, une ligne directrice a été établie pour commencer à discuter de ces iniquités et essayer de comprendre que l'éducation est un processus qui légitime les inégalités. C'est le premier élément qui dévalorise certains êtres humains et en valorise d'autres.
Vous voulez parler du fait de placer certains au dessus des autres ?
Pas tant cela, mais plutôt qui oblige à apprendre ce qu'il n'est pas nécessaire de savoir.
Et selon vous, qu’est ce qu’il n'est pas nécessaire d'apprendre?
Quand nous les noirs allons à l'école, nous apprenons l'histoire des blancs, et c'est injuste, car aucun blanc n'apprend l'histoire des noirs.
Dans ce contexte, quel est le rôle de l'éducation ethnique?
Il doit être un chemin. Même si peu de choses ont été faites au cours de ces années, parce que les initiatives qui sont là sont individuelles, abandonnées, périphériques et marginales, parce qu'elles proviennent des noirs. Il n'existe par conséquent aucune chance que cela se transforme en quelque chose de concret.
De quelle manière les actions périphériques affectent-elles le cheminement vers la systématisation ?
Je crois que ce que ça fait c'est de dire qu’il y a quelque chose là, c’est une nécessité, nous sommes en train de le démontrer. Et c’est un appel, une réponse à l’autre. Les enfants noirs continuent d'aller dans les écoles officielles, mais les gens continuent de dire que ce n'est pas ce qu'on veut faire, qu'il faut faire autrement. Dans cette mesure, on devrait imposer et motiver à l'action.
Comment matérialiser le dialogue par des faits concrets?
C'est une longue route. Je n'aspirerais pas à ce que l'on revive dans la décolonisation les mêmes 500 ans de colonisation déjà vécus jusqu'à présent, mais c'est un long processus. Les blancs et les métisses, ceux qui détiennent le pouvoir et ont une plus grande représentation devraient mener des actions.
De quel type?
Par exemple, comprendre que les savoirs et la science de la communauté afroéquatorienne sont des valeurs que l'on perd et que l'on délégitime, et qu'il serait plus utile d'apprendre que de désapprendre. C'est plus utile pour la construction d'une société afrométisse que les savoirs culturels cessent d'être de simples éléments folkloriques et qu'on continue de nous considérer comme des éléments folkloriques. Il y a beaucoup de choses qui pourraient être faites pour en arriver à une éducation formelle.
Que faut-il faire à cette étape ci du processus ?
À ce moment, il faut faire un diagnostic, une espèce de discussion pour déterminer où l'on souhaite aller, ce à quoi on s'attend des organismes officiels. Car la communauté noire ne demande pas seulement un espace à l'extérieur pour enseigner ces propres savoirs, mais elle demande également une place à l'intérieur pour renforcer les faiblesses internes.
Quelles ont été ces faiblesses internes?
Le fait que nous soyons une minorité exclue, nous n'avons aucun pouvoir, nous ne gérons pas l'économie, nous ne prenons pas de décisions. Autrement dit, j'aimerais créer ma propre école pour enseigner aux enfants noirs, au moins au cours des six premières années, ce qu'ils doivent apprendre et ce qu'ils doivent désapprendre.
Mais s'il existe des écoles comme celle de Carchi ou d' El Chota où on donne des cours d'éducation ethnique, c’est qu’il doit y avoir une certaine force dans le travail qie cous avez réalisé au cours de cette décennie de l’intérieur ?
Je ne pense pas que l’éducation ethnique existe dans le pays. On est en train de faire des contenus de Curriculum, mais tout cela doit être démonté. Autrement dit, on ne veut pas juste des contenus comme la musique, la danse et des contes. Ce qu'il faut, c'est une intériorisation totale
Quelle serait la partie médullaire ?
L'identité. L'enfant doit savoir que son identité lui est propre, mais qu'il a dans le même temps un antagonique, qui se bat, et le maintient là dans cette exclusion.
Que faut-il faire pour éliminer cette exclusion?
Discuter des besoins et cela doit commencer avec l'éducation ethnique, mais également avec l'éducation hors de la maison. Vous ne devez pas me voir comme ce noir qui marche là. Vous ne devez pas serrer votre portefeuille chaque fois que vous me croisez dans la rue. Vous devez savoir que je suis une personne qui a une valeur, des connaissances et une religiosité. Tout comme il y a des noirs voleurs, il y a aussi des métisses voleurs. Un enfant ne doit pas avoir honte de ce qu'il est.
C'est à dire que selon vous le métisse s'est arrêté à la folklorisation du noir ?
Des fois, on voit “bien” la culture afro comme un spectacle, mais quand il s'agit de voir un afrodescendant comme un être avec lequel on peut dialoguer d'égal à égal, on commence à réfléchir. Et si l'enfant (de cet afrodescendant) veut sortir avec ma fille (métisse), on y réfléchit encore davantage.
Comment faire pour que l'on commence à inclure les matières d'éducation ethnique dans les programmes des écoles d'État ?
L'inclusion dans les programmes n'est pas tout. Ce dont les gens ont besoin, c'est un processus d'intériorisation, de ce que nous appelons un sentiment d'appartenance. Il s'agit d'un travail identitaire que nous ne trouvons pas à l'école.
Quelles sont les possibilités que soient envisagées des actions concrètes?
S'il y a un arbitre qui fait des propositions, le résultat sera positif, car on se rejoindra tous ensemble autour des propositions apportées par ce facilitateur, car parfois ces derniers ne savent pas dans quel sens partir ou par où commencer.
Fátima Cárdenas
fcardenas@telegrafo.com.ec
Reporter – Quito
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga
dimanche 15 novembre 2009
Entrevue Óscar Paredes : leader afroéquatorien
Óscar Paredes a travaillé toute sa vie contre l'injustice, pour les droits des communautés et des migrants
Au milieu d’un bois peu épais, réfugié entre les arbres qui entouraient pendant un temps la colline de El Batán Alto, à Quito, un gamin de six ans pleurait furieusement, avec amertumea, rêvant de disparaitre de ce monde injuste tel qu’il l’avait connu jusqu’à présent.
C’était en 1967. Ce petit garçon afrodescendant, né dans le hameau de Salinas, dans la Valle del Chota, avait migré dans la capitale avec ses parents deux années plus tôt, et la vie changea pour lui d’une façon dont il ne pouvait s’imaginer à cet âge où la parole d’un adulte se confond avec la vérité indiscutable; surtout si l’adulte est blanc, dans une société où avoir la peau noire est un délit, dans un endroit où la justice ne sévit que pour les descendants des esclaves, comme ce fut le cas de Lucas Beauchamp dans le feuilleton émouvant Intruso en el Polvo, de William Faulkner.
À 48 ans, Óscar Paredes est encore ému en pensant à l’épisode qui a marqué son destin. Aujourd’hui, il est l’un des 25 latino-américains les plus influents aux États-Unis. Établi dans la ville de New-York, il dirige le Projet des Travailleurs Latino-Américains (Proyecto de los Trabajadores Latinoamericanos - PTLA), dont le combat pour les droits humains et du travail des migrants s’est vu octroyer de nombreuses reconnaissances nationales et internationales.
Leader communautaire, musicien, écrivain, danseur, professeur d’université, pratiquant du vaudou et de la religion Yoruba; Paredes affirme que son combat pour la justice sociale a débuté ce matin de l’année 67, lorsqu’il fut obligé de se cacher dans le bois pour éviter la volée que la maitresse de son école voulait lui administrer lorsqu’il se rendit compte que le sang des blancs était également rouge, tout comme le sien, et non bleu comme on le lui avait fait croire.
Étant né à El Chota, qu’est ce qui a fait que vous vous retrouviez à diriger une organisation sociale aux États-Unis?
Ce qui m'a motivé c'est l'injustice. Le fait d'être descendant d'africains en Équateur, d'avoir grandi en étant fils d'ouvriers d’exploitation agricole, misérables, exploités, travaillant plus de 60 heures par semaine; ils n'avaient même pas une paire d’espadrilles, ni une paire de pantalon; j'ai donc commencé à me demander pourquoi on était si pauvres?
À quel moment avez-vous pris conscience de la situation d'injustice dans laquelle ils vivaient ?
Dès tout petit. Lorsque j'avais 4 ans, nous avons déménagé à Quito, à Bellavista dans El Batán Alto. Nous étions huit frères et sœurs en plus de mes parents et on vivait dans une seule chambre. Nous étions la première famille afro dans El Batán, et c'est là que j'ai commencé à ressentir le racisme et la haine. Le fait d'être pauvres et d'être afrosdescendant était un crime dans le voisinage. Quand on marchait dans les rues, il y avait des gens qui ouvraient les portes et sortaient pour nous frapper, ou ils ouvraient les fenêtres et nous regardaient ; c'était comme un défilé; ils nous criaient dessus : “negro cuzcuz, mece el arroz”(noir couscous, balance le riz), des choses comme ça. Ils disaient à mes parents qu’ils étaient des criminels, des voleurs. Donc, chaque semaine, mes parents se battaient avec les voisins. Ils ne nous aimaient pas.
De quelle époque parlons-nous là?
Je suis né en 1961, j'avais quatre ans, donc c'était en 65.
Vous travailliez déjà?
Non. On m'a d'abord mis à l'école.
Dans le même voisinage...
Oui, j'y suis entré avec mon frère Vinicio; nous étions les deux seuls afrodescendants là-bas. Ma mère nous disait: “vous devez être bons, vous devez apprendre ce que les enseignants vous disent, parce qu'ils savent beaucoup de choses ... et ce sont des blancs, ils savent plus de choses que nous ”. Et nous on croyait cela.
Comment fut votre expérience?
Lorsqu’on était à l’école, nous étions les objets des moqueries de Tous. On n’avait ni souliers, ni tenues scolaires. On était en arrière dans les rangs, et on nous mettait aussi derrière en classe. Mon frère Vinicio qui réprouvait cette situation reçut de nombreux coups, et il arrêta donc; j’ai passé en deuxième année avec de bonnes notes.
“Ma motivation c’était l’injustice. Le fait d’être afrodescendant en Équateur”
C’est là qu’il y eu cette histoire avec le sang de la maitresse ...
Oui. En classe, l’enseignante disait “les espagnols nous ont apporté la langue, les bonnes mœurs ; ils sont nobles, ils ont le sang bleu ”. Moi je l’ai crû. Jusqu’au jour où la maitresse était en train de ranger un globe et elle s’est coupée le doigt. J’ai vu que du sang rouge coulait; je me suis mis à sauter et à crier “madame a du sang rouge, elle est comme nous”. Elle s’est transformée; a pris un bâton et a commencé à me battre. Je me suis échappé de la classe. Quand je suis arrivé à la maison, mon père m’a donné une raclée. Le jour suivant, je ne suis pas retourné à l’école. Je comprenais que l’école, ce n’était pas pour nous, que les enseignants étaient des monstres sans cœur.
Et vous avez vécu dans les rues?
J’ai débuté une nouvelle façon de vivre, j’ai commencé à devenir un homme dès l’âge de 7 ans; car la lutte dans la rue est encore plus forte. J’ai commencé è survivre. J’ai ciré les chaussures, lavé des voitures et à 8 ans, j’ai commencé à travailler dans la construction.
Mais vous vous êtes éduqué en autodidacte...
Hé bien j’avais un ami, Abraham, qui était plus grand que moi, il m’apprit à lire. Il aimait la Revolución Cubana, et il avait des revues du Che. On se rejoignait dans la rue, et il me lisait cela; je voulais être comme le Che, pour lutter contre l’injustice, et les mauvaises personnes. J’ai commencé à fouiller dans les ordures des riches; je prenais des cahiers et je m’en allais, puis j’enlevais les pointes des bâtons de glace, et je copiais les lettres sur le sol.
Comment réussissez-vous à surmonter cette étape?
Une des choses à laquelle je pense c’est que j’ai des anges gardiens, ce sont les ancêtres qui me protègent. Car je me suis retrouvé au milieu de multiples formes de danger et mon esprit était toujours lucide; je n’ai pas cédé, même à la cigarette. C’était une lutte que je menais, mais je me sentais toujours protégé. E déjà à cet âge, je rêvais que j’étais ailleurs, dans un pays différent, que je faisais des études et que j’allais à l’université dans un endroit avec plein d’édifices ; je ne m’étais jamais imaginé que c’étaient les États-Unis...
Mais avant de sortir du pays, vous avez été un militant politique en Équateur...
Oui, j'ai travaillé dans la construction jusqu'à mes 15 ans. Dans ce milieu, j'ai rencontré des compagnons indigènes qui m'ont parlé des processus d'organisation dans les campagnes. Je me suis impliqué dans cette démarche. Dans le même temps, j'ai commencé à lire des livres de Lenine et de Marx; même comme je ne les comprenais pas beaucoup, c'était un niveau de langue assez avancé et compliqué. Mais c’est par la pratique des thèmes organisationnels avec eux que j’ai commencé à comprendre. J'ai de plus commencé à m'intéresser davantage à la culture, car une des autres choses desquelles j'ai commencé à douter c'est que depuis toujours, on nous avait dit que les noirs n'ont pas de culture. Il y a même une religieuse qui est allée jusqu'à nous dire que les noirs sont maudits, que nous ne sommes pas les enfants de Dieu qu'on nous a expulsé du paradis.
Comment avez-vous réussi dans cette recherche de votre culture?
J'ai commencé à fréquenter le Centre d'Études Afro (Centro de Estudios Afro), mais il n y avait pas non plus beaucoup d'information. Par la suite je suis entré à l'Institut Andin des Arts Populaires (Instituto Andino de Artes Populares...)
C'est de là que vous avez débuté dans la musique et dans le théâtre...
Oui. J’ai commencé à faire de la musique de protestation. C'est dans ce cadre que j'ai connu Jaime Guevara, Carlos Michelena, Ataulfo Tobar; ils étaient tous de cette période et Adriana et Víctor du groupe Saltimbanqui, qui m'ont invité à faire du théâtre de marionnette. Là, j’ai compris davantage sur les aspects politiques, sociaux et culturels. Par le biais des arts, nous avons commencé à organiser les prisonniers de la prison pénale de García Moreno, avec des fonds du département de la culture de la Banque Centrale. Et avec les camarades del Chota, nous avons formé le groupe Familia Negra, pour diffuser notre musique. Dans les années 80 fut enregistré le premier disque de bomba, avec les gens du hameau.
Avez-vous jamais eu des contacts avec les cellules guérillera qui commencèrent à se former ici ?
Non, jamais. Mais j’ai effectivement vécu la répression. Febres Cordero persécutait Tous les jeunes ayant une mentalité visant à générer des changements et à lutter pour la justice.
On nous considérait donc comme des guerrilleros, comme des alafristes ou comme des narcotrafiquants. On arrivait dans des endroits où les gens qui travaillaient dans les haciendas étaient misérables, on les organisait, on faisait des réunions et on les faisait voir qu’ils étaient exploités. Par la suite, on ne nous permettait plus d’accéder à ces lieux. Les gens se cachaient lorsqu’ils nous voyaient arriver. On leur demandait ce qui se passait, et ils nous disaient “guaguas, allez-vous-en, car le père a dit à la messe que lorsque vous arriverez, qu’on vous attrape et qu’on vous batte”.
Est-ce la raison pour laquelle vous êtes sorti du pays?
Oui. Je suis parti en 87, à Mexico. J’y suis resté quelque mois et je me suis fait un ami, musique canadien qui m’a invité à me rendre dans son pays. Comme j’avais besoin d’un visa de transit pour entrer aux États-Unis, je me suis rendu au consulat avec la lettre de mon ami et tous mes papiers. Un américain m’a demandé ce que j’allais faire au Canada, je lui ai expliqué que j’allais faire de la musique et il m’a accusé de vouloir entrer dans son pays pour y rester travailler. Il a pris mon passeport et a mis le tampon d’annulation sur chaque page... Je lui ai dis: “tu n’avais aucun droit de faire ça avec mon passeport. Tu ne veux pas que j’aille dans ton pays, mais demain même j’y serai”. Et il s’est mit à rigoler. “Et comment tu vas t’y prendre?”. “Ce n’est pas ton problème” lui ai-je répondu. Et la semaine suivante, je me retrouvais à New York, je suis entré de façon illégale par Tijuana.
Comment vous vous y êtes pris?
Ça s’est fait facilement. J’ai engagé un coyotero(passeur), qui m’a expliqué que entre neuf heures et neuf heures et Demi, il n y avait pas de garde, parce que c’est le changement de garde. C’était du cinéma pour moi, car il y avait tout d’abord les hélicoptères et les véhicules 4x4; mais à neuf heures, il n y avait personne. Et à ph30, ils commençaient à poursuivre les gens. Je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose de bizarre, car c’est tout de même inconcevable qu’une puissance guerrière délaisse sa frontière pendant trente minutes.
Comment vous êtes vous mis à travailler avec les migrants après être arrivé à New-York ?
J’ai d’abord commencé à travailler. Le deuxième jour de mon arrivée à New-York, j’ai rencontré un groupe de musique andine ; Ils étaient tous des amis à moi. On jouait dans le métro.
Comment avez-vous surmonté le problème de la langue ?
J’ai appris dans la rue. Dans le métro même. Nous étions célèbres, parce que nous étions le seul groupe à jouer ces instruments. Jaime Vega, un camarade parlait bien l’anglais en plus de maitriser l’allemand. Il me donnait des cours, après je suis entré dans une école et j’ai appris la danse et la percussion afro.
Toujours à la recherche de votre culture ...
Oui, j’ai pris des cours (danse) de la Guinée, de Sénégal, du Bénin, du Nigéria. Puis les danses latines, l’afrocubaine, afrocaribénne, afrobrésilienne. C’était intéressant, parce que mon enseignant de Guinée me disait: “nous connaissons toute votre histoire ; nous savons que vous avez été enlevés du continent, mais nous vous attendons toujours et nous voulons que vous y retourniez, car vous êtes des africains ”.
De quelle manière cette rencontre avec votre culture ancestrale a t’elle influé sur le travail que vous avez développé par la suite?
C’est de là que j’ai compris le processus de syncrétisme, car les africains de tout le continent furent capturés et emmenés ici en Amérique Latine; et on les mélangeait pour les vendre, pour qu’ils ne puissent pas communiquer entre eux. Après quatre années d’études et d’apprentissage, j’ai obtenu un contrat pour travailler à l’École des Arts de West Palm Beach en Floride. J’y ai travaillé pendant un an à donner des cours, et ils m’ont légalisé.
“Comme je n’étais pas retourné à l’école, le processus d’autodidactie que j’avais entrepris m’a aidé à ne pas être comme dans un cadre”
Qu’avez-vous pensé du rejet, du racisme contre les noirs aux États-Unis?
Quand je compare avec l’Équateur, je sens que le racisme ici est beaucoup plus cru qu’aux États-Unis. Là-bas, le racisme est plus institutionnalisé, à travers des lois. Ici, le racisme se manifeste encore dans le fait par exemple de maltraiter une personne parce qu’il n’est pas de la couleur qui plait aux autres; ici, les Noirs n’ont toujours pas une valeur égale aux êtres humains.
Là vous commencez à organiser les journaliers migrants. Parallèlement à cela, avez-vous réalisé votre rêve d’étudier à l’université?
À New-York, j’ai fait des équivalences pour obtenir le certificat de fin d’étude collégiale, puis je suis entré à l’université, mais pour prendre les cours dont j’avais le plus besoin pour continuer à organiser la communauté. Par exemple, la littérature, pour savoir écrire, le droit du travail, seulement des matières dont j’avais besoin, mais pas comme pour un cours normal. Bien que si je faisais les examens, avec toutes les choses que j’ai apprises, je ne sais combien de doctorats j’aurais, mais cela ne m’intéresse pas du tout.
Après toutes vos reconnaissances, que pensez-vous du parcours de Jeune gamin de 7 ans ?
Je suis fier. Mais, ça a surtout été un processus qui a impliqué beaucoup de personnes; j'ai eu de nombreux guides. Cette même maitresse qui m'a maltraité, car si ça n'avait pas été le cas, je ne serais pas là ou je suis actuellement. Je n'aurais pas eu l'aspiration d'être un révolutionnaire. En plus, comme je ne suis jamais retourné à l'école, je n'ai plus été la victime d'aliénation ; et le processus d’autodidactie que j’ai entrepris m’a aidé à ne pas être comme dans un cadre. C’est pourquoi j’ai écris un livre, entre le conte e t la poésie. Il a pour titre “De sangre azul; (De sang bleu)” et il est en train d’être traduit à l’anglais. J’espère pouvoir rentrer bientôt en Équateur pour organiser la communauté d’ici.
Javier López Narváez
xlopez@telegrafo.com.ec
Reporter
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga
jeudi 12 novembre 2009
Auma Obama : " Vous pouvez devenir ce que vous voulez, même président des États-Unis "
par Adriana Carranca
Source: Estado de São Paulo -
Auma Obama est une femme fascinante. J'ai eu la chance de parler avec elle dans le cadre d’une interview publié par Estado, lors d’un événement sportif à Sao Paulo et j’en suis sorti convaincu par la force du changement social. Universitaire, ayant étudié les lettres en Allemagne, titulaire d’un PhD en linguistique, parlant couramment l'anglais, l'allemand, le swahili et le Luo, la langue de sa tribu de naissance, et militante sociale, la sœur du président américain Barack Obama travaille pour l’inclusion des enfants et des jeunes des pays les plus pauvres d’Afrique, parmi lesquels le Rwanda et le Congo, en se servant des activités sportives.
Fière avec ses cheveux en dreadlocks, la Kényane qui cache son âge s’est rendue au Brésil pour montrer le travail qu’elle réalise en tant que consultante de l'ONG Care et directrice du réseau Sports Network for Social Change.
Fille de Barack Hussein Obama Sr. et de sa première femme, Auma a fait la connaissance de son cadet lorsqu’il lui a écrit après la mort de son père en 1982. Ils se sont réunis à Chicago, et plus tard, elle l'a accompagné à Kogelo, le village natal des Obama, au Kénya, comme le raconte Barack dans son livre Dreams from My Father. Auma a pris part intensément à la campagne de son frère et l'a entendu lui adresser un remerciement spécial lors de son discours de victoire. Pour sa part, Auma évite de parler de son frère.
Ci-dessous, l'intégralité de l'interview:
Que pensez-vous de la victoire de Rio sur Chicago dans la course pour accueillir les jeux olympiques en 2016, malgré un lobbying du président Barack Obama?
(Rires) C'était une compétition, il ne nous reste donc plus qu’à féliciter le vainqueur.
Certains estiment que Rio et le Brésil ne méritaient pas d'accueillir la Coupe du monde 2014 et les Jeux olympiques à cause de la violence et la corruption ...
Aux critiques, je dirais que du moment que Rio a été choisi pour accueillir la Coupe du Monde et les Jeux olympiques, ils doivent maintenant canaliser leur énergie à faire en sorte que les deux événements apportent des avantages à long terme au Brésil.
Sur la corruption ... Vous voyez, les règles existent déjà et sont là, elles ne sont simplement pas appliquées, c’est pour cela qu’on appelle cela la corruption. Conditionner les investissements à davantage de lois et de règlement ne préviendront pas la corruption et je pense qu'il éloigne du plus important, du point central, c'est-à-dire le sport. Ce que le gouvernement brésilien doit faire maintenant c’est de concentrer ses efforts pour prouver au monde qu’il est prêt à accueillir un événement de cette ampleur et de se servir des investissements pour apporter des avantages à long terme au Pays.
De quelle manière ?
Le Brésil est une nation d'amateurs de sport. On voit ce qui se passe lors des matches de football, lorsque tout le monde se rassemble dans les stades et que les inégalités disparaissent. Quand il s'agit de sport, le Brésil devient une seule nation. Et un événement international de cette taille augmente l'auto-estime des gens, motive les enfants, les jeunes, les adultes et des communautés entières. Maintenant, ce qu’on ne peut pas faire, c’est de créer de grandes attentes et qu’après l'événement tout revienne à la normale. Si le gouvernement est malin, il canalisera ses investissements pour réduire les inégalités. Le sport c’est la participation et l'inclusion. Les organisations de base qui travaillent quotidiennement avec les sports et les enfants et les jeunes des communautés pauvres devraient être impliquées dans l'organisation. D'abord, parce qu'ils vivent dans leur peau le manque d'investissement dans le sport et savent la valeur que cela a. Ensuite, ils peuvent trouver des solutions pour que les millions qui seront investis dans les Jeux soient destinés à l'infrastructure, qui plus tard, pourra être mise à la disposition des communautés.
Pourquoi travailler avec le sport?
Car nous avons besoin d’attirer les enfants et de nous assurer qu'ils continuent de revenir, et le sport est un excellent outil dans ce sens. L'attraction est la garantie de pouvoir jouer et s’amuser, ce qui est un luxe pour de nombreux enfants pauvres, sans espace dans les communautés. Avec cela, nous avons réussi à leur faire passer des jours avec les gens. Puis, nous créons un lien et eux-mêmes commencent à se transformer. Ils commencent par exemple à s’occuper de leur propre santé. Les enfants des rues dont nous nous occupons ont lâché la drogue parce qu'ils voulaient améliorer leurs performances dans le sport. Les familles commencent à venir voir les jeux, et c’est donc une façon d’engager l’ensemble de la communauté, et nous finissons par joindre à ces événements sportifs des conférences et des campagnes sur des sujets tels que le VIH. Nous changeons progressivement leur vie et il n'y a rien de plus grand comme potentiel de transformation économique que le sport. Pour la musique, vous avez besoin d'instruments. Pour le théâtre, d’un espace adéquat et d’une audience. Dans le sport, en particulier le football, vous avez juste besoin d’une balle en plastique.
La part du budget public allouée aux sports doit-elle être obligatoire, comme c’est le cas pour la santé et l'éducation au Brésil?
Ce serait une législation difficile à suivre. Mais je pense que les gouvernements doivent se rappeler que le sport est un outil d'éducation et de santé.
Comment c’est être une Obama aujourd’hui?
Ma vie a complètement changé. Soyons honnêtes, vous ne seriez pas ici à m'interviewer si je n'étais pas une Obama ... Donc, j'essaie de canaliser toute cette attention et la visibilité que j'ai désormais pour mon travail. D'autre part, c’est une très grande responsabilité parce que partout où je vais, les gens veulent entendre mon opinion et je finis par jouer le rôle de porte-parole des organisations que je représente. Et c’est compliqué, alors j'essaie de contrôler le nombre d'entrevues.
Comment ce fut pour vous le fait de voir Barack Obama parvenir à la présidence américaine?
Je ne voudrais pas répondre à des questions sur ce point. Qu'est ce que cela a à voir avec mon travail?
Il s'agit du premier afrodescendant à occuper la présidence de la nation la plus puissante au monde. Cela a à voir avec le droit à l'égalité, aux chances, au développement ...
Je suis d’accord avec vous dans ce sens. Mon frère est un exemple du fait que si vous travaillez et que vous vous formez, vous pouvez devenir ce que vous voulez, même le président des États-Unis. Ce message est très puissant, un encouragement pour les enfants et les jeunes pauvres à travers le monde.
Comment est votre relation avec le président Obama?
Comme celle entre des frères. Il est là, à travailler pendant que je donne cette interview. Parfois, on se téléphone. D’autres fois, on se rend visite. Nous sommes frères.
Est-ce qu’il soutient votre travail?
Bien sûr. Beaucoup. Comme moi, Barack sait que les enfants sont l'avenir d'une nation, quelque chose que beaucoup d'adultes oublient.
D'où provient l'inspiration des Obama à vouloir changer le monde?
Mon père était un homme plein de principes, qui a travaillé pour le gouvernement du Kénya et a vu beaucoup de choses qui n’allaient pas. J’ai donc grandi avec ses propres frustrations, mais en même temps, en le voyant rester ferme sur ses convictions et nous encourager à faire de même. C'était un homme d’un grand caractère, qui traitait tout le monde de manière égale, qu'il s'agisse d'un dirigeant ou d’un sans-abri. Il disait: On ne doit pas juger de la valeur d’un livre par sa couverture.
Traduit du Portugais par guy Everard Mbarga











