Par Fernanda Ribeiro -

 
  

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Selon une collecte d'informations menée par le Sebrae, sur la base de données de l'Enquête Nationale par Échantillon de Domicile (Pnad), les noirs représentent la majorité des entrepreneurs du pays. Je reconnais que je n'ai jamais perçu toute la beauté de cette donnée et lorsque j'ai vu le détail de cette enquête, la déception fut encore plus grande. Oui, nous sommes la majorité des entrepreneurs au Brésil, et malgré cela, notre revenu correspond à la moitié de celui de l'entreprenenur blanc. Malheureusement, les noirs entreprennent dans des secteurs les moins lucratifs et très souvent sans planification, le noir est le célèbre “entrepreneur par nécessité(entrepreneur obligé)”. Cette donnée porte également en elle un autre aspect, à savoir que si les noirs entreprennent donc par nécessité, très souvent, c'est parce qu'ils ont perdu leurs emplois formels et doivent par conséquent survivre.

Graduellement,  ces chiffres ont tendance à s'améliorer, si l'on considère que de nombreux jeunes noirs perçoivent l'entrepreunariat comme un outil de changement social et suivent ce chemin avec davantage de préparaition technique. Et je commence à penser aux stratégies que nous utilisons pour maintenir la circulation de cet argent au sein de notre communauté et pour renforcer notre pouvoir économique, populairement connu sous le nom de “black money”. Chaque fois que ce sujet nous vient à l'esprit, très vite, on l'associe à la communauté noire américaine et à son pouvoir de décision.

Je comprends que le processus post esclavage aux États-Unis fut totalement différent du nôtre, mais une question demeure dans ma tête: Pourquoi ne disposons nous toujours pas d'une “banque noire” ici au Brésil? Les africains américains ont plusieurs choix de banques fondées et dirigées par des entrepreneurs noirs. La OneUnited Bank qui est la plus importante d'entre elles, a été créée précisément dans le but de mesurer le pouvoir d'achat de la population afro états-unienne et de le canaliser pour générer des emplois, bâtir des affaires et augmenter la richesse.

Malgré tous les questionnements possibles, là-bas, ils utilisent le pouvoir économique comme un outil de protestation. Récemment, suite à la mort de jeunes noirs américains, fut lancé le mouvement BankBlackChallenge.  L'action a pour objectif de générer des migrations économiques, c'est-à-dire, d'amener les noirs à déplacer leurs investissements des “banques de blancs” vers les “banques des noirs”.

Ce mouvement a vu l'adhésion de célébrités noires comme les chanteurs Usher, Killer Mike, Solange Knowles. L'autre exemple fut l'augmentation de la vente des maillots du joueur Colin Kaepernick dans les boutiques de la NFL. Le sportif est devenu mondialement connu pour avoir refusé de se lever pour chanter l'hymne américain en signe de protestation contre l'oppression des noirs. Et je me suis toujours demandé, pourquoi nous ne faisons pas la même chose ici où nous sommes la majorité numérique de la population ?

Aujourd'hui nous travaillons avec un modèle que j'appelle le Black Money à la brésilienne, qui fonctionne en se basant sur deux fondamentaux : “Si je ne me vois pas, je n'achète pas  (sans boycotts lourds)” et “ j'achète chez les entrepreneurs afros pour renforcer leurs business”. Je suis une adepte du mouvement, mais je crois que nous pouvons aller plus loin. Selon le service conseil Etnus, spécialisé dans l'étude du profil des consommateurs noirs, la population noire brasse annuellement  autour de 800 milliards de réals. Serions nous réellement en train de devenir autonomes économiquement parlant ?

J'ai travaillé durant des années dans une entreprise multinationale qui avait une liste de 7 “commandements”, j'en relève un ici qui a toujours attiré mon attention , “celui qui n'a pas l'intelligence de créer doit avoir le courage de copier”.  Non, je n'ai pas fait cette référence pour sous-estimer notre intelligence, mais je confesse que comme communauté, nous pourrions “hacker” certaines stratégies d'autonomisation économique existants à travers le monde.


J'aime particulièrement assez l'histoire de Muhammad Yunus, un économiste indien et lauréat du Prix Nobel de la Paix (preuve que le capitalisme n'est pas toujours à diaboliser). Yunus, a fondé la Grameen Bank et 50 autres entreprises au Bangladesh, la majorité étant des social business. Il a débuté ses affaires par l'octroi de microcrédits aux pauvres, sans les mêmes exigences et garanties imposées par les institutions financières locales. Sept années plus tard, la Grameen est devenue une banque officielle orffrant des services principalement à des femmes dans la zone rurale du Bangladesh et débourse plus de 1,5 milliards de dollars chaque année.

Nous vivons un temps de questionnement sur notre véritable rôle dans de la société, principalement du point de vue de la consommation, durant lequel nous passons par un moment de transition et à apprendre comment exiger du marché une posture plus engagée. Considérant ces facteurs, il est entrain de surgir au Brésil une nouvelle modalité d'entrepreuneuriat,  plus responsable et intéressé par l'impact positif sur la société, les fameux social business.

Selon l'Artemisia, une organisation pionnière dans la dissémination et la promotion des social business au Brésil , il existe approximativement aujourd'hui 5 000 entreprises qui opèrent autour de ce concept. Et voilà une autre question qui apparait, la majorité d'entre elles sont-elles gérées ou ont-t-elle été fondées par des noirs? J'ai pris part à certains événements sur cette thématique et j'en rencontre très peu, et je me demande si nous perdons la voix même lorsque nous sommes l'objet du business?

Il faut surmonter certaines injustices et nous devons effectivement apprendre à parler d'argent. Sans jugement, sans accusation, sans soumissions et sans culpabilités. Nous devons épaissir notre voix, occuper tous les espaces et penser à des stratégies, pour cesser de penser au Black Money de manière aussi distante et utopique. Je pense qu'il n'existe encore aucune recette du succès pour l'instant pour que nous solutionnions les problématiques financières de notre communauté, mais je crois que de suivre la voie des social business est une bonne option, si l'on considère le déplacement économique et à l'impact qu'il peut générer dans son ensemble.

*Fernanda Ribeiro est la fondatrice et vice présidente de l'Association Afrobusiness Brasil Associ ação Afrobusiness Brasil. Formée en Tourisme et postuniversitaire en communication corporative. Elle a travaillé dans des entreprises multinationales du segment aérien dans les domaines de la qualité, l'expérience client, formation et communaication interne. Elle se consacre également au développement des actions et aux programmes de promotion de la diversité, de l'inclusion économique et sociale liés aux thématiques de genree et ethnico-raciales au Brésil.

http://www.mundonegro.inf.br/precisamos-falar-sobre-o-black-money/

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/