Publié à UOL Estilo le 04.août 2016, com imagem de Alessandra Levtchenko.

para-consulesa-da-franca-alexandra-loras-o-empoderamento-da-mulher-negra-e-ainda-mais-dificil-de-alcancar-1470252077442_v2_900x506

La consule de France à São Paulo, Alexandra Loras, est devenue une icone de l'émancipation féminine et de la représentativité de la femme noire au Brésil. Elle a été récemment une des curatrices du  “TEDXSãoPaulo Mulheres que Inspiram”(des femmes qui inspirent), qui a réuni sur scène des personnalités féminines aux parcours inspirants. Même sans comprendre pourquoi le Brésil a ouvert son espace à une étrangère, noire et faisant partie de l'élite, elle a pris la parole avec force. Et elle n'entend pas la lâcher.

Malgré votre fonction diplomatique, vous faites tout de même face au préjugé racial?

Comme je suis consule, je suis invitée à fréquenter les meilleurs environnements, dans lequels je suis très bien traitée. Aujourd'hui, je vois ce qu'est être privilégié et je comprends pourquoi les gens ne veulent pas renoncer à cela. Mais ce n'est pas toujours comme ça : certaines personne spensent encore que je devrais me contenter d,'être consule  –et peut-être cesser de hisser ma voix contre le racisme. Dans des endroits où  les gens ne savent pas qui je suis, je subis le même type de racisme pratiqué contre toute femme nire au Brésil.

Pouvez-vous donner quelques exemples

Il est déjà arrivé que j'aille au marché acheter des produits importés et d'être suivi par la sécurité pendant mes courses. Il y a aussi les gens qui disent : “Holala, vous êtes une noire articulée!”. Comme si être articulée était un privilège des blanches. Même de manière voilée, elles transmettent un message selon lequel j'ai la chance et que je devrais me contenter d'être déjà arrivé là oV je suis.

Récemment, l'actrice Leslie Jones, de la nouvelle version du film “S.O.S fantômes”, a donné une interview à Whoopi Goldberg. Elle affirme que, quand elle était gamine, elle a vu Whoopi à la  TV, et elle s'est rendue compte qu'elle aussi pouvait y arriver. Pourquoi la représentativité noire est importante?

À partir du moment où la population noire commence à se voir et à se reconnaitre dans tous les espaces, les différences sociales diminuent et nous gagnons beaucoup en autoestime. Mon objectif est que les noirs, qui sont 57% de la population du Brésil, soient représentés dans tous les secteurs de la société : dans les médias, dans les livres didactiques et aussi dans les conseils d'administration des entreprises.

Certains disent que le Brésil n'est pas aussi raciste que d'autres pays. Par exemple les États-unis, qui ont eu la ségrégation raciale …

Même sans qu'il y ait une ségrégation raciale officielle au Brésil, il y a des endroits où le noir ne va pas. Et c'est là que le racisme se montre actuellement. Le noir a été conditionné à ne pas s'autoriser de faire certaines choses. Dans les magasins et espaces commerciaux, on ne trouve pas de plaque “réservé aux blancs”, mais malgré cela. beaucoup de noirs, lorsqu'ils fréquentent ces lieux, sont suivis par la sécurité et sont parfois même abordés. Entrer dans une boutique avec des milliers de jouets  et ne voir que trois poupées noires par exemple, c'est quelque chose de violent, Mais on est tellement habitués à cela que nous ne questionnons pas l'absurde.

L'absence de représentativité est-elle l'une des raisons pour lesquelles l'estime de soi de l'afrodescendant reste faible?

Le manque d'opportunités influence également la faible estime de soi du noir, que ce soit dans l'éducation ou sur le marché du travail. Quand je suis entré à la fac, à Sciences Po ( Paris), le plus difficile était d'affronter la voix qui parlait dans ma tête: “Non, tu ne peux pas fréquenter l'école de l'élite. Ta place n'est pas ici. Non, tu ne vas pas les tromper, puisque tu n'as pas le même niveau qu'eux, tu ne peux pas partager le même espace”.

Qu'est ce qui contribue à élever l'auto-estime de l'afrodescendant?

On peut encourager les enfants avec des lectures qui inspirent, puisqu'il y a des noirs importants dans l'histoire, comme André Rebouças, Machado de Assis et Teodoro Sampaio. Cela vaut également la peine de leur enseigner que les inventeurs du réfrigérateur, du pac maker et de l'antenne parabolique étaient tous des noirs! Nous devons apprendre –et cultiver dans notre milieu – une culture de résitance, qui empêche que nous nous pliions à un préjugé racial qui est quotidien et qui nous fait nous sentir inférieurs. Dans ce sens, nous devons établir un dialogue auquel les blancs prennent part, puisque le racisme ne prendra fin que si il y a un effort de part et d'autre.

Comment voyez-vous l'insertion des femmes sur le marché du travail?

Au Brésil. il y a plus de femmes diplomées dans les universités que d'hommes, mais on attend encore de voir cette donnée transformer le marché du travail. Les femmes représentent seulement 6% des conseils exécutifs. Au cinéma, il n y a que 3% de femmes noires. Nous sommes la première génération qui peut lire, écrire, voter, travailler, se marier ou non, choisir d'avoir des enfants ou non. Nous pouvons poursuivre nos rêves, étudier et nous commençons à avoir de la dignité et du pouvoir économique de manière autonome. Mais le chemin à parcourir est encore long, même au Brésil, où on a la deuxième plus grande population de noirs, juste après le Nigéria. 

 

Pensez-vous qu'il faille séparer le féminisme noir du féminisme blanc?

Il est essentiel de promouvoir la culture qui reconnait les besoins spécifiques de chaque femme, blanche ou noire. Au Brésil, le féminisme demeure blanc, alors que la majorité des brésiliennes sont noires  –et on n'arrive pas à surmonter cet obstacle. La problématique de la femme blanche, par exemple, est qu'elle peut travailler depuis peu; la femme noire pour sa part a toujours travailler en dehors de la maison.

Cette séparation affaiblit en quelque sorte le combat des femmes?

Cette séparation n'affaiblit le combat des femmes que si nos agendas se bousculent. Chaque mouvement possède un agenda propre. Le féminisme et la lutte contre le racisme doivent organiser des agendas unifiés, afin de donner des réponses consistantes à nos questionnements.

Beucoup de personnes ne se condidèrent pas racistes, mais ont des comportements emprunts de préjugés. Que veut dire ne pas être raciste?

Ne pas être raciste c'est reconnaitre que nous, les noirs, avons le droit d'occuper les mêmes espaces qui, actuellement sont occupés exclusivement par des personnes blanches et que la couleur de notre peau ne nous rend pas pires que les autres. Et aussi, accepter que 57% de la population brésilienne, qui est noire, représente des fonctions de direction. des rôles dans les et même dans les dessins animés. Ne pas être raciste c'est avoir de l'empathie et de la compassion par raport à la cause noire.

 

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

 

http://alexandraloras.com/o-feminismo-ainda-e-branco-afirma-consulesa-da-franca/