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CRÉDIT PHOTO: RAÚL ABREU

Cuba est une terre de contradictions. C'est une nation particulièrement marquée par les descendants des Africains esclavisés, mais aussi un endroit où ces influences sont souvent niées et où le racisme est rarement confronté. L'écrivaine Johnica Reed Hawkins a voyagé dans l'île pour explorer l'histoire, les traditions et les coutumes Africaines qui font partie de l'identité cubaine, mettant en lunière l'impact indéniable de la culture noire sur l'un des plus beaux et fascinants pays au monde.

LES PREMIERS AFRO-CUBAINS

De 1789 à 1820, Cuba, une île de la taille de la Pennsylvanie, a importé plus de 800 000 africains à vendre en tant qu'esclaves, un chiffre qui représente environ le double de ceux amenés aux États-Unis durant la traite transatlantique des esclaves.

Certaines statistiques de recensement Some census statistics approximate que les descendant des esclaves d'Afrique de l'ouest constituent plus de la moitié de la population de Cuba de nos jours. Le Département d'État américain par exemple estime à 62% le nombre de cubain noirs  ou métisses.

Même si le travail gratuit fut utilisé pour construire le pays, le "noircissement" de  Cuba au cours du 19ème siècle fut accueilli avec résitance, et encouragea un appel à l'immigration européenne pour contrbalancer l'effet que le commerce des esclaves avait sur la population cubaine. José Antonio Saco, un éminent écrivain cubain des débuts des années 1800 était un supporter de l'abolition, mais ne considérait pas les afrocubains comme faisant partie de la nation qui allait émerger après l'esclavage. Avec des attitudes comme de Saco qui prévalaient à travers le pays, la suppression de la culture afrocubaine se poursuivit après l'abolition de l'esclavage en 1886.

Perçu comme une menace pour l'identité du pays, l'expression artistique et religieuse afrocubaine fut bannie et étiqutée cosa de negros, soit "les choses des noirs." Des décrets furent émis portant restriction des tambours et les ñáñigos—les membres des société rituelles secrètes—furent la cible de la police coloniale. Au début des années 1890, des personnalités éminentes appelèrent à l'interdiction du culte de la Santería, les adeptes des religions africains furent faussement accusés de kidnapper et de tuer des enfants blancs à des fins cérémoniales et des lois criminalisant les rassemblements afrocubains lors desquels on jouait des percussions et on dansait furent votées. Et malgré l'implication des afrocubains dans les guerres d'indépendance et l'abondance de héros de guerre afrocubain comme Antonio Maceo parmi les hauts gradés de l'Armée de Libération, les membres de l'élite blanche cubaine vilipendaient les noirs et leur place au sein de la Nation.

Ce ne fut que dans les années 1920 que le mouvement Afrocubanismo valorisa la culture d'influence africaine, que la Négritude devint partie de l'identité nationale. Par exemple, le son cubano—fusion musicale de la canción, ou "chanson," espagnole et da la percussion afrocubaine—vit sa popularité croitre avec des actes comme le Buena Vista Social Club qui symbolise la façon dont Cuba est perçu aujourd'hui : une convergence de cultures.

 

 

 

L'INFLUENCE NOIRE

"La culture Afrocubaine c'est la culture cubaine."

Ce sont là les mots de Martínez Gutiérrez, un artiste afro-cubain que j'avais rencontré le jour de mon arrivée à Santiago de Cuba en avril dernier. Comme nous nous installions dans le lobby de l'historique Hotel Melía, Gutiérrez m'a promené à travers ses influences artistiques, principalement issues de la culture africaine qui imprègne l'île. Particulièrement, les écrits de l'activiste et poète national Nicolás Guillén—mieux connu pour  poesía negra, ou "Poésie noire"—ont nourri les peintures de Gutiérrez. Né en 1902 à Camagüey, Guillén fut l'auteur d'oeuvres rythmiques qui exploraient des thèmes comme la pauvreté, la révolution et la protestation sociale.

 

Suite à la suggestion faite par Gutiérrez's que j'explore les les maisons de cultures de Santiago, je me suis arrêté à la Maison des Religions Populaires, qui m'a confronté à la transculturation. Des images de Jésus Christ étaient juxtaposées à des machettes et des reptiles empaillés utilisés lors des cérémonies de Santería, une rencontre syncrétique du Catholicisme européem et des pratiques Yoruba et Ifá amenés sur l'île par les africains esclavisés. J'ai très vite appris que la majorité de lapopulation cubaine suit une sorte de pratique de la Santería.

À El Cobre, une ville située à environ 14 miles de Santiago, siège le sanctuaire de la patrone catholique Virgen de la Caridad, une Madonna Noire. La sainte ressemble si fortement à l'orisha africaine Ochún, avec son teint de peau foncéE et sa robe de couleur jaune vif, que de nombreux cubains pensent être la seule et même. Juste après le sanctuaire se trouve une suclpture de bronze et de fer connue sous le nom de El Monumento al Cimarrón, ou "le momument des esclaves fugitifs." Le symbole de la résistance et de la liberté africaine, érigé par l'artiste Afro-cubain Alberto Lescay, commémore l'un des plus importants soulèvement d'esclave de l'histoire de l'île —l'insurrection réussie des esclaves africains du 24 juillet 1731, qui travaillaient dans les mines de El Cobre.

"À Cuba, on peut retouver les influences africaines partout," indique Alberto Granado, directeur de Casa de Africa, un musée qui sert également de centre éducatif dans la Vieille Havane. "De la religion à l'art et à la nourriture, les éléments culturels sont parties de notre identité."

Logée dans un manoir du 17ème siècle, Casa de Africa héberge des objets tels que des masques rituels, des sculptures en ivoire et des textiles originaires de pays africains, ainsi qu'une collection de symboles de la Santería appartenant à Fernando Ortiz, l'anthropologue et écrivain pionnier de l'étude de la culture afrocubaine. Les familles afrocubaines de la Havane et des campagnes envionnates amènent leurs enfants explorer les programme des maisons d'éducations - une forme de préservation culturelle au cours de laquelle ils apprennent les traditions, les traditions, danses, les chansons et les pratiques de cultes de rituels africains anciens. Ce transfert de connaissance est une ode aux cabildos de nación, les sociétés ethniques africaines à Cuba qui opéraient durant la domination espagnole.

 

 

"Les traditions afrocubaines sont également conservées dans la cuisine cubaine de tous les jours," m'a affirmé ma guide touristique Martha Ibis lorsqu'on quittait Casa de Africa. "Les esclaves utilisaient les restants d' aji—un poivron vert—les ignames, yucca, des pommes de terre et des oignons pour préparer l' ajiaco, un ragout qui est notre plato nacional, le plat national." Les plantains verts constituaient la nourriture principale donnée aux africains esclavisés, ce qui a donné naissance au fufú de plátano, un des favoris des cubains . On peut trouver ces deux mets dans les paladares, des restaurants privés souvent tenus dans des domiciles privés et l'on retrouve certains des meilleurs mets de Cuba.

Ibis, dont la fille étudie la médecine à l'université de la Havane,  a également fait référence à l'Encyclopedia of Green Medicine, un livre de remèdes à afrocubains base de plante que l'on retrouve dans plusieurs maisons. "Durant ce qu'on appelle la "période spéciale," we didn't cut health care—malgré la crise économique et que nous étions à deux doigts de la famine," indique Ibis. "on avait du mal à se procurer des médicaments pharmaceutiques, donc notre pays dépendait uniquement des recettes médicales transmises  par les esclaves."

[Note du rédacteur: La dissoultion de l'Union Soviétique en 1989 a conduit à l'effondrement de l'économie cubaine, poussant le pays dans une "période spéciale" de 1991 à 1995, lorsque les importations et les exportations connurent un déclin rapide, l'agriculture et le réseau alimentaire s'écrouèrent et Cuba fit face à la famine.]

RÉCONCILIATION ET RACISME

Malgré le mouvement Afrocubanismo qui a mis la culture afrocubaine aux avant-postes des arts , les afrocubains sont demeurés en marge politiquement, confrontés à la discrimination et à la ségrégation dans le logement, les emplois et la vie sociale. Gustavo Urrutia, un des premiers éditorialiste afrocubains à être publié dans un grand journal cubain écrivit dans son éditorial  "Ideales de una raza," ou "Idéaux d'une race," en 1932, "La République n'a pas été capable d'assumer ses promesses sociales et économiques  [vis-à-vis de sa population de couleur]. Cet adorable plan révolutionnaire a été contrecarré et en pratique tout conspire au découragement et à l'extinction  [des noirs]."

Le gouvernement post-révolutionnaire de Fidel Castro voulait encourager l'identité nationale comme la seule identité, menant Castro à lancer une campagne anti-racisme en 1959. Le taux dalphabétisation s'améliora et les jeunes noirs cubains intégraient la main d'oeuvre en tant que docteurs, avocats et ingénieurs dans les années 1980, ce qui amena beaucoup de personnes à croire que la campagne de Castro avait fonctionné.

Toutefois, les gains faits par les afrocubains ne se réflétèrent pas dans le leadership du pays, le Général Juan Almeida Bosque étant l'un des quelques afrocubains en position de pouvoir dans le gouvernement de Castro. La fin des aides soviétiques en 1991 et le début de la "période spéciale" vit la montée des inégalités raciales. Pendant cette période, l'héritage structurel du racisme signifia pour les afrocubains d'être les principales victimes des challenges économiques.

Dans la chanson "Lágrimas Negras," ou "Larmes Noires," le groupe de rap controversé Hermanos de Causa (Frèeres de la cause) parle pour la nouvelle vague d'afrocubains fatigués de dissimuler les problèmes d'inégalité sous le tapis : "Ne me dis pas qu'il n y a pas de racisme/Parce que je l'ai vu / Ne me dites pas qu'il n'existe pas/ parce que je l'ai vécu." Soandres et Pelón, deux membres du groupe, donnent à leur public un éclairage sur l'existence marginalisée des noirs à Cuba à travers leur musique. Il y a eu quelques gains : avec les réformes de Raul Castro, comme l'augmentation des salaires, la légalisation de l'auto-emploi et l'augmentation des députés Noirs à l'Assemblée Nationale, le Mouvement afrocubain moderne a réussi à amener le gouvernement à au moins reconnaitre les inégalités raciales.

 

 

UNE NOUVELLE ÈRE

Alors que je marcahis sur les routes pavées de La Havane à la fin de mon vayage, il flottait un air d'optimisme chez les afrocubains qui espèreny pour profiter de nouvelles opportunités économiques comme l'embargo États-unien s'assouplit et que que le nombre de visiteurs dans le pays augmente. Les sonorités de son remplissent les airs et des groupes de charanga en plein boom pullulent, jouant du bongo, de la basse, la trompette et le tres—un instrument proche de la guitare avec trois groupes de cordes—dans les coins de rue.

Alors que Cuba se prépare à une nouvelle ère, il est clair que la culture afrocubaine influence la plus récente et la plus branchée des enclaves de La Havane. La Fábrica de Arte Cubano, ou  "Fabrique d'art cubain ," une ancienne usine d'huile de cuisson, est par exemple devenue un hub pour les créatifs de la ville. Le musicien hip-hop et Afro-rock cubain  X Alfonso est derrière le projet, qui rassemble le théâtre, la mode, l'art contemporain, le film et autre sous un même toit alors que l'on entend le reggaeton résonne en arrière plan.

De la même façon que la créativité des africains esclavisés avec les restes qui sont devenus les plats qui définissent la nation, les décennies passées à en faire plus avec le moins ont inspiré la nouvelle génération de faiseurs. Et cela n'est nulle par ailleurs plus évident qu'à La Fábrica, où l'équipe utilise des matériaux de deuxième main comme des pallettes pour créer un espace fluide pour la communauté, des expositions et des performances.

Sur la route de retour à mon hotel, j'ai entendu une phrase familière à la radio. L'esprit du Cimarrón (esclave fugitif - marron) remplissait la chevy rose des années 1950 alors que mon chauffeur faisait jouer la chanson du même nom, du musicien afrocubain  William Vivanco, une chanson qui selon Vivanco représente à la fois l'ode au périple des esclaves qui ont échappé à leurs ravisseurs espagnols et la quête personelle de liberté de Vivanco. Alors que les portes de Cuba s'ouvrent, je sais que plein d'américains voudront venir pour les voitures. Mais j'espère qu'ils viendront pour la culture - la culture afrocubaine.


8 LIEUX QUI CÉLÈBRENT LA CULTURE AFROCUBAINE

Central Holidays, un tour opérateur qui offre des expériences sous la catégorie de voyage "people-to-people,"(personnes à personnes) approuvée par le Gouvernement des États-Unis est l'une des rares compagnies offrant un itinéraire ciblant la culture afrocubaine. Voici quelques sites à visiter:

Casa de Africa, La Havane

Commencez par le commencement avec un conexte historique complet de la culture afrocubaine.

Callejón de Hamel, La Havane

vous y trouverez de l'art de rue, la rumba chaque Dimanche aux environs de midi et des petites boutiques vendant des colliers et des divinités de la Santería.

Église De Nuestra Señora de Regla, Havane

D'abord un camp d'esclavisés africains, cette église héberge La Virgen de Regla (La Vierge Noire de Regla).

Casa del Caribe, Santiago De Cuba

Visitez des expositions d'art et profitez de cours de danse.

Maison des Religions Populaires, Santiago De Cuba

Visiter pour une présentation es religions de l'île, du Catholicisme à la Santería au rituels uniques qui fusionnent les deux.

Musée du Carnaval, Santiago De Cuba

Apprendre l'histoire de l'un des plus anciens et important carnaavals.

La Basilique Sanctuaire National de Nuestra Señora de La Caridad Del Cobre

Ce sanctuaire célèbre la sainte vierge cubaine Notre Dame de la Charité.

Le Monumento Al Cimarrón, El Cobre

Honorer les esclaves fugitifs et en savoir plus sur le soulèvement du 24 juillet 1731.

 

 Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

http://www.essence.com/2016/08/02/discovering-afro-cuban-culture