A 73 ans Teresita Gómez, une des pianistes les plus en vue de la Colombie, évoque sans ressentiment les épisodes répétés de racisme qu'elle a dû affronter parce qu'elle avait choisi une profession qui était exclusive aux élites.

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La pianista Teresita Gómez fue adoptada por los porteros de Bellas Artes, en Medellín, cuando era una bebé y solo hasta los 18 años conoció la verdad. Foto: Pablo Monsalve

 
SEMANA: Vous avez grandi dans un environnement de blancs aisés, ce qui vous a amené à découvrir le racisme alors que vous étiez encore prtite fille. Comment cela s'est produit?

TERESITA GÓMEZ: Je crois que j'ai commencé par demander pourquoi j'étais noire à 4 ans. Mes parents adoptifs, qui étaient les concierges du Bellas Artes (à Medellín), et tous mon entourage étaient blancs. Ils me répondaient toujours de manière évasive ; que ma maman avait pris de l'encre de Chine, et qu'elle m'avait peint. En plus, il y avait un mystère au sujet de mon adoption, donc ils ont pris soin de m'en informer. Aujourd'hui, je sais que ma mère biologique était noire, et j'ai des indices en ce qui concerne mon père selon lesquels il était blanc et musicien.

 

SEMANA: En plus, vous avez choisi un instrument qui à cette époque était quasiment réservé…

TERESITA GÓMEZ: Quand j'étais toute petite, j'ai décidé que j'allais devenir pianiste et ma maman m'a dit: “non, ce n'est pas pour les noires”. La conscience d'être noire m'est venue avec la musique. À ce moment, (dans les années cinquante), il n y avait pas beaucoup de pianistes noirs classiques. Et ils sont encore peu nombreux.

SEMANA: Quel est le premier acte discriminatoire dont vous vous souvenez?

TERESITA GÓMEZ: Au niveau musical, j'ai commencé seule, en pratiquant en cachette pendant les soirées au Bellas Artes, et quand j'ai été découverte, j'ai été soutenue et j'ai reçu une bourse. Les problèmes ont commencé quand j'ai voulu demander des bourses pour l'Europe ; être noire était un obstacle. Et au niveau social, je me suis réfugiée dans la musique. je jouais au piano pour la haute société, mais si je voulais établir des relations avec eux d'une autre manière, des barrières apparaissaient. J'ai découvert cela très vite et j'ai fait très attention. On apprend à être noir: on crée des défenses, on est plus prudent. Ou du moins, je l'ai fait ainsi par peur du rejet. Mais je n'ai jamais eu de ressentiment.

SEMANA: Comment répondez-vous à un acte discriminatoire?

TERESITA GÓMEZ: Je ne réponds pas. A un moment, la personne qui est en train de m'agresser se rendra compte du fait que la couleur, la religion ou l'orientation sexuelle ne change pas l'être intérieur. L'âme, l'esprit n'as pas de race et le monde a peu a peu compris cela.


SEMANA: On dit que les actes racistes sont la plupart des fois inconscients. Croyez-vous cela?

TERESITA GÓMEZ: Oui. C'est quelque chose d'assez enraciné qu'on n'arrive pas à élucider. Dans mon cas, le rejet rationnel n'a jamais été violent. Quand j'étais petite fille, je n'ai jamais dû subir le bullying que vivent les petits enfants dans les écoles. La discrimination a été subtile.

SEMANA: Par exemple…

TERESITA GÓMEZ: Me sortir d'une piscine parce que les noirs ne pouvaient pas s'y baigner. Et je n'ai jamais appris à nager. Il ne m'est plus arrivé de rentrer dans une piscine.

SEMANA: Mais il s'agit là d'un acte très violent…

TERESITA GÓMEZ: Oui, ce petit bout fut très fort. Ou alors de ne pas m'inviter aux fêtes des premières communions. Je me mettais à pleurer à la porte et ma maman me faisait rentrer. En fait, une amie ou une autre m'invitait, mais moi j'étais désormais effrayé d'y aller.

SEMANA: Et en tant qu'adulte?

TERESITA GÓMEZ: En amour. J'ai dû résister au rejet des familles de certains partenaires. J'ai eu une histoire très importante qui n'a pas pu être parce que j'étais noire; et c'est moi qui suis partie. L'amour, lorsqu'il n'est pas accepté par la famille devient une tragédie, un obstacle que l'on peut franchir très peu de fois.


SEMANA: Comment avez vous réussi à vous blinder contre le ressentiment ?

TERESITA GÓMEZ: tout d'abord, j'ai renoncé à l'Église Catholique lorsque j'ai découvert qu'on y trouvait le racisme le plus fort. Mon père voulait m'inscrire au collège des Carmélites, qui me fascinait, et je n'ai pas pu l'intégrer parce que j'étais noire. Depuis cet épisode, je ne suis plus retournée à la messe. Mais on ne peut pas rester dans les resentiments toute la vie, j'ai également rencontré des gens formidables dans l'Église catholique qui ne pensent pas comme cela.

SEMANA: Donc vous vous êtes dédiée à faire votre propre recherche spirituelle…

TERESITA GÓMEZ: Je suis très mystique, j'ai fait une très grande recherche interne. C'est ainsi que me sont parvenus des messages comme celui du grand maitre Paramahansa Yogananda, qui une fois a dis : “Je ne sais pas pourquoi les gens sont si surpris quand Dieu se pare de noir ”. Moi non plus, je ne comprends pas pourquoi il est si difficile d'accepter toutes les couleurs,les goûts, la diversité, toutes choses qui rendent ce monde merveilleux.

SEMANA: Pensez-vous que tout cela vous a blindé?

TERESITA GÓMEZ: Oui. Autant le yoga que le boudhisme. on doit transformer toute la haine, les colères, les ressentiments, carer très lourdement; on ne peut pas se laisser inonder par toute cette méchanceté. C'est là le travail ce toute la vie.

 Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

http://www.semana.com/nacion/articulo/el-poder-de-las-razas-teresita-gomez-habla-del-racismo/478259