INTERVIEW- Harlem Beltrán est le directeur exécutif d'Andeafro, une association qui vise à développer les entreprises dans les communautés noires de Colombie. SEMANA s'est entretenu avec lui.

 
SEMANA: Vous existez depuis 2011, pourquoi vous faites-vous seulement connaitre aujourd'hui?
 
HARLEM BELTRÁN: Andeafro est le seul organisme dédié au développement des afrodescendants dans le Pacifique colombien. Nous avons pris part à des événements dans le Chocó. Mais la semaine dernière, nous étions présents à Exponegocios, à Cali, et nous sommes désormais un peu plus protagonistes.
SEMANA: Combien êtes-vous?
H. B.: Plus de 170. L'affiliation coûte 30.000 pesos et il y a des cotisations mensuelles.
SEMANA: Votre devise est : ‘Entreprendre avec l'identité’. Quel en est la signification?
H. B.: La valeur du noir réside dans le fait qu'il a pu conserver son identité ethnique. Nous vivons dans la pauvreté et dans le besoin, mais notre richesse c'est cette identité, de pouvoir dire : nous sommes capables.
SEMANA: La violence, la pauvreté et la discrimination ne constituent-elles pas un très grand obstacle?
 
H. B.: Ça nous cause un grand préjudice. De nombreux talents finissent par être impliqué dans le conflit. Dans nos ateliers, nous leurs demandons: Qu'est ce qui est le plus important: cultiver la coca ou avoir sa propre entreprise? La plupart affirme que s'ils avait l'opportunité de créer une entreprise, ils ne la refuseraient pas. C'est dans ce sens que nous comprenons notre rôle de porteurs de secours.
SEMANA: Quelles autres problèmes voyez-vous?
H. B.: Le noir entrepreneur du Chocó n'a pas eu d'opportunités. Il y a des gens très capables. La femme noire ne se déplace plus en ville pour travailler dans une cuisine, mais elle est scientifique ou femme d'affaires. L'homme noir n'est plus policier, mais éducateur, entrepreneur ou leader. Il nous manque la culture entrepreneuriale.
SEMANA: Et comment  leur venez vous en aide?
H. B.: Nous formons des entrepreneurs par le biais de séminaires et de causerie. Nous incluons tout ce qui s'approche d'une initiative. Même la femme qui vend le poisson dans un carrefour peut venir pour que nous la formions.
SEMANA: Où voyez-vous un potentiel d'affaires immédiat?
 
H. B.: Historiquement, nous avons été les spectateurs de la biodiversité qui nous entoure. Aujourd'hui, c'est nous qui devons en profiter. En Colombie, les gens nous perçoivent comme des gardiens sans salaire, nous voulons être des propriétaires de ce qui est à nous. Il faut tirer profit de produits comme le  'chontaduro' (palmier pêche) et les ressources naturelles comme le bois et l'eau. Il y a aussi le tourisme. Les afros, les noirs, les  palenqueros et les  raizales (noirs des iles), nous avons en nos paysages un héritage divin.