La documentaliste sud-africaine, invitée par le Ministère de la Culture à l'occasion du Mois de l'Héritage Africain réalisera à Cali  des projections de documentaires et des ateliers.

Par: Elespectador.com 
Bridget Thompson en el Centro de Memoria Histórica, en Bogotá, donde realizó su primer conversatorio sobre la herencia africana. / David Campuzano - El Espectador
Bridget Thompson au Centre de Mémoire Historique à Bogotá, lieu de réalisation de son premier atelier sur l'héritage africain . / David Campuzano - El Espectador

Quel est votre rôle dans le projet Route de l'Esclave?

Je fais partie du comité scientifique de la Route de l'Esclave qui est chargé de conseiller et de donner une direction au projet. Plusieurs membres du monde font partie de ce comité, et particulièrement de pays qui ont vécu l'impact de l'esclavage. Beaucoup sont des historiens de l'esclavage dans le monde. Mais rôle spécifiquement consiste en la popularisation de la connaissance et n'est pas tellement lié à la recherche. 

Travaillez-vous en utilisant le documentaire et la vidéo comme outils de visibilisation? 

Effectivement. je travaille comme directrice de production, mais je ne fais pas que cela, je m'implique aussi dans l'éducation  informelle. Ma contribution au Comité tourne autour de produits éducatifs.

Quels sont certains des projets dans ce cadre ?

Faire une curatelle avec les meilleurs films que nous avons sur l'histoire africaine. L' Unesco va réaliser une nouvelle déclaration en ce qui concerne les afrodescendants; on espère pouvoir apporter une sélection de films et la rendre accessible en Amérique Latine.

Pourquoi faut-il parler de l'héritage africain aujourd'hui en Colombie?

Les raisons sont nombreuses: la richesse de l'hériage africain, si on voit dans l'art, le design et l'architecture de l'Afrique, on voit de nombreux principes mathématiques très sophistiqués que l'on seulement décovert récemment en Occident, mais qui font partie des principes de l'art africain. Si on prend la philosophie, elle a ses origines en Afrique, dans la musique aussi. Si on pense au cubisme, il a été inspiré par l'art africain. Il y a de nombreux domaines dans lesquels le savoir africain a été indispensable pour la civilisation du monde et c'est pour cette raison qu'il faut parler de l'héritage africain.

Il y a cependant de nombreux stéréotypes et ces contributions ne sont pas reconnues...

Effectivement. Nous vivons avec des stéréotyoes terribles, comme celui qui veut que les africains ne sont pas civilisés et qu'ils sont égoistes ; cela doit changer car ce n'est pas vrai. Le peuple africain s'est éparpillé à travers le monde en conséquence principalement d el'esclavage, et il a apporté une contribution très importante à l'économie des pays dans lesquels il est arrivé.

Quelle peut-être la raison pour laquelle cela se produit encore?

Une des raisons pour lesquelles il y a une mauvaise attitude envers les afrodescendants dans le monde, non seulement en Colombie, est que l'économie moderne s'est construite sur l'esclavage. L'économie moderne actuelle n'existerait pas s'il n y  avait eu le processus d'esclavage vécu par les africains.  Pour esclaviser des personnes, il faut faire comme s'ils ne sont pas des personnes. Et c'est un préjugé. l'esclavage a pris fin, mais le préjugé vit encore avec nous. 

Quelle est la vigueur de l'esclavage au 21ème siècle ?

L'esclavage a été un crime. Des millions de personnes sont  mortes en traversant l'Atlantique. Quand on parle de l'holocauste à la Deuxième Guerre Mondiale, on pense à la pire barbarie dans l'humanité, mais l'esclavage a été beaucucoup plus grand, il a duré beaucoup plus longtemps, et bien plus de personnes sont mortes. Ça été très douloureux pour les gens qui ont dû le vivre. La Route de l'Esclave n'est pas centrée sur la détermination du nombre de gens et la magnitude de la tragédie, mais pour reconnaitre les incroyables contributions faites par la population africiane au reste du monde.

Décrivez-nous les ateliers que vous réaliserez à Bogotá et dans d'autres villes de Colombie sur la Route de l'Esclave?

Nous sommes des réalisateurs de films et nous travaillerons un film par session. Les films sont centrés sur la thématique de la mémoire. Nous essayons de comprendre quel est le public et partant de là, nous travaillons des thématiques de sensibilisation par le biais de l'histoire vécue par l'Afrique et par la Colombie aussi.

À quel type de population s'adressent les ateliers ?

Nous travaillons avec des jeunes et nous projetterons un film sur la jeunesse et ses contributions à la mémoire.

Comment percevez-vous la réalité afrocolombienne des points de vue de l'identité, de la culture et de la participation politique?

C'est excellent d'avoir un mois dédié à l'héritage africain, car cela permet aux gens de se réunir et de réfléchir pour penser à ce qui a été fait et à ce qu'il reste encore à faire. Ce type d'échanges permet également que les gens qui viennent de l'extérieur puissent comprendre ce qui se passe en Colombie, et viceversa.

Une de vos motivations pour parler de la thématique africaine dans le monde a été la mort du leader sud-africain  Stephen Bantu Biko. Pourquoi ?

Je vivais dans une petite ville et dans un autre bourg à trente minutes vivait  Stephen Bantu Biko, et pourtant je n'avais jamais entendu parler de lui. Mais mon père était le maire de la ville dans laquelle nous vivions, donc quand j'étais petite, je croyais qu'il était très important, très fort, pour tout ce qu'il faisait, et quand il est décédé, plein de gens sont venus à ses funérailles. Trois ans plus tard, Biko est mort et tout le pays s'est rendu à ses funérailles. C'est là que j'ai su qu'il y avait quelque chose que je devais comprendre de mon pays et c'est comme ça que j'ai pu avoir connaissance de l'apartheid et faire des recherches et travailler dans ce cadre.