Pendant des siècles, le jeu des tambours a constitué l'identité sonore de la célébration pour les Garifuna, un peuple afrocaribéen de la côte Atlantique de l'Amérique Centrale. Cette musique a désormais trouvé une nouvelle raison d'être — la prévention de la transmission du VIH. Pendant que les gens arrivaient pour écouter les tambours, les musiciens se transformaient en acteurs dans une performance théâtrale de rue , et d'autres acteurs se joignaient très vite à eux. L'intrigue tournait autour d'une poursuite judiciaire: les Garifuna étaient en train de juger le VIH lui même. Eduardo Marcial Garcia, qui jouait le rôle du procureur, présentait son plaidoyer. “nous sommes ici pour intenter une poursuite contre le VIH, la principale cause de mortalité dans nos communautés,” , a-t-il déclaré. “Il laisse des enfants orphelins et détruit des familles. Nous voulons une justice rapide contre le VIH.”

Garcia n'était pas seulement en train de faire une interprétation théâtrale. Il était en train d'éduquer le public sur une épidémie. Selon le gouvernement Hondurien et les Centres de Contrôle de la Maladie et de la Prévention Américain (Centers for Disease Control and Prevention) 4,5% de la population Garifuna du pays est positive au HIV,  une proportion cinq fois plus élevée que dans la nation toute entière. Pour mettre les choses en perspective, aucun pays de l'hémisphère Occidental n'a un taux proche de ce niveau élevé, qui l'est deux fois plus que celui d'Haiti. Le taux est plus élevé que dans certains pays africains, dont le Nigéria, le Congo et la Côte d’Ivoire. Alors que les facteurs stimulant le problème comprennent la pauvreté généralisée et une tendance des hommes à migrer dans les zones où règne le virus, quelques-uns des principaux coupables sont le stigmate social, la discrimination et le manque d'éducation au VIH.

Place aux arts

Le théâtre communataire, les groupes de musique et de danse colorés dans de nombreuses villes offrent des performances pour présenter des messages sur la prévention du VIH dans le but d'éduquer la population. Des travailleurs sociaux locaux en passant par le Ministère de la santé, aux employés des ONG, ceux qui connaissent le mieux l'épidémie chez les Garifuna affirment que cette approche culturelle peut être plus efficace que les modes traditionnels d'éducation comme la distribution de dépliants.

C'est parce que la musique, la danse et le récit représentent des composants ô combien vitaux de la culture Garifuna qu'ils intéressent les gens et les aident à inverser les mauvaises habitudes comme les relations sexuelles non protégées. Les traditions culturelles Garifuna constituent en effet un atout : l'UNESCO a proclamé leur musique et leur danse  “patrimoine oral et immatériel de l'humanité.”  Parmi les stars de ce genre musical, il y a le regretté musicien Garifuna Belizéen Andy Palacio.

Les pièces théâtrales sont plus efficaces car elles attirent l'attention, elles divertissent, les gens s'amusent,” indique Garcia, l'acteur du groupe théâtral de Corozal qui compte 30 membres. “Ici dans la communauté, nous avons de nombreux camarades qui se sont impliqué avec nous car les pièces les ont aidé à changer la façon dont ils vivaient leurs vies. Auparavant, ils menaient une vie de fous, et maintenant ils font plus attention.”

Un autre soir dans le village voisin de Tornabé, le son des tambours commençait  de nouveau à attirer les gens malgré la bruine qui s'épaississait. Sous le patio en chaume de palmier sur la plage, cinq femmes en robes fleuries rouge et vert dansaient à l'unisson, martelant le rythme et frappant leurs pieds au sol avant de tourner en cercles. En suivant le rythme, elles chantaient une chanson en langue Garifuna qui prévenait des dangers du VIH et appellait à la fin de la prostitution pour aider à éliminer le virus. “Je mourais de ce monde, et il  n'y aura plus de travailleuses du sexe ,” chantaient-elles. Digna Lambert, une chanteuse du groupe qui a perdu des membres de sa famille à cause du  virus, disait ceci après le spectacle. “Il y a des des gens qui n'ont pas de mères et de pères à cause du VIH,” dit-elle. “Nous devons apprendre comment prendre soin de nous-mêmes.”


Juste avant la chanson, Sarahi Flores, 20 ans, a fait une démonstration devant la foule de l'usage approprié du préservatif. Les jeunes rigolaient nerveusement, et même les présentateurs laissaient apparaitre un sourire, mais ils réussissaient à mettre en lumière un sujet largement tabou. Par la suite, Flores indiquait que son travail combiné aux performances inspiraient des gens qu'elle connait à avoir des pratiques sexuelles protégées. Flores, qui a également vu des êtres chers mourir du VIH  indiquait que les spectacles ont aussi aidé les gens ayant reçu un test VIH positif à se délester de leur peur de la stigmatisation. “Les gens disent qu'ils n'ont plus à se préoccuper de la discrimination,” dit-elle. “Ils peuvent maintenant garder la tête haute.”

Il s'agit là d'une avancée durement gagnée. Au cours des dernières années, de nouvelles cliniques financières ont commencé à offrir davantage d'accès aux docteurs et aux médicaments antirétroviraux presque gratuitement. C'est ce qui garde les gens en santé, un changement majeur comparé à une décennie plus tôt quand de nombreux Garifuna mouraient du SIDA. Mais, même malgré cette opportunité, le stigmate demeure si fort que de nombreuses personnes positives au VIH  ne cherchent même pas à se faire traiter. Dont beaucoup se trouvent déjà à un stade avancé du SIDA. Certains continuent même à avoir des relations sexuelles non protégées sans le dire à leurs partenaires, ce qui augmente la propagation du virus.

D'ailleurs, rendre public son diagnostic est un acte de bravoure que plusieurs  Garifuna fuient. De nombreuses personnes ont refusé de se faire interviewer ou ont accepté de parler en restant anonyme. Les hommes étaient particulièrement réticents: seules cinq personnes sur les 19 interviewées en profondeur étaient des hommes. Magno Julian Garcia, un percussioniste de 41-ans du village de Sambo Creek, était une exception. Il dit que son ex-épouse a couché avec un autre homme qui avait le VIH, et puis elle lui a transmis le virus. Cela lui prit huit ans avant d'aller chercher de l'aide après son premier diagnostic, et il affirme que beaucoup dautre agissent pareillement. “C'était difficile pour moi d'aller chercher le traitement,” affirme Garcia, qui est le père de cinq enfants. “J'avais peur. J'avais honte.”

De l'autre côté de la ville est assise Lesbia Martinez, qui a tenté de se pendre  lorsqu'elle a été diagnostiqué comme étant porteuse du VIH. Elle a pensé qu'il était mieux de mettre fin à sa vie, ne sachant pas qu'un traitement pouvant lui épagner la mort du SIDA existait. Ses proches ont empiré les choses : loin de la soutenir, il la traitait de tous les noms et l'évitaient de peur de contracter le virus. “Je ne pouvais pas supporter autant d'humiliation de ma famille,” affirme Martinez, âgée de 33 ans. “J'étais désespérée. Je me sentais seule. Je voulais mourir.” Heureusement, le noeud coulant que Martinez avait préparé n'a pas fonctionné et elle a reçu un traitement du VIH, et huit ans plus tard, elle mène un vie en santé avec ses deux filles. Mais les circonstances entourant sa tentative de suicide sont courantes ici.

 

Dans les villages, il y a de nombreuses preuves anecdotiques démontrant que le théâtre et la musique aident à réduire les peur comme celle de Martinez. Des centaines de miles plus loin, dans la capitale Tegucigalpa, les autorités sont impatientes de voir les données scientifiques pouvant démontrer de quelle manière précisement de telles approches sont efficaces. Le ministère de la santé et le CDC sont en train de finaliser une étude qui fournira des nouvelles données sur la prévalence du VIH chez les Garifuna. Si le taux descend plus bas que 4.5%,cela pourrait signifier que non seulement les cliniques gouvernementales sont efficaces, mais que les programmes culturels fonctionnent également.

Dans une entrevue, des responsables du Ministère de la Santé ont indiqué qu'ils étaient optimistes, même si ne pouvaient pas révéler les données officielle jusqu'à ce que l'étude soit publié plus tard cette année. “Je crois que la prévalence s'amélirore,” affirmait Jorge Fernandez, qui préside la commission nationale de médecine. “Si ce n'est pas vrai, on devra s'arracher les cheveux et trouver les actions à mener, car on a tellement investi non seulement pour atténuer l'épidémie mais pour la dimin,” indiquait la Ministre de la Santé Roxana Araujo.

USAID, une agence du gouvernement américain qui finance les programmes de théâtres avec des messages sur le VIH a également vu une amélioration. “Même si le ministère est en train de finaliser une étude qui fournira des taux de prévalence du VIH mis à jour, on a pu constater un déclin substantiel du nombre des tests HIV positifs parmi les bénéficiaires du programme de l' USAID au sein de la communauté Garifuna, particulièrement chez les femmes,” indique Kellie Stewart, la directrice du Bureau de la Santé de l'USAID au Honduras. Les responsables du CDC ont refusé de faire des commentaires sur les résultats de l'étude.

Retour à Corozal, la troupe de théâtre était en train de terminer sa représentation. Le procureur et l'avocat de la défense avaient présenté leurs plaidoyers dans le procès contre le VIH. Mais le narrateur Yilian David affirmait que malgré les horreurs du VIH, la cour indiquait qu'acune décision n'avait encore  été prise, “Puisque l'affaire est en cours, il n y a pas de verdict,” dit-elle. La raison? Le VIH demeure un grand problème, disait-il. Les Garifuna ne pouvaient par conséquent pas encore crier victoire.

Cette histoire a été soutenue par une bourse du Pulitzer Center on Crisis Reporting.

Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com

http://world.time.com/2013/03/23/in-honduras-drums-join-the-battle-against-aids/#ixzz2P5DaVJIA