Les habitants d' Orika cherchent depuis huit ans que des titres collectifs leur soient accordés sur les terres de Islas Grande . La Cour Constitutionnelle vient de donner trois mois à l'Incoder pour prendre une décision.

Nous sommes environs 725 personnes qui depuis l'année 2000 menons une lutte de front, de fond pour notre territoire”. C'est ainsi que Éver de la Rosa, représentant légal du Conseil Communautaire des Communautés Noires du Hameau d'Orika, sur les Îles del Rosario débute la conversation. Au bout fil, on entend la satisfaction.

Après avoir passé 13 ans à travailler pour s'organiser, et  8 autres à livrer une bataille juridique - curatelles, droits de pétition et d'appels compris - leur appel est enfin entendu par la Cour Constitutionnelle, qui a ordonné à l'Incoder de suspendre “les contrats d'affermage, de rénovation, les prorogations ou d'addition” sur les biens immobiliers se trouvant sur les Îles del Rosario (Bolívar), jusqu'à ce qu'il soit  établi qu'il est possible d'accorder une partie de ce territoire de manière collective aux communautés noires qui l'habitent.

Le hameau d'Orika est situé sur Isla Grande. Une partie de ce territoire est celui qu' Éver de la Rosa et les autres habitants réclament comme leur appartenant; le même que partagent l'Hôtel San Pedro de Majagua; l'ancien conseiller, ancien maire de Cartagena et ancien ministre-adjoint du Développement  Enrique Zurek, l'ancien ministre de l'Environnement (de l'époque Samper) José Vicente Mogollón, l' Hôtel Cocoliso et l'entrepreneur de tourisme José Roberto Fuentes.

De la Rosa raconte que le besoin que ces territoires soient titrés à leur nom est né en  1999, lorsque le Procureur a ordonné à l'Incora (actuellement Incoder) de vider et récupérer les biens immeubles des Îles  del Rosario qui étaient occupées par les particuliers. En 1984 cette même institution avait déclaré que ces îles étaient des terres incultes et par conséquent des propriétés de la Nation.

La peur d'être délogés les a poussé à s'unir. À constituer un conseil communautaire. Et en 2006, à faire la demande d'octroi d'un titre de propriété collectif en affirmant que les terrains qu'ils habitaient avaient été occupés “ancestralement par la communauté noire des Îles del Rosario”. La demande n'allait pas aboutir à l'Incoder (qui maintient que ces biens immeubles  “sont de caractières non attribuables”) et après un long bras de fer judiciaire, l'affaire est arrivée à la Cour Constitutionnelle.

Dans toutes ses réponses négatives, l'Incoder a fait valoir l'existence d'une  “controverse sur l'anciennenté  des établissements humains des communautés noires” sur ces îles. Une autre réalité à laquelle a fait face le Groupe d'Études Afrocolombiennes de l'Université Nacional, qui indique que les peuplements de ces îles ont une relation “ancienne et très étroite ” avec l'actuelle île de Barú.

Selon eux, “au moins depuis l'époque de la colonie espagnole”, les habitants de Barú menaient des activités agricoles sur différentes îles qui forment aujourd'hui l'archipel del Rosario, mais le manque d'eau et les conditions agrestes les ont conduit à choisir Barú comme lieu de résidence permanente. La même théorie est partagée par l'anthropologue Carlos Durán Bernal, qui a indiqué que  “la localité de Barú doit être considérée comme le centre ville et le reste de la péninsule et ses îles comme la périohérie agricole”.

Face à l'appel de la Cour, l' Incoder, par la voix de sa Directrice Adjointe des terres, Jhenifer Mojica, a assuré que “il faut rappeller que les Îles del Rosario sont non assignables et cela implique également qu'il n'est pas simple de les titrer de manière collective. Nous devrons donc trouver la solution à toutes ces  problématiques ”. Elle indique de plus que l'on était en train de revoir les conditions établies dans les contrats par les locataires, car elles “sont très indulgentes”. Reste également en suspens la question de savoir si le droit a été ignoré lors de la consultation précédente.

 Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com

 http://www.elespectador.com/noticias/actualidad/vivir/articulo-398274-isla-reclaman-los-afro