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Marche au centre de la capitale pour rejetter la discrimination et pour la justice dans l'affaire Tania Ramírez.

“Fières d'avoir les cheveux durs, nous sommes afrodescendants, nous sommes frères”, résumait une affiche peinte à la main lors de la Marcha de las Motas. Ce message était soutenu par les nombreuses femmes noires qui ont relâché leurs cheveux et par d'autres personnes portant des perruques frisées.

Ils étaient nombreux le 11 décembre dernier à s'approcher de l' Obélisque pour manifester leur indignation suite à l'agression subie par Tania Ramirez à la porte d'un bowling du Parque Batlle, et contre la discrimination raciale en général. Les discussions qui ont eu lieu au bord de la source et autour de la petite place qui abrite le grand monument, faisaient écho aux cas qui semblent avoir eu la discrimination comme détonnateur et auxquels la justice n'a pas donné de réponse. Le cas du nigérian Tommy et celui de Jorginho Gularte étaient ceux qui revenaient le plus souvent. N'a pas manqué à l'appel le manifestant qui estimait que ce fut  un mal pour un bien” car la victime était une  “personne publique” , une militante qui défend les droits des afrodescendants. “Si c'était un enfant du quartier, il n y aurait rien eu de tout cela!”, s'est-il exclamé.

Au-delà du fait qu'il s'agissait de Tania Ramírez la victime, physique et verbale, à la sortie d'un bowling, d'un groupe de femmes  (dont certaines sont reconnaissables sur une vidéo) beaucoup s'idenifient à ce qui s'est passé. Olga, une afrodescendante d'âge mûr précisait ainsi à La Diaria :  “La manifestation c'est pour Tania et pour tous ceux qui étions en arrière”.

Pour  Victoria, une militante du groupe de jeunes du collectif Ubuntu, estime que : “ça aurait pu être n'importe qui parmi nous; c'est arrivé à Tania parce qu'elle y était”. Fernanda qui partage son militantisme ajoute que l'uruguayen a du mal à se reconnaitre comme descendant de l'Afrique, mais  “toute la société l'est car nous descendons tous de là-bas”. Elle affirme que la culture noire est ignorée dans tous les domaines de la vie, le rôle qu'ont joué les afrodescendants dans la société est ignoré. A titre d'exemple, elle signale avec ironie que la seule chose que l'on sait d'Ansina est qu'il  “faisait boire du thé à Artigas parce qu'ils étaient amis; et rien d'autre”.

Everton, qui appartient également au groupe Ubuntu, pense que le racisme  se vit au quotidien et qu'ils essayent de mettre fin à cela. Il affirme également que la société uruguayenne vit un moment de transformation parce que de nombreuses personnes se sont identifiées à Tania et sentent qu'il est temps de  “revendiquer des droits et réclamer des libertés”.

Beaucoup d'autres confirment que la discrimination est constante. Olga affirme qu'elle la vit, par exemple, dans l'autobus, lorsque le siège qui demeure vide est celui qui est proche d'elle et que personne ne s'y assoit. Maia, une jeune qui était à la marche avec sa mère  Janet, et son amie Nadia, l'a vécu à l'école, avec la maitresse de cinquième qui la discriminait ainsi que d'autres camarades. Sa maman le vit dans le milieu de la santé ; elle est infirmière et elle a eu à arrêter de s'occuper de patients qui ne voulaient aucun afrodescendant près d'eux.

Tous sont d'accords que l'ignorance et le manque d'éducation encouragent la violence et la discrimination. Et ils soutiennent que ces marches servent à conscientiser.Beatriz Ramírez, la tante de Tania et directrice de l'Institut National des Femmes reconnait qu'elles ont été surprises par l'invitation et l'intérêt des gens, et elle a affirmé que 20 ans plus tôt, cela ne se serait pas produit. “Quand nous nous organisions pour combattre le racisme, il y avait une forte résistance,  contre nous, nous étions fortement rejettées, les gens disaient que nous nous organisions parce que nous avions un complexe d'infériorité. Vingt ans plus tard, ces choses continuent d'exister, elles se reproduisent et s'accentuent”, pense-t-elle.