3FingeredJack

Dans “Natural History, African Knowledge, and Early Caribbean Literature,” le Dr Kelly Wisecup (University of North Texas) écrit sur l'histoire naturelle dans les Caraïbes. Cette fascinante étude est basée sur la recherche qu'elle a entrepris à la John Carter Brown Library, particulièrement lors de l'exposition 2012 de documents rares: “Voyage to the Islands: Hans Sloane, Slavery, and Scientific Travel in the Caribbean.” Elle soulève la question de la manière dont certaines descriptions de la flore et de la faune des Caraïbes par les historiens naturels se basaient sur le  travail et l'expertise des Africains réduits en esclavage, mais tendaient à effacer toute trace de ces sources afin de présenter les colons comme des experts et de perpétuer l'idée de leur propre supériorité. Ce que j'ai trouvé le plus intéressant dans l'étude de Wisecup c'est l'accent qu'elle met sur les représentations de l'obeah, particulièrement dans la nouvelle de Wiliam Earle, qui date de  1800, Obi; or the History of Three-fingered Jack (Jamaïque).  En voici quelques extraits:
 
Plusieurs histoires des Indes occidentales écrites par des colons comme Long et Bryan Edwards ont contribué aux efforts juridiques visant à catégoriser l'obeah comme de la sorcellerie qui, si elle opérait sur les personnes ayant des esprits irrationnels comme les Africains, n'avaient aucun 
pouvoir réel  sur les colons. Pourtant, contrairement à ces définitions,  les Africains utilisaient l'obeah pour accomplir ce qui était, de leur point de vue, les terminaisons positives comme la libération de l'esclavage. D'autre part, l' obeah ne reste pas dans les catégories dans lesquelles les écrivains coloniaux l'ont placé, au contraire, il a ébranlé les stratégies de définition et de subordination des colons, comme le suggère un autre texte,  le roman de William Earle daté de 1800 Obi or, the History of Three-fingered Jack.

 
Le roman Obi est une parodie épistolaire racontée par un colon - George Stanford - qui relate la vie de plusieurs esclaves: le couple Amri et Makro et leur fils, Jack [. . .]. Le couple est frauduleusement volé en Afrique et mis en esclavage en Jamaïque, où Jack fait de la vengeance de la mort de son père et de l'asservissement de ses parents son objectif de vie. Jack s'adresse à un homme obeah, Bashra, pour qu'il lui procure un charme pour sa protection,  et son  obeah l'aide à échapper avec succès à plusieurs situations dangereuses. Alors que le personnage de Jack est basé sur des récits relatifs à Jack Mansong, un rebelle historique, une grande partie de l'intrigue du roman repose davantage sur  l'imagination d'Earle que sur des événements historiques. Cependant, en décrivant l'obeah, Earle a eu recours aux écrits publiés auparavant ( Africans’ beliefs, et Tacky’s Rebellion)sur la pratique, et a les reproduit écrits sous forme de note de bas de page. Dans les notes, Earle cite in extenso des écrivains comme Edwards et Long, qui ont défini l'obeah comme de la magie noire dangereuse et décrit les punitions que les adeptes de l'obeah recevaient alors que les colons cherchaient à éradiquer l'obeah.

[. . .] Malgré les tentatives des colons de reléguer l'obeah au rang de l'engouement irrationnel et de la superstition malavisée, les notes indiquent clairement que les Africains gardaient réellement l'obeah secret aux colons et que le pouvoir des hommes de l'obeah était parfois plus puissant que le contrôle des colons sur les esclaves. [. . .] Les notes de bas de bas de page se terminent par une scène dans laquelle les colons tentent de matérialiser leur supériorité sur les "professeurs" africains et sur l'obeah. Un témoin explique que: ''Sur d'autres hommes-Obeah, qui avaient été appréhendés à ce moment, plusieurs expériences furent menées avec des machines électriques et des lanternes magiques, mais avec très peu d'effet, sauf sur un d'eux, qui, après avoir reçu des chocs très sévères, reconnassait que son maître Obi était plus puissant que le sien. " [. . .] L'essentiel dans ce passage n'est pas qu'un homme de l'obeah ait admis le pouvoir d' "Obi son maître'' mais plutôt le fait que le groupe des adeptes de l'obeah - à une exception près - n'ont pas ressenti la puissance des chocs électriques. De nombreuses questions sur cet événement restent en suspens : Le nombre d'adeptes de l'Obeah ayant reçu les décharges n'est pas clair, et non plus si certains ont reçu des chocs plus sévères que d'autres, ou combien de temps les dites expériences ont duré. Cependant, ce qui est clair, c'est que, loin d'obtenir les effets escomptés, les expériences ont exposés le pouvoir de l'obeah permettant de résister et de briser les catégories dans lesquelles les colons l'ont placé.


[. . .] Comme les moments de confusion et de contradiction dans le texte d'Earle le montrent, les catégories du rationnel et de l'irrationnel, de la magie et de la science sont tombées dans les Caraïbes et dans ses littératures. Ces catégories brisées mettent les chercheurs au défi de reconsidérer les relations et les présumés différences entre les connaissances africaines et euro-coloniales et d'examiner les interactions entre les systèmes de connaissances et leurs représentants[. . .]

Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

http://repeatingislands.com/2012/12/02/kelly-wisecup-on-natural-history-african-knowledge-and-early-caribbean-literature/ http://research.unt.edu/research-profiles/natural-history-african-knowledge-and-early-caribbean-literature