RIO DE JANEIRO - Rita Coccaro est la grande prêtresse du Temple Umbanda de la forêt vierge de Caboclo, si 'temple' n'est pas un trop grand mot pour qualifier la modeste chambre partagée par Coccaro avec sa mère et son chien à la lisière de l'un des bidonvilles de Rio de Janeiro.

 

As Giras de UmbandaUne fois par semaine, Coccaro et une douzaine d'adeptes se rassemblent ici pour chanter des prières, battre le tambour et brûler de l'encens en espérant se connecter avec les esprits des esclaves africains décédés depuis longtemps, et ceux des populations autochtones qui ont peuplé le Brésil avant l'arrivée des Européens.

''Établir une connection avec les esprits, c'est comme aller à l'école pour développer une connaissance plus approfondie de l'Umbanda et du monde'' indique  Coccaro, qui est âgée de 41 ans.

Contacter les esprits est au centre de l'Umbanda, une religion brésilienne unique rassemblant les traditions des esclaves africains et des touches de spiritisme avec les formes et des symboles plus familiers  du catholicisme romain.

Les africains ont été mis en esclavage au Brésil pendant de 300 ans pour travailler dans les plantations de sucre et de caoutchouc, à la fois durant le régime colonial portugais et après l'indépendance en 1822. Forcés de se convertir au catholicisme par leurs maîtres portugais, les esclaves ont répondu en masquant leur religion, en faisant la paire entre leurs esprits et les saints catholiques.

Aujourd'hui, l'Umbanda revendique plus de 400.000 adeptes à travers le pays, et on retrouve également des temples d'Umbanda aux États-Unis et en Europe. Mais en dépit de ses racines profondes au Brésil, la croissance de l'Umbanda ne se fait pas sans couacs.

"Les gens pensent que les ' Umbandistes' font le vaudou, la magie, pour avoir du succès en amour et financièrement. Et ça n'a rien à voir. C'est quelque chose qui va au-delà. Il s'agit d'aider", affirme Augusto Prates, un médium Umbanda qui dit que des roches ont été lancées sur son temple et qu'il a été dénoncé comme étant un adorateur du diable.

Il y a quatre ans, un touriste italien s'est fait volé sur la célèbre plage de Copacabana à  Rio. Quelques jours plus tard, le leader de l'une des sectes chrétiennes évangéliques au Brésil dont le nombre augmente fortement, a indiqué à la police que le coupabble du crime était un adepte Umbanda qui avait été possédé par un esprit semblable au diable qui lui avait fait voler le touriste.

Cette allégation non étayée avait offensé les adeptes de l'Umbanda et du Candomblé, une autre religion afrobrésilienne, et avait mis en lumière la discrimination à laquelle beaucoup d'entre elles font face.

"Ils sont victimes de discrimination depuis leur arrivée ici à cause de leurs pratiques et de la croyance qu'il s'agissait de sectes'', indique Henrique Pessoa, un fonctionnaire de police qui dirige le nouveau bureau de police qui enquête sur les crimes d'intolérance religieuse, et qui fut créé après le vol de Copacabana.

Selon Pessoa, les adeptes de l'Umbanda et du Candomblé - dont il estime qu'ils sont victimes de 97% des crimes d'intolérance religieuse - affrontent la discrimination depuis l'époque de l'esclavage. Les africains mis en esclavage étaient contraints de devenir catholiques et de cacher leurs religions parce que les Portugais les considéraient comme étant des sectes.

D'après lui, aujourd'hui encore, la société continue d'exiger des adeptes de l'Umbanda et du Candomblé de cacher leurs religions, car elles ne sont pas 'mainstream'. Une loi interdisant l'intolérance religieuse a été instituée depuis le milieu du siècle dernier, mais elle n'a pas été appliquées de manière stricte jusqu'à un passé récent, ajoute-t-il.

La discrimination ne provient pas toujours de personnes étrangères. Prates affirme avoir subi une discrimination de sa propre famille. Il indique que des membres de sa famille qui ne pratiquent pas l' Umbanda lui ont dit "ce n'est pas bien."

Edmilson Fereira, qui assiste aux services du Templo de Oxossi, un des temples les plus importants de l'Umbanda à Rio, cache à sa famille qu'il pratique l'Umbanda.

''Je cache le fait que je fréquente un temple Umbanda à cause des critiques, non seulement de ma famille, mais aussi de mes amis et de mes collègues de travail'', déclare Fereira qui a grandi dans le catholicisme.

Il affirme que ces derniers pensent que sa religion c'est le  "macumba", un terme utilisé à l'origine pour décrire toutes les religions afrobrésiliennes, mais qui a récemment pris une connotation négative, dans le sens de magie noire.

Depuis la mise en place du service de police pour les crimes d'intolérance religieuse, les crimes contre les adeptes de l'Umbanda et du Candomble ont diminué, indique Pessoa. On dénombre désormais environ 120 crimes de ce type chaque année à Rio. D'autres États du Brésil se tournent maintenant vers Rio à titre de modèle et pourraient établir des services similaires d'après lui.

Malgré la discrimination à laquelle elle fait face, Prates fait confiance en sa religion, dit-il, "parce que je sais que ma religion, l'Umbanda, est pacifique et rend les choses bien."

"L'Umbanda c'est la charité et l'amour, et rien d'autre," affirme Prates, récitant un adage Umbanda.

(Wiggins,  étudiant à l'Université Penn State, a raconté cette histoire dans le cadre d'un cour de journalisme international.)

Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com

http://www.miamiherald.com/2012/07/04/2881323/followers-of-brazils-umbanda-religion.html