Par Equipo Otramérica

En République Dominicaine,  il y a une expression qui met en évidence les marques du racisme présent : bons cheveux, mauvais cheveux. Les bons cheveux, évidemment, sont les cheveux soyeux; les mauvais cheveux, ceux qui sont crépus. Et de fait, sur les marchés esclavagistes des Amériques, les femmes et les hommes africains les plus noirs et avec des cheveux les plus crépus étaient estimés à la baisse. Des siècles plus tard, le stigmate perdure.

Au Panamá, la Journée des Tresses ( Día de las Trenzas) a été organisée suite à l'interdiction faite à une petite fille d'entrer dans une école publique avec des tresses… Quelle est la signification de ces coiffures?

La sociologue colombienne Lina María Vargas a rencontré Leocadia Mosquera, une femme afro descendante du Choco qui conserve encore en mémoirepar le récit oral de ses ancêtres  . Dans son ouvrage,  Poética del Peinado Afrocolombiano elle explique dans le détail comment, durant l'esclavage, les femmes africaines utilisaient les coiffures comme de véritables routes pour s'enfuir. Le marronnage commençait sur le front des petites filles et de femmes et se terminait sur la nuque, dans la forêt ouu la liberté prenait la forme de la résistance.

“Si le terrain était marécageux, les tropas [tresses] étaient faites comme des sillons”, explique Leocadia. Et pareil avec les chignons ou avec toute autre formes de coiffure. Ce qui fut une carte sur le cuir chevelu, a par la suite été couché sur la feuille blanche pour le récit du quotidien, et d'ailleurs, dans certains palenques, la coiffure porte le nom de el “sucedido”(ce qui s'est passé). Les travaux dans les mines ou les souffrances dans les plantations prenaient la forme des coiffures et le moment de les faire, comme aujourd'hui, était l'occasion de socialiser et de partager les histoires. “En même temps qu'on tresse, on tricote des histoires”; des histoires clefs pour également raconter les moments précieux : la première année du bébé, les 15 ans des filles, l'émancipation des jeunes hommes à l'adolescence.

De nos jours, les femmes trouvent encore dans la coiffure le temps du récit, de la socialisation . L'histoire a en tout cas perpétué la coiffure afro comme un “mécanisme de résistance”, explique Vargas. Si avant c'était contre l'esclavage, désormais c'est contre  “l'esthétique hégémonique”.

On peut actuellement distinguer deux courants principaux: l' afro-nord-américain, plus en relation avec les stars de la musique ou du sport; et l'afrocaribéenne, également alimentée de façon quasi rituelle par le mouvement rastafari (les dreadlocks imitant les cheveux du roi éthipien Haile Selassie). 

 Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com

http://otramerica.com/temas/pelo-bueno-pelo-malo-racismo-y-resistencia/1960