par Heloisa Villela, à Washington

4% des étudiants de l'enseignement supérieur aux États-Unis sont noirs. Mais les Africains-Américains représentent 13% de la population du pays. Les universités sont par conséquent loin de refléter la réalité. "Les choses se sont beaucoup améliorées", indique à Viomundo la vice-présidente de la NAACP (Association Nationale pour l'Avancement des Personnes de couleur), Hillary Shelton, "mais il y a encore beaucoup de chemin à faire ." Et on parle là de plus de cinquante années de lutte.

L'ancien président John F. Kennedy est l'auteur de l'expression «action affirmative» en 1961, qui soulignait que la discrimination raciale persistait, malgré les conquêtes du mouvement des droits civiques. La ségrégation n'a pas pris fin d'un coup de bâton magique et l'égalité des chances n'est pas survenue du jour au lendemain. En outre, elle n'a toujours pas été atteinte aujourd'huui. Mais pour un phénomène qui partait de zéro, les gains ont été énormes.

Kennedy, qui fut le parrain de l'idée, n'eut pas le temps de l'exécuter. Il mourut avant, assassiné à Dallas au Texas. Il revint au vice-président Lyndon Johnson de prendre la première mesure concrète visant à donner des opportunités d'emplois aux minorités dans le gouvernement et dans les entreprises fournissant des services à l'Etat. L'idée était de donner l'exemple pour que l'initiative privée emprunte la même voie. L'administration Nixon mena l'initiative plus loin, en luttant contre les préjugés des syndicats de la construction dans lesquels les Africains-Américains n'avaient pas d'opportunités.

Le travail a permis d'ouvrir grand la porte. Les Américains optèrent pour l'action affirmative et non pour l'adoption de quotas. Ils font une grande différence entre les deux. Pourquoi? "Pour ne pas donner de chance à ceux qui décideraient de contester cesmesures en en justice", déclare Hillary Shelton. Le problème est le suivant: après quelques années de progrès,  à partir du gouvernement de Reagan, les conservateurs ont commencé à pousser à contre courant . Ils ont commené à dire que tout système de quotas n'est rien de plus que de la discrimination à l'envers. Autrement dit, si un élève a de meilleures notes, mais n'obtient pas une place à l'université parce qu'il est blanc , que cette place est accordée à un des étudiants africain-américains ayant un rendement scolaire plus faible, il peut estimer avoir le droit d'aller devant les tribunaux, en alléguant avoir été victime de discrimination.

L'action affirmative est différente. Elle suggère que l'on donne des opportunités aux minorités, sans établir des chiffres et des objectifs fixes. "Mais dans certains cas, les quotas sont nécessaires", indique Hillay Shelton. Elle cite l'exemple du service de police de l'Alabama qui, pendant plus d'une décennie, n'a promu aucun policier noir. En 1983, la Cour suprême du pays est donc intervenue dans l'affaire et a déterminé que 50% des promotions du département devaient être accordées aux officiers Africains-Américains. Dans certains cas, on progresse de force. Et seulement de force.

Ce sont les femmes qui ont été les plus gagnantes des actions affirmatives. En effet, la mesure vise toutes les minorités. Aujourd'hui, elles sont plus de 50% du nombre d'étudiants dans l'enseignement supérieur du pays. En moyenne, elles gagnent encore moins que les hommes lorsqu'elles occupent la même fonction. Le président Obama a donc  signé un autre décret, à sa prise de fonctions, interdisant ce type de discrimination.

Mais pour les Africains-Américains, il y a encore  beaucoup de chemin à parcourir. J'ai demandé à Hillary Shelton si le problème ne commence pas beaucoup plus tôt, à l'école primaire. On sait que les écoles publiques des quartiers pauvres, dont la population est en majorité noire, sont toujours pires que les écoles publiques des quartiers riches.

Elle a approuvé avant de rappeler :

- Je suis née et ai grandi à Saint Louis, Missouri. Au nord de la ville, 90% des habitants étaient des Africains-Américains. Au Sud vivaient les Blancs. Et les écoles du Sud étaient bien meilleures que celles du Nord.

D'où l'expression bien connue ici aux Etats-Unis: "Il vit du mauvais côté de la voie ferrée." Mais pourquoi tant de différence dans le système scolaire public?

Hillary Shelton explique:

- 90% du budget scolaire est investi par l'Etat et seulement 5%, 10% dans certains cas, proviennent du gouvernement fédéral. Le budget de l'Etat dépend de la collecte de l'impôt foncier. Donc, si vous utilisez l'argent en fonction de la zone où il a été collecté, bien évidemment les habitants des quartiers riches paient une taxe plus élevée et leurs écoles ont plus d'argent. Un seul Etat dans la nation, le Connecticut, a une répartition différente. Ils collectent les impôts et distribuent l'argent à parts égales entre les écoles depuis 20 ans. Par conséquent, les conditions d'enseignement se sont grandement améliorées dans tout l'État.

Pour compléter le désastre déjà existant dans les autres Etats, est entré en scène le projet éducatif de l'administration Bush ( fils). Le fameux No Child Left Behind (aucun enfant abandonné ... sans rire!). Un système qui a décidé de récompenser les écoles et les enseignants sur la base de résultats des élèves. Désromais, pour passer de la quatrième à la cinquième année (les deux dernières années du primaire), l'élève doit passer un test. De même pour passer de la huitième à la neuvième et pour terminer treminer le secondaire. Avec l'adoption de ce programme, les Africains-Américains ont commencé à prendre du retard. Selon Hillary Shelton, les spécialistes se sont penchés sur les tests standards et ont conclu qu'ils comportent des questions plus pertinentes pour les riches que pour les pauvres.

Il y a donc deux conclusions possibles: après plus de 50 années de mise en œuvre, l'action affirmative a fait une différence aux États-Unis. Mais la persistance des préjugés et  la capacité de résister à l'intégration et à inventer de nouvelles formes de discrimination sont infinies.

En 2003, rappelle Hillary Shelton, la Cour suprême des États-Unis, très conservatrice, a émis un jugement contre l'Université du Michigan et a déterminé que les quotas peuvent être discriminatoires et ne devraient pas être adoptés. D'autre part, elle a relevé la nécessité de prendre en compte les besoins des minorités au moment de choisir qui entre à l'université.

 Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

 

http://www.viomundo.com.br/voce-escreve/heloisa-villela-nos-eua-negros-sao-13-da-populacao-mas-4-nas-universidades.html