par Alex Rodrigues

paulina-chiziane-AgenciaBrasilBrasília - "Nous avons peur du Brésil." C'est par un épanchement inattendu que la romancière mozambicaine Paulina Chiziane a attiré l'attention du public lors du séminaire  A Literatura Africana Contemporânea, qui fait partie de la programmation de la première biennale du Livre et de la Lecture (1ª Bienal do Livro e da Leitura) à Brasília (DF). Elle faisait référence aux effets de la présence au Mozambique, d'églises et de temples brésiliens et de produits culturels comme les  telenovelas qui transmettent, selon elle, une fausse image du pays.

"Pour nous les mozambicains, l'image du Brésil est celle d'un pays blanc, ou tout au plus métisse. Le seul noir brésilien ayant vraiment réussi et que nous reconnaissons comme tel c'est Pelé. Dans les telenovelas, qui sont responsables de la définition de l'image que nous avons du Brésil, on ne voit les noirs que comme porteurs ou employés domestiques . Au sommet [de la représentation sociale] se trouvent les blancs. C'est l'image que le Brésil vend au monde", critique l'auteure, en soulignant que ces représentations contribuent à perpétuer les inégalités raciales et sociales existantes dans son pays.

"À force de voir dans les novelas le blanc donnant des ordres et le noir en train de balayer ou de porter, le mozambicain considère dès lors une telle situation comme apparemment normale", soutient Paulina, en mentionnant la même organisation sociale dans son pays.

La présence des églises brésiliennes sur le territoire a également un impact négatif sur la culture du pays, selon l'écrivaine. "Quand une ou plusieurs églises arrivent et nous disent que notre manière de croire n'est pas correcte, que la meilleure croyance est celle qu'elles apportent, cela revient à détruire une identité culturelle. Il n y a aucun respect des croyances locales. Dans la culture africaine , un guérisseur n'est pas seulement un médecin traditionnel, mais également le détenteur d'une partie de l'histoire et de la culture populaire", souligne Paulina, en critiquant les gouvernements des deux pays qui permettent l'intervention de ces institutions.

Première femme à publier un livre au Mozambique, Paulina tente de fuir les stéréotypes dans son oeuvre, principalement ceux qui limitent la femme au rôle de dépendante, incapable de penser par elle seule, conditionnée à ne faire que servir.

"J'aime beaucoup les poètes de mon pays, mais je n'ai jamais trouvé dans la littérature que les hommes écrivent le profil d'une femme entière. C'est toujours la bouche, les pieds, un aspect unique. Jamais le savoir infini émanant des femmes", dit Paulina, en rappelant que jusqu'à la colonisation européenne, il revenait aux femmes de jouer la fonction narrative et de transmettre la connaissance.

"Avant la colonisation, l'art et la littérature étaient féminines. C'était aux femmes de raconter les histoires, et d'ainsi socialiser les enfants. Avec le système colonial et l'emploi du système de l'éducation impériale, les hommes ont commencé à apprendre et à écrire les histoires, C'est pourquoi, même à présent au Mozambique, il y a peu de femmes écrivaines", affirme Paulina.

"Même indépendant,  [dès 1975], on a commencé à écrire sur la base de l'éducation européenne que nous avions reçue, en emmenant les stéréotypes et  les préjugés qui nous ont été transmis. Le savoir africain proprement dit, qui est connu par les femmes, continue d'être exclu. Pour ne pas dire que plus de la moitié de la population mozambicaine ne parle pas le portugais et peu sont les auteurs qui écrivent dans d'autres langues mozambicaines", dit Paulina.

Durant la biennale a été lancé le livre Niketche, une histoire de polygamie dont la mozambicaine est l'auteure.

Édition: Lílian Beraldo  - Source: Agencia Brasil

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

http://www.geledes.org.br/patrimonio-cultural/literario-cientifico/literatura/literatura-africana/13823-novelas-brasileiras-passam-imagem-de-pais-branco-critica-escritora-mocambicana