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Ayant pris naissance dans le Candomblé, l'acarajé est désormais également vendu par les évangéliques
 
Par Fabiana Mascarenhas e Iracema Chequer 

Provenant à l'orignine de la religion du Candomblé, dans laquelle on l'utilise comme une offrande à Iansã, déesse de la foudre et des vents, l' acarajé existe depuis plus de 300 ans. Tout au long de cette période, une série de changements se sont produits : la recette ne contient plus seulement le traditionnel bollito de feijão (haricot) ; les vêtements blancs, la jupe avec des bordures et le tablier caractéristiques de l'habillement des bahianaises ont été substituées par d'autres vêtements ; et la préparation de la nourriture auparavant réservée  aux femmes est désormais également faite par les hommes.
 
De plus, on se retrouve plus l'acarajé  seulement sur les tabuleiros (plateaux) des bahianaises et on peut désormais l'acheter dans les delicatessens et les restaurants.  Et sa vente par des personnes d'autres religions est une autre transformation plus récente. Les évangéliques, par exemple l'appellent  "bolinho de Jesús” et refusent de porter la robe bahianaise . Ces changements font-ils que l'acarajé perdre son identité?
 
Le sujet est polémique et divise les opinions, mais pour l'anthropologue Gerlaine Martini, du département d'anthropologie de l'Université de Brasilia (UnB), la réponse est positive. Sa thèse de doctorat, défendue en juillet 2007, et ayant pour titre  Baianas do Acarajé – A uniformização do típico em uma tradição culinária afro-brasileira (Les bahianaises de l'Acarajé - L'uniformisation du typique en une tradition culinaire afrobrésilienne) , analyse les transformations subies par ses formes traditionnelles de vente au cours du 20ème siècle.
 
En plus d'examiner la nature et l'importance de l'activité de vente de l'acarajé à Salvador, le travail analyse également la survenance du nom   “acarajé de Jesús”, une pratique assez récente de vente de l'acarajé par les bahianaises converties au protestantisme, principalement les néopentecôtistes voulant à tout prix se défaire totalement de la tradition.
 
 
"Nous percevons un fort changement de la tradition lorsque les adeptes du candomblé deviennent protestantes. Tout en professant une nouvelle croyance, elles souhaitent conserver leur source de revenus. Elles décident par conséquent  de retirer tous les symboles qui unissent ce met à la religion africaine, comme la robe blanche, le fichu ou les colliers. Elles dénaturent l'office en voulant que l'acarajé ne soit pas vu comme une offrande, mais plutôt simplement comme un repas", explique l'anthropologue de Brasilia.
 
Pour effectuer son travail, Gerlaine Martini a vécu dans le terreiro Ilê Odô Ogê– Pilão de Prata situé à Boca do Rio et est demeurée un moment dans le Pelourinho, siège de l'Association des Bahiabaises de l'Acarajé et Mingau(Associação das Baianas do Acarajé e Mingau -Abam). “J'ai également essayé de visiter plusieurs quartiers, les fiestas de largo et j'ai étudié les plateaux des évangéliques. J'ai observé les interactions quotidiennes de ventes aux différents postes, de ceux disposant des plus petitesressources à ceux les plus consacrés par l'opinion populaire”, indique-t-elle.
 
Selon l'anthropologue, en plus de la vente de l'acarajé par des personnes de différentes religions, un autre changement qui fait perdre son caractère à ce met c'est la vente du produit en dehors des points de vente dans les rues. L'existence du tabuleiro  (le plateau)et le fait d'être préparé dans la rue sont des traditions qui doivent être respectées. Cela doit être préservé, et ce n'est plus le cas lorsque l'acarajé est désormais vendu dans les restaurants et les delicatessens”, affirme-elle.
 
Pour la présidente de Abam, María Leda Marques, l'augmentation confuse de la vente des acarajé à Salvador, que ce soit par des établissements ou par des adeptes d'autres religions est un des facteurs qui peuvent mener à une perte de l'identité.
 
Il y a des gens qui vendent l'acarajé sans avoir aucun engagement envers notre histoire, avec la culture et il est nécessaire de la préserver indépendemment de la religion. Il est nécessaire de savoir vivre ensemble avec les différences, tout en respectant l'aspect culturel”, affirme-t-elle.
 
 
María Leda critique la position adoptée par certaines vendeuses d'acarajé évangéliques qui leur donnent le nom de “bolinho de Jesus et refusent de s'habiller comme les bahianaises. “Je ne suis pas au courant que, à un moment donné de l'histoire, Jésus Christ ait mangé de l'acarajé pour qu'elle lui donnent ce nom. L'acarajé, jusqu'à ce jour, est une offrande à Iansã, il appartient et a toujours appartenu aux  orixás. Nous ne pouvons et nous ne voulons empêcher personne de le vendre. Ce que nous demandons, c'est que l'on respecte l'histoire”, affirme-t-elle.
 
Selon elle, même étant vendu dans un contexte profane, l' acarajé est considéré par les bahianaises traditionnelles comme une nourriture sacrée. “ Malgré tous ces changements, pour les bahianais légitimes, le bollito de haricot à l'oeil noir frit dans l'huile de dendê (palme) ne peut pas être dissocié du Candomblé. D'où l'importance de conserver la recette et de lutter pour que cette tradition soit passée de pères en fils ”
 
Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

Diario A Tarde. Bahía, 5 juillet 2008. http://atarde.uol.com.br/cidades/noticia.jsf?id=910503