République Dominicaine : Femme, noire, cheveux crépus et belle !
"Quelle laideur! C’est quoi des cheveux aussi laids, c'est horrible! " . Ainsi s’adressait une professeure de langues de l’UASD à une amie noire, qui fière de sa négritude, a décidé de garder ses cheveux dans leur état naturel, et sur lesquels de temps en temps elle couche des tresses ou greffe des accessoires les plus caractéristiques de nos racines africaines. "Je ne sais pas pourquoi les femmes portent ce genre de trucs, c’est ce que font nos voisines haïtiennes ", poursuivit l’enseignante qui parlait à mon amie devant plus quarante personnes présentes en salle de cours.
(Photo site http://blackgirllonghair.com )
Ana, une jeune femme combattive, lui répondait avec la hauteur et la chaleur qui la caractérisent. Elle demeura dans la classe, intègre et montrant sa fierté personnelle, tandis que l'enseignante s’auto-congratulait en énumérant ses nombreux voyages et ses diplômes universitaires qui, s’ils lui ont beaucoup apporté en Lettres, ne lui ont pas appris le respect et la dignité humaine.
L'enseignante, comme beaucoup de personnes, a intériorisé cette discrimination structurelle de tout ce qui est Noir, de tout ce qui est haïtien ou de tout ce qui y ressemble. Le Professeur Carlos Andujar écrivait dans son livre La Presencia Negra en República Dominicana (La présence noire en République dominicaine) que ce rejet est né à partir de la colonisation, puisque, en tant que pays, nous nous sommes concentrés à mettre en évidence l'héritage hispanique et nous avons occulté nos racines africaines, nos caractéristiques de cultures métissées, encouragés par les classes dirigeantes.
Les commentaires émis par l’enseignante, selon les dires d’Ana étaient empreints d’expressions de dégoût et accompagnés de gestes de mépris. Des gestes symboliques que nous portons et que nous laissons voir, même sans en être conscients. Mais est ce que cela n’arrive qu’à l’enseignante de l'UASD ? Non. Les imaginaires de la «beauté» sont inspirés par les modèles occidentaux, c’est déjà connu et quotidien. Un homme dit à une femme de teint et de cheveux noirs qu’elle est blonde en pensant qu’il est en train de la flatter, “es negro, pero bueno” (Il est noir, mais il est beau), “ese es azul”(Celui là est bleu) “negro come coco”(le noir mange la noix de coco) sont quelques-unes des phrases que l’on entend dans la vie de tous les jours et que l’on répète comme des perroquets sans s'arrêter pour penser à la charge discriminatoire qu’elles portent, ou que sais-je, on ne veut pas le savoir.
L’histoire d’Ana n’est pas personnelle, elle fait partie de l'injustice structurelle dont sont victimes tellement d’exclus dans le pays, qui devient naturelle pour nous au point que nous vivons avec, et qui fait de nous des complices ou des truands.
Au fur et à mesure qu’Ana me racontait cela, je m’indignais de plus en plus... On parle ici d'une jeune fille qui vient d'entrer à l’Université. Qui, du fait de la même discrimination, dont est imprégnée la professeure, s’est vu refusée une copie de son acte de naissance par la Junta Central Electora, sous prétexte que ses parents sont haïtiens, ignorant qu'elle est née ici, qu’elle a une vie civile et économique active. À cause de cela, Ana a passé plus de deux ans sans pouvoir intégrer l’Université, toujours remplie de ses rêves et de ses désirs de devenir sociologue.
C’est beaucoup, et j'admire sa force de caractère. N'est-il pas suffisant d'avoir sa vie paralysée pendant tant d'années? Comment des expressions aussi blessantes continuent-elles de s’enraciner autant? Comment, alors qu’elle n’en était qu’à son premier trimestre Ana avait déjà retiré une matière de son programme, pas par manque de temps ou pour niveau faible, mais à cause de toutes ces paroles nauséabondes que lui a dites l'enseignante?
De la honte pour Ana ou d'Ana ? Peut-être, mais je pense que c'était plus de l'indignation. Elle s'est défendue devant ses camarades, elle a socialisé dans les réseaux sociaux pour que ses amis soient au courant et n'a jamais douté de ce qu'elle est, ni changé ses cheveux pour s'adapter au " beau" tel que le considère la madame ou encore pour être " “peiná’ "(peignée, coiffée) comme le disent beaucoup de gens quand une personne garde ses cheveux frisés, crépus, naturels. C'est l'enseignante qui doit avoir honte, et je pense qu'elle ne mérite pas le titre d'une profession aussi digne, pour l'irrespect et l’atrocité dont elle a fait preuve. Nous devons avoir honte en tant que pays, qui avons fait la promotion d'une identité vide, récoltée de ce que les groupes puissants comprennent qu'elle doit être, en laissant de côté les coutumes, les façons d'agir des Dominicain(e)s qui sont " différents" et qui représentent la majorité. Nous devons avoir honte en tant que pays, qui n'a pas été capable de nous reconnaitre, comme depuis des années Ana Maria s'est reconnue, femme, noire, aux cheveux crépus et belle, oui Madame la professeure, belle ....
Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com
http://brotesdelasangre.wordpress.com/2012/02/18/que-cabellos-mas-feos/
Des africaines américaines redécouvrent la beauté des cheveux naturels
ParEmily Hamlin Smith, The Plain Dealer
SOUTH EUCLID, Ohio -- Fatiguée par ses cheveux – abîmés et cassés après des années d’immersion dans les défrisants chimiques - Monica Green a fait ce que beaucoup de noires à travers le pays sont en train de trouver le courage de faire.
Elle les a coupés.
"J’ai trouvé cela génial, libérateur ", explique la propriétaire du salon So Curly, So Kinky, So Straight à South Euclid. "Je me suis enfin sentie libre."
Un nombre croissant de femmes abandonnent les traitements chimiques agressifs qui rendent leurs cheveux lisses et raides, et adoptent plutôt leur chevelure naturelle.Green fait partie d'une équipe qui souhaite leur montrer comment s’y prendre.
Le salon So Curly, So Kinky, So Straight à South Euclid et Dreadz N' Headz à Baltimore dans le Maryland, seront les hôtes d'une exposition ce dimanche dans le centre ville de Cleveland qui présentera des ateliers et des expositions sur les dernières tendances et produits de soins des cheveux naturels.
L'événement, créé par Malika Cooper, la propriétaire de Dreadz N 'Headz, atterrira dans au moins 11 autres villes cette année.Le mouvement des cheveux naturels se propage rapidement, avec davantage de femmes qui souhaitent adopter une routine de beauté sans produits chimiques, affirme Green.
Solange Knowles, la sœur de Beyonce et Malinda Williams ont récemment coupé leurs cheveux précisément en faisant ce qu’on appelle le "big chop". On a également pu voir des têtes rasées de prêt ou pleine de cheveux crépus sur les podiums et dans les sièges à l’occasion du New York Fashion Week plus tôt au cours de ce mois.
Les femmes appellent au salon de Green chaque jour pour savoir comment revenir aux cheveux naturels: par où commencer? Comment en prendre soin et les maintenir? Est-ce que ça aura un aspect professionnel?
Les réponses peuvent sembler évidentes, mais de nombreuses femmes n'ont pas pris soin de leurs cheveux à l’état naturel depuis l'enfance, indique la coiffeuse Jacinda Rattiliff.
"Certaines traitent (chimiquement) leurs cheveux depuis qu’elles ont 9 ans," indique Rattiliff, qui travaille chez So Curly, So Kinky, So Straight. " Elles sont tombées dans l’idée que les cheveux naturels ce n’est pas bien, que ce n’est pas accepté, ce qui n’est tout simplement pas vrai. On peut travailler dans le monde de l'entreprise avec ses cheveux naturels, on n’est pas obligé d’ utiliser des produits chimiques ou des tissages."
Rattiliff répond régulièrement aux questions des clients sur la façon de se débarrasser de la routine du défrisage. Car on ne peut pas inverser les traitements défrisants une fois qu'ils sont dans les cheveux, la façon la plus simple, c’est de les couper.
Mais selon elle, il est possible d’adopter une approche plus progressive, en coupant les extrémités tandis que les cheveux naturels poussent.
Les spécialistes présents à l'Exposition de dimanche expliqueront différentes façons de faire la transition et offriront également des conseils sur les soins des cheveux dépourvus de produits chimiques.
Des vendeurs de bijoux et de produits de mode, des praticiens holistiques, des représentants de la Bibliothèque Publique de Cleveland seront présents et on pourra assister à des présentations de spectacles variés.
Green et Rattiliff, de même que le reste de l’équipe du salon, offriront des conseils et des encouragements aux femmes prêtes à sortir de leur routine capillaire.
"Dieu nous a donné ces cheveux," dit Rattiliff , "et crépus ou frisés, ils sont beaux."
Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
http://www.cleveland.com/style/index.ssf/2012/02/women_rediscover_beauty_of_nat.html
Présentation de l'Agenda Africain du Venezuela pour l'Année 2012
Le Sous - ministre des Relations Extérieures pour l'Afrique, Reinaldo Bolívar, a présenté l “Agenda Africa2012” vendredi dernier devant les représentants des différents Bureaux, entités, institutions et organismes de l'État vénézuélien.
Il a expliqué que l' “Agenda África” s'appuie sur le Plan National Simón Bolívar (2007- 2013), les objectifs stratégiques du Ministère du Pouvoir Populaire pour les Relations Extérieures, les documents émanents du Deuxième Sommet des Pays d'Amérique du Sud - Afrique (ASA) qui s'est tenu à Nueva Esparta en septembre 2009, le Plan d'Implémentation Amérique du Sud -Afrique 2011-2015 approuvé en Septembre 2010 à New York, ainsi que sur les orientations du Président de la République Bolivarienne du Venezuela, Hugo Chávez.
Au cours de l'activité qui s'est tenue au Salon Simón Bolívar de la Tour du MPPRE, le Vice-ministre pour l'Afrique a précisé que cette année “l'Agenda África” met l'emphase sur les domaines miniers, agricole et énergétique “grandes forces du Vénézuela et de l'Afrique qui doivent conduire à des alliances stratégiques au bénéfice mutuel des peuples ainsi qu'à la concrétisation d'accords permettant le rapprochement du point de vue de la communication entre l'Amérique et l'Afrique”.
Concernant l'agenda diplomatique, il a affirmé qu'il sera fait suite à la consolidation du cadre juridique de la coopération générale, aux mécanismes de consutations politiques, et à la signature d'accords cadres et généraux, nécessaires au développement des accordps complémentaires dans des secteurs spécifiques.
Il a de même signalé qu'il est prévu pour cette année la réalisation de commissions binationales et de rencontres de consultations politiques avec un ensemble de pays africains.
Le Sous-Ministre Reinaldo Bolívar a indiqué que sont prévues des visites de personnalités africaines dans notre pays et d'autorités vénézuéliennes sur le continent mère.
Selon lui, il est de plus prévu qu'au cours de l'année 2012, que la Guinée (Conakry), l'Angola et le Congo ouvrent des ambassades au Venezuela. Il a de même déclaré que la Namibie et le Maroc ouvriront à Caracas leurs sections consulaires respectives.
L'autre aspect de “l'Agenda África2012”que le Vice- Ministre a détaillé fait référence à la coopération. Dans ce domaine, la continuité des programmes “Apadrina una escuela en África” (Parraine une école en Afrique)et “Una embajada una escuela”
(Une ambassade, une école) sera assurée, ainsi que pour les opérations de la vue aux patients africains et l'échange des étudiants et des enseignants entre le Venezuela et l'Afrique, entre autres actions.
Pour continuer d'impulser la diplomatie des peuples, la réalisation du Circuit des Héros et des Héroïnes de la Négritudes ( Circuito de Héroes y Heroínas de la Negritud ) se poursuivra en collaboration avec les organismes du gouvernement central et des gouvernements locaux et que seront approfondies les activités de la Chaire Libre Afrique (Cátedra Libre África) et du Centre des Savoirs Africains (Centro de Saberes Africanos) conjointement avec le Ministère du Pouvoir Populaire de l'Éducation Universitaire, les universités et institutions d'éducation faisant partie intégrante de la Chaire . Le Bureau pour l'Afrique a également prévu de continuer de promouvoir et de soutenir les mouvements pro - afrodescendants et de la négritude.
À la fin de la présentation, les participants se sont montrés impressionnés par le plan de travail pour les relations avec l'Afrique et se sont engagés à mettre ensemble leurs efforts dans leur entité afin de faire avancer la consolidation des projets dans des domaines concrets. Dans cet ordre d'idées, le Sous-Ministre Reinaldo Bolívar a invité chacun des différents Services à élaborer un plan d'action dans son secteur afin de “nous renforcer pour le bien des Peuples”.
Par Janite Fuentes
Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com
http://afroamiga.wordpress.com/2012/02/17/viceministro-reinaldo-bolivar-presento-la-agenda-africa-2012/
Les afropéruviens perpétuent les pratiques de guérison africaines
Elles comprennent l’usage des plantes, des prières, la musique et l'interprétation des rêves. À Chincha se conserve une tradition coloniale. Découvrez cette histoire.
"La médecine traditionnelle afropéruvienne guérit grâce aux plantes et par des prières", affirme Hermes Palma Quiroz, un habitant de Chincha, avocat, ancien maire du district d'El Carmen, et lui-même descendant de guérisseurs.

"Mon arrière-grand-père Mariano Castillo Mena était un spécialiste de la guérison par la prière, surtout la perte d’âme et le mauvais œil, des facultés qu’il a hérités de mon grand-oncle José Zegarra Castillo, " Oncle Joche" dit-il.
MUSIQUE GUÉRISSEUSE
"Chaque prieur a son propre style", déclarait le grand Amador Ballumbrosio dans une interview, " je joue mon violon pour guérir parce que la musique des noirs a quelque chose de fabuleux qui vous purifie. Un bon musicien peut guérir plus d'un millier de personnes en une soirée. "
"Je n’ai pas eu la chance d'être guéri par Amador, mais je connais ses qualités, il a guéri beaucoup de gens, y compris une de mes filles," affirme Palma Hermes
Chincha n'a pas été abandonnée suite au départ de Amador, on y trouve encore des guérisseurs comme Julio Mendoza Acevedo dans le district d'El Carmen, et Luzmila Mosquera Vasquez, dans le Centre Habité d’El Guayabo. Ils guérissent les maladies de l'âme: les maux d'amour, les mauvais rêves, le mauvais œil, la peur et la douleur.
PARTAGE DES CONNAISSANCES
Dans le roman "Malambo", dont la trame se déroule durant l’époque de l'esclavage, l'auteure Lucía Charún Illescas évoque le métissage dans le travail du guérisseur: deux personnages tentent de soigner le bras de Altagracia Maravillas et dialoguent : " coca des Yungas et bâtons de Guinée", des prières et des chants des Andes et d’Afrique. Elle fait référence aux croyances et aux superstitions des deux visions du monde: le mauvais air, le mauvais œil et les revenants. Les esclaves n’ont cependant pas apporté leurs plantes, ils ne sont arrivés qu’avec ce qui était dans leur mémoire.
"Dans certains cas, ils ont trouvé des arbustes semblables et dans d’autres, ils ont redécouvert des plantes curatives et ont été respectueux de celles utilisées par les frères des Andes, que nos ancêtres appelaient les paysans", indique Hermes Palma.
RÔLE IMPORTANT
Le Dr. Uriel Garcia Caceres, scientifique et historien de la médecine péruvienne a souligné dans un article le rôle de guérisseurs exercé par des descendants d’africains. "Même si on le mentionne rarement, dit-il, à l’époque de la vice-royauté et de l'ère républicaine jusqu'à la moitié du 19ème siècle, ils ont joué un rôle important en tant que professionnels de la santé."
L'éminent docteur soutient qu’aucun créole blanc ne voulait être "chirurgien Latino"- une sorte de spécialiste des sutures, des amputations et des autopsies, et compte tenu de la demande de ces professionnels, le Real Protomedicato Lima dû admettre des chirurgiens descendants d’africains, mais avec l’interdiction d'entrer à l’Université et d’obtenir un diplôme de docteur.
LE GRAND DOCTEUR
Le cas de José Manuel Valdez est notable. Il fut empêché d'étudier la médecine à cause de sa couleur, malgré le fait qu’il exerçait ce métier avec succès. Il allait obtenir un permis du roi d'Espagne pour entrer à l'Université de San Marcos, et après avoir obtenu son diplôme, il fut l’un des médecins les plus importants de Lima, membre de l'Académie Royale de Médecine de Madrid, proto-médecin général de la République et le directeur du Collège de médecine en 1836 . Il y avait eu auparavant d’autres médecins afrodescendants. Selon les recherches d’Uriel Garcia: "Dr Juan Llano Jaraba a obtenu en 1695 un bonnet doctoral. Le vice-roi Conde de la Moncloa ordonna au Protomedicato de lui accorder un certificat de pureté de sang pour son rendement académique remarquable. "
Il y eut également José Manuel Davalos (1758-1821), fils d'un dignitaire espagnol et d’une esclave affranchie. Il fut, comme Hipólito Unanue-séminariste et étudia la Latinité, la philosophie et les arts. Il fit le cours de chirurgien latino à San Marcos, mais son père avait obtenu un permis d'études en Europe qu’il effectua à l'Université de Montpellier, en France et fut disciple de scientifiques comme Lavoisier. C’est avec les honneurs qu’il allait réussir sa thèse-en latin – sur les maladies présentes à Lima durant son exercice. Une thèse qui fut publiée en français par plusieurs revues scientifiques. De retour à Lima, il fut maltraité par l'Université et eut recours à Cour royale pour revalider son titre. "Le seul médecin péruvien dont Alexander von Humboldt fit l’éloge était cet afropéruvien", note Uriel Garcia.
Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com
http://m.elcomercio.pe/peru/1355659/noticia-antiguas-practicas-sanacion-africana-siguen-vigentes-peru_1
L'actrice afrocolombienne Karent Hinestroza évoque son dernier film ‘Chocó’
Le film a été présenté le 15 février à au Festival du Cinéma de Berlin.
elTelefonoRojo.com/Colombia
Quelle est l’histoire de ‘Chocó’?
Le film raconte la vie de Chocó, une femme de la zone rurale du Pacifique colombien qui travaille dans l’industrie minière pour faire vivre ses enfants et son mari duquel elle ne reçoit que des mauvais traitements. La situation devient extrême lorsque Chocó se rend compte qu’à cause des violences de cet homme, elle n’arrivera pas à tenir une promesse qu’elle avait faite à sa fille Candelaria. C’est là que change la tournure de l’histoire.
Qu’est ce Karent partage avec Chocó?
Le caractère des femmes du Pacifique.
A-t-il été facile de porter sur vos épaules le nom d’un département si affligé?
Chocó est un beau nom et sa terre a subi autant de coups que ceux que subit cette femme dans le film.
Comment le film se retrouve-t-il à Berlin?
Le réalisateur, Jhonny Hendrix Hinestroza et son équipe de travail Antorcha Films (producteur) ont inscrit le film à la section Panorama à la Berlinale, et heureusement, il a été sélectionné.
Et comment pensez-vous qu’il y sera perçu?
J’espère que bien, qu’il engendrera de nombreux commentaires et qu’il nous permettra de nous penser comme des hommes et des femmes dans nos sociétés.
Qu’est ce que vous aimez dans cette production?
Que l’on évoque des sujets qui touchent plusieurs endroits du pays: le déplacement forcé, l’exploitation illégale des mines, les mauvais traitements que subissent les femmes, la discrimination. Les problèmes sur lesquels beaucoup de colombiens ont travaillé et dont autant ont perdu la vie au cours de la lutte.
‘Chocó’ est-il un film pour le grand public?
Oui. Le scénario est réalisé dans une structure conventionnelle, il parle de sujet universels et montre de beaux paysages.
Et vous, quelle lecture donnez-vous à ce département?
C’est la mémoire historique de la Colombie: un département de leaders hommes et femmes qui a souffert de l’exploitation des étrangers.
Que devrait-on savoir du Chocó et qui est actuellement occulté ?
Que beaucoup de personnages ayant initié le processus d’indépendance de notre pays étaient des afrodescendants et une grande partie d’entre eux venaient du Choco: Barule, Agustina de Tadó Chocó, entre autres.
‘El vuelco del cangrejo’ et maintenant ‘Chocó’. Quel lien entrevoyez-vous entre ces deux films dans lesquels vous avez joué?
La participation active de la communauté du Pacifique Sud et du Pacifique Nord où ont été tournés ces Films.

Qu’a signifié pour vous l’apparition dans ‘El vuelco del cangrejo’?
Débuter un apprentissage dans le cinéma en tant qu’actrice.
Comment décrivez-vous cette étape que vit le cinéma colombien?
C’est justement le cinéma colombien! On fait désormais un cinéma pour tous, en parlant de l’intérieur, des régions de notre pays qu’on n’avait jamais montré sur grand écran.
Deux réalisateurs qui attirent votre attention?
Spike Lee et Peter Brook.
Quel est le film national película nacional que le sepa más a Colombia?
Los colores de la montaña.
L’Hinestroza du réalisateur et le vôtre, c’est juste une coïncidence?
Oui, et on s’en est rendu compte peu avant le début du tournage. Jhonny est un Hinestroza de Quibdó; moi de Timbiquí, dans le Cauca.
Comment êtes vous devenue actrice?
En faisant le cours d’Art Dramatique à l’Université del Valle à Cali.
Existe-t-il des acteurs naturels ?
Bien sûr, et les réalisateurs ont un très bon œil pour les découvrir.
Vous considérez-vous comme une actrice naturelle?
La condition d’artiste me permet de l’être quand cela est nécessaire, selon les directives d’un réalisateur.
Qu’est ce qui vous passionne?
Le théâtre.
Qu’y a-t-il derrière la couleur de la peau?
Des êtres humains.
Quelle cause vous touche ?
La cause afrodescendante.
Avant de faire le saut au cinéma, à quoi vous consacriez-vous?
Au théâtre, c’est ça ma profession Hacía teatro, esa es mi profesión.
Que gardez-vous de votre ville natale Timbiquí (Cauca)?
Je garde tout. C’est ma ville, celle qui a fait de moi ce que je suis en tant que personne, et la particularité que j’ai comme actrice.
Que vous a apporté Cali?
Mes amis, le théâtre et l’amour.
Préférez-vous le cinéma ou le théâtre?
La question la plus difficile... j’ai beaucoup plus de plaisir au théâtre qu’au cinéma. Mais il n y a pas de sensation plus forte que de travailler très dur dans un film et de s’assoir par la suite pour voir le résultat sur un grand écran.
Que signifient les applaudissements du public ?
La motivation pour continuer à créer.
Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com
“Chocó”, film afrocolombien surprend à la Berlinale
BERLÍN. Le colombien Jhonny Hendrix Hinestroza a presenté mercredi à la Berlinale son dernier film “Chocó”, qui raconte l’histoire d’une Jeune mère de famille qui se bat pour élever ses enfants dans la région pauvre du nord-ouest de Colombie dans le Pacifique, peuplé de descendants d’africains.

AFP
Hinestroza a donné le nom du département de Chocó, voisin du Panama, à son héroïne, incarnée par Karent Hinestroza, qui, dans cette fiction contenant de nombreux fonds documentaires, doit supporter un mari fainéant et ivrogne, qui la bat et abuse d’elle.
Chocó gagne un salaire de misère à chercher de l’or dans une mine où on utilise le mercure pour laver le sable, mais lorsqu’elle perd son emploi, sa précarité est telle qu’elle n’a pas assez d’argent pour offrir un gâteau à sa fille le jour de son anniversaire.
"Tous les hommes en Colombie ne sont comme le mari de Chocó", indique Hinestroza.
" Ce qui se passe en Colombie est semblable à ce qui se passe à de nombreux endroits du monde: ce sont les femmes qui travaillent, qui s’occupent du foyer et les hommes sont paresseux. En plus, concernant le fait que l'homme bat la femme, comme le dit un personnage, il existe une tradition selon laquelle, quand un mari et sa femme se battent, personne ne s’en mêle ", explique-t-elle.
L’actrice Karen Hinestroza indique pour sa part qu’elle est originaire "d'une région similaire à celle que l’on peut voir dans le film, j'ai le caractère des femmes du Pacifique colombien."
Le public allemand a été surpris par la trame finale, lorsque Chocó qui ne peut continuer de supporter la façon dont la traite son mari, interprété par l'acteur Esteban Copete, décide de "le rendre inapte " sexuellement.
"Je ne savais pas comment conclure le film et quand j'ai demandé à plusieurs amies ce qu'elles feraient d’un homme, la réponse était la suivante: “le rendre impuissant”, indique Hinestroza.
Il a ainsi raconté sa façon de travailler avec les populations locales des lieux de tournage.
"J'ai produit quelques films et, souvent, quand on filme à un endroit, les seules choses qui restent ce sont les anecdotes. L'endroit où nous tournons est très pauvre, certains enfants ne mangent qu'une fois par jour. Nous avons voulu créer un atelier d’interprétation pour nous unir davantage avec la communauté afin qu'ils gardent des connaissances, qu’ils ne nous voient pas comme étant tellement différents, " dit-il.
"On n’a pas fait de casting. On a choisi les acteurs à l'œil, par l'enthousiasme. On dit qu’en Colombie il n'ya pas de bons acteurs noirs, je crois que le film est une réponse à cela, " ajoute-t-il.

“J’ai voulu que la caméra soit le spectateur d'une culture, de la musique, de la rivière, des mines qui détruisent la forêt pour quelques grains d'or. Ces forêts sont très riches ”, indique-t-il.
"J'ai aussi essayé de montrer que ces gens font la fête et profitent de la vie, ils essaient d’aller de l’avant et d'être heureux. Montrer que, comme le personnage de Chocó, il ya des choses qui leur font mal, mais ils continuent de donner des fruits, malgré la nature détruite. "
"Je viens de là, enfant je me promenais dans ces rues, par chance, j'ai pu apprendre à raconter des histoires et à faire des films. Je voulais montrer une réalité palpable. Beaucoup de scènes sont documentaires, les gens disent ce qu'ils pensent, ce n’est donc pas un stéréotype. "
"J'ai fait d'autres films et les gens me demandaient de quel endroit il s’agissait et disaient qu’ils étaient surpris que ce soit la Colombie. Comment ça? Il y a des afrodescendants en Colombie Il y a des noirs en Colombie? "Oui, je suis l’un d’eux. Je me suis alors rendu compte que je devais montrer cette région, pour que les gens connaissent notre musique, nos paysages, nos femmes, l'innocence des enfants. "
"En Colombie même, quand j'ai lancé le projet, on m'a dit que les histoires de Noirs n'intéressaient personne, donc j'ai des attentes et notamment la réaction du public quand nous allons le projeter pour la première fois", conclut le réalisateur.
Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com
http://www.elespectador.com/entretenimiento/agenda/cine/articulo-326918-filme-colombiano-choco-sorprende-berlinale
Sauvegarde du patrimoine culturel des afrodescendants

Le Costa Rica, la Colombie, Cuba et le Paraguay ont mis en place des processus visant à sauvegarder le patrimoine immatériel construit par la musique et d’autres expressions artistiques des populations originaires de l’Afrique.
Reina Magdariaga Larduet / Prensa Latina
L'invisibilité subie pendant des siècles, non seulement par les personnes d'ascendance africaine dans le monde mais aussi de son patrimoine culturel est une question déchirante, de plus en plus reconnue sur la scène internationale.
La sauvegarde des traditions des afrodescendants en Amérique Latine se fonde sur la Convention pour la Sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel, adoptée par la 32ième Conférence générale de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), 2003.
Dans ce sens, Herman van Hoof, le Directeur du Bureau régional pour l'Amérique Latine et les Caraïbes de l'organisme des Nations Unies, a déclaré lors de l'atelier sur le patrimoine culturel immatériel qui s'est déroulé à La Havane, que son institution valorise aujourd’hui l’apport culturel et spirituel des descendants de ceux qui ont été arrachés à la terre africaine.
Même s’il s’agit d’un sujet complexe, le directeur insiste sur l'éducation, car c'est la base pour éliminer la discrimination raciale et culturelle. La responsabilité de l'Unesco est donc de célébrer et d’enregistrer cette contribution.
Tel est le cas de la Colombie, considéré comme le pays d'Amérique Latine comptant peut-être le plus grand nombre d’Afrodescendants après le Brésil.
Dans ce pays d'Amérique du Sud il existe groupes communautaires différenciés dans lesquels on travaille actuellement pour mettre fin au silence, a reconnu le directeur en charge des Populations du Ministère de la Culture, Moises Medrano.
À ce sujet, il a cité les communautés noires, afrocolombiennes, des Palenque et Raizales (insulaires), chacune ayant ses mouvements sociaux, ses initiatives, ses projets et ses expressions du patrimoine culturel immatériel.
En ce qui concerne les actions menées à Cuba, la tumba francesa (Tumba française) – manifestation dansée et musicale d’origine africaine - a été déclaré en 2003 chef-d’œuvre du patrimoine culturel immatériel.
Apparue au cours du 18ième siècle dans l'est de Cuba, c’est le fruit des migrations des colons et des esclaves survenues suite à la révolution haïtienne.
Parlant de son pays, la chercheure du Centre Afrobolivien pour le Développement Intégral et Communautaire Centre pour le développement intégré et communautaire (Centro Afroboliviano para el Desarrollo Integral y Comunitario) José Percy a souligné l'attention particulière accordée au patrimoine immatériel des afrodescendants encore occulte dans sa plus grande partie.
Preuve de cette affirmation, la déclaration en 2009 de La Saya comme partimoinre de l’état multinational, considérés par les experts comme transmetteur de l'essence de la Bolivie.
Il s'agit d'un style de musique et de danse qui peut être considéré comme une fusion d’éléments africains, aymaras et espagnols.
Les organismes municipaux travaillent au Paraguay pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel des afrodescendants.
Cet héritage a été minimisé pendant la dictature d'Alfredo Stroessner (1954-1989). A cette époque, les personnes d'ascendance africaine furent persécutées, vassalisées et leur culture fut rejetée, estime Ramón Sosa, directeur général de la direction de la promotion culturelle communautaire.
En partant d’une déclaration du recensement national de 1962 qui ignorait la présence Noire, les Paraguayens travaillent à corriger ces erreurs.
Pour sa part, l'Institut National du Patrimoine Culturel de l'Équateur a pour prémisse de rendre visible les personnes descendantes des Africains. Selon l'historienne Nidia Gomez, un diagnostic est en cours de réalisation dans les deux populations de forte présence des noirs que sont Esmeralda (dans le sud-ouest) et la Valle del Chota (dans la région andine).
Cet objectif de sauvegarde des héritages folkloriques, musicaux, chorégraphiques, religieux, littéraires ou linguistiques se réalise avec l’appui des leaders des zones de peuplement et des gouvernements locaux.
Du côté de l’Amérique Centrale et spécifiquement au Costa Rica, l’insuffisante reconnaissance du patrimoine culturel des afrodescendants n’est pas nouvelle. Le spécialiste du Centre de Recherche et de Conservation du Patrimoine Culturel (Centro de Investigación y Conservación del Patrimonio Cultural) de cette nation Javier Carvajal, a affirmé que les premiers pas visant à inventorier cet héritage sont entrain d’être faits.
Malgré cela, une région géographique est le siège des établissements de cet héritage. Il s’agit de la province de Limón (extrême est du pays) où les racines sont fortes et la contribution importante.
Marquée par la diversité, Limón a des caractéristiques importantes de la culture indigène, afrocaribéenne, des blancs et des chinois, et chacune apporte à la région son propre style.
Même si cette donnée semble étrange, l’élément le plus commun dans les villages du sud du Rio Grande est l’afrodescendance, a indiqué à La Havane Jaime Urrutia, Directeur du Centre Régional pour la Sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel de l'Amérique Latine.
En parlant de l'importance de préserver le patrimoine immatériel, Urrutia a rappelé que "sans cela, il ne peut y avoir d'identités au sein d'une nation."
Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com
http://www.telegrafo.com.ec/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=30173&Itemid=16
Des terres bientôt restituées à des communautés afrocolombiennes
Le Ministre de l’intérieur Germán Vargas Lleras a révélé que les communautés afrodescendantes de San Basilio de Palenque dans le département de Bolívar se Vermont restituer 7.200 hectares de terre de propriété collective.
L’annonce a été faite lors de la ratification de l’engagement du Gouvernement National de solder sa dette ancestrale envers les populations afrocolombiennes et d’orienter l’offre institutionnelle pour les protéger et répondre à leurs besoins dans le cadre de la présentation du plan pilote “Colombia conoce sus territorios y comunidades afrodescendientes” (La Colombie connait ses territoires et ses communautés afrodescendantes ) qui reçoit l’appui de l’Agence Américaine pour le Développement International (Usaid) et de l’Organisation Internationale des Migrations (OIM).
“Sur la base de cette étude, on procédera à la liquidation des démarches de restitution à la Superintendencia de Notariado y Registro (Superintendance du Notariat et du Registre). L’engagement est de revenir avant juin pour effectuer la remise du titre collectif et d’éviter que ces terres soient l’objet d’autres usurpations”, a indiqué Vargas Lleras.
Ce projet pilote présenté vendredi à la communauté de San Basilio de Palenque vise à caractériser la situation sociale, économique et juridique de huit communautés et territoires afrodescendants de Las Varas, Nariño; Bajo Calima et Bahía Málaga à Buenaventura; Playa Renaciente, Cali; Cocomopoca dans le Chocó; La Jagua de Ibirico à Cesar; Río Cauca, Cauca, et San Basilio de Palenque à Bolívar.
“Nous aspirons à identifier sur ces territoires, non seulement les risques qui les affectent, mais aussi la situation juridique dans laquelle se trouve leurs propriétés foncières, et dans quelles conditions socioéconomiques vivent les communautés qui y vivent, également savoir dans quelle situation se trouvent les conseils communautaires. Et de la même manière, nous voulons progresser dans les mécanismes visant à assurer la restitution des ces territoires”, a expliqué le responsable politique.
“Tout cet effort se matérialisera avec des ressources d’environ 6 milliards apportés en grande majorité par le Ministère de l’Intérieur et de la Coopération Internationale qui soutiendra de plus le projet par un accompagnement technique”, a indiqué le ministre de l’Intérieur.
Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com
Racisme au Brésil : pas d'apartheid, mais pas d'égalité
La situation des noirs au Brésil est pire que ce qu’elle devrait être. Mais quelle est le meilleur moyen d’y remédier?
| RIO DE JANEIRO | De l'édition imprimée
En avril 2010, dans le cadre d'un programme d'embellissement du port délabré situé près du centre de Rio de Janeiro pour les Jeux Olympiques de 2016, les travailleurs étaient en train de remplacer le système de drainage dans une cour minable lorsqu’ils sont tombés sur quelques vieilles boîtes. La ville a fait appel à des archéologues, dont les fouilles ont permis de déterrer des ruines de Valongo, autrefois le lieu principal où atterrissaient les esclaves africains.
De 1811 à 1843 environ 500.000 esclaves y sont arrivés selon Tânia Andrade Lima, la cheffe archéologue. Valongo était un complexe comprenant des entrepôts où les esclaves étaient vendus et un cimetière. Des centaines de sacs en plastique entreposés dans des conteneurs maritimes rangés dans un coin du site, contiennent des objets personnels perdus ou cachés par les esclaves, ou qui leur avaient été arrachés. Ils comprennent des bracelets et des bagues délicates tissées avec des fibres végétales; des morceaux d'améthyste et de pierres utilisés dans les cultes Africains; des cauris, une monnaie commune en Afrique.
Les questions socialesC’est un rappel poignant du niveau et de la durée du commerce des esclaves au Brésil. Sur les 10,7 millions d’esclaves africains expédiés par l'Atlantique entre les 16ème et 19ème siècles, 4,9millions ont accosté là. Moins de 400.000 sont allés aux États-Unis. Le Brésil fut le dernier pays dans les Amériques à abolir l'esclavage en 1888.
Le Brésil a longtemps semblé vouloir oublier cette histoire. En 1843, Valongo fut bétonné et un quai imposant y fut construit pour accueillir une princesse de Bourbon qui venait épouser Pedro II, l’empereur du pays au 19ème siècle. La colonne de pierre qui s’élève de la place célèbre l'impératrice, et non les esclaves. La ville envisage désormais de faire de Valongo un musée de l'esclavage et la diaspora africaine en plein air. "Notre travail consiste à donner une plus grande visibilité à la communauté noire et à ses ancêtres", indique Mme Andrade Lima.
Ce projet n’est qu’un petit exemple d'une réévaluation beaucoup plus large de la race au Brésil. Le caractère généralisé de l'esclavage, le retard de son abolition et le fait que rien ne fut fait pour faire des anciens des citoyens ont ensemble eu un impact profond sur la société brésilienne. Ce sont des raisons qui expliquent l'extrême inégalité socioéconomique qui marque encore le pays aujourd'hui.
Ni séparés, ni égaux
Lors du recensement de 2010, environ 51% des Brésiliens se sont définis comme étant noirs ou métisses. En moyenne, le revenu des Blancs représente un peu plus du double de celui des Brésiliens noirs ou métisses, selon l'IPEA, un think-tank gouvernemental. Il indique que les Noirs sont relativement défavorisés dans leur niveau d'éducation et dans leur accès à la santé et à d’autres services. Par exemple, plus de la moitié des personnes vivant dans les favelas de Rio de Janeiro sont noirs. Le chiffre comparable dans les quartiers plus riches de la ville se situe seulement à 7%.
Les Brésiliens ont longtemps soutenu que les Noirs ne sont pauvres que parce qu'ils se trouvent au bas de la pyramide sociale - en d'autres termes, la société est stratifiée par classe, et non selon la race. Mais un nombre croissant divergent. Ces "bruyantes" différences ne peuvent s'expliquer que par le racisme, selon Mário Theodoro du Secrétariat à l'Égalité Raciale du gouvernement fédéral. Dans'un débat passionné et parfois virulent, les militants noirs brésiliens insistent sur le fait que l’héritage d’injustice et d'inégalité de l'esclavage ne peut être renversé que grâce à des politiques d'action affirmative semblables à celles des États-Unis.
Leurs adversaires arguent que l'histoire des relations raciales au Brésil est très différente, et que de telles politiques risquent de créer de nouveaux problèmes raciaux. Contrairement aux États-Unis, l'esclavage au Brésil n'a jamais signifié la ségrégation. Le mélange était la norme, et le Brésil comptait beaucoup plus de Noirs libres. En conséquence, on y retrouve un spectre de couleurs de peau, plutôt qu’une dichotomie.
Peu de personnes ces jours-ci qualifient encore le Brésil de "démocratie raciale". Comme l’indique dans un livre récent Antonio Riserio, sociologue de Bahia: "C’est clair que le racisme existe aux États-Unis. C’est clair que le racisme existe au Brésil. Mais ce sont des types de racisme différents. "Au Brésil, argue-t-il, le racisme est voilé et honteux, il est fermé ou institutionnel. Au Brésil, il n’y a jamais existé quelque chose de semblable au Ku Klux Klan, ou l'interdiction du mariage interracial imposé dans 17 États américains jusqu'en 1967.
Importer le style américain d’actions affirmatives risque de forcer les Brésiliens à se classer dans des catégories raciales strictes, plutôt que quelque part le long d'un spectre, indique Peter Fry, un anthropologue d'origine Britannique naturalisé brésilien. Ayant travaillé en Afrique du Sud, il affirme qu’au Brésil, l'évitement de "la cristallisation de la race comme marqueur d’identité" est un grand avantage dans la création d'une société démocratique.
Mais pour les partisans des actions affirmatives, le caractère voilé du racisme brésilien explique pourquoi la stratification raciale a été ignorée pendant si longtemps. "Au Brésil, l’ennemi est invisible. Personne n'est raciste. Mais quand votre fille sort avec un noir, les choses changent", indique Ivanir dos Santos, un activiste noir de Rio de Janeiro. Si de jeunes noirs et blancs ayant des qualifications équivalentes postulent pour être vendeur dans un magasin d’un centre commercial de Rio, le blanc obtiendra l’emploi, ajoute-t-il.
Le débat sur les actions affirmatives divise à la fois la gauche et la droite. Les gouvernements de Dilma Rousseff, la présidente et de ses deux prédécesseurs, Luiz Inacio Lula da Silva et Fernando Henrique Cardoso ont tous soutenu de telles politiques. Mais ils se sont déployés avec prudence. Jusqu'à présent, le principal champ de bataille s’est trouvé dans les universités. Depuis 2001, plus de 70 universités publiques ont introduit des quotas d’admission à caractère racial. Dans les universités d'État de Rio de Janeiro, 20% des places sont réservées aux étudiants noirs qui réussissent l'examen d'entrée. Un autre 25% est réservé à un "quota social" d’étudiants des écoles publiques dont le revenu des parents est inférieur à deux fois le salaire minimum – ceux-ci sont souvent des noirs. Un grand programme fédéral accorde des bourses aux étudiants noirs et métisses dans les universités privées.
Ces mesures commencent à faire une différence. Même si seulement 6,3% de noirs de 18 à 24 ans se trouvaient dans l'enseignement supérieur en 2006, ce qui représentait le double de la proportion de 2001, selon l'IPEA. (Les chiffres pour les Blancs étaient 19,2% en 2006, contre 14,1% en 2001). "Nous sommes très heureux, parce qu’au cours des cinq dernières années, nous avons placé plus de Noirs dans les universités que pendant les 500 dernières années", explique David Frei Raimundo dos Santos, un moine franciscain qui dirige Educafro, un organisme de bienfaisance qui organise des cours d’entrée à l’université dans les zones pauvres. "Aujourd'hui, il y a une révolution au Brésil."
Carolina Bras da Silva, une jeune femme noire dont la mère était femme de ménage est l’une de ses bénéficiaires. Adolescente, elle a vécu pendant un certain temps dans les rues de São Paulo. Mais elle est désormais en première année de sciences sociales à l'Université Catholique de Rio, bénéficiant d’une bourse complète. "Certains des autres étudiants me disaient : " Qu'est-ce que tu fais ici? "Mais ça va mieux", dit-elle. Elle veut étudier le droit et devenir procureur public.
Des universitaires de certaines des meilleures universités brésiliennes ont mené une campagne contre les quotas. Ils estiment tout d'abord que les actions affirmatives commencent par un acte de racisme: la division d'une nation arc-en-ciel en catégories arbitraires. Et l’attribution des races au Brésil n'est pas toujours aussi facile que les militants l’affirment. En 2007, l'un des jumeaux identiques, ayant tous deux soumis leur dossier d’admission à l'Université de Brasilia, a été classé comme noir, l'autre comme blanc. Tout cela risque de créer du ressentiment racial. Deuxièmement, les opposants affirment que les actions affirmatives ébranlent l'égalité des chances et la méritocratie – des concepts fragiles au Brésil, où le privilège, le népotisme et les connaissances ont longtemps constitués les chemins à emprunter vers le progrès.
Les partisans des actions affirmatives affirment que ces arguments consacrent un statu quo injuste. Et les examens d'entrée universitaires officiellement méritocratiques n'ont pas garanti l'égalité des chances. Une étude réalisée par Carlos Antonio Costa Ribeiro, sociologue à l'Université d'État du Rio de Janeiro, a constaté que les facteurs les plus étroitement corrélés à la fréquentation de l'université sont le fait d'avoir des parents riches et le fait d'étudier dans une école privée.
En pratique, un bon nombre des craintes entourant les quotas universitaires ne se sont pas avérés. Bien que ce soit encore préliminaire, des études tendent à montrer que les bénéficiaires de quotas, les cotistas comme on les appelle, ont réalisé des performances académiques aussi bonnes ou meilleures que leurs pairs. Peut-être que cela est dû au fait qu'ils ont remplacé les étudiants "blancs" plus faibles qui avaient accédé à l'Université simplement parce qu'ils avaient de l'argent pour se préparer à l'examen.
Nelson do Valle Silva, sociologue à l'Université Fédérale du Rio de Janeiro, affirme que la réaction contre les quotas aurait été encore plus forte si l'accès aux universités n'augmentait pas aussi vite. Pour l'instant, presque tout le monde qui passe l'examen se trouve une place quelque part. Selon lui, le fait que de nombreuses universités ont adopté les "quotas sociaux", moins controversés, aide également. M. Fry convient que les actions affirmatives sont "devenus un fait accompli". Il attribue le déclin de la résistance à la culpabilité, à l'indifférence et à la peur d'être accusé de racisme.
La bataille pour les emplois
Pour les militants noirs, le prochain objectif, c'est le marché du travail. "En tant qu'homme noir, quand je vais à la recherche d'un emploi, je pars avec un désavantage," affirme M. Theodoro. Il note que les États-Unis, avec seulement 12% de noirs, comptent un président noir et de nombreux politiciens et millionnaires noirs. Par contre au Brésil, "nous n'avons personne". Ce n'est pas tout à fait vrai: en dehors des footballeurs et des chanteurs, le Brésil a un noir à la Cour Suprême de justice (nommé par Lula) et des officiers supérieurs dans l'armée et la police. Mais ce sont des exceptions. Un seul des 38 membres du cabinet de Mme Rousseff est noir (même si dix sont des femmes). Placez vous devant le siège de Petrobras, la compagnie pétrolière d'État situé non loin, et de la Banque Nationale de Développement à Rio à l'heure du dîner, et "tous les gestionnaires sont blancs et les agents de nettoyage sont noirs," indique David Frei.
L'ombre du passé
Certains organismes du secteur privé commencent à épouser la diversité raciale en recrutant. L'état et la ville de Rio de Janeiro ont voté deux lois réservant 20% des places dans les examens administratifs pour les Noirs, mais elles ne sont pas encore appliquées. Si le chômage augmente par rapport à son niveau bas actuel, les quotas d'emploi sont susceptibles de créer encore davantage de polémique que ce fut le cas pour l'entrée à l'université.
Ce qui se dégage d'une décennie de débat sur les actions affirmatives c'est qu'elles sont mises en œuvre d'une manière très brésilienne. Chaque université a pris ses propres décisions. Le gouvernement fédéral a tenté d'encourager la politique, mais sans l'imposer. La Cour suprême planche sur trois cas portant sur les quotas raciaux. Certains avocats la soupçonnent de trainer les pieds délibérément dans l'espoir que la société régle la question.
La société change elle-même rapidement. Beaucoup des 30 millions de Brésiliens qui ont quitté la pauvreté au cours de la dernière décennie sont Noirs. Les entreprises prennent bonne note: par exemple, beaucoup plus de produits cosmétiques ciblent les Noirs. Le mélange des passagers sur les vols intérieurs ressemble un peu désormais au Brésil plutôt qu'à la Scandinavie. Jusqu'à récemment, les seuls acteurs noirs dans les feuilletons de télévision jouaient des rôles de domestiques; désormais, l'un des feuilletons de la chaîne Globo a un noir dans le rôle principal. Une grande partie de cela i aurait pu arriver sans les actions affirmatives.
La question que le Brésil se pose est de savoir si la meilleure façon de réparer l'héritage de l'esclavage est d'accorder des droits supplémentaires aux Brésiliens de peau plus foncée. Le gouvernement et le mouvement noir répondent par l'affirmative. Compte tenu de la persistance des désavantages liés à la race, cela est compréhensible.
Mais l'approche comporte des risques clairs. Jusqu'à l'invasion des idées académiques Américaines, la plupart des Brésiliens pensaient que l'arc-en-ciel racial de leur pays constituait l'un de ses principaux atouts. Ils n'avaient pas totalement tort. M. do Valle Silva, spécialiste de la mobilité sociale, constate que la race affecte la chance dans la vie au Brésil, mais ne la détermine pas. Et si la discrimination positive devient permanente, une industrie d'accès au droit financée par l'État pourrait grandir pour la pérenniser et ainsi promouvoir des politiques raciales sources de discorde.
Il peut y avoir de meilleures façons d'établir une vraie égalité des chances et des droits. Le Brésil dispose d'une législation anti-discrimination depuis les années 1950. La Constitution de 1988 a statué qu'autant les injures raciales que le racisme sont des crimes. Mais il y a eu peu de poursuites. Cela s'explique en partie par le racisme présent dans le système judiciaire. Mais c'est aussi parce que les juges et les procureurs pensent que les sanctions sont trop sévères: toute personne accusée de racisme doit être détenue en prison non seulement avant, mais aussi après la condamnation. Et à Rio de Janeiro la préférence du mouvement noir pour les actions affirmatives a amené le gouvernement de l'État à se désintéresser des mesures visant à attaquer les préjugés raciaux, selon une étude réalisée par Fabiano Dias Monteiro, qui a dirigé la ligne d'assistance téléphonique de l'État avant son démantèlement en 2007.
La tâche la plus difficile est de changer les attitudes. De nombreux Brésiliens supposent simplement que les Noirs appartiennent au bas de la pyramide. Les partisans des actions affirmatives ont raison de dire que le pays a tourné le dos au problème. Mais les politiques à l'américaine ne sont peut-être pas le moyen de lutter contre des formes spécifiques de racisme au Brésil. La combinaison d'actions juridiques plus fortes contre la discrimination et de quotas de classe sociale dans l'enseignement supérieur pour compenser la faiblesse des écoles publiques pourraient être plus efficace.
Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
http://www.economist.com/node/21543494
Les religions originaires d'Afrique de l’Ouest ont la côte chez les Africains-américains
La disposition des fragments de noix de coco au sol a aidé William Jones à décider s'il devait poursuivre ou non des études supérieures. Le prêtre Yoruba que Jones avait invité dans son appartement de Brooklyn avait examiné les quatre morceaux de noix de coco qu'il avait parsemé sur le sol avant d’annoncer à Jones si ce serait une bonne chose pour lui de poursuivre ses études.

C’était il y a plus d’une décennie, et aujourd'hui, Jones qui a maintenant 42 ans demeure un pratiquant de la tradition spirituelle Yoruba. Il affirme que les consultations faites auprès des prêtres yorubas le laissent dans un état de paix intérieure.
"Je vais rencontrer un prêtre ou "babalawo 'quand j'ai besoin de clarté sur un sujet ", dit Jones, un célèbre artiste numérique.
C'est le conseil individualisé des babalawos (maîtres et devins dans la tradition Ifa Yoruba) et des prêtres Yoruba (pratiquants de la tradition spirituelle Yoruba qui ont effectué les rites d'initiation) qui a attiré Jones - dans ce que l’on croit être la pratique spirituelle indigène du groupe ethnique Yoruba - après qu’il ait réalisé son insatisfaction quant aux sermons généralisées présentés dans les églises chrétiennes.
Jones avait fréquenté les églises à prédominance africaines-américaines tout au long de la partie précédente de sa vie et se considérait comme une personne spirituelle. L’église chrétienne ne lui a tout simplement pas accordé l'attention personnelle qu'il souhaitait.
Un autre africain-américain, Ozahu Belagun, âgé de 37 ans ne pouvait pas accepter l’enseignement chrétien de l'espace métaphysique de torture et de condamnation que l’on appelle "l'enfer".
"Comment pouvez-vous me dire que je vais à un endroit [l'enfer] où vous n’avez jamais été?" se demande Belagun."Et comment savez-vous vous-même n’y irez pas?"
Belagun, connu sous le nom Popey Blocker avant qu’il n’adopte un nom indigène d'Afrique, a exploré une variété d'orientations spirituelles. Sa mère était Témoin de Jéhovah. Il a pratiqué l'islam pendant trois ans et a été initié en tant que franc-maçon en 2005.
Il pratique désormais le vaudou et affirme que cela n’a rien à voir avec les trucs de sorcellerie représentés dans les films hollywoodiens.
"J'ai toujours été connecté aux choses que d'autres personnes délaisseraient et qualifieraient de mauvaises ", affirme Belagun, faisant allusion à la tradition du vaudou.
On pense que les racines historiques du Vaudou se trouvent au Bénin d'aujourd'hui et qu’il partage ainsi des similitudes avec d'autres religions issues de l'Afrique de l'Ouest.
Les plus populaires d'entre elles sont la tradition spirituelle Ifa Yoruba, le Palo, le Candomblé, l'Umbanda et la Santeria (également connu sous le nom Lukumi).
Ces pratiques sont également connues comme des religions tournant autour des orisha, car elles reconnaissent toutes des esprits-divinités, connus sous le nom d'orishas. Les Orishas que l'on orthographie également sous la forme Orixas ou encore orisas, sont des esprits qui contrôlent les différentes forces naturelles et les principes parmi lesquels la fertilité, l'eau et de l'amour. Orisha se traduit littéralement dans les langues Yoruba par 'propriétaire de la tête', car on pense que les adeptes prennent éventuellement la personnalité des orishas désignés.
La tradition Yoruba a gagné en popularité chez les Noirs qui explorent la spiritualité africaine en raison de son accessibilité en Amérique. Le groupe ethnique Yoruba est l'un des trois plus importants au Nigéria et ceux qui ont immigré aux États-Unis ont apporté avec eux les enseignements des Orisha et d'Ifa (la base systémique de la spiritualité Yoruba).
En réalité, si les religions originaires d'Afrique de l'Ouest ont historiquement parlant été vues d’un mauvais œil, la recherche démontre que davantage d'Africains-Américains les explorent et les adoptent. Beaucoup de ces Africains-Américains étaient des chrétiens et ont soit totalement délaissé la doctrine chrétienne, comme Jones, ou sont encore en train d'incorporer dans le christianisme des religions issus d'Afrique de l'Ouest religion pour créer un syncrétisme unique, de type "à la demande".
Par exemple, Oluwole Ifakunle, ou Baba Ifakunle, dit qu'il reçoit des appels téléphoniques de chrétiens qui sollicitent ses services de babalawo.
"La première question qu'ils posent c'est, savez-vous lire?" indique Ifakunle. (Des consultations au cours desquelles les babalawos et les prêtres communiquent avec les orishas par le biais de l'utilisation d'objets comme les noix de coco ou des cauris connus comme des lectures (divination)
Après ce premier questionnement, il affirme que les chrétiens vont habituellement expliquer qu'ils sont confrontés à un problème qui n'a pas été résolue à la "manière chrétienne", qui comprend la prière avec un pasteur ou le jeûne.
Ifakunle dit qu'une femme chrétienne a fait appel à lui après avoir subi ce qu'elle croit être une suite de cauchemars démoniaques. Mais selon lui, il n y a pas que les paroissiens chrétiens qui recherchent ses conseils spirituels.
Il affirme qu'un certain nombre de pasteurs chrétiens ont rendu visite à son sanctuaire situé à Harlem.
"Ils viennent généralement à moi quand ils veulent augmenter le nombre de membres de leur église," dit-il. "Alors, je réalise un rituel pour les aider."
Les anthropologues indiquent que ces exemples de syncrétisme religieux n'ont rien de nouveau. Les esclaves noirs, particulièrement dans l'actuelle Haïti cachaient leurs pratiques spirituelles africaines à leurs propriétaires d'esclaves en les déguisant et en les intégrant dans la religion catholique romaine qu'on les forçait d'accepter. En fait, les orishas du vaudou, appelés loas ou lwas, étaient reconfigurés pour incarner les saints catholiques romains et vice versa. Donc Papa Legba (un esprit intermédiaire puissant) est devenu Saint-Pierre, Saint-Lazare ou Saint-Antoine. Ayizan (le loa du commerce et du marché) est devenu Sainte Claire d'Assise.
Ainsi, alors que le syncrétisme s'est produit tout au long de l'histoire, ce qui est relativement nouveau c'est l'intérêt accru aux États-Unis pour les religions issues de l'Afrique de l'Ouest.
"Depuis les années '50 et '60, on a pu observer une augmentation avec de plus en plus d'Africains Américains qui adoptent ces religions", indique Sylvester Johnson, professeur -associé du département d'études religieuses à l'Université de l'Indiana.
"Aujourd'hui, la pratique aux États-Unis se fait le plus souvent dans les zones urbaines."
Johnson attribue la concentration de pratiquants Africains -américains des religions basées sur les orishas dans les villes comme Miami, Houston, Dallas, Chicago, New York, Philadelphie, Atlanta, Los Angeles, Sacramento et New Orleans au mouvement de la fierté noire des années 60 et 70.
À Atlanta, une ville à laquelle on se réfère habituellement comme le cœur de la classe moyenne noire du pays, la fierté noire demeure très évidente aujourd'hui.
"Atlanta a attiré un grand nombre de professionnels noirs, qui ont tendance à pencher vers une attitude de plus grande conscience noire et afrocentrique"», explique Johnson.
La ville possède un certain nombre de disciples de la Santeria et de la religion Yoruba. Les églises africanisées comme Shrine of the Black Madonna the First Afrikan Church répondent aux besoins de ceux qui désirent une expérience culturelle plus africaine.
La recherche du professeur de traditions religieuses africaine de l'Université de Harvard, Olupona Jacob reflète une plus grande tolérance et une appréciation non seulement pour les religions africaines, mais pour d'autres aspects de la culture africaine. Selon lui, davantage d'Africains-Américains voyagent dans des pays comme le Sénégal, le Ghana et plus encore au Nigeria pour acquérir une meilleure compréhension des pratiques spirituelles autochtones.
"En partie, il s'agit d'une recherche de ses racines et son identité", explique Olupona.
Même s''il n'existe aucunes données statistiques concrètes quantifiant le nombre de pratiquants Africains-américains des religions ayant pour fondement les Orishas, on cite souvent le chiffre de 70 millions pour le nombre "d'Africains et d'habitants du Nouveau Monde qui participent ou qui sont étroitement familiers des systèmes religieux parmi lesquels l' Ogun ", basé sur la recherche citée dans le livre encensé,"Africa's Ogun: old world and new," de l'anthropologue et professeure Sandra Barnes.
Ogun fait partie du Panthéon des orishas.
Dans son livre, "Orisa Devotion as World Religion," Olupona explique que la dévotion pour les orishas a été préservée par les Africains capturés au cours de la traite négrière transatlantique et est manifeste sous diverses formes à travers les Amériques.
Olupona note la diversité chez les adeptes Africains-américains des pratiques tournant autour des orishas.
"Cela ne concerne pas uniquement la classe socio-économique la plus basse des Afrcicains Américains", dit-il. "Il y a des gens de la classe moyenne et éduquée et des professeurs qui adoptent les religions africaines."
Parmi ces personnes les plus instruites se trouve Dianne Diakité, professeure agrégée au département de religion de l'Université Emory qui participe librement aux religions Yorubas et aux autres d'origine Africaine.
Elle affirme que la diffusion des religions originaires d'Afrique de l'Ouest aux États-Unis vient de l'impact qu'ont les immigrés africains et des Caraïbes.
Cependant, l'attitude qu'elle qualifie d' "Afrophobie" continue de générer de la peur de choses liées à la culture africaine.
"Les données historiques indiquent que la plupart des églises et des missionnaires noirs du 19ème siècle comprenaient les traditions religieuses africaines comme une menace pour l'élévation morale et culturelle des communautés noires et décrivait toute personne pratiquant ces religions comme étant barbare, primitif et sauvage," indique Diakité.
Elle explique que les stéréotypes et les distorsions contemporains ont qualifié les religions africaines de superstition, de sorcellerie et de fétichisme.
"L'Afrophobie", comme décrit par Diakité, est une conséquence de l'esclavage et du colonialisme.
Mais peut-être que la peur, ou du moins une hésitation, peut se justifier lorsqu'on enquête sur ce qu’impliquent les religions issues de l'Afrique de l'Ouest. Sacrifices d'animaux, initiations secrètes, chant des noms des ancêtres dans des libations, personnification des esprits dans les déguisements, rasage des poils du corps, possessions d'esprits et le fait de s’abstenir de manger des aliments tabous sont quelques-uns des aspects associés aux religions africaines qui peuvent être difficiles à accepter pour certains.
"De nombreux Africains-Américains ne sont pas encore prêts à faire cette transition", affirme Belagun.
"Le christianisme est essentiellement un système de croyance de troisième génération chez les Africains-Américains - ils sont baptistes, leur mère était baptiste et leur grand-mère était baptiste."
Quand il est question de religion, les Africains-Américains ont tendance à le prendre très au sérieux. La plus récente Enquête américaine du paysage religieux U.S. Religious Landscape Survey menée sur la religion et la vie par le Pew Research Center's Forum on Religion & Life note que près de huit Africains-Américains sur dix , 79%, disent que la religion est très importante dans leur vie, comparé à 56% de la population adulte générale des États-Unis. 16 %des Africains-Américains fréquentent des églises évangéliques et 59% ont fréquenté des églises protestantes noires historiques.
Dans les églises noires historiques, 85% des personnes disent que la religion est très importante. 30% des répondants des églises noires historiques ont pris part à des services religieux plus d'une fois par semaine et 80% disent qu'ils prient tous les jours.
Près des deux tiers des membres des églises noires protestantes historiques sont baptistes.
Dans l'ensemble, non seulement les Américains noirs sont plus susceptibles de déclarer une affiliation religieuse formelle, mais ils sont aussi le groupe racial ou ethnique le plus engagé religieusement dans le pays selon l'enquête.
L'étude confirme cependant également que les États-Unis sont sur le point de devenir un pays de minorité protestante. Même les Africains Américains explorent des alternatives non-chrétiennes.
Le Sondage américain identification religieuse de 2008 2008 American Religious Identification Survey a constaté que ceux qui affirmaient n'avoir "aucune religion" ont progressé dans tous les états au cours de 18 dernières années. Entre 1990 et 2008, le nombre d'Américains non religieux a presque doublé, passant de 8 à 15%, selon l'étude ARIS. Chez les Africains-Américains, l'augmentation était également presque double, passant de 6 % à 11%.
Ainsi, alors qu'un nombre croissant d'Africains-Américains dénoncent la religion au profit de l'athéisme, d'autres adoptent des religions africaines, particulièrement celles d'Afrique de l'Ouest.
Les Africains-Américains sont de plus en plus insatisfaits du christianisme, ce qui semble refléter le désenchantement vis-à-vis de la tradition de l'église noire.
"Quand vous avez des églises pleines de pédophiles et d'escrocs, les gens veulent voir ce qu'il y a d'autre pour eux", déclare Kenny Depeyster.
Sa référence à des scandales fortement médiatisés, dont les accusations de harcèlement sexuel contre l'évêque Eddie Long, pasteur d'une méga Église en Géorgie démontre que ces cas sont désormais "plus gros aux yeux du public."
Depeyster est un "Palero", un adepte de la tradition spirituelle Palo qui, croit-on, est né dans la région du bassin du Congo en Afrique centrale. Le Palo a été emmené dans le Nouveau Monde par le biais du commerce des esclaves et a été préservé par les communautés afro-latinos aux États-Unis. Aujourd'hui, les Africains-Américains font également partie de la tradition. Depeyster est Palero depuis environ 16 ans.
Selon lui, le christianisme n'était pas souligné dans sa famille.
Mais pour William "Bill Baba" Mathews, pratiquant de la spiritualité Yoruba âgé de 62 ans, le christianisme a constitué une forte influence dans la vie de sa famille. Mathews a finalement quitté l'église parce qu'il y ressentait un manque de spiritualité.
Il se souvient d'un incident alors qu'il était un garçon de 7 ans, un dimanche, lorsqu'il a dit à sa grand-mère qu'il ne voulait pas aller à l'église.
"Ma grand-mère m'a donné une claque sur la tête et elle a demandé pour quoi je ne voulais pas aller dans la maison de Dieu? " se souvient Mathews.
"Je lui ai dit: " Dieu ne vit pas là; Dieu vit dans la nature. "
Selon Mathews, cette prémonition dans l'enfance annonçait sa vocation pour les orishas. Il pratique ouvertement la spiritualité Yoruba en disant que ce n'est plus quelque chose dont il doit avoir honte.
"Pendant l'esclavage, les Noirs devaient cacher ce qu'ils faisaient, mais ce n'est plus le cas", dit-il.
Mathew apprécie la simplicité des religions issues de l'Afrique de l’Ouest leur accessibilité quel que soit le statut éducatif. Il dit que le christianisme est devenu intellectuel et "difficile à comprendre." Selon lui, c'est la raison pour laquelle la tradition Yoruba a progressé à "pas de géant" aux États-Unis.
Mathews et son épouse ont récemment visité le village africainOyotunji dans le nord du comté de Beaufort, SC. Créé dans les années 1970 par le regretté Adefunmi Efuntola Oseijeman dans une tentative de récupérer les coutumes et la tradition ancestrales Yoruba, le village Oyotunji sert d’attraction touristique et de Mecque pour les africains-américains partisans des religions tournant autour des orishas.
Adefunmi, un Africain-Américain né en 1928 sous le nom de Walter King, a servi comme père spirituel de nombreux Noirs à la recherche des connaissances sur les orishas. Son importance historique et sa pertinence culturelle sont souvent relevés chez les spécialistes religieux. La communauté Oyotunji qu'il a fondé est considérée comme le plus ancien village africain authentique en Amérique du Nord.
"La communauté Oyotunji est une utopie", indique Olupona. "C’est un symbole du mouvement black power qui s’est développé dans ce pays dans les années 1970."
Le Révérend Terri Adisa, une spiritualiste interreligieuse, affirme que les Africains-Américains peuvent trouver davantage de spiritualité dans le village Oyotunji que dans une église chrétienne noire typique. Elle affirme que l'église s'est éloignée de l’enseignement à ses membres de la façon d’appliquer les principes de pratique spirituels pour aller vers une doctrine plus superficielle.
"Le christianisme d'aujourd'hui ne concerne pas Dieu, c’est plutôt une question d’église-ianité (Church-Ianity) "affirme Adisa, en faisant référence à un mot de plus en plus populaire.
"Cela a à voir avec la façon d'agir, de se comporter et de s'habiller à l'église, " dit-elle, "mais quand vous arrivez au parking s’insultent les uns les autres."
Cette désapprobation de ce que Adisa perçoit comme un manque d'engagement spirituel solide ne diffère pas des opinions d'autres Africains-Américains qui ont choisi de suivre une religion africaine. De la même manière, un autre prêtre Yoruba dit que l'expression chrétienne " être né de nouveau", est franchement une autre façon de dire " hypocrite".
Les Paleros, spiritualistes Yoruba, les pratiquants du vaudou et d’autres adeptes de religions tournant autour des orishas semblent être attirés par la tradition, car selon eux, elle apporte des résultats. Ils aiment se rendre chez un prêtre (dont le nom varie selon la tradition) et que celui-ci leur indique leurs symptômes et les solutions.
"C'est comme aller voir un docteur," affirme Jones.
Cependant, ce traitement "type docteur " ne convient peut-être pas à tous. Le christianisme continue de dominer dans l'Amérique noire, mais ceux qui se sont aventurés au-delà disent qu’ils sont satisfaits, du moins pour le moment.
Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
http://www.thegrio.com/news/african-religions-gain-following-among-black-christians.php





