BERLÍN. Le  colombien Jhonny Hendrix Hinestroza a presenté mercredi à la Berlinale son dernier film “Chocó”, qui raconte l’histoire d’une Jeune mère de famille qui se bat pour élever ses enfants dans la région pauvre du nord-ouest de Colombie dans le Pacifique, peuplé de descendants d’africains.

 

AFP

 

   
Hinestroza a donné le nom du département de Chocó, voisin du Panama, à son héroïne, incarnée par Karent Hinestroza, qui, dans cette fiction contenant de nombreux fonds documentaires, doit supporter un mari fainéant et ivrogne, qui la bat et abuse d’elle.
   
Chocó gagne un salaire de misère à chercher de l’or dans une mine où on utilise le mercure pour laver le sable, mais lorsqu’elle perd son emploi, sa précarité est telle qu’elle n’a pas assez d’argent pour offrir un gâteau à sa fille le jour de son anniversaire.
   
"Tous les hommes en Colombie ne sont comme le mari de Chocó", indique Hinestroza.
   
" Ce qui se passe en Colombie est semblable à ce qui se passe à de nombreux endroits du monde: ce sont les femmes qui travaillent, qui s’occupent du foyer et les hommes sont paresseux. En plus, concernant le fait que l'homme bat la femme, comme le dit un personnage, il existe une tradition selon laquelle, quand un mari et sa femme se battent, personne ne s’en mêle ", explique-t-elle.
   
L’actrice Karen Hinestroza indique pour sa part qu’elle est originaire  "d'une région similaire à celle que l’on peut voir dans le film, j'ai le caractère des femmes du Pacifique colombien."      

Le public allemand a été surpris par la trame finale, lorsque Chocó qui ne peut continuer de supporter la façon dont la traite son mari, interprété par  l'acteur Esteban Copete, décide de "le rendre inapte " sexuellement.

"Je ne savais pas comment conclure le film et quand j'ai demandé à plusieurs amies ce qu'elles feraient d’un homme, la réponse était la suivante: “le rendre impuissant”, indique Hinestroza.

Il a ainsi raconté sa façon de travailler avec les populations locales des lieux de  tournage.

"J'ai produit quelques films et, souvent, quand on filme à un endroit, les seules choses qui restent ce sont les anecdotes. L'endroit où nous tournons est très pauvre, certains enfants ne mangent qu'une fois par jour. Nous avons voulu créer un atelier d’interprétation pour nous unir davantage avec la communauté afin qu'ils gardent des connaissances, qu’ils ne nous voient pas comme étant tellement différents, " dit-il.

"On n’a pas fait de casting. On a choisi les acteurs à l'œil, par l'enthousiasme. On dit qu’en Colombie il n'ya pas de bons acteurs noirs, je crois que le film est une réponse à cela, " ajoute-t-il.

 

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J’ai voulu que la caméra soit le spectateur d'une culture, de la musique, de la rivière, des mines qui détruisent la forêt pour quelques grains d'or. Ces forêts sont très riches ”, indique-t-il.

"J'ai aussi essayé de montrer que ces gens font la fête et profitent de la vie, ils essaient d’aller de l’avant et d'être heureux. Montrer que, comme le personnage de Chocó, il ya des choses qui leur font mal, mais ils continuent de donner des fruits, malgré la nature détruite. "

"Je viens de là, enfant je me promenais dans ces rues, par chance,  j'ai pu apprendre à raconter des histoires et à faire des films. Je voulais montrer une réalité palpable. Beaucoup de scènes sont documentaires, les gens disent ce qu'ils pensent, ce n’est donc pas un stéréotype. "

"J'ai fait d'autres films et les gens me demandaient de quel endroit il s’agissait et disaient qu’ils étaient surpris que ce soit la Colombie.  Comment ça? Il y a des afrodescendants en Colombie Il y a des noirs en Colombie?  "Oui, je suis l’un d’eux. Je me suis alors rendu compte que je devais montrer cette région, pour que les gens connaissent notre musique, nos paysages, nos femmes, l'innocence des enfants. "

"En Colombie même, quand j'ai lancé le projet, on m'a dit que les histoires de Noirs n'intéressaient personne, donc j'ai des attentes et notamment la réaction du public quand nous allons le projeter  pour la première fois", conclut le réalisateur.

 Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com

http://www.elespectador.com/entretenimiento/agenda/cine/articulo-326918-filme-colombiano-choco-sorprende-berlinale