Les prénoms afrocentriques chez les Africains-Américains

 

À la naissance, le nom du bébé reflète davantage les parents que l'enfant, affirme Laura Wattenberg, auteure de The Baby Name Wizard. "Cela concerne les parents, leur classe, leurs valeurs et leur personnalité."


Pour les Africains-Américains, choisir un nom pour leur enfant est plus complexe à cause de l'héritage de la traite négrière transatlantique.


Historiquement, les noirs Américains ont été définis par des noms eurocentriques établis tout au long de l’esclavage et transmis de générations en générations. Pendant le mouvement du Black Power des années 60, les Africains-Américains ont abandonné ce qu'ils considéraient comme des "noms d'esclaves" et ont opté pour des alternatives afrocentriques plus significatives.


Là encore, le choix est cependant confus, avec quelques uns qui optent pour de "vrais" noms africains et d'autres pour des noms à consonances Afro tels que  Tiana, Tyquan ou Shemika.


Le natif de Georgia Molefi Kete Asante, un éminent spécialiste afrocentrique, reconnaît que son nom à la naissance était Arthur Lee Smith, Jr., mais il a adopté Asante après un voyage au Ghana en 1973 qui a changé sa vie et lui a ouvert les yeux sur "la manière dont il était en décalage et déconnecté de sa réalité historique. "


Sans surprise, Asante a donné à tous ses enfants des noms africains. Sa fille se nomme Eka, un nom des Ibibio du sud du Nigeria et son fils Molefi Kumalo. Molefi est sud-africain et Kumalo est un nom zoulou.


"De la même manière que je ne donnerais pas des noms suédois, chinois ou japonais à mes enfants, je ne voulais pas leur donner des noms anglais," indique Asante, qui est professeur au département des études Africaines -Américaines de l'Université Temple.

 

"Beaucoup d'entre nous vivons dans un asile de fous, nous ne juxtaposons pas la différence entre notre réalité historique et la signification des noms."


Asante qui est l’auteur de plus de 70 livres, parmi lesquels The Book of African Names and African Names and Their Meanings ajoute: "Nous sommes victimes du maître d’esclave" et "nous avons adopté le nom qu’il nous a donné", mais dit-il, "je refuse de porter un nom  qui n'a pas de sens et je refuse d'être une marionnette. "


"Les noms africains sont une déclaration de fierté, mais il y a souvent un élément de style. Les parents noirs américains ont tendance à choisir des noms d'Afrique qui sonnent bien à l'oreille américaine", dit Wattenberg.


Michelle Williams, une mère de deux enfants portée sur sa carrière professionnelle a cependant choisi de donner à ses garçons des noms traditionnels. Son plus jeune fils s’appelle Scott Reynolds Jefferson, comme son grand-père paternel; mais la famille et les amis appellent le garçon de 3 ans R.J.


"C'est un nom fort, puissant, et prestigieux qu’il peut porter comme travailleur surtout s’il finit dans une compagnie américaine", affirme Williams. "Tout est question de présentation et votre nom en dit long sur vous avant même que les gens vous rencontrent."


Père de quatre enfants, Mahasse Cornelius,  enseignant dans une école primaire à Atlanta est du même avis. Même si son nom provient d’un ami éthiopien de sa mère, donner un nom africain à un de ses enfants ne lui a jamais traversé l’esprit.


"Donner aux enfants un nom qui les identifierait en tant que minorité n’est peut être pas la meilleure des choses pour l'enfant", affirme  Cornelius. "J’aime mon nom, mais à certains égards cela a plus constitué un obstacle qu'autre chose." Il ajoute: "Certaines personnes pensent que Mahasse est un nom musulman et portent des jugements préconçus quand je postule pour un emploi."

 

 Cornelius, qui a travaillé dans plus d'une école à Atlanta, dit qu’il a été témoin d’une vague de noms à consonance afrocentrique ou africains  américains  commeImani, Lakisha ou Jamal, même si cela est moins répandu dans les quartiers chics.


"On part de la base d'un nom traditionnel africain comme Amani et ensuite on construit dessus, les parents peuvent donc par exemple en arriver à des noms comme Jamani " indique Wattenberg, une auteure installée à Boston.


Ces parents essaient de redécouvrir leur identité africaine, mais il est possible qu’ils n’aient pas un "vrai" nom Africain comme point de départ, et utilisent ces noms originaux et parfois insolites à consonance africaine, indique Asante. "Mais ce qu'ils savent, c'est qu'ils ne veulent pas donner à leur enfant le nom de l'oppresseur."


Cependant, Williams, pense qu’il ya une différence entre les noms internationaux et ceux, fous, drôles  et aux prononciations bizarres.


Cornelius dit qu’avant d'enseigner à Buckhead – un secteur nanti à Atlanta - il a enseigné dans une école de Bankhead au centre-ville d'Atlanta et est tombé sur des noms comme "Lil et Mercedes." Il a même rencontré une fille qui s'appelait "Alize" parce que son père aimait à boire la liqueur. "C'est comme si ces parents africains-américains n'ont pas beaucoup réfléchi aux noms de leurs enfants," indique Cornelius à theGrio.


"Des Noms qui portent la marque d'un statut socio-économique plus faible ont tendance à causer plus de problèmes aux enfants", selon Wattenberg. "Comme des enseignants qui tirent des conclusions en se fondant sur leurs origines."


Selon Wattenberg, quelque soit la raison du choix d’un nom à la naissance, de plus en plus de recherches révèlent que le nom peut avoir un impact significatif sur la vie d'un enfant.

 

Diverses études montrent que les noms qui sonnent afrocentriques ou noirs impliquent souvent des préjugés, en particulier dans les processus de recrutement à forte concurrence. Les candidats dont les CV portent des noms blancs sont plus susceptibles d’être rappelés pour des entretiens d'embauche que les candidats ayant des noms distinctement à consonance africaine-américaine même si ils ont des qualifications équivalentes. C’est le cas dans tous les secteurs et professions.

En fin de compte, c’est le droit sacré d'un parent de nommer son enfant comme il lui plait. Pour beaucoup, le besoin de renouer avec leurs racines africaines dépasse de loin tous les obstacles potentiels. D'autres sont plus à l'aise avec des noms traditionnels qui "sonnent bien du point de vue de la langue." Il y a même ceux qui jurent que leur prénom unique est un avantage, ce qui aidera à se démarquer.

 Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/


http://www.thegrio.com/specials/life-and-style/is-your-babys-name-a-reflection-on-you.php