Regiane de Oliveira (roliveira@brasileconomico.com.br)


Avec le soutien de Bradesco, Carrefour, Mercedes, Ford et Nestlé, l’institution innove en diffusant les valeurs de la négritude.

Le terme innovation sociale n’est pas nouveau - certains disent qu'il date de l'époque de la création de l'idée même de l'état comme une des premières tentatives de la société organisée de répondre à ses besoins en exploitant les ressources naturelles.

Et il n'existe pas de consensus sur sa définition, même si, généralement, il veut dire l’ensemble des stratégies, des concepts et des organisations qui répondent aux besoins sociaux, qu'il s'agisse des conditions de travail, d'éducation ou de développement communautaire.

Dans ce format, peu d'institutions jouent aussi bien le rôle d’innovateur social que la Faculté Zumbi dos Palmares.

Créé en 2003 suite aux travaux d'un groupe de professionnels libéraux de classe moyenne, préoccupés par la question de l'inclusion des jeunes noirs dans la société, l'établissement d’enseignement  réunit aujourd'hui de nombreux supporters et sponsors.

Ce sont de grands noms comme Bradesco, Carrefour, Mercedes, Ford et Nestlé, qui voient dans le modèle créé par Zumbi  une porte de sortie honorable pour régler la dette historique qu’a la société par rapport à la population noire.

Son recteur, José Vicente, avocat spécialisé en relations internationales, titulaire d’un doctorat en éducation, raconte qu’au départ, d'autres alternatives ont été discutées, telles que l'ouverture d'un cours préparatoire pré-universitaire.

"Le problème est que, après les huit premiers mois de ce projet, nous avons compris que compte tenu de l’écart entre l'éducation reçue par nos étudiants et celle reçue par leurs concurrents, nous trainerions beaucoup avant de réussir à les conduire vers des facultés réputées", dit-il. Ce fut au début de 2000 quand il a été fondé l'Institut Afrobrésilien de l'Enseignement Supérieur (Afrobras), qui soutient l’université.

Les militants n'ont pas renoncé. Par le biais de l'Institut, ils sont allés à la recherche de bourses pour les étudiants de l'école, ce qui a permis à plus de mille jeunes d’en bénéficier. Partant de là, la route pour devenir une institution d'enseignement supérieur est devenue plus claire: "Si nous avions la capacité à gérer mille boursiers, pourquoi ne pas investir dans une école de qualité" rappelle Vicente.

Zumbi dos Palmares est la première faculté au pays idéalisée pour les noirs, mettant un accent sur la culture, l'histoire et les valeurs de la négritude - 90% des étudiants s’auto-déclarent noirs. C’est également le premier établissement qui a inscrit dans son programme de base l'engagement de l’implantation de la  loi 10.639/2003 qui a institué comme étant obligatoire l'enseignement de l’histoire de l’Afrique et Afrobrésilienne à tous les niveaux d’enseignement.

L'institution offre actuellement des cours en gestion, en droit (reconnu par l'OAB - Ordre des Avocats du Brésil), en technologie des transports Terrestres et en pédagogie et ne travaille qu’avec des frais mensuels d’environ 300 $ - ce qui garantit un équilibre minimal à l'institution, en plus des contributions corporatives et publiques, comme l'espace occupée par l’établissement qui a été cédé par  la ville de Sao Paulo.

La première promotion est sortie en 2007 et avait pour parrain le président de la République de l’époque, Luiz Inacio Lula da Silva. En 2008, ce fut au tour de Fernando Henrique donner leur appui à l'institution en parrainant  sa deuxième promotion en d’administrateurs.

"Une bonne publicité de notre cause est également partie de la stratégie", souligne Vicente, qui a aujourd'hui 1700 étudiants dans ses cinq cours. Et beaucoup de ces étudiants - 50% du total - ont déjà un emploi garanti dans les entreprises partenaires de la faculté, assure le recteur, qui a des plans ambitieux pour étendre l'offre de cours.

Vicente a pour objectif d'ouvrir de nouveaux cours dans les domaines de l'énergie, des infrastructures, de la logistique et du transport. "Nous voulons nous concentrer sur des domaines dans lesquels le Brésil aura besoin de nombreuses ressources dans les années à venir", dit-il.

Il ajoute que malgré des initiatives gouvernementales comme le 
Programa Ciências sem Fronteiras (Programme Science Sans Frontières), lancé en juillet de l’an dernier par le gouvernement fédéral, il demeure difficile pour les étudiants pauvres d’entrer dans le secteur de la recherche.

Le programme vise à promouvoir la consolidation, l'expansion et l'internationalisation de la science et de la technologie, de l'innovation et de la compétitivité brésilienne par  l'échange d’étudiants universitaire et postuniversitaires et de la mobilité  internationale, et il prévoit l'octroi d'un maximum de 75 000 en bourses quatre ans.

"Seulement, pour obtenir ces bourses, l'étudiant doit avoir 600 points à l’Enem, en plus de l'anglais, des critères que les étudiants pauvres ne remplissent pas. Ce n’est pas là promouvoir l'inclusion", dit-il. "Maintenant, imaginez si 10% de ces bourses étaient destinées à des étudiants noirs? Pourrait alors se former dans quelques années une nouvelle génération d'intellectuels."

Les rêves de Vicente sont en droite ligne des débats sur la question du mythe de la démocratie sociale au Brésil. "Le Brésil doit comprendre que le racisme produit des inégalités, et ce n’est qu’en combattant le racisme que  nous allons inverser cette situation", dit-il.

Et le travail consiste à créer un cercle vertueux: une lutte sans répit, encourager la formation professionnelle de la communauté noire, lutter pour conquérir davantage de places universitaires, créer un important contingent d'hommes et de femmes préoccupés par les inégalités et l'exclusion au sein de la société brésilienne, capable de mobiliser les efforts et les ressources afin de multiplier l'effet de ce changement. Et dans ce processus, l'innovation c’est penser que "sans éducation, pas de liberté."

 

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com

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