Les justiciers du monde, par la voix de la Cour Pénale Internationale dirigée par un Argentin du nom de Moreno Ocampo (Certainement un descendant d’esclavagiste), ont encore frappé dans l’esprit des humains africains, afrodescendants ou non qui leur accordent une quelconque importance dans le cheminement de leurs destins.

gbagbo1Pourtant, il n y a rien de nouveau dans la déportation, forcée comme dans un passé pas si lointain, d’un digne fils de l’Afrique en la personne du dernier Président élu de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo (21ème siècle). Les dirigeants et élites occidentaux ne changent pas les méthodes gagnantes pour eux.

 Dans les Amériques, la série Racines nous a par exemple montré comment le maître punisseur lacérait au fouet l’esclave rebelle, toujours devant les autres pour bien les tenir à carreaux.  Sans compter ceux qui se faisaient lyncher, toujours pour que leur exemple de rébellion ne se répète pas. En Amérique Laine, les Makandal, Lemba, Zumbi (17ème siècle), Benkos Bioho après avoir résisté ont souvent fini en subissant le même sort. Le quilombo dos Palmares (Brésil) refuge de ses nègres marron dirigés par Zumbi, fut attaqué par de multiples expéditions portugaises et hollandaises pendant près d’un siècle.

À la fin du 18ème siècle (années 1790), le marron zambo (métisse Noir et amérindien) José Luis Chirino(Venezuela).  lui fut jugé, et exécuté et son corps démembré exhibé à plusieurs endroits du pays Pareil pour le nègre-marron Sebastian Lemba à Saint Domingue, qui résista longtemps aux diverses attaques des espagnols esclavagistes voulant mettre fin à sa révolte. Ils finirent par lui couper la tête après l’avoir exécuté.  

Haïti continue de même de  subir la punition du monde occidental pour avoir été le premier pays en Amérique, longtemps avant les États-Unis, le Brésil et les autres à abolir l’esclavage après avoir réussi à chasser les esclavagistes en se soulevant. Peut-être que les châtiments quotidiens qui lui sont infligés sont à la mesure de son statut de mauvais exemple double : qui a montré la voie vers l’Indépendance aux pays colonisés d’Amérique Latine, et a permis aux toujours esclaves de l’ensemble du continent de savoir qu’il était possible de se libérer. Il est vrai, Internet n’existait pas, et l’information ne pouvait circuler autant qu’aujourd’hui, pour le bon plaisir des esclavagistes qui ne voulaient pas que cette nouvelle s’ébruite dans les mauvaises oreilles. Haïti depuis ce temps est isolé, mis de côté, comme le fut et le demeure dans une certaine mesure le Palenque de San Basilio, refuge de marrons noirs de Colombie.

Pareil en Afrique, comme au Cameroun avec les exécutions par l’administration coloniale allemande pour  “trahison” des Martin Paul Samba (fusillé), Ernest Ouandie ou encore Douala Manga Bell (pendu) qui se sont faites en public pour que chaque ‘indigène’ comprenne le message. Les sorts finaux qu’ont connus par la suite Patrice Lumumba ou Thomas Sankara n’ont rien de différents.

Aujourd’hui, paradoxalement, alors que l’on pouvait justement se réjouir que l’information qui circule trop vite permette de retenir les puissances occidentales dans la perpétration de leurs forfaits, on assiste pourtant en mondovision à des actes que l’on ne pouvait que très souvent deviner dans le passé. Comme si la stratégie autrefois gagnante des exécutions et humiliations publiques des rebelles, qui servait localement à intimider les autres soumis et la très faible circulation de l’information qui empêchait en quelque sorte que les ‘mauvaises’ personnes soient au courant, s’était muée aujourd’hui en une nouvelle (stratégie) contraire mais toujours aussi gagnante.

gbagboDésormais, tous les apprentis rebelles   et révoltés africains et afrodescendants peuvent voir ce qui les attend en direct,  en instantané. Pas besoin d’attendre 20 ou 50 ans pour savoir, dans les cas de Laurent Gbagbo ou Kadhafi comme ce fut pour Lumumba ou pour d’autres. Les leaders africains, les noirs savent ce qui les attend tout de suite s’ils osent broncher.

Rien de nouveau sous le soleil donc. Les civilisés qui veulent cimenter les autres cultures dans leur passé qu’ils disaient barbare aiment bien les coutumes et cultures venues d’un autre temps.

Comme avec la déportation de Laurent Gbagbo, ou celle plus lointaine d’Aristide (20ème siècle), et encore plus lointaine de Toussaint Louverture (19ème siècle) en Haïti, du Nègre Marron Bayano (Panama). Sans parler des millions d’esclaves arrachés à leurs terres. Comme si la modernité matérielle, scientifique n’amène pas à changer, à moderniser aussi la mentalité.

Le fait donc que Laurent Gbagbo (21ème siècle) se retrouve au Tribunal de la Haye pour être jugé par ceux qui s’arrogent le droit de punir tout en restant impunis, peut certes nous émouvoir. Mais il faut rester lucide et laisser ceux qui croient nous tromper se convaincre, par tous les moyens et tous seuls de leurs propres mensonges. Comme les  acteurs d’une pièce théâtrale hideuse et surtout de très mauvaise qualité, dont nous africains et afrodescendants principalement, sommes depuis bien longtemps les spectateurs forcés, obligés de payer au prix de nos vies, du racisme, de la discrimination, des humiliations, des préjugés, des déportations, des jugements par les coupables et j’en passe.

La conscience des réalités et la rébellion non plus ne se sont jamais arrêtés, d’autant plus que pour chacun des héros cités plus haut, en Afrique ou en Amérique, l’essentiel, le message adressé aux africains, se trouve évidemment dans la grande partie de leurs vies/destins, qui ont précédé les éloignements, les déportations, les faux jugements ou leurs éliminations physiques, en direct ou en différé.

 

Écrit par Guy Everard Mbarga