En cette " Année Internationale des Afrodescendants ", décrétée par l’Organisation des Nations Unies, le grand défi social est d'implémenter des mécanismes non seulement pour la reconnaissance de notre troisième branche, mais pour rendre digne sa négritude et fournir des opportunités de développement, puisque le racisme, l’immigration et la pauvreté ont dilué le peu que nous savons d’eux et d’elles.

afromexicanasPhoto: Antonio Saavedra/Conapred

Yolanda est une femme afrodescendante qui vit à Rancho Nuevo dans la Costa Chica de l’état de Oaxaca. A 21 ans, elle raconte qu’elle voulait devenir enseignante et elle n’a pas pu le faire faute d’argent. Elle a de plus de graves problèmes de santé à cause du manque de services, de la pauvreté et de la discrimination. "On te rejette parce que tu es pauvre, parce que tu es noire, parce que tu es malade. Je me suis sentie discriminée parce qu’ils disent là-bas… que j’ai le sida. ¡ Et je n’ai pas le sida ,j’ai une sclérose !. Quand on me rejette dans d’autres villages parce que je suis noire et parce que je suis malade, je me sens mal ", raconte Yolanda.

Il ne s’agit que d’un des cas quotidien de discrimination et de pauvreté que vivent les près de 450 000 personnes afrodescendantes dans le pays; l’invisibilité sociale, statistique et historique a submergé cette population dans des niveaux d’exclusion qui mettent en danger leurs vies et l’importance culturelle qu’ils doivent représenter.

Le racisme est présent au Mexique, de la même manière qu’il y a des noirs dans le pays. La vie de ces peuples ne se voit pas reflétée dans le panorama du Mexique dans lequel nous vivons : cependant, ils sont là, survivants dans l’ombre, comme s’il s’agissait d’un mythe qui attire l’attention parce qu’ils sont différents, si différents qu’il n’est point besoin de savoir, ni de trouver des solutions à leurs problèmes.

Les communautés noires font face aux mêmes problèmes que les indigènes : cependant, les noirs ont de grandes difficultés à les résoudre. "Ce n’est pas pareil de vivre à Puerto Escondido ou à Pinotepa Nacional, que sur les plages et de marcher pour pêcher ou vendre ce qu’on peut pour aller chez le docteur ou s’acheter ses médicaments. Si je tombe malade, il n y a pas moyen d’aller chez le médecin, le prix du voyage est élevé et il n y a personne pour s’occuper de mes enfants, donc je n'y vais même pas", affirme Macaria, une femme afrodescendante qui vit avec le VIH et qui , pour obtenir son traitement antirétroviral doit se rendre chaque mois dans la ville de Oaxaca à plus de 12 heures de route.

La complexité des phénomènes associés au racisme, comme la migration des afrodescendants aux États-Unis, affectent la vie de ces personnes,comme en témoigne l’exemple de Macaria, qui a été contaminée par son mari, décédé à cause de cette maladie.

"Il est allé au nord et il a ramené la maladie de là-bas en 2006, depuis ce temps, je suis maltraitée parce qu’on ne me voit pas d’un bon œil. Les gens ne me donnent pas de travail, ils disent qu'ils ne s'approchent pas de mes enfants, qu'ils ne me parlent pas parce queje peux les contaminer . Je ne connais personne d’autre avec le VIH ici , les parents de mon mari ont divulgué la nouvelle, c'est quelque chose qu'on ne peut pas cacher, des fois j'ai des rechutes , le plus dur que l’on m’ait dit est que je vais mourir un jour ", raconte Macaria.

Sur cette côte de Oaxaca, le plus difficile est d’affronter les gens pour trouver des opportunités de développement. Des hommes et des femmes défient le stigmate associé à leur couleur de peau. Dans chaque maison, il y a une histoire de vie qui démontre la situation de désavantage des peuples afrodescendants, puisque les conditions permettant de garantir le développement de leurs familles et de leurs communautés n’ont jamais existées.

L'immigration est un autre phénomène qui s’accentue dans la région. Denia Vargas a perdu son mari pour cette raison. "On t'annonce qu'il est mort, on les ramène, on les amène dans des caisses, on ne t’explique rien, jusqu'à ce que l'avion vienne avec les morts et qu'ils arrivent à Acapulco", dit elle.

Denia est collaboratrice de l’Asociación México Negro A.C. et explique que le gouvernement les reconnait en tant que mixtecos et qu’eux ils veulent être plutôt être classés comme noirs. Elle affirme que "les indigènes occupent les routes et se font entendre, nous les noirs ne l’avons pas encore fait ". Les personnes plus âgées ont également des histoires à transmettre : "je suis dans mes 66 ans, j’ai eu six enfants, dont deux sont morts de maladie, un autre est né avec une maladie du cœur et ils est mort à neuf ans, toujours avec autant de souffrance car je n’ai jamais vraiment su ce dont ils souffraient".

Virginia Magadán du village de Chacagua raconte que ses autres enfants savent tricoter et vendre : "parce que nous n'avons pas de terrain pour travailler, le fleuve l'a emporté . Avant, on avait le maïs et de la banane". Depuis 14 ans, Virginia prépare des tamales dans son four. Son mari a été assassiné ici même dans une fusillade.

"Je n’ai pas été à l’école, je ne connais même pas no te sé ni una letra, il n y a pas eu d'école pour moi, nous n'avions pas de père. Et depuis toute petite fille avec autant de sacrifice à travailler, à aller pêcher, à emballer avec les feuilles de maïs, à arracher le sésame, a couper le coton", raconte cette femme dont les trois enfants en vie ont seulement été au primaire, parce qu'il n y avait pas le secondaire avant.

À Chacagua la docteure la plus proche se trouve dans le village de de San Miguel. "J’ai perdu un œil, j'ai eu unr forte douleur et je suis allé pour me faire soigner, mais on a pas pu me le remettre en place. J'en ai un qui est bien ouvert. Quand il n y a pas de voitures, si Dieu veut, ça se calme, sinon, ça ne se calme pas".

Dans cette localité se trouve une lagune portant le même nom, une ressource qui selon ce qu’ils affirment, est la meilleure dont ils disposent. La principale activité des gens est de travailler le champ, la terre, même s'ils disent qu'il faut avoir un verger, sinon la seule option c’est de travailler pour les autres.

"On souffrait plus avant, on allait vendre ou revendre de l’autre côté le poisson et la banane qu’on portait sur la tête. On souffrait parce que parfois, il n y avait pas de camion et on se rendait à pieds à Pueblo Nuevo en marchant pendant une heure et demi, avec toute la charge et parfois avec les enfants".

Elle ajoute par la suite : "Hey la Négresse! Oui, mais je suis une personne, j’ai du sang, plus épais. Je suis fière d’être noire, parce que ma famille est ainsi ".

Dans une autre communauté de la côte, Charco Redondo, Lucila Marichi Magadán raconte son histoire passée. Elle dit qu’ils restent sur la côte car "nous sommes nés ici, nos ancêtres furent esclaves, les voyages et le commerce se faisaient par la mer, c’est pourquoi nous restons sur la côte ".

"Le noir est pire que l’indigène, le gouvernement nous exclut parce que nous sommes une minorité à Oaxaca", selon Lucila, promotrice communautaire en santé qui par le biais de la collecte et du diagnostic des plantes vient en aide à celui qui lui demande. Une de ses autres activités est de collecter la maracuyá et la papaye: la dépulpe, la pèse et fabrique artisalament de la mermelade avec des fruits de la région. C’est l’organisation E-Costa qui leur a appris à travailler avec ce produit qu'elle amène désormais dans les communautés de Chacahua, El Corral, Santa Rosa et Palma Sola.

Lucila raconte qu’on dit beaucoup de choses d’elles et d’eux : "tu travailles comme un noir et tu te couches dans un hamac comme un noir. Je pense qu’ils se trompent, car en réalité, ils ne connaissent pas notre capacité à travailler. C’est un mensonge que le noir n’est pas travailleur. Nous sommes égaux, nous avons les mêmes droits, le même sang coule dans nos veines ".

Face à la négation sociale des peuples noirs. Lucila envoie un message dans lequel elle dit ceci "Oui, nous existons, nous sommes sur les côtes, nos ancêtres ont été amenés ici comme des bêtes si tu veux, mais celui qui ne vient pas sur les côtes n’accepte pas qu’il y a des noirs, nous n’avons pas à chanter l’hymne national pour qu’on nous croit ".

Sergio Peñaloza Pérez, président de l’association México Negro, explique que l’origine de la discrimination est la non reconnaissance de la race noire, ce qui remonte à l’arrivée des africains pour le travail forcé "à Punta Maldonado, Puerto Meñizo et Puerto Ángel, des bateaux ont débarqués avec des noirs, des esclaves".

Le président de México Negro pense que "même s’ils disent qu’il n ya pas de discrimination au Mexique, pour les noirs, elle existe bien et fortement : il n’existe pas de programmes sociaux ni de politiques publiques, car tant qu’on ne nous reconnait pas comme des peuples noirs, on en concevra jamais. Nous sommes exclus de l’histoire, même les manuels ne nous reflètent pas, on nous a effacé desde entonces".

Le leader afro considère qu’il faut assumer la négritude avec plus de responsabilité, pour mettre en exergue et sauvegarder aussi les traditions, car selon lui, en cette année 2011, Année Internationale des Afrodescendants, "le monde doit se retourner pour regarder les personnes de race noire, parce que ici, ils ne savent pas que l’on célèbre notre année, ici nous continuons de réfléchir à comment résoudre tous les problèmes quotidiens. Nous ne sommes pas comme les noirs des autres pays, ici nous ne comptons pas". Les femmes afrodescendantes et leurs témoignages de vie rendent compte de la discrimination générée en conséquence de la pauvreté, de la marginalisation et du racisme.

La Costa Chica de Oaxaca est le cadre d’un traitement inégal non mérité à cause de la négritude, caractéristique humaine qui au Mexique place des personnes en désavantage presque dans tous les aspects de la vie. De même que dans la majorité des sociétés, elles affrontent les enfrentan mayores défis pour avoir des conditions de vie décentes.

Ressentir de la fierté pour sa couleur de peau n'est pas encore une raison suffisante pour que, en cette Année Internationale des Afrodescendants, leurs droits soient véritablement reconnus. Le monde a pris conscience de l'environnement de discrimination que vivent les noir(e)s à travers le monde; la première étape, c’est de les reconnaitre, le défi est de leur apporter des opportunités économiques, sociales, politiques et culturelles pour générer les racines du développement.


"Il faut prendre conscience que le monde n'est plus un monde de blancs, qu'il y a différentes coutumes ; si un homme est habitué à boire dans une tasse, s'il vit dans une baraque et est heureux, il n'est pas nécessaire de vivre dans un édifice en faïence et de cristal": Lucila Marichi, Charco Redondo, Oaxaca.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com

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