Avec des adaptations pour les voyageurs, les religions afrocubaines persistent comme une expression populaire authentique.

 

Martin Wain -Envoyé spécial de La Nacion

 cubaLA HAVANE .- Yemaya traverse la ruelle des miracles juste pour écouter la rumba et se mêler aux mortels. On est dimanche, passé midi, et aucune âme supplémentaire n’entre dans ce coin de Cayo Hueso, entre les quartiers de Vedado et Centro Habana. Mais cette divinité, mère des Orishas a rendez-vous chaque semaine. Elle vient du Malecon, selon ceux qui peuvent la voir,  pour se connecter avec les corps en transe.

 Certains y croient et d'autres pas. Sur El Callejón de Hamel, s’attroupent de vrais sculpteurs, de talentueux musiciens, des étrangers avec leurs caméras et des gens de la région qui proposent à manger pour le déjeuner, vendent du rhum au marché noir ou racontent l'histoire de cette rue dont l’atmosphère a été créée par l’artiste Salvador Gonzalez Escalona.

 Un temple coloré à ciel ouvert, le passage d'une centaine de mètres expose des  esprits et des saints qui semblent sauter des murs, comme les as façonné ce peintre et sculpteur il y a plus de vingt ans. On y trouve aussi un totem, le trône de Shango - dieu du tonnerre et de la justice, et de vieilles baignoires qui décorent l'espace avec une scène improvisée où se relaient trois groupes avec leurs tambours.

 "C'est le premier centre communautaire de musique afrocubaine", explique Luis, 20 ans, connu sous le nom de Tito La Escuela . Leader de groupe le plus jeune de la place- formé au collège contigu, - il fait du rap à thématiques sociales, mélange des rythmes africains et devient un guide lorsque l'endroit commence à se vider.

Luis dit qu’il est facile de participer à n’importe quelle dans les maisons. Il suffit de tomber d’accord avec un babalao, le plus grand prêtre des Yoruba ; on les trouve sur place les dimanches et ils ne sont pas payés pour la divination, mais acceptent des contributions. "Ils vous disent qui vous êtes, votre passé et votre avenir. Le Babalao consulte les saints par le biais d’un oracle d'escargot, qui selon eux ne se trompe jamais", explique Luis.

Beaucoup de ces rencontres privées sont adaptées au tourisme. Les religions afrocubaines - Santeria, Las Reglas del Congo ou Palo  Monte y Spritismo entre autres – ont prospéré depuis le début des années 90 lorsque leur accès a été flexibilisé dans l'île. Depuis lors, elles font également partie du patrimoine immatériel qui attire le plus les touristes. Leur combinaison de rythmes africains, d’un certain exotisme, un passé d’interdiction et les rites encore secrets les rendent irrésistibles.

La thématique Orisha apparaît de mille manières dans les souvenirs et dans les spectacles de Tropicana. Il y a des tours de Santeria, des cours d'initiation et des expériences de Las Règles del Congo beaucoup plus digestes que les véritables.

Mais si les religions afrocubaines sont devenues une source d’entrée des devises elles sont en même temps les expressions authentiques qui se maintiennent en vie, surtout à La Havane. "Elles sont populaires parce qu'en elles, on recherche des solutions quotidiennes. Certains s’y livrent totalement et d'autres se vouent à leur saint sporadiquement, quand ils ont un problème, pour un rite", indique Jose Alberto Ge, anthropologue du Musée des Orishas à Guanabacoa.

Plus urbain que rural

À 5 km de la capitale, a été monté ce musée simple, mais complet et qui dispose de très bons guides. Le site est dédié aux religions cubaines d'origine africaine. "Il n'y a pas de chiffres sur le nombre de personnes qui les pratiquent, car ce sont des cérémonies qui se déroulent à la maison,  sans institutions - poursuit Ge. Par ailleurs, on peut être santero, palero, abakua et en même temps catholique, il est donc plus difficile de compter ses fidèles."

Ce furent plus de 400 orishas qui sont venus de l'Afrique avec les esclaves ; aujourd'hui, on en adore que 21. Beaucoup sont restés en chemin et d'autres ont obtenus davantage de pouvoir. Le parcours du musée commence par la représentation des saints catholiques qui masquaient les dieux africains, des exemples de syncrétisme qui se maintiennent, même s’ils sont désormais dépourvus de secret.

Dans la deuxième salle sont exposés des costumes rituels qui faisaient partie de la collection d’Alejo Carpentier, un fidèle adepte de cette thématique. L'espace suivant est consacré aux Abakuá, une société secrète masculine qui vise à exalter la virilité masculine, avec des codes moraux très stricts et basée sur une idée fixe : que les femmes ne savent pas garder des secrets. Selon la légende sur laquelle ils se basent, une princesse raconta quelque chose à ne pas dire et c’est ainsi que se rompit l'équilibre de son peuple.

Dans la salle consacrée aux Reglas Congas Ocultas del Palo Monte, du nom complet de la religion qui adore les forces de la nature sont exhibés des  éléments squelettiques qui font partie de l'autel – qui auparavant était un  crâne, et qu’on atteint désormais par une phalange- et des objets associés à la magie noire. "D'origine bantoue, elle vénère les esprits des ancêtres et se distingue par les actions qui sont menées, pour le bien ou le mal. Ce sont des rites très puissants.  Une fois j’y ai participé et j'ai juré de ne plus le faire. C’était dans une maison, parce que c’est aussi une religion très domestique. On sacrifie des animaux avec violence, dans une très forte transe, mais en même temps contrôlé par des personnes supérieures dans la hiérarchie. Il n'y a aucune violence entre les gens, mais on voit des choses incroyables, comme des croyants qui marchent sur le feu. "

Ces religions sont urbaines, contrairement au Vaudou, qui s’est propagé davantage dans l'Est de l'île en raison de la proximité de cette zone avec Haïti. "Beaucoup d'immigrants sont arrivés à cause de la Révolution Haïtienne et à la recherche d’un emploi. Ils ont emmené avec eux le vaudou, qui est resté concentré dans la région montagneuse, à Santiago de Cuba, à Guantanamo et à Camagüey. C’est de plus une religion rurale", explique Ge.

Le spiritisme pratiqué varie également selon la région. Dans l’Ouest, on pratique le spiritisme de table. Dans l'Est, celui du cordon, qui est en groupes, mains dans les mains avec des chansons qui mènent à la transe.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga  http://guyzoducamer.afrikblog.com