Il y a eu beaucoup de discussions et de recherche sur la question de savoir si la nuance de la peau des africains-américains joue un rôle dans la réussite d'une personne dans la vie et dans la façon dont la société le traite. Et il semble désormais que le débat se soit étendu au système judiciaire. Une étude récente menée à l'Université Villanova a constaté que le ton de la peau avait un effet direct sur la durée des peines de prison requises pour les femmes noires dans le système carcéral de Caroline du Nord, de même que le temps qu’elles purgent leurs peines.

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La recherche a découvert que les femmes noires qui étaient perçus comme ayant un teint clair étaient condamnées à des peines beaucoup plus indulgentes, avec à peu près 12% moins de temps en prison que celles qui ont une peau foncée. Les femmes noires de peau claire purgent également environ 11% moins de temps en prison que leurs homologues de peau foncée. L'influence du ton de la peau dans la vie d'une personne a souvent été examinée et débattue, mais cette nouvelle étude met en lumière le fait que le couleurisme, ou la préférence raciale basée sur la peau, est peut-être très bien effective dans notre système judiciaire, et cela pose la question suivante : la justice est elle vraiment aveugle aux États-Unis?

"La justice n'est pas aveugle, en fait, il est plus juste de décrire la justice comme étant myope," déclare Lance Hannon, professeur de sociologie à l'Université Villanova qui est co-auteur de l'étude avec le professeur de sociologie Robert Defina et l’ancien étudiant de troisième cycle Jill Viglione.

"La justice est trop souvent décidée par la capacité à sympathiser avec un accusé ou avec la victime du crime. La compassion quant à elle, est souvent le produit de plus grandes forces sociales comme la ségrégation et la représentation de certains groupes par les médias. Parmi les Noirs, les caractéristiques associées à la blancheur semblent avoir un impact significatif sur les résultats importants dans la vie, comme la quantité de temps qu'on passe en prison. L'étude en question s’ajoute à un nombre croissant de recherches sur le coleurisme qui souligne la complexité du racisme dans notre société. "

L'équipe de recherche a examiné le maximum de peine de prison possible à purger et le temps réel que plus de 12 000 femmes noires condamnées à la prison en Caroline du Nord ont purgé de 1995 à la mi-2009 en utilisant les données du Département des Services Correctionnels de la Caroline. Les informations incluaient la couleur des cheveux, la couleur de yeux, la taille, le poids, le bâti du corps et le ton de la peau du détenu. Et alors qu'une autre étude menée en 2006 par le Centre de Recherche Urbaine du Mississippi a trouvé une corrélation entre la nuance de peau noire foncée chez les hommes et les inconvénients dans le crime et la punition, l'étude de Villanova est la première à analyser l'effet que le teint de la peau a le traitement et sur la peine des femmes noires dans le système de justice pénale.


Hannon affirme que le groupe a découvert des informations sur la nuance de peau des femmes détenues en menant une autre étude sur l'impact de l'incarcération sur les enfants en utilisant les mêmes données. Après avoir lu d'autres travaux sur la manière dont le couleurisme affecte les résultats de liés à l'emploi, et en entendant le sénateur Harry Reid parler du ton de la peau du Président Obama en janvier 2010, le groupe a été incité à approfondir leurs recherches. Hannon indique que si les résultats des recherches sont alarmants, ce qui les a le plus frappé c’était la nette différence de traitement préférentiel donné aux femmes noires minces et de peau claire dans le système carcéral.

"Nous avons été surpris de voir que les femmes noires qui ont été jugées comme étant ‘minces’ ont eu une peine moins lourde, en gardant comme données constantes le type de crime et plusieurs autres variables", dit-il. " Cette conclusions suggère que les femmes noires plus forte reçoivent peut-être une peine parce qu’elles enfreignent les normes sociétales de la féminité. Ou encore dit autrement, les femmes noires minces semblent tirer profit de normes sociétales par rapport à celles qui ne sont pas considérées comme étant minces. A ce niveau, nous ne sommes pas certains si cette conclusion se généralise à des femmes d'autres origines raciales / ethniques. "
Cette étude n'est pas la première à mesurer l'importance d’une peau plus claire pour déterminer les conséquences sur la vie des Africains-Américains. En 2006, l'Université de Géorgie a révélé que les employeurs préféraient recruter des hommes au teint clair plutôt que leurs homologues de peau foncée.


Et en 2005, A Girl Like Me, un documentaire primé de Davis Kiri qui avait è l’époque 18 ans, a examiné les normes de beauté ainsi que les perceptions de la société basée sur les différences en fonction des différences de ton de peau. Une adolescente dans le film, Glenda, y affirme qu'une personne à la peau claire est considéré comme plus belle, tandis qu'une autre fille, Jennifer, dit à Davis qu'elle se sent laide parce qu'elle a la peau foncée.

Les images dans les médias n’aident pas non plus. En 2008, Beyoncé Knowles a même été l’objet d’une controverse au sujet de sa couleur de peau, lorsqu’une publicité de L'Oréal Paris Coloration de Cheveux Feria a présenté une version prétendument plus claire de la star. Cela a suscité des débats sur les normes de la beauté au sein de la communauté noire.


Une étude-recherche réalisée en avril 2011 et publié par Proceedings of the National Academy of Sciences a conclu que les préjugés raciaux inconscients sont présents, même lorsqu'il s'agit de décider à qui nous feront confiance, etquand on prend des décisions importantes sur des choses comme l'argent.
"Comme culture, nous nous efforçons de ne pas laisser le préjugé racial être un facteur significatif dans la façon dont nous choisissons de faire les choses et à un niveau individuel, nous supposons tous que nos croyances reflètent nos actions, mais nous devons savoir que ce ne sera pas toujours le cas", selon des déclarations faites à ABC News en avril dernier par Elizabeth Phelps, psychologue à l'Université de New York et co-auteure de l'étude.


Claudia Martin partage l’affirmation selon laquelle teint de peau et traitement des noirs dans la société sont liés.Martin, qui est africain-américain, affirme que même si elle croit que le coleurisme existe dans toutes les ethnies, elle pense que des études comme celle de Villanova sont nécessaires pour aider à établir un dialogue et de permettre à la communauté noire d’avoir une meilleure compréhension de ce problème.

"C’est malheureux et inquiétant de savoir que deux femmes peuvent commettre le même crime, mais que parce que l'une est plus jolie ou plus mince ou a une peau plus claire, elle recevra une sentence et purgera une peine de moins longue durée", dit-elle. "La manière dont la société perçoit les personnes, et particulièrement ses conséquences dans le système de justice, ne doit pas être déterminé par la race d'une personne, sans parler du teint de la peau. Même si j'ai vu que certaines femmes plus claires de peau sont traités différemment, je ne veux pas généraliser, et par-dessus tout, je crois que la façon dont une personne est traitée est déterminée par la mentalité de la personne avec laquelle ils interagissent. Et c'est pourquoi je pense qu'il est important d'avoir des discussions comme celle-ci pour pouvoir en tant que communauté surmonter ces problèmes. "

On retrouve la phrase suivante postée sur le site internet du département des services correctionnels de la Caroline du Nord: ". Le Départements des services correctionnels de la Caroline du Nord ne discrimine pas sur la base de la race, de la couleur, du sexe, de la religion, de l'origine nationale, de l'âge ou d’un handicap". Mais nulle part n'est mentionné le ton de la peau. Cette étude signifie-t-elle que le couleurisme est une donnée que les responsables des systèmes de justice pénale à travers le pays devraient commencer à prendre conscience? Ce problème devrait-il les préoccuper? Bien qu'un porte-parole du Département des services correctionnels de la Caroline du Nord a refusé de commenter l'histoire, il a envoyé ce message par courriel.


"Le travail de notre bureau consiste à faire appliquer les ordres des tribunaux, de s’assurer que les délinquants purgent les peines que les tribunaux déterminent", indique Keith Acree, responsable de l'information publique pour le département du Nord Caroline du Service correctionnel. "En tant que tel, je ne pense pas qu'il serait approprié pour nous de faire des commentaires sur cette étude." 

Hannon indique cependant que le Département des Services Correctionnels de la Caroline du Nord devrait être félicité pour la publication de ce type de données et que plusieurs États devraient prendre note.

"Je voudrais souligner que si la Caroline du Nord n’avait pas mis ces données à disposition du public et facilement accessibles, nous n'aurions pas été en mesure d'enquêter sur la question", dit-il. "Ce serait super si d'autres États suivaient leur exemple en fournissant au public des données de justice criminelle importantes pour le public."

Globalement, Hannon et ses collègues affirment que la réponse à leur recherche a été positive et que les résultats de l'étude représentent tout simplement un morceau d'un grand puzzle qui requiert l'attention du public.

"Lorsqu'il est rassemblé, ce puzzle forme une image inquiétante du racisme institutionnel et individuel continuel," dit-il. " Il ne suffit plus de comprendre la discrimination raciale en s’appuyant uniquement sur la perspective des avantages relatifs des Blancs par rapport aux non-Blancs. À mon avis, nous avons récemment fait beaucoup de progrès en termes de réduction du volume de la discrimination dans le système pénal, mais nous avons encore du chemin à faire. "

Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com


http://www.thegrio.com/news/is-justice-colorblind-in-post-racial-america.php