Par BRUCE WEBER

 

 Le leader des droits civiques des noirs Brésiliens, l'écrivain, peintre, homme politique et érudit Abdias do Nascimento,connu pour son franc parler, est décédé à Rio de Janeiro. Il était de 97.
Les sources divergent sur la date du décès, disant que c'était soit le 23 mai ou 24. La cause; des complications du diabète, selon Anani Dzidzienyo, un ami qui en tant que professeur d'études brésiliennes à l'Université Brown a écrit sur M. Nascimento.

Abdias

Pendant des décennies, M. Nascimento a représenté une voix dissidente dans une société brésilienne, qui pendant la plus grande partie du 20ème  siècle était identifié par son gouvernement et perçue par une grande partie de sa population comme une démocratie raciale. M. Nascimento a soutenu, à la fois dans son art et dans sa rhétorique politique, qu’en fait, le Brésil était demeuré une société raciste.

Un nombre beaucoup plus important de noirs Africains furent envoyés au Brésil comparé aux États-Unis dans le cadre du commerce des esclaves, et le Brésil n'a pas aboli l'esclavage avant 1888. Ce n'est qu’au cours de la dernière décennie, alors que des programmes d'action affirmative ont pris racine dans de nombreuses universités brésiliennes et dans certains organismes gouvernementaux, que le racisme a été reconnu publiquement comme un problème au Brésil.

"C’était une légende" a déclaré Edward E. Telles, professeur de sociologie à Princeton et auteur de “Race in Another America: The Significance of Skin Color in Brazil,” en parlant M. Nascimento dans un entretien téléphonique. "Des années  1930 jusque vers les années 1990, le Brésil était considéré comme une démocratie raciale, mais personne ne parlait de race, et il existait une hiérarchie raciale claire. Les pauvres étaient noirs en majorité, et les élites étaient presque toutes blanches. Il n'avait pas peur de dire aux gens que la démocratie raciale était un mythe. Et il l'a dit pendant 60 ans. "

 En 1944, M. Nascimento a fondé le Théâtre Expérimental Noir à Rio de Janeiro, une troupe qui célébrait la culture d’influence africaine. Il a formé des citoyens noirs au métier d’acteurs, défiant ainsi la coutume du casting des acteurs blancs portant une face noircie.

En tant qu'acteur, il a joué dans "Orfeu da Conceição", la pièce de Vinicius de Moraes qui est devenue la base du film de 1959 "Black Orpheus", réalisé par Marcel Camus. La troupe a également parrainé des événements pour les droits civiques, parmi lesquels le Premier Congrès des Noirs du Brésil organisé à Rio de Janeiro en 1950.

En 1945, M. Nascimento a aidé à fonder le Comité Démocratique Afrobrésilien  pour lutter pour la libération des prisonniers politiques. Après un coup d'État militaire en 1964, il a vécu un exil auto-imposé aux États-Unis et au Nigeria jusqu'au début des années 1980. Alors en exil, il a commencé à peindre des œuvres aux couleurs frappantes présentant des images humaines et naturelles en juxtaposition avec des formes géométriques, évoquant des thématiques culturelles et religieuses afrobrésiliennes. Son travail a été exposé aux États-Unis, au Brésil et ailleurs.

À la fin des années 1970, alors que l'armée détenait toujours le pouvoir (jusqu'en 1985), M. Nascimento, toujours en exil, aida à fonder le Parti Travailliste Démocratique du Brésil, veillant à ce que la question de la discrimination raciale fasse partie de sa plate-forme. Il a servi dans la législature du Brésil en tant que député et sénateur. Il a également aidé à fonder les études afrobrésiliennes et l'Institut de recherche connu sous le nom Ipeafro à Rio de Janeiro.

"Il n'y avait pas de brésilien plus important que Nascimento depuis l'abolition de l'esclavage en 1888", selon Ollie A. Johnson, professeur d'études africaines à l'Université Wayne State à Detroit et l'auteur de “Brazilian Party Politics and the Coup of 1964.”  "Aucun autre brésilien n’a combattu aussi fortement et plus longtemps contre la suprématie blanche et le racisme au Brésil dans l'ère post-esclavage. Pour que les Américains comprennent et mesurent sa contribution,  il faudrait dire qu'il était un peu de Marcus Garvey, un peu de WEB DuBois, un peu de Langston Hughes et un peu d'Adam Clayton Powell. "

 M. Nascimento est né en Mars 1914 à Franca, dans l'État brésilien de São Paulo. Son père était  cordonnier, sa mère faisait des bonbons et les vendait dans la rue. Ses grands-parents avaient été esclaves.

"Il a grandi entouré de gens qui ont expérimenté les derniers jours de l'esclavage," dit M. Dzidzienyo, en ajoutant que le fait de garder cette expérience vivante à travers le 20ème   siècle "fut l'une de ses contributions les plus importantes."

M. Nascimento a étudié la comptabilité et a obtenu une licence en économie de l'Université de Rio de Janeiro. Encore adolescent, il a rejoint le mouvement des droits civiques Brésilien,  connu sous le nom Front Noir Brésilien.

Durant son exil, il a enseigné à la State University of New York à Buffalo, où il a fondé la chaire des cultures africaines dans le programme d’étude de l'université de Porto Rico. Il a également enseigné à Yale et à Wesleyan.

Ceux qui lui survivent comprennent sa troisième épouse Elisa Larkin Nascimento, qui est l'actuelle directrice de Ipeafro; trois fils, Henrique Christophe, Bida et Osiris, et une fille, Yemanja.

Activiste pratiquement jusqu'à la fin de ses jours, M. Nascimento a donné sa dernière interview à l'universitaire américain Henry Louis Gates Jr. pour une série documentaire sur PBS, “Black in Latin America,”, qui a été diffusé ce printemps.

"Le Brésil a-t-il jamais vraiment eu une démocratie raciale?" lui avait demandé M. Gates.

"Le peuple noir ressent dans sa chair le mensonge qu’est la démocratie raciale dans ce pays", a répondu M. Nascimento. "Vous avez juste à regarder une famille noire. Où vivent-ils? Les enfants noirs, comment sont-ils formés? Vous verrez que tout cela est un mensonge. Vous devez comprendre que je dis cela avec une profonde haine, une profonde amertume de la manière dont les Noirs sont traités au Brésil. "

M. Gates lui a alors demandé si toutefois il y avait matière à optimisme.

"Si je n'étais pas un optimiste, je me serais pendu", a répondu M. Nascimento

 



Source : http://www.nytimes.com/2011/05/31/world/americas/31nascimento.html

Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/