Depuis quelques décennies, les chancelleries occidentales ont pour leitmotiv l’implantation de la démocratie dans certaines régions du monde, notamment l’Afrique et le Moyen-Orient. Cependant, il est crucial de comprendre qu’il ya une immense différence entre le langage diplomatique employé par celles-ci et la réalité de leurs objectifs et de leurs actions, comme l’Histoire le démontre clairement.

occidentDerrière les discours publics, il y a toujours un certain nombre d’objectifs et d’actions qui reflètent leurs véritables desseins. Le désir ardent de passer pour les gendarmes, les guides du monde vers une meilleure harmonie des peuples, qui ne correspond en rien aux faits, alors que ce rôle s’avère totalement usurpé. D’autant plus que, quand on se donne la peine de chercher, on se rend bien compte que la démocratie dans ses fondements, ses caractéristiques, et contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, n’est certainement pas née dans les pays occidentaux. Et s’ils ont un mérite de nos jours, en plus d’avoir ce mot si souvent dans la bouche, c’est celui de l’avoir (peut-être) inventé.

Tout observateur averti constatera aisément la « double personnalité » et le « double langage » du monde occidental. Premièrement, comme indiqué plus haut, il se manifeste dans une différence marquée entre le langage public et les actions réelles. Deuxièmement, et c’est ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est une double personnalité qui distingue l’occident intra-muros de l’occident à l’étranger.

La construction des démocraties occidentales s’est faite tout au long de leurs Histoires, avant de devenir ce qu’elles sont aujourd’hui, il faut le reconnaitre des systèmes avancés, mêmes imparfaits. Personne ne peut douter que les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Belgique et autres sont des pays démocratiques, même avec des fois deux partis politiques seulement, comme s’il n y avait que deux façons de penser. Tout être humain sur cette terre ne peut qu’être admiratif des libertés, du bien-être certes relatif, des services dont jouissent les citoyens de ces pays, du travail des hommes et des femmes politiques de ces pays, en général pour leurs citoyens. Même si on sait, que la tendance est au cynisme chez les électorats occidentaux qui ne croient plus à ces mêmes politiques. On est aussi très admiratifs de la liberté de la presse et des droits dont jouissent les citoyens occidentaux.

Dans le même temps, les autorités occidentales qui ont décidé de conquérir le monde depuis des siècles, ont souvent vendu auprès de leurs opinions publiques l’idée selon laquelle ils s’en allaient semer la bonne parole de Dieu, du savoir, de la liberté dans le monde, et aujourd’hui c’est la démocratie qu’ils mettent toujours en avant. Comme auparavant bien sûr, cela va toujours avec des objectifs collatéraux comme la découverte, la conquête de nouveaux territoires, ou encore le commerce et la stabilité politique dans certaines régions.

Pourtant tandis qu’ils construisaient chez eux la démocratie et les libertés, chez les « découverts », ils semaient les conflits, les guerres, les privations de liberté entre autres.

Pensons à la Révolution Française dès 1789 qui a mis fin à la Royauté et a conduit par la suite à la Première République. Peu après pourtant, Napoléon Bonaparte voulait rétablir l’esclavage en Haïti. Comme les portugais, les anglais, les hollandais, les espagnols entre autre, ils avaient d’ailleurs auparavant commencé à priver les noirs africains de leurs libertés en les enlevant par la force en Afrique et en les faisant travailler dans des conditions infrahumaines dans les Amériques. Premier exemple ici de cette «double personnalité».

Pour revenir à la contemporanéité, les occidentaux finalement nous disent qu’ils veulent implanter la démocratie à travers le monde. On se rend bien compte qu’il s’agit d’une démocratie à « géométrie et géographie variables ». En Afrique, on veut implanter une démocratie importée à coup de bazookas (dixit Achille Mbembe et Célestin Monga), d’intrigues, d’embargos, de pressions et de menaces internationales, d’ingérences, tout cela parce qu’ils sont envahis par le complexe de supériorité qui leur confère l’impunité historique.

Le double langage est présent même dans le vocabulaire particulier utilisé selon le territoire (occident intra-muros ou hors-occident). Comme par exemple en Côte d’ivoire où les mots « rebelle » et « forces nouvelles » remplace celui qu’on appelle en Occident « Terroriste », et avec lequel les américains du nord et les  français ne négocient pas lorsqu’il frappe chez eux, mais que ces derniers imposent comme des interlocuteurs valables depuis 2002 aux autorités légales d’Abidjan.

La « double personnalité », c’est lorsque par exemple quelques soit le sujet politique, les médias québécois ou français donnent chez eux la parole autant aux détenteurs de pouvoirs (Parti de Jean Charest et  Sarkozy) qu’a l’opposition (Parti de Pauline Marois et de Martine Auby), démontrant ainsi une parfaite déontologie journalistique. Pourtant les mêmes sont capables de défendre becs et ongles les points de vue officiels sur les sujets qui concernent par exemple l’Afrique, en parfaite intelligence avec leurs autorités gouvernantes, sans la moindre once de critique ou de nuance.

Les africains n’oublieront pas d’aussitôt l’exemple actuel de la situation postélectorale en Côte d’Ivoire, où pendant très longtemps, les médias aux ordres en France ont été complices du hold-up que voulait organiser Nicholas Sarkozy en mettant à la tête de ce pays un homme dont il a autrefois célébré un mariage en tant que Maire de Neuilly. Par confrérisme historique, tous les médias occidentaux ont adopté cette méthode, notamment au Québec les Radio Canada et Chorus FM qui n’ont jamais donné la parole à un des protagonistes de cette crise, en l’occurrence Laurent Gbagbo et ses soutiens, alors qu’ils passaient leur temps à réciter leurs messages en faveur du Président élu de la communauté Internationale.

On peut se poser la question mille et une fois : comment se fait-il  que les médias occidentaux et les populations occidentales semblent-t-ils si méfiants, si critiques envers leurs dirigeants politiques dans les affaires intérieures (voir les côtes de popularité), et que lorsque ces derniers prennent des positions sur l’Afrique, tout le monde adhère. Un peu comme si ces dirigeants qu’ils ne trouvent pas si bons que ça pour eux deviennent des politiciens parfaits lorsqu’il s’agit de l’étranger. Aux milles et même aux dizaines de millier de questions que l’on pourra se poser sur cet unanimisme à l’étranger, opposé au sens de la critique interne, on trouvera toujours réponse dans ce « double langage », et dans cette « double personnalité ».

Alors donner des leçons et prendre les enfants du bon Dieu pour des idiots, depuis que ça dure, c’est bien beau. Et pour revenir à leur nouvelle« mission divine d’implantation de la démocratie» à travers le monde , rien ne surprend dans cette démarche forcée : l’histoire ne cessera de nous rappeler que les peuples du continent qui porte le nom « Afrique » (Ils ont aussi choisi ce nom pour nous, mais le continent ils ne l’ont pas créé) n’ont jamais invité les occidentaux, mais ils se sont imposés.

L’ironie dans tout cela, c’est que l’ouverture aux autres, qui a amené les africains il ya plus de 5 siècles à recevoir ceux qu’ils pensaient être des « amis» pacifiques fait partie des éléments fondamentaux de ce qui constitue aujourd’hui la démocratie. L’hospitalité africaine, signe d’ouverture à l’autre nous a malheureusement conduit, nous africains, où nous en sommes. Et aujourd’hui, ce sont eux qui veulent nous parler de démocratie, de liberté, de paix, alors que depuis ils ne sèment chez nous que privation de liberté, guerre, conflits et autres intrigues.

Guy Everard Mbarga