Par: Redacción eltiempo.com |

afrocolombianasLe collectif 'Raíces, tierra y mar'(Racines, terre et mer), reçoivent de l’argent et des ateliers pour créer leurs propres micro-entreprises.
Photo: Hector Fabio Zamora / EL TIEMPO

Elles sont bénéficiaires d'un projet soutenu par la Banque Interaméricaine de Développement et le Ministère de la Culture.

Delis Palacios Herrón parle de son passé, comme si ce n'était pas le sien. Elle fait toujours référence, à la troisième personne, à une femme qui porte le même nom qu’elle et qui a dû quitter sa maison, avec le corps éclaté par l’explosion d’une bombe cylindrique jetée par les FARC, après le massacre de Bojaya, en 2002.

"C’était une femme heureuse et mariée avec le père de sa fille, une fillette qui n'avait pas encore sept ans. Tous les jours, Delis se levait pour prendre son petit déjeuner de bocachico (un met de poisson) avec de la banane cuite et elle aimait boire de l'eau de sucre (agua de panela ) qu’elle faisait avec des herbes aromatiques qu’elle arrachait sur la cour. Quand venait l’heure du déjeuner, elle allait dans le bois chercher de la viande pour manger ", raconte-t-elle sans la moindre hésitation.

Elle connaît parfaitement le passé de l'ancienne Delis Palacios et elle indique même "qu’elle" avait trois chiens: Negrito, Lucas et Ica, des animaux qui l’accompagnaient pendant qu’elle travaillait dans son jardin, s’occupait des poulets et des porcs.

"À cette époque, elle étudiait l'éthique et une formation religieuse, c’était au troisième trimestre et elle avait juste 25 ans. Elle travaillait avec le Conseil d’Action Communautaire pour les droits des femmes et en plus, elle coordonnait une école pour que les habitants de Bojaya puissent terminer leurs études", raconte-t-elle.

Delis est partagée entre deux femmes: l'une avec le visage du passé et l'autre avec celle du présent. La femme du passé se souvient encore de l’aspect des corps de ses proches mutilés et de la panique qu'elle a ressenti en se retrouvant sans rien : sans argent, sans emploi, sans-abri, déplacée à Medellin, une ville qui l’écrasait. .

Mais actuellement elle se retrouve -celle d’aujourd’hui- avec d’autres femmes qui ont également souffert et se sont reprises avec l'aide du projet Cultura como medio de vida: opciones para mujeres afrocolombianas (La culture comme moyen de vie : les options pour les femmes afrocolombiennes), mis en place par la Banque Interaméricaine de Développement (BID) à travers son Unité du Genre et de la Diversité en collaboration avec le Ministère de la Culture.

C’est une initiative qui a conseillé et aidé des milliers de femmes afrocolombiennes en situation de vulnérabilité et de déplacement de Quibdó  (Chocó), Buenaventura (Valle del Cauca), et Timbiquí Guapi (Cauca).

Le plan a consisté à les former par le biais d’ateliers afin qu'elles puissent créer des entreprises de produits gastronomiques et d’artisanat typiques de chaque région du pays.
"Il y a eu trois étapes: la première a été effectuée par le Ministère de la Culture avec la formation en leadership, récupération des savoirs traditionnels et l'entreprenariat à travers la culture. À la deuxième étape, l'Organisation des États Ibéroaméricains (OEI) a donné le capital de démarrage pour qu’elles développent une partie de leurs projets, et maintenant la BID contribue à terminer la phase de construction des micro-entreprises qui ont le potentiel pour entrer sur un marché", indique Adria Natalia Armbrister, associée senior du Développement social de l’Unité Genre et Diversité de la BID.

Les femmes sont désormais unifiée: la marque qui les identifie et

Les femmes sont désormais unifiées: la marque qui les identifie ainsi que leurs produits est 'Raíces de tierra y mar' (Racines de terre et la mer). Elles offrent toutes sortes de choses: dulce de lulo, le manjar de coco, des envueltos de plátano maduro, ceviches de pescado (poisson cru mariné), des boisson médicinales et des produits d’artisanat.

"Une des choses les plus positives de ce projet est la relation de fraternité qui s’est construite entre toutes et la manière dont s’est consolidé le réseau 'Raíces de tierra y mar' (Racines de la terre et de la mer). Lors des ateliers qui nous ont été donnés, nous avons échangé des connaissances et des expériences", raconte Teófila Betancourt, l'une des bénéficiaires de Guapi.

Elle affirme que "les femmes du Pacifique, même si elles ont des hommes à la maison, doivent se battre pour faire avancer les choses. Ce sont nous les femmes, qui dans de nombreux cas entretenons et soutenons nos foyers"

.
Delis Palacios est d'accord avec elle. "La femme a toujours assumé et joué le rôle de la mère, en organisant et en produisant des processus pour aller de l'avant."

Comme le démontrent plusieurs antécédents présentés dans le projet, le nombre d’afrodescendants en situation de déplacement en Colombie a doublé tous les trois ans: en 1997, 40.000, en 2000, 180.000, et en 2009, sur les 3'226.442 de personnes formant la population en situation de déplacement dans le pays, 587.376 appartiennent à des communautés afrodescendantes.

En plus de déménager dans les grandes villes comme Bogota, Cali et Medellin, les populations déplacées se sont déplacées dans principaux centres urbains de la région comme Quibdó, Guapi, Buenaventura et Tumaco.

Tel fut le cas des Teófila Betancourt. Elle n'a pas été déplacée à cause de la violence mais par la réalité vécue dans une rue de Guapi qui l'a forcée à partir à la recherche de nouvelles opportunités.

"Je suis une femme cent pour cent rurale et le fait de partir de mon milieu d’origine pour une ville a déséquilibrée ma stabilité économique et émotionnelle, il a fallu que j’arrête les études et que j’aide ma mère au travail pour pouvoir nous en sortir", raconte Betancourt, qui est plus tard retourné dans son village pour travailler avec d'autres femmes dans la revendication de l'identité de la côte Pacifique.

Elle est convaincue que les femmes qui grandissent dans les villes ont plus de chances d'étudier et d'accéder à l'information, tandis que les femmes rurales sont plus soumises, elles ne sont pas prêtes pour assumer le dynamisme des grandes villes.


Actuellement, toutes les femmes participent individuellement à leurs organisations et l'axe principal qui les unit est 'Raíces de tierra y mar'.
(Racines de terre et de mer).

Les réseaux qui existent sont: Red Matamba et Guasa de Timbiquí et Guapi; Red Departamental de Mujeres Chocoanas (Réseau Départemental des femmes du Choco), Quibdo, aussi, Asociación de Parteras Unidas del Pacífico (Association des AccoucheusesUnies du Pacifique), l’Asociación de Desplazados Afrocolombianos(Association des Déplacés Afrocolombiens) de Buenaventura, et la Asociación Interétnica de Población Desplazada, de Guapi(Association interethnique de la Population Déplacée de Guapi).

Traduit de l'Espagnol Par Guy Everard  Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com