Par Agencia EFE –festiSan Basilio de Palenque (Colombia), 19 oct (EFE).- Au rythme d’un tambour, des centaines de palenqueros bougent leurs hanches dans le cadre du 25ième Festival des Tambours (XXV Festival de Tambores) célébré à San Basilio de Palenque, au nord de la Colombie, évoquant les traditions de leurs ancêtres africains emmenés en Amérique en tant qu’esclaves.

Le Festival des Tambours de Palenque a été créé pour souligner et sauvegarder la culture et les traditions de ces afrodescendants qui depuis le 16ème siècle se sont établis sur les Montes de María, à quelques cinquante kilomètres de la ville de Cartagena.

Ils s’étaient enfuis vers cette zone pour se libérer de l’esclavage auquel ils étaient soumis.

Ils y restèrent isolés du monde extérieur jusqu’après le début du 20ième siècle, ce qui a permis de conserver presque intacts ses rituels et sa langue palenquera, qui est un créole de base lexicale espagnole qui conserve des caractéristiques morphosyntaxiques du bantou africain.

"Le tambour est un outil de communication, ses rythmes permettent de nous ramener à nos ancêtres et à notre passé, le tambour nous permet écouter la clameur de ceux qui furent emmenés d’Afrique en situation d’esclavisés", indique Kairen Gutiérrez à Efe la leader politique de San Basilio de Palenque.

Lorsqu’un palenquero (habitant du Palenque) entend le son du tambour, son corps tout entier est envahi et "son être génère des rythmes très souvent inconnus", assure Gutiérrez.

Le médecin traditionnel et promoteur culturel de Palenque, Manuel Pérez, indique à Efe que le tambour est un moyen de communication qui a servi pour la défense et la protection de la population.

Quand ils étaient "fugitifs de l’oppression de l’européen, les hommes se plaçaient sur les hauteurs des montagnes autour de Palenque pour prévenir de la présence du Capuchichi Manga (étranger blanc en français) à l’aide de leurs tambours ", raconte-t-il.

FestivalLe tambour représente désormais cependant la joie, le rituel et est présent dans tous les moments de la vie des habitants du palenque et "nous parle lors des fêtes, pour les annonces et pour des rites lors des décès", souligne Pérez.

Le lumbalú est une danse funèbre durant laquelle les hommes et les femmes honorent et pleurent leurs morts dans une profonde douleur au rythme des tambours.

Il s’agit du "chemin pour partir de ce monde " à l’autre, où "nous sommes tous égaux", explique Pérez.

L’espace culturel de Basilio de Palenque, où la richesse contraste avec l’extrême pauvreté de ses 2500 habitants qui manquent de services de base, a été déclaré par l’UNESCO comme chef d’œuvre du Patrimoine de l’Humanité en 2005.

Avec le tambour, la langue du Palenque représente le facteur de cohésion le plus important pour cette population, qui la maintient en vie et qu’elle refuse de perdre, puisqu’ils y retrouvent et renforcent leur identité de premier peuple afrodescendant libre d’Amérique.

Gutiérrez affirme que c’est la langue du palenque qui leur permit de communiquer lorsqu’on leur refusa le droit de parler et de pouvoir échanger, et pour cette raison "aujourd’hui, elle nous rend différent et nous rappelle nos ancêtres africains et les héritages linguistiques qu’ils nous ont laissés ", dit-il.

"Cela veut dire recréer les traditions et l’identité culturelle de San Basilio de Palenque, se retrouver avec soi-même, puisque quand on parle Espagnol, le sentiment qu’on a c’est de parler comme les autres et non pas comme nous-mêmes", puntualizó Gutiérrez.

Pérez rappelle de plus que San Basilio fut la communauté ayant le plus résisté au changement culturel, elle s’est conservée hermétiquement, ce qui a permis de préserver la tradition et l’héritage africains reflétés dans la langue.

"Parler la langue Palenque nous rend plus heureux. Ce n’est pas pareil d’être amoureux d’une femme en notre langue que de l’être en Espagnol, en langue du Palenque, elles ne te rejettent jamais", ajoute-t-il.

Le promoteur culturel de Palenque n’hésite pas à indiquer qu’ils ne durent jamais parler l’Espagnol, et lorsque les gens visitent cette modeste communauté aujourd’hui, il faut recourir à un "interprète pour communiquer".

Ricardo Maldonado

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com

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