par MAURÍCIO PESTANA

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga

pestanaDepuis l’époque des cavernes, l’être humain utilise divers instruments pour démarquer, protéger et assurer la survie des siens et de son territoire. Dans notre évolution les noms changent: clans, tribus, principautés, royaumes... Mais l’objectif se répète : se joindre à un groupe pour mieux se protéger de ce qui représente une menace. Les instruments de protection des groupes sont toujours les mêmes. Tout d’abord, et le plus important : la connaissance du territoire. Deuxièmement: la domination et la compréhension des règles de ce territoire. Troisièmement : le sentiment d’appartenance, les liens symboliques et affectifs avec le territoire. Il est presque impossible de voir le territoire menacé avec toutes ces armes!

L’histoire a montré des épisodes classiques d’utilisation de ces règles de protection. Un exemple fut l’esclavage noir africain: l’unique raison pour laquelle les noirs ne furent  pas mis en esclavage par les européens sur le sol africain est qu’ils connaissaient bien leur territoire et les lois qui le régissent. Il y avait un sentiment de possession de ce territoire. À la même époque, les indigènes ne se laissèrent pas mettre en esclavage dans les Amériques – ils ne s’accoutumèrent jamais à l’esclavage, comme on arrive à l’apprendre dans les écoles – et en réalité grâce à leur connaissance du territoire. Il fut pratiquement impossible de mettre en esclavage les indigènes ou les africains chez eux. Ce principe de base de protection par la connaissance du territoire, des règles qui le conduit, et du sentiment d’appartenance provenant da préhistoire, ont également servi de base d’exclusion et de protection de divers groupes qui dominent et contrôlent les secteurs essentiels de la vie humaine.

Au Brésil, lorsque les piliers de soutien stratégiques de notre société furent érigés durant la période coloniale, nous les noirs esclavisés ne faisions pas partie des groupes de pouvoir. Par la suite, nous avons écartés des règles du territoire et également des relations du pouvoir dominant. Une question se pose ici : sommes nous toujours exclus jusqu’à présent parce que nous représentons une menace ou sommes nous exclus parce que nous pourrions en représenter une ? Quelque soit la réponse, il n y a qu’une seule vérité : nous sommes en dehors du territoire et du groupe de pouvoir, de l’armée, de la marine, de l’aéronautique, des gouvernements, que ce soit dans les états, dans les municipalités ou au fédéral; des partis politiques, des universités, des grandes corporations et de tout espace qui représente un groupe de pouvoir. Nous sommes à l’extérieur et nous ne connaissons pas les règles qui régissent ces espaces.

Notre espoir Chrétien et notre croyance aux institutions démocratiques nous montrent le chemin salvateur de l’éducation. Et, là, les doutes sont encore plus grands : du groupe d’élite qui dirige le pays depuis les dernières décennies, une bonne partie est issue des meilleures universités brésiliennes comme l’Université de São Paulo (USP), mais ici, la présence des noirs est insignifiante, c’est l’un des territoires les plus résistants au système de quotas et d’inclusion des noirs.

Nous avons pris une autre voie démocratique, celle de notre ascension par le biais des urnes, mais là encore le filtre qui détermine qui seront les candidats dans un premier temps et qui seront élus par la suite passe également par une élite blanche. Au Brésil, la présence des noirs au sein des exécutifs nationaux des partis est presque inexistante et le résultat qui en découle est que nous n’avons qu’un seul candidat noir dans les 27 états pour les fonctions de  gouverneur lors de ces élections.

Pour le poste de sénateur, nous n’en n’aurons probablement que deux pour São Paulo et pour le Rio Grande do Sul. Une honte pour un pays qui se dit démocratique et dont la moitié de la population est afrodescendante. L’espoir provient des nouveaux instruments de démarcation et de protection territoriale, comme l’Internet, des nouvelles technologies de l’information et d’une éducation qui priorise la citoyenneté, les droits humains et l’inclusion, formant des territoires toujours plus grands avec un nouveau citoyen, dans lequel prévaudront la diversité, l’éthique et le respect du prochain.

*Maurício Pestana est président du Conseil Éditorial du magazine RAÇA BRASIL - pestana.raca@escala.com.br