Traduit de l’Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

Notre vie insulaire se poursuit– Nous sommes de retour au Guatemala, mais Livingston a plus l’air d’une île Caribéenne que Guatémaltèque. Comme à Utila, le traffic est léger ici, puisque aucune route ne relie Livingston au Guatemala. 

gari2Pour s’y rendre, il faut prendre le bateau.  Même si certains résidents locaux ont fait traverser des camions et des motos par bateau, la plupart des gens se déplacent à pied ou en bicyclette. Contrairement à Utila, même si les plages sont jalonnées de palmiers, elles ne sont pas aussi belles et l’eau n’est pas aussi claire. Mais Livingston est encore plus décontracte qu’Utila, puisque il n y a pas les nombreux touristes qui viennent pour faire de la plongée sous-marine ou en apnée.  Les gens viennent ici uniquement pour vivre l’expérience culturelle et environnementale.   

La réputation de Livingston est d’avoir un patrimoine Garifuna.  C’est le même groupe que l’on retrouve également dans les îles Bay, la côte du Honduras, le Nicaragua, et Belize.  Même s’ils furent au départ emmenés au Honduras et au Belize d’aujourd’hui, avec le temps, les Garifuna se sont déplacés le long de la côte caribéenne et se sont installés à Livingston .

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Nous avons également appris que de nombreux Garifuna ont immigré aux États-Unis et qu’il y a d’importantes communautés à New York et en Nouvelle Orléans (ce qui est compréhensible!).   

À Livingston, les Garifuna parlent l’espagnol en plus de la Langue Garifuna qui est un mélange de Français, de Yoruba, de Banti, et de mots Swahili*.  Pendant notre tour de l’île aujourd’hui, nous avons surtout entendu l’Espagnol, et occasionnellement, la langue indigène.  Chez les Garifuna, nous avons remarqué qu’ils ressemblent plus à des Rastafari/des insulaires (les enfants sont clairement influencés par la culture hip-hop américaine) qu’à des Latino.  Nous avons entendu beaucoup de reggae et les gens portaient des dreads, des tresses, et des couleurs Rasta. 

En ce qui concerne la nourriture, nous n’avons pas beaucoup mangé (trop occupés à ingurgiter des fluides) mais le tapado, une soupe de poisson à base de noix de coco était délicieuse.  Nous avons vraiment pris notre temps à faire le tour de la ville à pieds, à cause de la chaleur torride et de l’humidité de l’endroit. Pendant la journée, il n y a pas grand monde dans les rues; la plupart reste à l’intérieur près du ventilateur, à l’ombre ou dans l’eau. Nous avons remarqué un phénomène déconcertant. La plupart des commerces ; restaurants, hôtels, boutique souvenirs, les tiendas n’appartiennent pas aux Garifuna ou ces derniers ne font pas partie du personnel. Dans notre guide de voyage, ils indiquent un restaurant qui sert de la nourriture Garifuna dont les bénéfices vont à une organisation communautaire; puisque cette ville est annoncée comme étant la "Cuna de la Cultura Garifuna" (berceau de la culture Garifuna), on penserait que l’organisation est liée à cette communauté. 

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Cependant, aucun employé n’est Garifuna et les bénéfices vont à une organisation dont le travail est tourné vers la communauté Maya uniquement. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose, puisque les Mayas ont également subi la discrimination au Guatemala. Cependant, le fait qu’au seul endroit où les Garifuna sont majoritaires aucun d’eux n’est employé dans un restaurant Garifuna pour touristes est une réalité troublante. Pendant notre repas, nous avons remarqué la présence d’un étranger plus âgé qui était sur son ordinateur portable; une jeune femme étrangère lui a demandé s’il n y avait aucune possibilité de faire du bénévolat.  Il lui a expliqué qu’il y avait plusieurs organisations à Livingston dans lesquelles elle pouvait être bénévole (emplois non rémunéré) et que toutes ces organisations étaient orientées vers la communauté Maya. Il indiqué que l’USAID et d’autres organisations venaient en aide à ces groupes et ajouta qu’une chambre et une table pourrait lui être offert. Cela nous a également surpris : encore une fois, c’était superbe pour les Mayas, mais qu’en était-il des Garifuna?  Plus tard dans la journée, nous avons trouvé un centre de loisir communautaire où de nombreux jeunes trainaient après l’école.  Le centre était lié à une organisation à but non lucratif, ce qui était encourageant.

gari6Nous avons rencontré quelques personnes sympathiques, mais une fois de plus, à cause de la barrière de la langue et de la nature de la conversation (il est mieux d’avoir passé quelques heures avec une personne avant d’aborder ce sujet) nous n’avons trouvé personne avec qui parler ouvertement de nos observations.

Les choses ont changé ce matin pendant que nous prenions notre petit déjeuner.  Un monsieur, du nom de Polo, s’est approché de nous, et s’est tout simplement mis à rapper – dans un Anglais parfait.  Il a avait grandi à Livingston, mais avait passé plusieurs années aux États-Unis à travailler comme chauffeur de taxi. Il disait qu’il nous avait remarqués depuis quelques jours et me demanda si j’étais une Noire Américaine.

Je lui répondais par l’affirmative et il ajouta que c’est ce qu’il pensait, et qu’apparemment, mon origine ethnique avait été l’objet de conversations entre les locaux. 

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Sans qu’on l’y incite, il se mit à nous parler des relations raciales sur l’île et de la forte tension entre les noirs et les Latinos. Selon lui, pendant qu’il grandissait à Livingston, la ville était presque totalement Garifuna avec quelques familles Mayas ; cependant, durant les guérillas civiles au Guatemala dans les années 1980, de nombreux Latino-Guatémaltèques se sont déplacés à Livingston pour fuir les violences. Et l’arrivée de population ne s’est plus arrêtée ; cependant, il affirme que le gouvernement favorise les nouveaux arrivants Latino et les Garifuna sont repoussés en dehors du village. 

Nous l’avions remarqué la veille en faisant un tour à pied – la zone proche des quais et les principaux biens fonciers (avec vue sur l’eau et proche des services) appartenaient aux hôtels, restaurants et principalement aux entreprises Latinos. La majorité des Garifuna, toujours d’après mes observations, vivaient dans le secteur opposé. Il disait que toute la ville était une “joke” et que le gouvernement et les nouveaux arrivants étaient les seuls à en profiter – et certainement pas les Garifuna. Il avait certes un intérêt, un CD en vente (que nous avons acheté) mais il était également vraiment intéressant. Il disait que les relations raciales en Amérique Centrale sont “hallucinantes” mais aussi plus subtiles qu’aux États-Unis. Il a également soutenu qu’il existe de nombreux mythes que les Latino d’Amérique Centrale ont envers les Garifuna qui sont faux: i.e. ce sont des cannibales, ils pratiquent le vaudou, ils sont paresseux, etc. On pourrait certainement relever certains de ses propres préjugés.

Il souhaitait que plus de touristes connaissent la réalité – Nous lui avons demandé pourquoi il ne nous avait pas approché plus tôt pour en discuter – mais il a répondu qu’il avait essayé, mais que nous l’avions ignoré. Je ne suis pas certaine que nous l’avons totalement crû, mais cela nous a à coup sûr fait penser à la ville et la regarder sous un autre œil alors que nous nous rendions vers le bateau pour quitter Livingston, “un Caribe Diferente” (Une caraïbe différente).

Écrit le jeudi 3 Juin  2010 par Carla (Une avocate afroaméricaine) et tiré du blog de voyage qu’elle tient avec son compagnon Mike (un blanc américain professeur d’Anglais langue seconde)

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Carla et Mike

* Un doute sur les composantes de la langue Garifuna