bogoDe Patía, Guapi, Buenaventura, Quibdó et de l’ensemble du pays, ils arrivent à Bogotá. Ils suivent les pas de ceux qui ont lutté pour de nouvelles opportunités en faveur de ceux qui partagent leur couleur de peau.

Par Divalizeth Murillo C.Bogotá DC

Traduit de l’espagnol par Guy Everard Mbarga  http://guyzoducamer.afrikblog.com

Les uns ont vu le jour devant les plages du Pacifique, d’autres sont nés dans la capitale colombienne, lorsque leurs parents ont migré au centre du pays en provenance de municipalités lointaines. Ils vivent seuls ou en famille. Ils sont jeunes d’âge et de carrières différents,  mais ils  s’unissent autour de leur fierté ethnique, leurs rêves, leurs inquiétudes et leur enthousiasme.

Queta María Viñuela est l’une d’entre eux. Âgée de 28 ans, elle est originaire de Quibdó. Avant ses 10 ans, sa mère et elle se sont installées à Bogotá. La mère de Queta María avait fait ses études universitaires à Medellín. “Elle savait déjà ce que cela voulait dire de se retrouver à l’extérieur de sa région, et elle a donc décidé de me donner cette merveilleuse  opportunité. Même s’il allait être difficile de m’adapter à cette nouvelle vie, elle savait que ce serait le mieux pour moi dans l’avenir ”, rappelle sa fille.

S’adapter au changement fut très difficile pour Queta María. Ce fut également le cas pour  Yuli Campiño Gómez, qui est arrivé à Bogotá en provenance de Buenaventura alors qu’il avait 15 ans. “Passer d’une ville agréable, où tout le monde se fait confiance et se retrouver dans une autre te fait craindre de nombreux dangers. Tu fais très attention à deux qui t’approchent. Puis arrive un moment où tu te dis:Mon Dieu, où suis-je?’”.

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Mais le désir d’atteindre ses objectifs lui donne le courage de se faire une place à Bogotá et de trouver une place à la ville dans son cœur. La mère de Queta María est retournée dans le Chocó pour des raisons liées à l’emploi. La fille, sans les frères qui l’avaient accompagné dans la capitale de la Colombie, est restée pour persévérer dans ses espoirs.

“J’ai décidé de rester seule à Bogotá pour continuer à étudier et terminer ma carrera de communication sociale. Il y a peu de temps que j’ai obtenu mon diplôme et je pense rester ici définitivement. Je me sens déjà comme faisant partie de cette ville!”, affirme  Queta María.

Yuli reconnait qu’elle ne s’est pas libérée de toutes ses peurs, mais que chaque jour  de sa vie à Bogotá est  un nouveau départ plein d’expectatives.

  “J’ai été la première de ma génération à être liée à cette ville. Je considère qu’elle offre beaucoup d’opportunités pour se développer professionnellement et que je peux chercher des opportunités pour d’autres jeunes afrodescendants qui souhaitent réaliser ce qu’ils espèrent de leurs vies”.

Cependant, Yuli indique que d’autres facteurs peuvent l’éloigner de Bogotá: “On doit tenir compte du fait que actuellement, les offres d’emploi sont chaque jour de plus en plus rares et je pense qu’il faut être prêt à se rendre là où les opportunités se présentent, que ce soit à Bogotá, dans ma ville d’origine ou partout ailleurs”.

Lorsqu’ils s’éloignent des  ainés, des traditions et de leur race, de nombreux jeunes afros commencent à se demander ce qui les rend différents, en plus de la couleur de leur peau. Heberto Mosquera, originaire de Patía dans le Cauca, est l’un de ceux qui commencent à interroger le miroir à distance.

“Le changement est drastique lorsqu’on arrive à Bogotá en provenance d’une localité dont la majorité de la population est afro. Dans la capitale colombienne, on te regarde mal et on te dit des choses. Quand tu n’as pas cette conscience de la différence que tu représentes pour les blancs et les métisses, tu commences à te laisser pénétrer. Tu commences à avoir des amis métis et à agir comme eux. Mais il arrive un moment où quelque chose te transcende et te touche ”, affirme Heberto.

Pendant ses études,  Heberto est entré en contact avec Kaffo, une association d’universitaires afrocolombiens qui travaillent pour se former politiquement et s’impliquer dans la construction du futur de la Colombie. Le nom Kaffo provient du livre Racines d’Alex Haley, et fait référence à un groupe de personnes qui se retrouvent dans une même tranche d’âge et qui agissent pour réaliser un objectif commun.

J’ai commencé à assister aux réunions et à comprendre la réalité afro, parce que à Patía, ça se vit culturellement, mais ils n’ont pas la même conscience. Il y a cet ensemble à l'intérieur, mais ce n'est pas reflété”, dit Herberto.

Cet étudiant en Administration d’Entreprises qui travaille pour le  Jardin Botanique est un passionné des tribulations des afrodescendants.

Quand on commence à étudier l’histoire afro, à regarder vraiment ce qui s’est passé et lorsqu’on commence à te raconter une perspective différente, tu comprends tout. Tu poursuis alors cette recherche de connaissance et tu continues d’apprendre. Je me suis proposé de lire une heure par jour ce se semestre”.

Malgré la distance géographique qui les sépare de leurs traditions et de leurs êtres chers, de nombreux jeunes afrodescendants sont en train d’ouvrir la voie pour ceux qui partagent leur race.

Ils ne souhaitent pas simplement atteindre leurs ambitions individuelles, mais plutôt réaliser un rêve: celui de voir prospérer les afrocolombien à Bogotá, dans le reste du pays et dans le monde.