Dialogue avec l'historien jamaïcain Franklin W. Knight, passionné de démographie, des révolutions, des coutumes et d’économie des Amériques.

Par Urrutia Esaúd Noel

Traduit de l’espagnol par Guy Everard Mbarga  http://guyzoducamer.afrikblog.com

jamaSa curiosité navigue dans le bonheur d’une mer de connaissance, dont les vagues traversent de la Barbade aux plages du Brésil, de la Havane aux golfes du Mexique et les bancs de sable de Floride. Il a commencé en étudiant l'histoire des Antilles du XVIe siècle pendant ses études de troisièmes cycles au Mexique. Puis il a approfondit ses connaissances sur les nations des Caraïbes et d'Amérique latine à l'époque moderne.

Visiteur assidu de Cuba et étudiant en Espagne, Franklin W. Knight a foulé les terres colombiennes dans sa recherche de l'empreinte africaine. Ce professeur, qui donne des cours dans les Universités de New York depuis 39 années a partagé des fragments de son érudition avec Ébano Latinomérica.

Quelles particularités avez-vous trouvé  dans vos études de l'Amérique latine?

Aujourd'hui, nous parlons d'une diaspora qui m’intéresse, mais il est aussi important pour moi d’expliquer la raison des changements des sociétés. Parfois, les majorités décident que nous ne devons pas boire de l'alcool. Puis après ils disent que oui. La même chose s'applique avec le tabac. Cela est devenu une source d’argent et il est désormais interdit de fumer en public. Je suis fasciné par ces changements.

Pourquoi l'histoire de Cuba attire tant votre attention?

La Havane fut le port clé des Amériques. Autour de 1520, Hernán Cortés quitte Cuba pour le Mexique. Cuba dispose d’un magnifique port pour amarrer les navires pendant les mois d'été et pendant les ouragans. C’est pour cette raison que là-bas s’est développée une société différente de celle des autres pays.

La révolution sucrière a atteint Cuba plus tard que dans les autres îles. Cette révolution a constitué la raison la plus importante de faire venir les africains dans le Nouveau Monde. Il est également important d'étudier les liens entre Cuba et la Nouvelle-Grenade, le Mexique et le Brésil, parce que les Caraïbes étaient la route pour sortir et entrer en Europe à l'époque des navires à voile.

Cuba était également un passage obligé pour atteindre le Brésil. A Rio de Janeiro, on retrouve des palmiers qui ne sont pas originaires de cette la région, mais qui furent importés à Cuba au XIXe siècle.

Il existe un échange fort entre Cuba et le reste de l'Amérique à cause de l’importance du port de La Havane.

Comment évaluez-vous l'impact de la révolution haïtienne en Amérique?

Ce fut la seule la seule révolution qui a complètement changé la société. La révolution haïtienne a donné la liberté à toutes les personnes, sans distinction de race ou de sexe. Elle a également changé l'économie. Les Haïtiens passèrent des plantations de sucre, de café, de tabac ou de coton à la production des petites exploitations.

La Révolution haïtienne a débuté en 1794, en déclarant que la liberté est non seulement un droit individuel, mais aussi un droit humain. C'est en cela que réside l'importance de la révolution haïtienne, parce qu’aux États-Unis, la révolution s’est basée sur la lutte pour le droit de propriété, incluant la propriété des esclaves. En France, elle s’est basée sur la défense des valeurs de la bourgeoisie.

Quand Alexandre Pétion, le leader de l’indépendance haïtienne, offrit son soutien à Simon Bolivar, il lui exigea l'émancipation des esclaves partout où il allait vaincre les Espagnols.

Pourquoi Haïti est un pays si étroitement lié au sous-développement et à la pauvreté?

C'est une question très importante. Avec la libération des esclaves en Haïti au XIXe siècle, a commencé la destruction de toutes les plantations et les entreprises basées sur l'esclavage en fonction. Les propriétaires n’ont jamais pardonné à Haïti ces événements qui ont suivi la révolution.

Après 1804, le commerce transatlantique des esclaves a pris fin Haïti, non seulement pour les Anglais, mais pour d’autres pays Américains. L'émancipation légale des esclaves haïtiens n'a pas réduit leur pauvreté. Ils ont continué à travailler dans des conditions analogues à celles de l'esclavage.

Quelle est votre impression de Cuba depuis la révolution?

Elle a commencé comme une profonde révolution, comme dans le cas d'Haïti. Elle a changé l'économie et la structure de la société. Mais dès la chute de l'Union soviétique, la situation a beaucoup changé à Cuba.

Avant les classes populaires avaient beaucoup de privilèges. Mais aujourd'hui, avec les relations qu’ils ont à l’extérieur de Cuba, les Blancs ont plus d'avantages. Beaucoup de ceux qui travaillaient dans les hôtels, un travail très convoité à Cuba, étaient noirs. Maintenant, la plupart sont blancs avec des doctorats en physique, chimie ou médecine.

Comment résumeriez-vous la contribution africaine au développement de l'Amérique?

La construction de l'Amérique, du Nouveau Monde, est en grande partie le travail des Africains et de leurs descendants. En commençant par les conquérants espagnols, parmi lesquels se trouvaient des hommes d'origine africaine. Par exemple, Estebanico, qui a voyagé de la Floride au Mexique, et qui parlait plusieurs langues.

Pizarro avait deux hommes noirs avec lui. L'un d'eux se nommait Juan Garrido. La construction de cette nouvelle société fut l’altération des communautés autochtones par Colomb pour établir des connexions entre l'Afrique, l’Asie et l’Europe. Tout ce travail a été réalisé par les Indigènes et les Africains tout au long du continent.

Quelle vision avez-vous de la Colombie?

Je suis ici pour apprendre. J'ai des idées que je dois à la lecture de Cien Años de Soledad. Si l’on considère les grands pays en termes de population et de territoire, le plus faible c’est la Colombie. D'autres pays ont un sens plus fort de la souveraineté.

Le pouvoir de l'État n'est pas entré à Cartagena et ses environs jusqu'à XXe siècle, près d'un siècle après l'indépendance colombienne. Comparés à ceux de Cuba ou de la Barbade, les Noirs en Colombie, faute d’un État fort, n’ont pas pu participer aux hautes sphères politiques avant le XXe siècle.

Bien sûr, dans ce sens, il ya beaucoup de différence avec les États-Unis. Si Obama avait vécu au milieu du siècle dernier, il n’aurait pas pu voter en Virginie, moi non plus.

Entretien réalisé avec le soutien de David H. Rosales.