De l’édition imprimée : The Economist

AFROA

IMAGINEZ que le monde est constitué de 20 hommes et de 20 femmes, tous hétérosexuels et à la recherche d’un partenaire mate. Puisque les nombres sont pareils, chacun peut en trouver un. Mais que se passera-t-il si l’on élimine un homme? Vous pensez peut-être que cela ne fera pas une différence si importante. Et vous auriez tort, affirme Tim Harford, un économiste Britannique dans un livre intitulé “The Logic of Life”.

Si l’on a 20 femmes qui cherchent 19 hommes, une des femmes devra faire face à la perspective du célibat. Elle élève alors son niveau de jeu. Peut-être qu’elle s’habillera de façon plus séduisante. Peut-être fera-t-elle un effort supplémentaire pour être serviable. D’une manière ou d’une autre, elle “voles” un homme à une de ses consœurs. Cette femme désormais célibataire élèvera également son niveau de jeu, pour voler l’homme d’une autre femme.

Une réaction en chaine s’en suit. Très vite, chaque femme doit se battre davantage, et chaque homme peut se relâcher un peu.

La vie réelle est plus compliquée, bien sûr, mais ce modèle simple illustre une vérité importante. Dans le marché du mariage, les chiffres comptent. Et parmi les africains-américains, l’écart est encore pire que dans l’exemple imaginaire de Mr Harford. Entre 20 et 29 ans, un homme noir sur 9 est derrière les barreaux.

Pour les femmes noires du même âge, cela correspond à environ 1 pour 150. Pour des raisons évidentes, les personnes condamnées sont exclues du réservoir des personnes avec lesquelles on peut sortir. Et plusieurs femmes évitent les anciens prisonniers, ce qui fait une grosse différence lorsqu’un jeune homme noir sur trois peut s’attendre à être sous les verrous à un moment donné.

Retirer tant d’hommes du marché du mariage a des conséquences profondes. Alors que les taux d’incarcération explosaient entre 1970 et 2007, la proportion des femmes noires nées américaines âgées de 30 à 44 ans qui étaient mariées a chuté de 62% à 33%.

La raison de ce phénomène est complexe et l’objet d’un débat rageur.

L’ère de l’emprisonnement de masse a commencé alors que les mœurs traditionnelles étaient en train de s’effondrer, à la suite de la révolution sexuelle des années 1960 et l’invention de la pilule contraceptive. Elle a également coïncidé avec des plus grandes opportunités pour les femmes sur le lieu de travail. Ces facteurs doivent certainement avoir quelque chose à voir avec le déclin du mariage.

Mais la prison est une part importante du problème, soutient Kerwin Kofi Charles, actuellement à l’Université de Chicago, et Ming Ching Luoh de l’Université Nationale de Taiwan. Ils ont divisé l’Amérique en“ marchés du mariage” géographiques et raciaux, pour prendre compte du fait que la plupart des gens marient une personne de la même race qu’eux qui vit relativement proche. Puis, après avoir étudié tous ces chiffres de recensement, ils ont trouvé qu’une augmentation d’un point de pourcentage du taux d’incarcération des hommes  était associée à une réduction de 2,4 de la proportion de toute femme qui se mariait.

L’incarcération de masse serait-elle un symptôme de l’augmentation du dysfonctionnement social, et cette situation sociale serait-elle la cause de la réduction du nombre de mariage? Probablement non.

Pour des crimes similaires, l’Amérique impose des peines plus sévères que les autres pays riches. Mr Charles et Mr Luoh ont examiné les taux de crime, comme ayant le pouvoir de provoquer un dysfonctionnement sociale, et ont déterminé que cela ne faisait aucune différence dans leurs résultats. Ils en sont arrivés à la conclusion que l’emprisonnement plus élevé des hommes a réduit la probabilité pour les femmes de se marier…et a provoqué un déplacement des  avantages du mariage des femmes vers les hommes.”

Les mêmes problèmes touchent la classe ouvrière blanche, mais ils se concentrent plus parmi les noirs. Environ 70% des bébés noirs naissent en dehors du mariage. L’effondrement de la famille traditionnelle a rendu les noirs américains beaucoup plus pauvres et solitaires qu’ils l’auraient été autrement. Les femmes les moins éduquées en souffrent davantage. En 2007, seules 11% des femmes noires nées américaines âgées de 30 à 44 ans sans un diplôme collégial avait un époux ayant un emploi, selon le Pew Research Centre. Leurs sœurs ayant fait des études supérieures réussissent mieux, mais restent affectées par le déséquilibre sexuel. Étant donné que la plupart d’entre elles recherchent des maris de la même race—96% des femmes noires sont mariés avec un homme noir—au bout du compte, elles pêchent dans la même rivière.

Les femmes noires ont tendance à étudier plus longtemps que les hommes noirs. Lorsqu’on considère uniquement la population non emprisonnée, les femmes noires sont 40% plus susceptibles d’aller à l’université. Elles sont également plus susceptibles que les femmes blanches de chercher un emploi. Une des raisons pour lesquelles les femmes noires s’efforcent tant est qu’elles ne s’attendent pas à partager les factures du ménage avec un homme qui subvient aux besoins. Et l’écart au niveau de l’éducation crée ses propres tensions. Lorsque vous êtes une femme noire ayant fait des études supérieures avec un bon emploi et que vous souhaitez épouser un homme noir ayant une situation socioéconomique égale, les possibilités sont mauvaises.

Je pensais avoir de nombreux attraits,” soupire une séduisante docteure noire qui travaille dans un hôpital de Washington, DC. Les hommes noirs ayant un bon emploi savent qu’ils représentent “une denrée exceptionnelle”, observe-t-elle.

Lorsqu’il y a six femmes qui courent derrière un homme, “c’est du genre, que faire de plus pour attirer son attention?” Certaines femmes offrent le sexe dès le premier rendez-vous, dit-elle, ceux qui rend la vie plus difficile pour celles qui préfèrent combiner romance et engagement. Elle se plaint d’un récent copain, un électricien avec lequel elle sortait depuis environ six mois, dont le téléphone s’est mis à sonner tard dans la nuit. Il s’est avéré qu’il s’agissait en fait de son autre copine.

Sous la pression, il a dit qu’il n’avait pas réalisé que la relation était sensée être exclusive.

Le ratio sexuel asymétrique “mais les femmes noires dans une situation terrible,” indique Audrey Chapman, un conseiller en relation et auteur de divers ouvrages portent des titres tells que Getting Good Loving”. Son conseil pour les femmes noires célibataires est pragmatique: ayez de l’amour propre, communiquez mieux et ainsi de suite. Elle dit que de nombreux hommes et femmes noirs, ayant été élevé par des mères célibataires, ne sont pas certains du rôle que l’homme devrait jouer dans un foyer. Les femmes s’attendent â être les chefs de famille ; les hommes en sont souvent contrariés.

Nisa Muhammad de la Wedded Bliss Foundation, un groupe pro-mariage exhorte ses sœurs ayant fait des études supérieures à considérer de se marier avec des ouvriers, comme le facteur. Mais la façon la plus simple d’aider la famille noire serait de mettre moins d’hommes noirs sous les verrous pour les crimes non-violents.



Economist.com/blogs/lexington

Traduit de l’Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/