PAULA

La Ministre Moreno au Ministère de la Culture à Bogotá, Décembre 2009. Photo de Maria Elisa Duque.

Par Paula Moreno Zapata

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

"Mon expérience personnelle, familiale et communautaire avec la discrimination m’a appris que l’on ne doit pas répéter l’histoire."

Le challenge —et la responsabilité—des jeunes est de changer le monde. J’ai la conviction que nous vivons actuellement une période particulière que j’aime appeler la mondialisation de la diversité.”

Les communautés et les citoyens de partout commencent à accueillir favorablement les différences culturelles, raciales et ethniques, plutôt que de les considérer comme des faiblesses.

En Colombie, nous vivons le même processus —et les jeunes comme moi prennent les devants dans cet accueil favorable de la diversité. En tant que ministre de la culture depuis Juin 2007, et en tant que première femme ministre afrocolombienne de tous les temps, je considère ma responsabilité comme étant celle de construire un pays plus fort, plus inclusif. Ma mission est soutenue par le fait qu’aujourd’hui, la diversité est devenue synonyme d’auto-détermination et de créativité. Lorsqu’elle est proprement comprise et gérée, la diversité est la base de la cohésion sociale et une source de compétitivité économique.

Le manque de reconnaissance et de compréhension intercommunautaire ou à travers les frontières culturelles a toujours entravé la construction d’une nation. Une manière d’illustrer cette réalité se trouve dans un concept développé dans l’ancienne Rome, pour l’ingénierie des systèmes de distribution de l’eau. Selon ce qu’on appelle le Paradoxe Hydrostatique, si un vase perd de l’eau, tous les autres vases seront également affectés. De même, si l’un reçoit le liquide, ce sera également le cas des autres vases.

Mis dans un contexte moderne, la société a besoin que chacune de ses parties soit reconnue et intégrée pour fonctionner comme un ensemble. Accepter ce principe est au centre de la civilisation. Un autre mot important, l’indépendance, qui fait référence non seulement aux nations, mais aussi aux individus qui partagent un territoire, une histoire et un destin communs.

Lorsque j’ai été nommée ministre, certain de mes compatriotes ont manifesté leur inquiétude en privé et publiquement que je sois une “ministre noire pour les noirs.”

Mais l’une de mes priorités claires était d’envoyer le message que toutes les communautés ethniques sont respectées et méritent leur inclusion de manières égales au sein de notre société.

Depuis ma nomination, j’ai mis en place une approche de gestion intitulée Une Colombie Diverse: la Culture de tous, la Culture pour Tous.” Cette approche met l’emphase sur le fait que notre diversité est notre principale force et que la culture provient non seulement de l’élite, mais également de tous les Colombiens.

Mon expérience personnelle, familiale et communautaire avec la discrimination m’a appris que l’on ne doit pas répéter l’histoire. Nous devons aller au-delà de la discrimination pour grandir en tant que nation. Tout comme nos ancêtres esclavisés l’ont fait, nous les Afrocolombiens offrons notre affection, notre travail acharné, notre amour et notre solidarité à la société, même à ceux qui nous ont opprimés.

Depuis que je suis ministre, j’ai visité plus de 150 des 1100 municipalités qui composent la Colombie. Je suis allée dans chaque état, des côtes de l’Atlantique aux côtes du Pacifiques. Mes voyages ont augmenté l’envergure du ministère et amélioré l’accès du public aux services.

Par exemple, les programmes culturels et de matériels du ministère touchent 99% des bibliothèques et 50 % des écoles de musique au niveau national.

Nous avons également lancé deux programmes nationaux consacrés à la culture et nous avons établi les premières lignes directrices claires et détaillées sur la manière dont mon ministère soutient la culture. Un des critères de reconnaissance des contributions culturelles est qu’elles doivent reconnaitre adéquatement la diversité et les différentes communautés qui composent notre pays.

Ces efforts rentrent dans le cadre d’un débat national plus large qui a commencé il y a des décennies. Dans les années 1980 et 1990, les femmes et les communautés ethniques ont de plus en plus pris conscience de leurs droits. Cela a entrainé l’établissement de ces lois et des responsabilités pour les protéger dans la constitution de 1990. Et cela a mené à son tour à un autre débat sur la manière dont le fait de mettre fin aux inégalités et à la discrimination pouvait constituer une base pour assurer la paix et la prospérité pour chaque citoyen colombien. Et c’est là que le travail du ministère de la culture actuel rentre en jeu.

Lorsque l’ignorance persiste, la discrimination et le préjugé en font autant. L’éducation est la seule manière d’y porter attention. En 2009, le Ministère de la Culture, ainsi que l’Institut National de la Prison Nationale et d’autres agences nationales ont lancé le programme d’éducation anti-discrimination. L’objectif était de construire une conscience publique de la diversité et de la tolérance par le biais de programmes de formation et particulièrement, de travailler avec les communautés pour qu’elles documentent leurs histoires. Nous avons pensé un effort national pour la réécriture des livres de manière à refléter la pluralité de la culture, des traditions et des contributions des communautés colombiennes.

Nous voulons que les jeunes jouent un rôle majeur dans la refondation de notre compréhension de la diversité au sein de nos sociétés. La culture est la pierre angulaire de ce processus, puisque les activités culturelles sont les meilleurs moyens d’engager les jeunes et de les imprégner du respect des valeurs de l’ensemble de leurs compatriotes, plutôt que de percevoir les différences comme exotiques et curieuses. Nous devons trouver de nouvelles façons de participer, de nous représenter et de nous faire entendre.

Nous devons essayer de réaliser cela de différentes manières en Colombie. Nous avons récemment dédié un monument national pour commémorer le génocide des peuples indigènes dans l’Amazonie. Nous avons établi 2009 comme l’année des poètes Afrocolombiens, pour mettre en avant et pour honorer les écrivains passés et présents.

Reconnaitre et embrasser la diversité n’est pas seulement un projet social; c’est essentiel pour un développement durable. Le préjugé et la discrimination ont renforcé les inégalités et biaisé notre capacité à construire la structure sociale nécessaire à la fois  pour une croissance économique généralisée et une société plus juste.

La Colombie fait partie de ces pays spéciaux dont la diversité est la base pour une force et une prospérité nationale—si nous pouvons seulement la reconnaitre comme telle. Nous avons plus de 80 groupes indigènes, des communautés d’origine Africaine, Arabe et Espagnole. Nous sommes aussi privilégiés dans notre variété culturelle que dans la biodiversité de notre environnement. Si nous pouvons garantir que tous nos vases” culturels reçoivent une attention, un soutien et du respect de manières égales, nous serons en bonne voie vers l’établissement d’une société plus paisible et plus équitable.

http://americasquarterly.org/node/1226