Reconsidérer l’histoire des noirs en Amérique comme une série de migrations plutôt qu’une simple ligne du temps.

Par Kenneth J. Cooper  Correspondant au Globe PASSAGE

Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

Après la mort de John Hope Franklin l’an dernier, les hommages à l’historien distingué ont afflué. Un journal important en Caroline du Nord affirma que Franklin, qui avait pris sa retraite de l’Université Duke, avait “ donné une définition à l’expérience Africaine-Américaine.”

C’était une légère exagération qui ignorait ces prédécesseurs comme Carter G. Woodson, créateur de ce qui est devenu le Mois de l’Histoire des Noirs. Mais cette affirmation n’était pas trop dénuée de ens. On attribue, avec mérite au classique de Franklin publié en 1947 “From Slavery to Freedom, (De l’Esclavage à la Liberté)” d’avoir fait connaitre la principale histoire des noirs en Amérique.

THE MAKING OF AFRICAN

AMERICA

: The Four Great Migrations
Par Ira Berlin - Viking, 304 pp., $27.95

Ira Berlin consacre “The Making of African America: The Four Great Migrations” à

Franklin

, qui était un ami. Après avoir présenté ses respects, l'Historien de l'Université du Maryland présente alors deux alternatives à la progression linéaire partant de l'esclavage à l'émancipation, de l’échec de la Reconstruction aux Lois Jim Crow, des mouvements des droits civils à la citoyenneté pleine.

Ce que Berlin a produit, suite à une recherche minutieuse, une interprétation enthousiaste, et un langage accessible, est un complément digne du récit de Franklin, comme il le souhaitait.

Deux des migrations sont assez familières: le Passage du Milieu des captifs africains à travers l'Atlantique et l'évacuation de masse des noirs du sud dans les villes du nord pendant la première moitié du siècle dernier.

Le commerce des esclaves est une partie classique de l'histoire américaine et beaucoup a été écris - à partir des publications de 1945, de “They Seek a City” de Arna Bontemps et de Jack Conroy - au sujet de ce qui est habituellement considéré comme la grande migration des Africains Américains. Berlin couvre ces migrations en profondeur, force émotionnelle, et perspicacité.

Il note par exemple que  dès leur arrivée, les membres de tribus disparates qui avaient survécu aux voyages transatlantiques allaient acquérir une nouvelle identité continentale d' “Africains.”

Les deux autres migrations sont plus récentes. Il s'agit de la diffusion des esclaves qui a précédé la Guerre Civile, partant du Littoral Est et de la Côte du Golf à l'intérieur du Sud, et, depuis

1965, l

'arrivée des immigrants noirs de l'Afrique, des Caraïbes et d'ailleurs.

Berlin décrit la “déportation massive” d'un million d'esclaves dans l’intérieur du Sud, encouragée par la demande pour le coton et le sucre, comme ayant impliqué presqu'autant de traumatisme et de travail que la première migration.

Ce fut, conclue-t-il  “véritablement un deuxième Passage du Milieu ” qui, par les nombres, “a éclipsé le commerce des esclaves transatlantique qui avait emmené les Africains en Amérique du Nord.”

Les esclaves étaient forcés de marcher en groupes du Maryland et de la Virginie vers les lieux de vente aux enchères en Géorgie et, alors que la production de coton connaissait une expansion, dans la vallée du Mississippi et au Texas.

Tout comme pour ceux qui avaient été enlevés en Afrique, les esclaves furent arrachés à leurs parents et à leurs amis - qu’ils ne reverraient plus jamais, sauf rare exceptions.

Ce fut également le cas des esclaves déportés qui étaient arrachés d’un environnement qu’ils connaissaient désormais, passant de la région du Tidewater, piedmont, et de marécage au Black-Belt des Prairies et la région de River Bottom.

Berlin voit le “mouvement comme un thème central de l'expérience Africaine Américaine ” qui a également  “élevé l'importance du lieu d’établissement.” Cela présente d’après lui un récit contrapuntique - mouvement et lieu d’établissement; fluidité et fixité” qui a touché tous les aspects de l’expérience des noirs, de la langue à la théologie, de la cuisine et la musique.”

Les tendances culturelles des noirs qui apparaissent dans ce schéma de mouvement et de lieu d’établissement incluent selon lui “une prime à l’adaptation ” et une parenté opérationnelle des “tantes” et “oncles” informels (pour prendre soin des enfants laissés derrière). Le sursaut de créativité dont il dit qu'il a suivi chacune des migrations peut être écouté dans la musique, comme dans le cas de l'évolution du blues au  jazz dans le Nord.

Berlin attribue le hip-hop à la migration de l'Afrique et des Caraïbes, notant que les deux tout premiers pratiquants dans le Bronx venaient des  Antilles, parmi lesquels Grandmaster Flash, qui est né dans la Barbade. Encore plus significative, l’arrivée de plusieurs millions d’immigrants noirs au cours des dernières décennies a remis en question les définitions traditionnelles de la négritude et déclenché des tensions intra-raciales dans les grandes villes dont Boston.

Les immigrants de la dernière heure ne voient pas le récit de l’esclavage-à-la-liberté comme leur étant propre, n’ayant pas été des esclaves ou n’ayant pas pris pat au mouvement des droits civils. Ce constat a inspiré Berlin à concevoir un récit plus large.

En 2000, un dixième des noirs Américains étaient des immigrants ou des enfants d'immigrants; à New York City, ils représentaient plus de la moitié. Cela a déclenché des conflits sur l’identité ethnique. Berlin remarque qu’un groupe de noirs nés aux États-Unis refusait de reconnaitre un Éthiopien Américain comme étant un Africain Américain tandis que plusieurs immigrants Caribéens rejettent cette appellation, préférant être identifiés par leur origine nationale.

Il suggère que les noirs nés aux États-Unis et ceux nés à l’étranger ont “l’esprit brouillé par l’ignorance mutuelle.” Les membres des deux groupes connaissent-ils les origines Caribéennes de nombreux héros africains Américains, de Marcus Garvey à Malcolm X, de Shirley Chisholm à Colin Powell? L’Amérique noire a désormais absorbé les Antillais et les Africains lors-ceux- de la toute première migration.

Il aurait également été utile qu’une partie de l’histoire législative que Berlin n’inclut pas soit mieux connue. La loi sur l’immigration de 1965 qu’un jeune Sénateur Edward M. Kennedy fit passer, ce qui allait permettre l’entrée de la plupart des immigrants noirs, fut indirectement façonnée par le mouvement des droits civils et sa demande d’impartialité raciale.

Si aucun autre argument n’y arrive, ce dernier point devrait convaincre les immigrants noirs récents qu’ils ont une place dans le récit de l’esclavage à la liberté, dont Berlin dit que son alternative “ne renie ni ne contredit.” Ce qui est assez vrai. Les participants aux deux premières “grandes migrations” étaient esclaves; ceux des deux dernières étaient libres.

Kenneth J. Cooper est un ancien éditorialiste du Boston Globe, est l’éditorialiste de Trotter Review, un journal de l’histoire et de la culture noire publié par UMass Boston.

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